jeudi 30 mai 2019

Le lièvre sans os de M. de Saint-Amant


Marc-Antoine Girard de Saint-Amant, 1594 – 1661.

Accablé de paresse et de mélancolie,
Je rêve dans un lit où je suis fagoté,
Comme un lièvre sans os qui dort dans un pâté,
Ou comme un Don Quichotte en sa morne folie.

Là, sans me soucier des guerres d’Italie,
Du comte Palatin, ni de sa royauté,
Je consacre un bel hymne à cette oisiveté
Où mon âme en langueur est comme ensevelie.

Je trouve ce plaisir si doux et si charmant,
Que je crois que les biens me viendront en dormant,
Puisque je vois déjà s’en enfler ma bedaine,

Et hais tant le travail, que, les yeux entrouverts,
Une main hors des draps, cher Baudoin, à peine
Ai-je pu me résoudre à t’écrire ces vers.


Je donnerais cent fois tout René Char pour ce lièvre sans os qui dort dans un pâté. Sans charre.

dimanche 26 mai 2019

La leçon du professeur Didier ou : Apprenons à vivre dans l'avenir


Je viens de relire Uranus avec un plaisir intact ; au point que, saisi par l'enthousiasme, j'ai aussitôt commandé le film que Claude Berri avait tiré du roman de Marcel Aymé, et dont je garde également un bon souvenir – mais chacun sait que, se rattachant par nature au passé, les souvenirs sont forcément suspects : on ne sait jamais trop quelle nauséabonderie ils traînent après eux, ces cochons-là ! Le temps révolu, justement, est une chose qui préoccupe beaucoup l'un des personnages d'Uranus, professeur de son état, qui affirme ceci à l'un de ses collègues (Folio, p. 225) : « Les leçons du passé tirent notre jeunesse en arrière alors que, pour elle, il est grand temps d'apprendre à vivre dans l'avenir. » Et, reprenant la parole, l'auteur enchaîne :

« Précisément, le professeur Didier avait imaginé une méthode dont il attendait beaucoup. Il s'agissait d'abord de donner à l'enfant le sens du présent et de l'avenir. Pour cela développer en lui dès le jeune âge l'idée qu'il n'y a rien de permanent et que tout ce qui appartient au passé est chose vile et indécente ; lui apprendre à considérer les êtres et les actions sous leur aspect futur et à en déboîter toutes les possibilités ; entraîner son esprit à suivre et à saisir simultanément plusieurs conversations, plusieurs idées et à procéder par bonds ; obliger les élèves à jouer à des jeux dont les règles se transforment sans cesse par leurs soins ; ne leur faire lire que des histoires ayant trait à une époque encore à venir, les verbes étant tous au futur et la psychologie des personnages comportant toujours des marges d'incertitude ; supprimer l'histoire, les cimetières, les bibliothèques et tout ce qui retient l'esprit de se projeter dans le futur. »

Contemplant la troupe de nos bougistes actuels, et la joyeuse guirlande de leurs méfaits, le digne professeur Didier serait sans doute aux anges de constater que, 70 ans après son irruption dans le livre de son créateur, son programme a été parfaitement réalisé. C'est du reste tout au long du roman que Marcel Aymé se montre visionnaire et prouve tranquillement qu'il discerne déjà fort bien les humains qui arpenteront après lui les rues de France. Il va même jusqu'à esquisser le portrait d'un personnage que nous connaissons bien et chérissons tout autant, j'ai nommé l'irremplaçable Adolfo Ramirez, alias le glorieux Gauche de Combat :

«  La dénonciation, du moment où elle servait les intérêts de la cause, lui semblait chose naturelle et, plus généralement, il tendait à considérer toute disposition au mouchardage comme une vertu révolutionnaire. Ainsi qu'il l'avait souvent expliqué à Gaigneux, la délation, ignominieuse dans une société bourgeoise où elle fournit des victimes à l'oppression capitaliste, devient l'exercice de la plus élémentaire honnêteté lorsqu'elle est au service de la lutte prolétarienne et c'est du reste une des plus belles raisons d'espérer dans l'univers marxiste que des actes ordinairement réputés criminels s'y transforment en pratiques vertueuses du simple fait qu'ils trouvent là une objection utile à la communauté. Lui-même ne se faisait pas faute d'épier ses collègues, entre autres, et de fournir sur leur compte tous les renseignements dont le parti pouvait tirer quelque profit. »

