mercredi 27 juin 2012

La grande pitié des salauds de pauvres

(Billet écrit hier soir.)

Elle anime un jeu (en ce moment même, sur TF1), une sorte de sous-Qui veut gagner des… Il se trouve que, à mon corps défendant, je me suis encadré dans la porte ouverte du salon où se trouve l'écran de télévision. Cette énorme chose satisfaite d'elle-même, enveloppée dans une robe imprimée que même moi j'hésiterais à porter, était occupée à cuisiner un couple composé d'une ginette brune et d'un divers également brun – par la force des choses. Couple parfaitement assorti : comme dirait un ancien collègue à moi, pour leur faire pétiller le regard, il aurait fallu leur introduire une lampe-torche  par la bouche.

Bref : deux malheureux crétins, pris au piège de la télévision et de la grosse Laurence, qui fait son beurre sur leur dos. Quand je suis arrivé, les héros du soir en étaient à la question à deux cent mille euros – qu'ils n'auront jamais, bien entendu, tout le monde le comprend sauf eux, tout est prévu pour qu'ils repartent à poil, comme ils sont venus. 

D'abord, on leur donne le “choix” entre deux “thèmes” (pardon pour la prolifération de guillemets, mais la télévision induit ce genre de choses). Les thèmes sont : “.....” (j'ai oublié) et “Le cri”. Mamadou et Vanessa (j'invente les prénoms, mais ils ont, ces pauvres, des têtes à s'appeler comme ça) choisissent ce deuxième thème. Pour deux cent mille euros.  On les sent tendus. Et la question arrive. De ce style : est-ce que le nouveau-né de l'ornithorynque globurgue, est-ce que l'arrière-grand-mère de la souris commune couinasse, et… ET… est-ce que le corbeau COASSE ?

Là, déjà, on sent que la Bocco commence à saliver grave : elle est en train de faire économiser trois cent milliards d'euros à la chaîne qui l'emploie. Ensuite, arrive le moment pénible, celui où Mamadou et Vanessa font semblant de réfléchir, “font le show”. Parce que, évidemment, on leur a fait la leçon : même s'il ne savent rien (ce qui est le cas), ils doivent faire semblant de réfléchir, de s'interroger, de se consulter. Et ils le font. Ils essaient. Ils jouent très mal, mais tout le monde s'en fout. Mamadou ne  fait pas grand effort ; mais on voit à son regard, son sourire mécanique, qu'il aimerait mieux être ailleurs. Vanessa, courageusement, endosse le rôle que la Bocco surpayée, avec son sourire immonde, lui a intimé l'ordre d'endosser, parce que son boulot à elle en dépend.

Et elle le fait, cette pauvre Vanessa (que je commence à aimer, tant elle est peu aimable), avec toute la bonne volonté qui est la sienne, parce qu'on a promené devant son nez des euros, et des milliers d'euros, et même des millions d'euros, qu'elle ne touchera évidemment jamais, parce qu'elle est totalement ignorante et qu'on lui pose des questions auxquelles presque personne n'est capable de répondre (en tout cas, pas les gens qui s'inscrivent pour participer à des jeux télévisés).

Vanessa et Mamadou repartiront comme ils sont venus, sans un rond ; ou en tout cas avec très peu : les salauds de pauvres doivent rester des salauds de pauvres, au moins pour que la Bocco continue de se croire quelque chose ou quelqu'un. Pourquoi ? Parce que, sur quatre animaux, on leur a proposé la solution suivante : le corbeau coasse. Et naturellement (au moment où, triste et malheureux pour eux, je me suis cassé de devant l'écran où s'apprêtait la mise à mort), ignorant de tout, mais le cerveau vaguement imprégné de deux ou trois choses, ils se sont pris dans la glu du piège.

Bref : naturellement, les concepteurs de ce jeu de merde ont compris comment faire miroiter les deux cents milliards devant Mamadou et Vanessa, sans les leur faire gagner. Il suffit de leur faire confondre COASSER (grenouille) et CROASSER (corbeau), en mélangeant les deux verbes avec d'autres dont ils n'ont jamais entendu parler.

