dimanche 29 avril 2018

La guinguette, etc. ou : c'est passé ric-réac


Tout à l'heure, à la suite d'un commentaire un peu trop copieux et bourratif de ma part (moi qui suis d'ordinaire la légèreté même, chacun sait), sur un blog où nous nous invitons parfois lui et moi, M. Arié m'a fait remarquer, avec un nuage d'ironie comme sur le thé le lait, que si c'était pour venir écrire mes billets chez les autres, j'aurais aussi vite fait de rouvrir mon blog (c'est l'idée, c'est pas les mots, comme disait ma rédactrice en chef il y a quelques années). J'ai bien dû reconnaître qu'il n'avait pas tort – donc voilà. Le commentaire dont auquel était le suivant :

« À propos d’anti-sarkozysme (dont il est question un peu plus haut dans ce « fil »), je suis en train de terminer le livre de Patrick Buisson intitulé La Cause du peuple, et je me demande pourquoi, sinon par préjugé, par a-priorisme, il n’est pas devenu la bible de tous les antisarkozystes, tant l’ex-président en ressort en lambeaux. Il n’est d’ailleurs pas le seul, loin de là. Parmi les mieux « servis », Henri Guaino et encore plus Carla Bruni ; mais aussi Brice Hortefeux et NKM. Le livre est évidemment, pour une part, un plaidoyer pro domo, couplé avec une plongée dans le quinquennat de Sarkozy. Mais, s’il n’était que cela, je ne serais sans doute pas allé plus loin que les trente ou quarante premières pages. Or, il se trouve que Buisson est surtout un analyste particulièrement perspicace et profond des fractures béantes qui minent le peuple français (même si on n’est pas d’accord avec ses conclusions). Et que, de plus, il n’est pas, stylistiquement parlant, dénué d’un certain panache, même s’il a l’irritante faiblesse de céder aux tics langagiers les plus stupides de l’époque (« initier » dans le sens de commencer ou lancer, « au final », « acter », etc.) Bref, c’est un livre que tout un chacun pourrait lire avec profit. À condition d’éprouver encore un soupçon d’intérêt pour le peuple français évidemment. »

Au chapitre des curieuses lacunes langagières de M. Buisson, il y a celle-ci qu'il semble ignorer l'existence de deux verbes “ressortir” : l'un, le plus courant, ressortir de, du troisième groupe et voulant dire “sortir à nouveau” ; l'autre, ressortir à, appartient au deuxième groupe et signifie “relever de”. Il est tout de même bien étrange qu'un homme de sa culture méconnaisse ce distinguo, comme il le prouve à deux reprises dans son livre ; qui, malgré cela, reste une riche lecture.

Je ne sais si c'est le fait d'avoir fugitivement fermé blog et journal, et donc de me sentir seul au monde, protégé des chafouins et des envieux, mais je me vautre depuis deux jours dans le réactionnariat le plus éhonté puisque, au sortir du Buisson, je m'apprête à m'enfoncer dans le maquis maurassien, m'étant offert le volume qui vient de sortir dans la collection Bouquins de Robert Laffont, lequel rassemble aussi bien les textes autobiographiques et esthétiques de Maurras que ses poèmes et, naturellement, ses grands écrits politiques.

L'amusant est que la préface à ce recueil de mille deux cents pages est due à un certain Jean-Christophe Buisson : je ne sors pas des lectures épineuses.

40 commentaires:

  1. Allons : un homme comme Maurras, qui reconnaissait ne pas réussir à avoir la Foi (et qui, semble-t-il, en souffrait), ne saurait être totalement mauvais.

    Pour ma part, je suis frappé par le parallélisme entre sa vision du catholicisme (d'un homme qui n'avait pas la Foi, répétons-le) comme système de valeurs censé créer l'ossature de l'unité française, et la même vision politique de l'islam, qui n'admet pas l'apostasie, même si on a perdu la Foi. Dans les deux cas, la religion est un système politique, sans aucun rapport avec les croyances intimes personnelles, qui n'ont aucun intérêt.