Bref, lisez ou relisez Marcel Aymé, puissant antidote à la connerie omnipotente. Ce sera toujours plus intelligent et utile que d'aller, aujourd'hui, perdre votre temps dans les écoles et les mairies…

mardi 21 mai 2019

Un petit blanc sec, Chinon rien…


Revenus sains et saufs !

(Pour plus de détails, patienter jusqu'au journal de mai…)

jeudi 16 mai 2019

L'accent d'Émile


Lorsqu'il eut acheté, à Medan, le pavillon qu'il allait plus tard flanquer de deux tours disharmonieuses au possible, Émile Zola se dépêcha d'y convier les membres de son petit cénacle littéraire ; nous sommes vers 1878. L'un d'eux – était-ce Céard ? Hennique ? Alexis ? Un autre encore ? –, l'un d'eux fit observer au maître qu'il n'était guère facile ni élégant à prononcer, ce nom de Meuh-dan. Se prenant fugitivement pour Victor Hugo, sa bête noire, son grand faiseur d'ombre, Zola, en guise de réponse, fit dans le superbe et le prophétique : « Qu'à cela ne tienne : nous lui mettrons un accent aigu, qui passera dans l'histoire ! » Et, de fait, c'est ce qui arriva, comme chacun peut aller s'en convaincre sur Mappy ou ViaMichelin. Il reste toutefois un petit sujet d'étonnement, que je suis bien aise de pouvoir partager ici avec le plus grand nombre : pourquoi reprocher son meuh à Medan ? Il me semble pourtant qu'en ces années-là, moins d'une décennie après la débâcle de 1870, les Céard et les Hennique avaient bien dû s'accoutumer à entendre parler abondamment de Sedan. Laquelle cité des confins, n'ayant jamais reçu Zola pour l'un de ses enfants, a donc échappé au péril de devenir Sédan – ce dont je me félicite régulièrement, comme bien l'on pense.

samedi 11 mai 2019

Tant va la cruche à l'eau…


Grand éclat de rire sardonique, en apprenant que la consternante Fred Vargas s'était trouvé une nouvelle noble cause à défendre, sur le mode : « Si la terre se réchauffe encore d'un degré, on va tous mourir dans d'atroces souffrances, et les petits oiseaux aussi. ». En un sens, que ce soit cette pie grièche qui le piaille a quelque chose de réconfortant : n'est-ce pas elle qui, déjà, avait pondu un bel opuscule afin de nous persuader de la totale innocence du multi-assassin Cesare Battisti ? Tant va la cruche à l'eau qu'à la fin… elle continue de jacter. Alors qu'un minimum de pudeur, ou simplement de sens du ridicule, aurait dû fermement l'inciter à suturer son claque-sottise au moins jusqu'au siècle prochain : pars vite et reviens tard, eh, Freddasse !

mercredi 8 mai 2019

Tours et musarderies balzaco-rabelaisiens


Hier après-midi, me prit tel un coup de sang – ou comme une envie de pisser, si l'on veut faire populo –, l'irrépressible désir d'aller sans retard visiter La Devinière, pour des raisons faciles à deviner, justement. L'expédition aurait pu tenir dans la journée, la rabelaisienne demeure n'étant qu'à 273 km de notre chaumine. Mais je m'avisai bientôt que, à une lieue de là, se trouvait le château de Saché, haut lieu balzacien s'il en est, ainsi que celui d'Azay-le-Rideau, qu'il eût été dommage de négliger, ce nonobstant que ja le visitâmes en notre jeunesse motocyclée. Tous ces plaisants séjours rayonnant autour de la bonne ville de Chinon, point n'était envisageable de tourner le dos à icelle, et non plus de ne pas faire étape à Vendôme qui se trouve  sur le chemin de Normandie à Touraine. Il fallait donc prévoir confortable relais lès nos divers points de curiosité. Nous résolûmes de demander table et asile aux aimables seigneurs du château de Marçay, nom très-balzacien pour peu que l'on remplace le ç par une s. C'est ainsi que nous serons tourangeaux et chinonais, ainsi que fugitivement vendômois,  les 18 et 19 de ce mois de mai. Que la nouvelle vole dès ores de place en place et à son de trompe.