Le plus serre-le-cœur, c'est ce que j'ai vu : un pauvre petit couple se ridiculiser pour une somme d'argent qu'il va perdre.

Je ne sais comment tout cela s'est terminé, je suis parti. Déjà, quand j'étais enfant, je ne supportais pas les “caméras cachées” (à l'époque, ça s'appelait : “caméra invisible”) : voir des gens se ridiculiser sans le savoir, alors que moi je le savais, m'était insupportable, et me l'est encore. 

Avoir vu, tout à l'heure, la grosse Bocco étaler à la fois ses excessifs volumes et sa satisfaction d'être elle-même m'a déprimé durant quelques minutes. Je vais m'en remettre, je pense.

40 commentaires:

  1. Ca me rappelle une première de "qui veut gagner des millions" (ça devait être diffusé à une époque où je fréquentais moins les bistros). J'avais suivi jusqu'au bout le premier gugusse qui avait tout gagné. J'étais fier comme un bar tabac : j'avais répondu à toutes les questions (et sans faire appel au moindre joker). "J'aurais pu" gagner une fortune (deux millions, je crois, mais je ne sais plus si c'était des millions ou des francs).

    C'est alors que je me suis rendu compte qu'ils faisaient des séries de questions pour faire croire à chaque téléspectateur qu'il est capable de gagner et qu'il est plus fort, plus cultivé que les autres... Ils sont très forts...

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  2. Allez, je tente le coup, voir si mon commentaire passera la barre des spams. Je sais que ce n'est pas votre faute, Didier.
    Vous ne mettriez pas la robe imprimée de la Boco et je vous comprends, moi c'est son contenu que je dégobille !

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  3. Ben non, il a fallu que je vous “déspame” tous les deux ! C'est pénible, à la longue…

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  4. Vous ne lui trouvez pas une ressemblance avec la Première Tricoteuse sur cette photo ?
    C'est frappant !

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  5. C'est finalement bien plus sournois que l'autre jeu à la con avec des boites à thune. Au moins, ce jeu là avait le mérite d'afficher la couleur. Nous avons conçu pour vous un jeu absurde et cruel pour vous voir chialer à la télévision les millions que vous avez perdu. Je n'ai jamais joué pour ma part, y compris lorsque je gagnais deux kopecks et que j'avais un boulot de merde. Les jeux me dégoutent et le cynisme de ceux qui les conçoivent se situe bien en-deçà du minimum d'humanité. La loterie nationale, par exemple, quelle horreur quand on y pense, tous ces pauvres qui raquent pour qu'on en élise un parmi eux. Il y a quelque chose d'abominable là dedans. Et puis, même si ces gens pouvaient gagner... Remporter autant d'argent sans aucun mérite, ça a quelque chose d'absolument amoral.

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  6. Excellent mon cher! Le coup de la lampe torche me rappelle Audiard.

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  7. Ah , ouai , j'aime bien ces émissions pour blaireaux incultes .

    J'éprouve un plaisir malsain à les voir se casser la gueule ,
    Ça me rappelle cette émission avec un gendarme à la retraite ,
    la question était : " qu'est ce qui gravite autour de la terre ?"

    Le type a pris un joker du public , qui bien sur c'est planté !

    L'extrait de la honte ici :

    (ces gens ont le droit de vote ... )

    http://fragg.me/video/qui-veut-gagner-des-millions-gravite-terre

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  8. Je précise que cette question est une des premières de l'émission , une question simple passe-bateaux pour permettre au candidat de passer la barre des 10.000 fr et ne pas partir à poil comme un con honteux .

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    1. Eh ! oh ! c'est pas de ma faute si le candidat était noir au moment où je suis passé devant l'écran ! Du reste, il était plutôt moins pitoyable (parce que plus réservé…) que celle que j'ai nommée Vanessa.