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    1. Votre vision ne tient aucun compte des spécificités de ces deux religions, islam et catholicisme. Vous commettez l'erreur de la plupart des gens, qui croient que l'islam est une "religion", comme le catholicisme, le protestantisme ou le bouddhisme. Vous semblez ne pas comprendre que l'islam n'a rien d'une religion, mais tout d'un système totalitaire de représentation du monde et d'organisation de la vie. Vous devriez lire Rémi Brague, qui n'est pas le premier à bien expliquer les choses, mais qui le fait avec sérieux et tous les diplômes convenables.

      Il est possible de traiter le catholicisme comme un corps de doctrine et un mode d'organisation sociale favorables, bref comme un outil de gestion politique, parce que le catholicisme laisse autre chose que lui exister, ce qui n'est pas le cas de l'islam, lequel prend toute la place. Brague explique bien que le christianisme a récupéré Athènes et Rome, par admiration, alors que l'islam n'admire rien d'autre que lui-même, refuse toute altérité et ne laisse rien exister en dehors de lui-même.

      Ainsi, le rapport de Maurras au catholicisme n'a rien à voir avec le rapport du musulman à l'islam, ce qui est, si j'ai bien compris, le sens de votre message. Quand Maurras admire l'église catholique, il ne cesse pas d'admirer Athènes et Rome, qui étaient, comme vous le savez, les vraies amours de notre cher Provençal. Aimer le Prophète, c'est nécessairement abjurer toute culture française ou européenne (en sus de toute intelligence et humanité, ajouterai-je).

      Mais peut-être n'ai-je pas bien saisi le sens de votre intervention.

      Message à M. Goux : arrêtez de nous faire peur ; c'est mal.

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    2. "Votre vision ne tient aucun compte des spécificités de ces deux religions"

      Non, bien sûr, ce n'était pas mon sujet; je mettais en parallèle les visions du rôle politique du catholicisme par Maurras et celle de l'islam, indépendantes tous deux de la Foi.

      "Il est possible de traiter le catholicisme comme un corps de doctrine et un mode d'organisation sociale favorables, bref comme un outil de gestion politique, parce que le catholicisme laisse autre chose que lui exister, ce qui n'est pas le cas de l'islam, lequel prend toute la place."

      Pour quelqu'un qui ne croit pas en Dieu comme moi, toutes les religions ne sont que des corps de doctrines justifiant un mode d'organisation politique et sociale, avec, pour chacune, leurs hiérarchies, leurs commandements et leurs interdits; et beaucoup de ces modes - en gros, les dictatures- ne laissent rien exister en dehors d'eux, ils n'en sont pas moins un mode d'organisation politique possible.

      PS- Je ne connais pas Rémi Brague.

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    3. Vous devriez le lire. Il montre assez clairement que toutes les religions ne se "valent" pas. Là est le point aveugle, qu'il s'agit d'éclairer : l'islam n'est pas une religion (au sens où le catholicisme en serait une).

      Je pense que le rapport incroyant à l'islam et au catholicisme sont bien différents. Maurras n'est pas à l'égard du catholicisme comme un musulman "séculier" à l'égard de l'islam, parce qu'islam et catholicisme sont aussi différents que le bouddhisme et le stoïcisme (par exemple).

      On pourrait croire qu'il s'agit d'un détail, mais je crois que c'est très important.

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    4. Tenez, Monsieur Polo, je vais vous faire plaisir : je viens de commander le gros volume (1600 pages…) des essais et pamphlets de votre ami Bloy…

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    5. Ah ! enfin une lecture sérieuse !
      (Deux, avec Maurras)

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    6. Je viens aussi de recevoir deux volumes de textes de Pasolini.

      Et je vais m'arrêter là pour ce mois-ci car je crains d'avoir déjà méchamment explosé mon budget culture…

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    7. Bloy :son ton perpétuellement surexcité est un peu lassant,non ? On a envie de lui dire d'aller un peu marcher à la campagne, de prendre une tisane, et de venir nous réexpliquer tout ça à tête reposée, en dégustant un armagnac.

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    8. @ Marco Polo

      On n'arrivera pas à se comprendre : je considère le stoïcisme comme un comportement individuel dans la vie (un peu comme le bouddhisme à ses origines ), pas du tout comme un modèle d'organisation de toute la société comme le sont les religions.