mercredi 1 mai 2019

Le mois de la jungle


C'était en avril, comme un poisson saumâtre…

dimanche 28 avril 2019

Céline selon Matthieu

Matthieu Galey, 1934 – 1986.

Dans le journal de Matthieu Galey, que je relis depuis deux jours avec un vif plaisir, je tombe tout à  l'heure sur cette entrée de novembre 1955 : « Fini Voyage au bout de la nuit. Je suinte de tristesse ; l'humanité entière me dégoûte et moi-même avec, quel bouquin ! Ce qui m'étonne le plus, cachées parmi les points de suspension, c'est d'y trouver soudain des envolées à la Chateaubriand, pleines, compactes, comme des gemmes dans une gangue d'argot. » 

C'est tout à fait exact : dans ce premier roman, Céline reste encore accroché par bien des fils à la langue classique de l'écrivain ; ce n'est qu'à partir de Mort à crédit, et surtout de Guignol's Band, qu'il larguera définitivement les amarres. De même, ici, il respecte encore plus ou moins le pacte balzacien du réalisme, du possible, du crédible. Ensuite, en pratiquant sans cesse cette “montée aux extrêmes” qui est peut-être sa marque de fabrique, il s'en séparera radicalement. Rien n'est plus éloigné, en effet, de Céline que cette volonté d'être cru, ce souci d'être vraisemblable, qui, à des degrés divers, anime tous les romanciers avant lui, au moins depuis Balzac. C'est comme s'il refermait une longue – et riche – parenthèse, pour renouer avec le roman picaresque, avec le Cyrano des États de la lune, avec le Cervantès du Quichotte. Et cela, grâce à cette façon qu'il a, partant d'une situation presque anodine,  de monter en vrille à une vitesse folle, et surtout de continuer à monter après la frontière invisible où n'importe quel autre écrivain se serait arrêté.

Ce qui me surprend un peu, dans la notation de Galey, c'est cette mention des points de suspension, lesquels, dans Voyage au bout de la nuit, sont encore très discrets, sinon rares. Il aurait écrit cela en 1932 ou 1933, quand aucun autre roman célinien n'était encore paru, soit. Mais, là, en 1955, il pouvait avoir eu connaissance de Mort à Crédit, ainsi, surtout, que de Guignol's Band et de Féerie pour une autre fois, livres dans lesquels les points de suspension prolifèrent effectivement, telles des chenilles processionnaires en rut.

Il est vrai qu'il n'avait alors que 21 ans : un âge où l'on ne peut pas avoir tout lu, même si la culture de ce Galey-là est déjà fort impressionnante et diverse, à peine sorti du lycée. Divers et variés aussi les gens célèbres, ou appelés à le devenir bientôt, qu'il ne cesse de rencontrer, et de portraiturer avec une cocasserie qui n'est jamais cruelle. Bref : pour qui s'intéresserait aux “potins littéraires” des années cinquante à quatre-vingt (mais Dieu sait qu'il n'y a pas que cela dans ces mille pages), voilà un journal très recommandable, et pétillant comme un Moët.