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  10. À l'époque où je regardais volontiers Qui veut gagner des millions ?, me laissait un peu perplexe la chose suivante : alors qu'il s'agissait d'unjeu de connaissances, ne s'y présentaient à peu près que de complets ignorants, et qui, en plus, n'était même pas joueurs.

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    1. Je me suis aussi posé souvent la question. Une explication sommaire : les premiers paliers étaient trop aisés à atteindre (aucune gloire à tirer, aucun orgueil) et les supérieurs presque impossibles à part pour une sorte d'encyclopédiste névropathe (ces types là de toute façon ne savent même pas que l'émission existe et ne sont jamais sortis de la cave de leur mère).

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    2. Encyclopédiste névropathe toi-même, eh ! Moi, une fois, j'ai correctement répondu à la question qui valait un million d'euros. Mais comme j'étais affalé devant ma télé au lieu d'être sur le plateau, ça ne m'a pas enrichi ben ben…

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    3. Il me semble que les participants sont soigneusement castés comme disent les gens de télé : ils écartent ceux qui en savent trop parce qu'il faut que le téléspectateur (très) moyen puisse s'identifier aux concurrents. Et puis il faut que les victoires soient rares pour préserver l'intérêt de la chose (sans compter le portefeuille de la chaine).

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    4. Aristide,

      Je ne crois pas. Tout est effectué par tirage au sort, sous contrôle d'huissier.

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    5. Bon, en même temps, je suis naïf, c'est pas comme si on ne pouvait pas s'arranger avec un huissier...

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    6. Il m'avait pourtant semblé lire des articles racontant comment les chaines sélectionnent les concurrents parmi tous les gens qui se présentent (parce que évidemment ça se bouscule au portillon). Entretien, questionnaires, tout le toutim.
      Mais bon, ça date un peu.
      C'était peut-être pour questions pour un champion...

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  11. Il fallait donc répondre que le nouveau-né de l'ornithorynque globurgue ?
    Pourquoi vous ne donnez pas la réponse, vous êtes encore plus cruel que Boccolini !

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    1. Le corbeau croasse, la grenouille coasse et la Boccolini connasse.

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  12. Ne sont pas du jeu ces activités, codées, dominées par le Spectacle, qu'on appelle "jeux télévisés". Chaque participant est quelqu'un qui nie se faire enculer, en y allant de lui-même, ou considère que, pour ce qu'il risque d'y gagner, ça vaut le coup.

    Bocco, Vanessa, Mamadou ne sont que les figurants d'un sketch recommencé... jusqu'à épuisement du Spectacle. Bocco engraisse, c'est logique... mais aucune pour les deux guignols !

    Le jeu qui n'appartient pas aux joueurs n'est pas du jeu, c'est une activité sans nom, qui s'apparente au travail.

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    1. Bocco engraisse, c'est pas très gentil, ça (mais c'est tellement vrai ; grossiste, va !)

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  13. ...mais aucune pitié pour les deux guignols !

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  14. Paul Hodell-Hallite27 juin 2012 à 18:54

    Ca commence comme ça , et sans s'en rendre compte , on finit par devenir "humain" .

    Prudence .

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    1. Vous avez raison, il faut que je me ressaisisse…

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  15. Je vous donne un truc mnémotechnique :

    Puisque serbo-croate, corbeau croasse - donc grenouille coasse.

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    1. Et avec Bosniaque ? Z'avez un truc avec Bosniaque ?

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    2. Non, mais pour vous rappeler une marque pourtant célèbre de tracteurs et autres engins agricoles, vous n'avez qu'à penser à la Macédoine. "Macé" induit Massey, donc Massey-Ferguson. Je dois en avoir d'autres de ce type dans l'espèce de Samaritaine que mon cerveau héberge.

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    3. L'agriculteur à côté de chez mes beaux parents chante d'ailleurs très bien
      "Je n'ai besoin de personne en Massey-Ferguson"

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  16. Je ne sais pas de quoi vous parlez je n'écoute que le jeu des mille francs.