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    9. C'est à peu près ce que je pense de Bloy moi-même. J'ai commandé le volume pour voir s'il était capable de me faire changer d'avis. Je lui offre une seconde chance, quoi, à ce pauv' vieux…

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    10. Excité et délirant, c'est sûr. Mais question style, c'est le sommet absolu.

      Elié Arié : j'ai mal choisi mes exemples (bouddhisme et stoïcisme). Ce que je voulais dire, c'est que l'islam n'est pas, à mes yeux, une religion, en tout cas pas comme le christianisme en est une, parce qu'il n'est pas une spiritualité mais un code civil et, pour tout dire, une école d'abrutissement et de déshumanisation. Je ne tiens pas le judaïsme pour une vraie religion non plus, du reste, mais pour une sorte d'ébauche.

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    11. Le "sommet absolu" en matière de style ? Là, vous vous moquez ! (Enfin, j'espère que vous vous moquez…)

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    12. Mais non. Si, comme moi, vous définissez le style comme l'exactitude de l'expression d'une âme dans la langue, il ne suffit pas d'être un bon rhéteur, il faut encore avoir une âme ardente. Et de ce côté là, je ne connais rien de plus ardent que l'âme de Bloy.

      Enfin, vous vous ferez (ou referez) votre propre opinion. Les meilleurs hommes ne sont pas forcément sensibles aux mêmes choses.

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  2. Gabriel Fouquet29 avril 2018 à 15:08

    Je ne commente jamais votre blog (ou presque, ni aucun autre, mais avoir cru pendant quelques jours que vous aviez mis la clé sous la porte m'avait laissé chafouin, voire carrément triste.

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  3. J'ai eu exactement la même réaction que monsieur Fouquet.

    Exceptionnellement pas désolé.

    Duga

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  4. Par opposition à tous ceux qui veulent nous faire "partir dans la dignité", ce billet aurait dû s'intituler : "Revenir dans l'indignité" !

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  5. Eh bien, vous m'enlevez une sacrée épine du pied ! ;)
    Si je n'avais eu l'idée de revenir, car j'ai de la constance, je vous aurais cru disparu pour toujours.

    Quant à Maurras, je ne sais que vous dire. Je termine le Journal de maître Garçon, et un de ses derniers commentaires est pour dire le plus grand mal de lui. J'ai comme l'impression qu'il ne l'aimait pas du tout !
    " Beaucoup pensaient qu'il serait fusillé, j'étais de ceux-là.
    Il faut reconnaitre qu'il a fait un très grand mal au pays. Ce prétendu philosophe est avant tout un destructeur. Il a dépravé l'esprit de deux générations..." Journal, 29 janvier 1945.

    Nous attendrons donc vos impressions.

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    1. Oui, je me souviens très bien de ce passage. Il faut dire que Maurras s'est un peu effondré, à partir de l'invasion de la zone dite livre et que, du coup, il n'était pas très difficile de le détester en 1945.

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    2. Du reste,, il a toujours été détesté, par ceux-ci ou par ceux-là. Et, notamment, à partir de 1940, par les collabos "purs et durs" du genre Rebatet ou Brasillach.

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    3. Je ne suis pas sûr que Maurras ait jamais appelé à l'extermination physique de tous les Juifs, comme l'ont fait Brasillach ou Céline (je n'ai jamais lu Rebatet ); et il est tout de même étonnant qu'un type comme Bousquet (vous savez, le pote de Mitterrand ) ait échappé à la prison, et pas Maurras.

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    4. Vous devriez lire Rebatet : son Histoire de la musique (col. Bouquins) est remarquable et Les Décombres (ressorti récemment également en Bouquins sous le titre idiot de Le Dossier Rebatet est un grand livre, nonobstant les idées qui s'y exprime. Je recommande particulièrement son tableau de la "drôle de guerre", éminemment savoureux.

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    5. Sinon, Maurras tenait l'antisémitisme "racial" pour une pure sottise, en tenant, lui, pour ce qu'on appelle je crois l'antisémitisme d'État. Et il n'a jamais appelé à aucun massacre en effet.