On notera par ailleurs que, homosexuel, Matthieu Galey est mort dans la seconde moitié des années quatre-vingt, non du sida mais d'une sclérose latérale amyotrophique, ce qui est pousser un peu loin le besoin de se singulariser. Lui-même, d'ailleurs, relève dans son journal la paradoxale ironie de son sort : « La moitié de notre tout petit Paris est sans doute persuadée que je crève du sida. » 

jeudi 18 avril 2019

Oh ! punaises…


On nous annonce à grand son de trompes que “les abeilles des ruches de Notre-Dame de Paris sont sauvées”. C'est en effet une grande et heureuse nouvelle, dont la Chrétienté tout entière doit je suppose se réjouir (ainsi que ces abrutis d'écolos, pour une fois main dans la main avec les catholiques : l'histoire a parfois de ces ironies…), et moi avec elle bien entendu. Une question demeure malgré tout en suspens, avec une acuité qui ne va pas tarder à devenir angoissante : qu'en est-il des punaises de la sacristie ?

mercredi 17 avril 2019

… et consumimur igni


Je ne sais pas si j'ai toujours été un monstre froid de nature, un cœur de pierre, une gargouille hâtivement incarnée, ou si je suis en train, l'âge aidant, de virer au légume trop longtemps bouilli, mais il me faut reconnaître que l'incendie qui a endommagé Notre-Dame ne soulève en moi qu'une infinitésimale émotion, pour ne pas dire moins. J'ai beau essayer d'en être touché, convoquer les siècles passés, les grandes heures du moyen âge, faire donner les Te Deum et les Dies irae, etc., rien à faire : je demeure désespérément serein, ou pour mieux dire : amorphe. En fait, je suis beaucoup plus sensible aux âneries convenues qui éclosent un peu partout à propos de cet incendie.

mardi 16 avril 2019

In girum imus nocte…


Notre-Dame de Paris en proie aux flammes : parfait symbole de ce qui nous attend… qui est déjà là… Le Monstre sur le seuil de Lovecraft… On pourrait épiloguer et filer les métaphores à l'infini… Est-il besoin ?

dimanche 14 avril 2019

La peste soit des Céliniens et de leurs gloses !


En “complément de programme” à mes matutinales lectures ou relectures céliniennes, je viens de parcourir deux biographies du personnage, Sa Seigneurie Nauséabond le Magnifique. La première est signée d'un certain Émile Brami et s'intitule Céline à rebours. Je l'ai achetée sur les conseils de l'ami Beboper, conseils que j'aurais été mieux avisé de ne point suivre. Si le livre s'appelle ainsi que je viens de l'annoncer, c'est que son auteur, n'ayant sur Céline rien à dire qui n'ait déjà été écrit cinquante fois, a eu cette idée mirobolante : raconter la vie de son personnage en commençant par la fin et en rembobinant l'écheveau. Cela apporte quoi ? Rien. C'est un truc. Un gimmick. De plus, je n'ai pas trouvé que le livre soit si bien écrit que l'a jugé Beboper. Mais enfin, c'est, de ce point de vue-là, à peu près correct.

Il n'en va pas de même pour le Céline, entre haines et passion de Philippe Alméras, gros volume qui traîne dans ma bibliothèque depuis des lustres et que j'ai repris ces jours-ci. Celui-là est écrit en moldo-valaque universitaire, ce qui rend sa lecture assez pénible. Cela donne des phrases comme celle-ci : « Le terme de séquence que j'ai proposé pour l'analyse des pamphlets leur va d'autant mieux qu'il n'y a pas de solution de continuité du “roman” au “pamphlet” [Chose que, si ma mémoire est bonne, Philippe Muray avait dite avant lui], dans sa neutralité et sa connotation de film, cela bouge constamment et de mal en pis. » Ou comme cette autre : « On a souvent rapproché le sort de Drieu et de Brasillach de celui de Céline. L'un et l'autre ont trouvé des refuges, etc. » L'un et l'autre ? Alors qu'il vient de citer trois noms ? Ça n'a l'air de rien, pris isolément, mais multipliez ce genre de lourdeurs de style et de fautes de langue par cinquante ou cent : l'œil finit par ne plus accrocher à la page, la lecture devient quasiment impossible. D'autant que, pour épaissir son volume, M. Alméras ne répugne pas aux digressions oiseuses. Était-ce bien la peine, par exemple, de nous débobiner la biographie du père d'Elizabeth Craig, maîtresse de Céline à qui Voyage au bout de la nuit est dédié ? Et ce n'est qu'un exemple parmi d'autres. Le livre fut publié par Robert Laffont en 1994, centenaire de la naissance de Céline : un “coup” éditorial, donc. Il se range dans une collection qui s'appelle (s'appelait ?) comiquement Biographies sans masque. Ce qui semble sortir du même tonneau pléonasmique que la vérité sans mentir ou encore un ciel pur sans nuage. À moins que M. Laffont n'ait considéré qu'avant son intervention toutes les biographies n'avaient pour but que de conserver leurs différents masques aux personnages qui en étaient les sujets.

