samedi 8 juin 2013

Mais que fait donc cette mouche dans mon verre de pastis ?


Toute personne habitant la campagne est amenée à partager son lebensraum avec un certain nombre de bestioles, qui étaient là avant lui dans la plupart des cas : non les individus, mais l'espèce. Je parle principalement des insectes et assimilés, car personne, à me connaissance, ne se scandalise ni ne s'effraie de devoir cohabiter avec des mésanges ou des lapins de garenne. Pour ma part, je m'accommode fort bien de ce voisinage avec les rampants, les volants, les vrombissants, les silencieux, les chitineux, les tout-mous, et autres mini-organismes moins dûment répertoriés. Je suppose qu'il en irait un peu autrement si je vivais dans des contrées stupides et dangereuses – l'Afrique, l'Australie, la forêt amazonienne… – où la moitié des espèces sont venimeuses ascendant mortelles. Mais, par chez nous, l'insecte a tendance à se montrer bonasse, innocuite, innocent, voire in-nocent pour complaire à Renaud Camus.

Par conséquent, je cohabite en excellente intelligence, laquelle, entre eux et nous, est mieux partagée que notre fatuité native ne nous le laisse généralement à penser. Non seulement je ne confronte jamais la semelle de ma charentaise à un organisme vivant (la confronter à un organisme mort n'aurait par ailleurs aucun sens), mais il m'arrive fréquemment de sauver la vie d'une mouche tombée dans la gamelle d'eau des chiens, celle d'une sauterelle égarée dans le salon ou d'un escargot parti sottement à l'assaut du mur de façade. Cette mansuétude souffre cependant deux exceptions.

Je massacre impitoyablement toute araignée ayant la mauvaise idée de déambuler dans la maison ; non par un quelconque ressentiment particulier envers sa personne, mais parce que Catherine est arachnophobe (et, là, pour une fois, le phobe est pleinement justifié), et que je déteste les hurlements qu'elle pousse lorsqu'elle se trouve confrontée à l'une de ces inoffensives créatures. La deuxième exception est celle des frelons ; cette fois, c'est moi qui suis frelonophobe, le suffixe étant à peine moins justifié que précédemment car, enfin, jamais aucun de ces B 52 à rayures ne m'a encore attaqué. Mais je n'y peux rien : j'ai peur.

Il y aurait bien aussi le cas des souris qui, entre plafond et toit, bouffent la laine de verre tout en se multipliant, et qui, de ce fait, nécessitent parfois quelque contrattaque chimique et létale ; mais cela nous entraînerait trop loin.

13 commentaires:

  1. Mon gamin de 18 ans adore toutes les bestioles du type insecte voire aussi les serpents.

    C'est simple, j'attends qu'il soit dehors pour occire toutes les choses à plusieurs pattes qui visitent mon humble appartement parisien.

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    1. C'est très mal de priver un enfant de ses jouets favoris !

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  2. Et les pucerons qui détruisent les rosiers ?

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    1. Les coccinelles asiatiques s'en chargent…

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    2. Elles auraient été arabes, vous auriez moins fait le fier !

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  3. Le frelon est méchant, mais très très con. Facile à buter, dirai-je, si je ne craignais d'être stigmatisé (mais après tout, je stigmatise également).

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    1. C'est vrai qu'il se laisse très gentiment occire. De plus, on l'entend arriver de loin.

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  4. Si vous vous mettiez au jardinage, bien des espèces vous paraîtraient moins sympathiques.

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    1. C'est bien pour cela que je m'en garde comme de la peste.

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  5. Pour une fois, et c'est une excellente chose, nous nous garderons de parler de « ces insectes de la société qui ne sont aperçus que parce qu'ils piquent. » Voltaire. Dictionnaire. Goût.

    Aussi nous citerons Carl Linné et sa manière de voir les insectes, qui écrit :

    « L'utilité des insectes a été suffisamment exposée par Charles de Geer, Chambellan du Roi, dans un discours qu'il a prononcé à l'Académie des sciences de Stockholm. Un autre de mes collègues s'est chargé de nous démontrer quel grand tort les insectes causent ordinairement. (...) Ainsi n'est-il pas tellement nécessaire que j'expose aussi leur tort qui est presque incroyable. Je veux seulement mentionner n trois mots que nous ne pourrons jamais les combattre suffisamment si nous nous servons pas d'eux-mêmes comme moyens. comme en effet nous nous servons des chiens et d'autres bêtes pour vaincre les cerfs, les sangliers, les lièvres et d'autres animaux qui causent du tort à nos champs et à nos prés (...); de même nous devrions nous servir des insectes les plus féroces pour détruire le reste des bestioles. »
    C. Linné/ C. Gedner in Équilibre de la nature (1752).

    Bien sûr, certains ne jurent que par la chimie ou... les tapettes, question de choix !

    Enfin Jean-Jacques Rousseau nous invite à la sagesse :

    « Celui dont la force passe les besoins, fût-il un insecte, un ver, est un être fort ; celui dont les besoins passent la force, fût-il un éléphant, un lion ; fût-il un conquérant, un héros ; fût-il un dieu ; c'est un être faible. L'ange rebelle qui méconnut sa nature était plus faible que l'heureux mortel qui vit en paix selon la sienne. L'homme est très fort quand il se contente d'être ce qu'il est ; il est très faible lorsqu'il veut s'élever au-dessus de l'humanité. »
    Jean-Jacques Rousseau. Œuvres complètes - II (wikisource.org/)


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  6. Les souris bouffent la laine de verre et se multiplient quand même? Moi quand j'ai posé la laine de verre j'ai cru m'étouffer avec les particules qui en profitaient pour danser la sarabande alentour.

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  7. "...et qui, de ce fait, nécessitent parfois quelque contrattaque chimique et létale..." Vous voyez bien que vous êtes nazi Didier...

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  8. Massacrer les araignées est une grave erreur. Invitez-les à déguerpir et si elles ne veulent pas, capturez-les avec votre verre à pastis (sans pastis, quoi) et foutez-les dehors.
    Elles reviendront certes, mais elles sauront alors qui est le maître.
    Il faut toujours avoir une araignée au logis, car ce redoutable prédateur vous débarrasse d'un nombre impressionnant de parasites et de vermines de toute espèce et de toute gratte.
    Il faut convaincre ainsi Catherine : c'est toi ou l'araignée hein ! ^^
    Bien à vous

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