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    6. Goebbels,au début,consitérait que l'antisémitisme de Hitler était trop simpliste ; mais il s'est vite rendu à l'évidence que c'était celui qui marchait le mieux (comme tout ce qui est simpliste en politique,d'ailleurs ).

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    7. (suite, sur la complexité du réel, très jolie histoire )
      Fourché et Talleyrand s'apprêtent à boire un armagnac ; Fourché : "On fait cul sec ? " Talleyrand :" Mais non , malheureux ! D'abord, on le mire, on le hume, on le goûte ! " Ils font tout ça, puis Fouché:"Bon ,maintenant ,on le boît ? " Et Talleyrand :" Non:maintenant, on en parle ".

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    8. Vous avez tiré ça de la pièce de Brisville. C'est bien sûr totalement apocryphe. (Ce qui d'ailleurs ne change rien.) (Mais, d'un autre côté, si…)

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    9. Je ne connais pas cette pièce,c'est une histoire qu'on m'a racontée ; je n'ai évidemment jamais cru à son authenticité,d'autant que Fouché n'était pas moins ficelle et faux jeton que Talleyrand - mais il ne savait pas faire de bons mots,ce qui, au fond, est le moyen le plus sûr de passer à la postérité.

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    10. Essayez la version filmée, avec Claude Rich et Claude Brasseur dans les deux rôles : c'est assez gouleyant.

      Sinon, faire des mots pour la postérité, OK. Mais Talleyrand (qu'on devrait prononcer Taill'rand, soit dit en passant) était aussi et surtout un diplomate de génie (doublé d'une ordure, je veux bien vous le concéder) : ce qu'il a failli réussi au Congrès de Vienne est prodigieux… et n'a finalement raté qu'à cause de l'escapade napoléonienne hors de l'île d'Elbe.

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    11. "Ficelle" et " faux jeton", concernant Talleyrand, n'étaient nullement péjoratifs, dans mon esprit, : comment peut-on être un diplomate de valeur sans ces deux qualités ?

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  6. sur un blog où nous nous invitons parfois lui et moi
    On peut savoir lequel ?
    Si ce n'est pas trop indiscret bien sûr.

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    1. C'est fou ce que l'on peut causer sous un beau ciel...

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    2. J'y suis été ! J'ai écouté Clapton, quant au reste, je vous le laisse !

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  7. Qu'est ce qu'il critique chez Henri Gaino ?

    Hélène dici

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    1. Je crois qu'il le trouve à la fois trop timoré dans son réactionnariat et trop républicain (le genre "hussard noir", etc.)

      Mais on sent surtout, en arrière-plan, une rivalité personnelle.

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  8. Bon, je pense que je vais l'acheter, aprés avoir fini Hollande et surtout Hubert Védrine que je vous conseille en tant qu'amie de blog pour connaître l'exacte situation de notre monde.
    Hélène dici

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  9. Ainsi tout rentre dans l'ordre dans le vent frais d'avril, le magicien Goux ayant fait ses nettoyages de printemps au grand désarroi de ses adeptes trouvant porte close !

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  10. J'avais pris la chose au sérieux tout de suite, et intégré les blogs de Georges ou d'autres dans ma liste de blogs, puisqu'on ne pouvait plus les lire après avoir lu vos articles. C'est intéressant, cette remarque sur la concomitance (s'en)fermer et lire Maurras. Sur la chaîne Histoire (anciennement de Patrick Buisson) l'auteur parle de son livre sur Maurras.

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  11. Quant à Buisson, j'avais entendu une réflexion assez heureuse récemment, en gros que la droite, je ne sais plus trop comment l'appeler, disons 'hors les murs' ou que sais-je...les querelles de clocher m'important peu...donc que cette droite ce mouvement pourrait arriver aux affaires, si quelqu'un, homme ou femme politique arrivai(en?)t à faire la synthèse entre les gens qui défilaient dans les rangs de la manif pour tous et ceux qui étaient dans la rue pour les funérailles de Johnny Halliday.

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    1. C'est une idée qu'il développe un peu dans son livre, en effet.

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