Bref, je le répète : la peste soit des Céliniens et de leurs gloses, que Belzébuth se saisisse à jamais des Brami et des Alméras !

dimanche 7 avril 2019

Les petites notes de la cuistresse

Je sais, j'aurais pas dû…
Je suis occupé à lire Carson McCullers (pardon, Messire Étienne, pardon !), romans et nouvelles, réunis dans un volume de cette très pratique et peu  dispendieuse collection qui s'appelle La Pochotèque. Il n'y aurait aucune critique à lui adresser, à cette collection, hormis son nom disgracieux, si ses dirigeants n'avaient cru bon de faire appel aux funestes services d'une certaine Marie-Christine Lemardeley-Cunci pour établir leur édition de l'Américaine, c'est-à-dire, malheureusement,  de la consteller de notes comme autant de chiures de mouches sur un mur laqué blanc. 

J'en ai lu beaucoup, dans ma vie, de ces épais cuistres universitaires qui viennent faire leurs besoins le long des œuvres. Mais des aussi béatement satisfaits d'eux-mêmes, des si gonflés de leur propre vacuité, que Mme Truc-Chose, rarement. Ses notes, par lesquelles elle se garde bien de nous apprendre quoi que ce soit d'utile ou simplement d'intéressant, ne sont que plats et sots commentaires, redondances et fioritures ternes, que l'on dirait destinées à des semi-débiles de classe de seconde dans un département difficile. 

Un exemple ? Après le fragment de phrase suivant : Dieu sait si le gouvernement fédéral a fait assez de mal au Sud, la Mère Poncif place la note suivante : « Par tradition le vieux juge est hostile à toute intervention du gouvernement fédéral dans les affaires du Sud » ; chose que, bien entendu, aucun lecteur n'aurait compris sans la judicieuse intervention de notre cuistresse. Un autre exemple ? À la phrase Mais le cœur des petits enfants est un organe très délicat est accroché la note suivante : « Ici encore le cœur est perçu de manière très physique comme un organe fragile, siège de l'âme et des sentiments. »  Un dernier, allez : dans La Ballade du café triste, McCullers parle à un moment de la douceur rêveuse de la neige. Note de notre mal blanc : « Comme dans Frankie Addams, la neige est associée à la douceur. » 

Je pourrais en citer vingt autres, encore plus stupides. Je suis allé voir qui pouvait bien être cette pauvre baudruche au nom improbable. J'ai été ravi d'apprendre, par sa fiche Wiki, qu'en plus d'être un stérilet universitaire, elle était également l'une des marionnettes politiques de Mme Anne Hidalgo, qui l'avait parachutée en piqué sur Paris à l'occasion de je ne sais plus quelle élection, au cours de laquelle notre ectoplasme notulifère s'était pitoyablement vautré. Carson McCullers et moi en avons ricané avec un charmant ensemble.

Note pour les semi-éveillés : la photographie ne représente pas Carson McCullers…

dimanche 31 mars 2019

Le chevalier Destouches


Il m'a bien occupé durant ce mois de mars.