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  17. Sinon Carine a raison :votre photo rappelle le visage de la première.
    En à peine plus empâté.

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  18. Par la destruction de la paysannerie, de l’artisanat, du commerce d’initiatives privées, de la France rurale et de ses quatre piliers : la famille, le métier, l’épargne, la propriété, cette opération tend à soumettre les peuples, écrasés par le crédit et la télévision, à la dictature masquée de l’Usure légale et de l’Argent abstrait.

    Toujours ici.

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  19. Et je ne peux que vous (re)conseiller d'aller voir ce petit film: "Le Grand Soir".

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  20. Ce qu'il y a de bien avec Fredi (outre le fait qu'il fait monter les compteurs de commentaires des blogs qu'il fréquente et où il n'est pas censuré), c'est qu'il arrive à avoir des élans communistes. Le voila enfonçant les banques et le libéralisme qui crée l'argent abstrait.

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    1. Les commentaires de fredi on s'en fout.
      En revanche un homme qui se dit de gauche et qui censure, voilà qui devrait interpeller.
      Connard.

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  21. As-tu lu, toi le tetraplégique du cerveau, le texte mis en lien plus haut ?
    L'as-tu compris ? Que peux-tu en dire ? Peux-tu en dire en quelque chose ?
    Va dormir.

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  22. Nicodème tu es assez desespérant tu sais ?
    Mais je compte sur toi pour raconter avec talent la chute de ton bien-aimé.

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  23. Bien que n'ayant pas moi-même la tévée (comme il se doit quand on se la pète un peu), je ne résiste pas à rappeler, à propos de jeux télévisés, une plaisante anecdote trouvée sur le ouèbe, laquelle met en scène un certain Jean-Luc Reichmann, animateur de son état de l'un de ces jeux sur Télé-Béton, ainsi qu'une candidate, pas forcément des plus fufutes, lors d'une édition – comme on dit maintenant – du suspasnommé jeu le mardi 27 mai 2008 :

    L’animateur : « Quelle est la suite du vers "Rodrigue, as-tu du…" ? »
    La candidate : « …du feu ? »
    L’animateur : « Oh la la !… Allons !… "Rodrigue, as-tu du…" ? »
    Le public : « …CŒUR! »
    La candidate : « Excusez-moi, je sors d’un bac littéraire, alors ! »
    L’animateur, qui prend alors l’accent de Marseille : « Et vous ne connaissez pas Marcel Pagnol ? Sa fameuse partie de cartes ? »
    La voix-qui-vient-du-ciel : « Jean-Luc, c'est "le Cid" de Corneille »
    L’animateur : « C'est pareil ! »

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    1. Rocambole attitude28 juin 2012 à 08:21

      Dans les "Mariés de la 2", toujours avec JL Reichmann:
      L'animateur: "Dites-moi Maryse l'endroit où vous avez fait l'amour pour la dernière fois"
      La candidate: "Euh (un peu gênée)... dans les fesses"

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  24. J'ai survolé un peu cette émission avec Bocco. Je suis à peu près sûr qu'ils sélectionnent les candidats pour disons "le fun" et éventuellement la valorisation des spectateurs. je voudrais vraiment en être sûr.

    Et fait absolument remarquable que j'ai découvert, c'est le côte totalement "affectif" des nanas, leur capacité à éliminer d'entrée la bonne réponse parce qu'elles ne la sentent pas bien ...

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  25. Tout à fait hors sujet, j'espère que vous n’oublierez pas de vous joindre à la gay-pride. On ne peut pas rester indifférent aux brillants résultats de plusieurs millions d’année d’évolution.

    Et nul doute que des hommages seront rendus à Descoings et Ferrand, si les participants pensent à autre chose que leur nombril (euphémisme).

    Et le spectacle d'une fin de civilisation, en "live", ça ne se manque pas.

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