Et ce n'est pas fini…

mercredi 27 mars 2019

Les loupiotes du Ku Klux Klan


Dans ses lettres, Flannery O'Connor fait preuve d'un humour constant, à la fois souriant et abrupt,  souvent poussé au noir lorsqu'elle veut titiller tel ou tel de ses correspondants. Voici par exemple ce qu'elle écrit, en 1957, à une nouvelle amie, jeune femme qui semble être du genre “progressiste” :

« Je joue avec l'idée qu'à votre prochaine visite un homme de nos forêts, exaspéré par la situation, organisera un petit bûcher sur la pelouse de la mairie, histoire de faire flamber une croix. Mais sans doute est-ce trop espérer, avec la dégénérescence générale qui frappe les traditions. La dernière fois que le Klan a tenu ici une grande réunion, ils ont installé une “croix de feu” portable en face du palais de justice. Il suffisait de la brancher et elle resplendissait de lampes électriques rouges. Quand j'ai vu ça, je me suis dit : “Voilà qui fend le cœur. Il est plus tard que je ne pense.” »

À une autre de ses amies, qui vient de lui faire parvenir une nouvelle qu'elle a écrite, Flannery répond par une lettre de quinze lignes. Dans les deux premières, elle lui affirme qu'elle trouve son texte presque parfait ; puis, dans les treize suivantes, prenant appui sur ce presque, elle le réduit en miettes, mais sur le ton d'une irrésistible gentillesse, ce qui bien sûr est le pire. Cette correspondance est disponible en français sous le titre L'Habitude d'être : lecture hautement recommandable. Mais le mieux est évidemment de choisir d'acheter les Œuvres complètes. Pour conclure sur un sourire :

« Je m'amuse beaucoup en lisant La Réforme en Angleterre de Philip Hugues. On s'y croirait. J'ai montré le livre à la bibliothécaire de l'Université pour lui conseiller de l'acheter. Parfois il arrive, par erreur, qu'un étudiant choisisse un bon livre ; mais, d'après elle, c'est plutôt rare. Ils font très attention. »

dimanche 24 mars 2019

Recyclage de vieillerie


Je ne sais plus trop pourquoi je me suis remis, voilà quelques jours, à lire Flannery O'Connor, tantôt ses nouvelles, tantôt sa correspondance – peut-être sans raison particulière, juste l'envie soudaine. Toujours est-il que cette relecture m'a donné le goût de venir ici parler d'elle, de cet écrivain prodigieux, de cette femme à l'humour irrésistible. Or, c'est une chose que j'avais déjà faite, en 2010. Relisant ces “notes” de l'époque (il ne s'agit pas à proprement parler d'un billet, au sens où je l'entends, avec ce que cela suppose de cohérence et de construction), il m'a semblé que je n'avais rien d'essentiel à y changer ni ajouter. Les revoici donc :

Plus que celle du Bien et du Mal en tant que tels, c'est la question du Mal se parant des oripeaux du Bien qui traverse toute l'œuvre de Flannery O'Connor, la sous-tend. C'est-à-dire que le démoniaque y est à l'ouvrage, que la tentation est là, toujours présente, ne relâchant que très rarement son emprise. Satan est presque tout entier contenu dans ce masque que les damnés prennent pour leur visage même. Et on comprend, du coup, pourquoi Flannery O'Connor fut une lectrice passionnée et assidue de Bernanos. Ce phénomène du Mal agitant une caricature de Bien comme un montreur le fait d'une marionnette est particulièrement intense et effrayant dans la nouvelle intitulée Les Boiteux entreront les premiers, où le personnage du père ne cesse de clamer son goût du dévouement, sa passion d'aider autrui, de soulager les misères. Or, pendant que ses lèvres remuent et produisent des sons, ce qu'on voit à l'œuvre c'est sa profonde sécheresse de cœur et d'esprit, lesquels sont le plus grand obstacle à une grâce éventuelle, par la satisfaction qu'ils exposent d'eux-mêmes. Cette sécheresse brutale s'exprime clairement une fois, lorsque le père reproche à son fils de pleurer à l'évocation de sa mère, morte depuis une année à peine. "Tu as tout de même onze ans!", lui dit-il, ce ce ton de componction raisonneuse et mielleuse dont il ne parviendra jamais – sur le temps de la nouvelle – à se départir. Et l'on se doute qu'après le suicide de son fils, parti rejoindre sa maman au ciel après avoir découvert le ciel physique – et seulement lui – au travers d'un téléscope, et à moins d'une grâce dont Flannery O'Connor ne refuse jamais la possibilité, y compris pour ses “damnés”, le père continuera de se dévouer aux autres tout en restant aussi éloigné que possible de la charité.

Il faudrait bien sûr parler du troisième personnage de cette nouvelle, dont le nom m'échappe (je suis dans la Case et le livre est resté à la maison...), ce semi-voyou (délinquant, caillera...) très intelligent, que le père force à venir s'installer sous le toit familial afin qu'il le conforte dans la vision merveilleuse qu'il a de lui-même ; ce garçon toujours soumis à une tension presque inhumaine et qui, dès l'entrée du récit, proclame qu'il est damné et ira rôtir en enfer. De fait, il ressemble puissamment au diable, au Père du mensonge, au Prince de la tentation, et encore plus lorsqu'il brandit la Bible pour mieux détruire le fils. C'est lui qui va lui faire découvrir le ciel, par le téléscope, mais un ciel vide qui ne peut susciter rien d'autre que des hallucinations. De fait, l'enfant croira y découvrir sa mère et se pendra pour la rejoindre.

Dans ce Sud où nous plonge Flannery O'Connor, la religion est omniprésente. Mais, le plus souvent, privée de la charité et de la grâce, elle ne fait que se résoudre en émanations malsaines qui rendent les hommes fous, assassins, alcooliques ou prêcheurs – parfois tout ensemble.

Les nègres sont en toile de fond, aussi fous et haineux que les blancs (pas de rédemption bon marché chez Flannery O'Connor), toujours présents, circulant dans les consciences comme les termites dans une maison de bois, un remords à bas bruit, un exutoire à la violence qui ne résout jamais rien, une vision matérielle, mais niée avec rage et rancœur, du monde dévalant vers le Jugement dernier.

Les prêcheurs ne sont fous que parce qu'ils invoquent un dieu auquel ils tournent le dos ; leurs disgrâces physiques plaident contre eux, en même temps qu'elles pourraient être une occasion de rachat.

Le soleil change de forme, de couleur, de taille et de nature selon qu'on le supporte ou le contemple. Mais il est toujours là, pour qui veut bien s'en aviser : Tout ce qui s'élève converge.

Si peu d'amour au fond. Et lorsqu'il survient, il se gauchit, s'exacerbe et se dénature. Pas davantage de sexe ou à peine : l'élan vital fait défaut.

Chaque personnage, par la profondeur du regard et la puissance du verbe, est retourné comme une peau d'animal écorché et contraint de montrer son vrai visage ; lequel peut être soit brûlé soit illuminé.

vendredi 22 mars 2019

Il suffira d'un cygne…


En français d'avant, on aurait appelé ça du “financement participatif” ; en français d'apocalypse, on dit plutôt du crowdfunding – bref. Il s'agit aujourd'hui de participer à la création et au lancement du prochain livre de Rémi Usseil et de Nicolas Doucet, le premier au texte, le second aux dessins.  Et, bien entendu, de profiter pleinement du résultat, une chanson de geste – eh oui ! – qui s'annonce superbe, et dont votre serviteur a pu lire naguère le premier chapitre en avant-première, au prix de mille bassesses et de compromissions toutes plus dégradantes les unes que les autres. Donc, le principe est simple : vous payez maintenant et, en octobre prochain, vous recevrez chez vous le somptueux album vous narrant les époustouflantes aventures du CHEVALIER AU CYGNE. Plus d'autres choses encore (cartes postales, dessins originaux, etc.), suivant la somme que vous aurez généreusement allouée aux deux créateurs. Car il y en a pour toutes les bourses, nul ne sera laissé sur le bord du chemin (ni ne pourra dire : « Désolé, c'est trop cher pour moi… ») Pour découvrir le projet, et les différentes façons d'en acquérir dès maintenant le résultat prochain, il suffit de se rendre sur




où le projet a pris forme, consistance et vie. Allez-y nombreux, allez-y enthousiastes, et n'oubliez pas d'emporter  avec vous votre petit cochon rose au dos fendu. Car cochon et cygne seront, en cette occurrence, bienheureusement complémentaires.

mercredi 20 mars 2019

Les jaunes et les blancs (billet garanti sans racisme)


On ne le sait sans doute pas assez, dans certaines contrées ridiculement éloignées d'ici, mais Pacy-sur-Eure est une ville qui bouge. Une agglomération qui innove. Un bourg qui avance. Une municipalité décalée et briseuse de codes. Une commune qui va dans le bon sens, loin de la France moisie et de ses miasmes délétères, comme j'ai pu m'en rendre compte tout à l'heure, par la grâce d'un mobilier urbain vertical et informatif. On y lisait, sur ce mobilier, que, le 30 mars prochain, va se dérouler un

Défi d'œufs

L'affaire aura lieu entre 15 h et 17 h (la fenêtre de tir est étroite, comme on voit : il va s'agir de ne pas se louper) au square Trucmuche – je regrette bien de n'avoir pas noté le nom. Je regrette encore davantage de n'avoir pas retenu le numéro de téléphone que l'on pouvait composer pour obtenir des renseignements sur l'événement susnommé.

Parce qu'enfin ce ne sont pas les questions qui manquent, qui se pressent et tournoient dans l'esprit du citoyen ovo-responsable mais dubitatif. De quoi s'agit-il exactement ? Va-t-on voir des humains lancer un défi aux œufs ? Ou, à l'inverse, les œufs nous provoquer en duel ? Ou bien assistera-t-on à un défi des œufs entre eux, dont nous serons simples spectateurs ? Il n'est pas non plus totalement exclu de voir arriver, au square Trucmuche de Pacy, des bipèdes portant chacun une poule pondeuse sous le bras, et les défier de faire un œuf, là, tout de suite, devant l'assistance scrutatrice et toute honte picorée. 

On m'accordera que, la tête bruissante d'interrogations aussi fondamentales et obscures, il va être difficile de passer une journée vraiment sereine. D'autant que le 30 mars est encore bien loin…

mardi 19 mars 2019

On est injuste avec le président !


Tout le monde, depuis quelques jours, semble s'étonner, s'ébahir, s'indigner, se récrier, parce notre bon président était “à la neige”, comme ils disent, au moment même où Paris était “en feu”, comme ils redisent. 

D'abord, aurait-il été “à la plage” que ça n'aurait sans doute rien changé à la situation ignée campo-élyséenne.

Et puis, quoi : ils n'ont jamais, ces étonnés, ces ébahis, ces indignés, ces récrieurs, entendu parler de neige carbonique ?

samedi 16 mars 2019

Dis-moi, Céline…


Ils s'y sont mis à deux, pour me marabouter. Michel Desgranges, d'abord, qui, le mois dernier, lors de notre déjeuner chez lui, me disait avoir plus ou moins envie de rouvrir Céline, lu intégralement en sa jeunesse et plus repris depuis lors ; Philippe Muray ensuite, qui lui consacre plusieurs des textes de ses Mutins de Panurge, deuxième volume des Exorcismes spirituels (édités par Michel Desgranges, en plus…), que j'ai entrepris de reparcourir, assez paresseusement je dois le dire. 

Bref, j'ai soudain décidé, ce matin, entre réveil et petit-déjeuner, de retenter l'ascension du massif formé par les trois derniers romans dudit Céline, à savoir D'un château l'autre, Nord et Rigodon. Je dis “retenter” car, la dernière fois, qui remonte à quelques années – mais pas tant que ça –, je me souviens très bien d'avoir déchaussé les crampons à peu près à mi-pente, c'est-à-dire vers le milieu de Nord. On verra bien ce qu'il en est cette fois-ci. Du reste, je ne dois pas être un très bon lecteur célinien, car je suis à peu près sûr de n'être pas venu non plus à bout des deux volumes de Guignol's Band.

Par contre,  j'ai repris au moins deux fois du Voyage et de Mort à crédit, et je suis sûr d'avoir tout fini mon assiette de Féérie. Alors, hein : camembert, dans les rangs !