samedi 11 avril 2015

Le déshonneur de la Pléiade


Dans six jours, on pourra donc lire les immortels chefs-d'œuvre de Jean d'Ormesson dans la Bibliothèque de la Pléiade. Les boutiquiers qui président aux destinées de la maison Gallimard ont dû s'aviser qu'il y avait là un peu de monnaie à se faire, pour parler aussi vulgairement qu'ils doivent penser. 

Pendant ce temps, le Journal littéraire de Paul Léautaud n'est plus disponible que sur les sites de vente d'occasion, le Mercure de France – qui appartient aux boutiquiers déjà évoqués – ne jugeant pas utile de refaire une édition de ce monument, ce qui devrait les faire violir de honte. C'est évidemment Léautaud qui aurait toute légitimité à entrer dans la Pléiade, et non ce pauvre d'Ormesson, dont les livres tomberont en poussière le jour même où on le portera en terre, avec tous les honneurs qui ne lui sont aucunement dus. Car ceux qui ont lu les quelque sept mille pages de l'édition en trois volumes du Mercure ont été comme moi irrités, frustrés par ces lignes de pointillés remplaçant des passages que Léautaud lui-même jugeait, à son époque, “trop vifs pour être imprimés” ; et aussi par ces gens dont les noms sont remplacés par des initiales. Or, 59 ans ont passé depuis la mort de Léautaud (comme il a replié son parapluie trois semaines avant que j'ouvre le mien, je ne me trompe jamais dans le calcul…), les personnes dont il parle le sont aussi, mortes, et il serait grand temps de donner enfin une édition complète du Journal littéraire. Cela dépend de trois “personnes” : la bibliothèque qui détient le manuscrit complet du journal, la maison Gallimard qui en possède les droits par le biais du Mercure de France, et la SPA, puisque c'est cette société dont Léautaud a fait son ayant-droit, si c'est bien le terme correct ; son héritière, si l'on préfère. On ne voit pas ce qui pourrait empêcher ces trois entités de se mettre d'accord pour publier rapidement l'édition définitive que les léotaldiens attendent ; à part, peut-être, la conjonction de l'incurie des uns avec l'indifférence des autres.

32 commentaires:

  1. Je pense que le "trop vif..." porte sur des histoires de galipettes (désormais publiées intégralement par ailleurs...) plus que sur des propos concernant tel ou tel....

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    1. Oui, c'est fort possible. Mais comme c'est sa formule favorite, je la garde.

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  2. Je me souviens d'une émission de télévision où Jean d'Ormesson, alors dans la force de l'âge, expliquait qu'un jour il se retirerait du monde, peut-être dans un couvent, pour écrire le chef-d'oeuvre qu'il lui restait à écrire.
    Eh bien voilà ! Il n'a pas eu besoin d'écrire de chef-d'oeuvre pour entrer à la Pléïade. Vous verrez que quelque jour votre Louis-Gabriel pourrait y entrer aussi, pour peu qu'il se mette à occuper "l'esprit de la roture" !

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    1. L'idée n'est pas si mauvaise.

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    2. Sur FB ? Nicolas je ne sais pas le faire, vas-y toi, fais-le !

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    3. Pour une fois qu'il servirait à quelque chose, ce gros parasite frisé…

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    4. Ah merde ! J'étais abonné aux commentaires. Je n'ai pas pu le faire de chez moi. J'essaie avec l'iPhone.

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    5. Hop ! https://www.change.org/p/spa-ayant-droit-de-léautaud-publier-l-intégralité-du-journal-littéraire

      Carherine si le lien n'est pas bon, tu peux le récupérer sur mon profil Facebook. Au fait, on n'est plus potes dans ce bordel ?

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    6. Non, je t'avais supprimé en voulant te changer d'amis en famille (je ne publie que pour la famille). Faut me réinviter. J'ai signé la pétition, maintenant faut faire circuler !

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    7. Ben tu peux m'inviter aussi. Fainéasse. Quant à la pub de le pétition, je laisse le vieux se demerder. J'ai fait mon job.

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    8. Et hop! J'ai signé mais nous sommes bien peu pour le moment ... D'Ormesson à la pléiade !!!! Franchement ...

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    9. 12 signataires. Le succès est planétaire. Faudrait faire de la publicité.

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  4. y a encore du monde qui connait Léautaud et le lit ?

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    1. Bien sûr que non, voyons ! Comment pouvez-vous imaginer une aberration pareille ? Si je demande une édition définitive, c'est juste pour le plaisir de faire perdre de l'argent à Gallimard. Une gaminerie, quoi…

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  5. Le cuir de la Pléiade de son vivant à l'instar de Kundera , Saint-John Perse . Il y a en effet plus qu'un bémol .
    vincent

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  6. L'entrée de Jean d'Ormesson, causeur brillant ( malgré ses 89 ans), auteur de livres légers et agréables à parcourir - sans plus- avec un sens certain du bon titre, dans la Pléiade, est pour le moins une décision légère.
    Maintenant, tous les espoirs sont permis à BHL.

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  7. D'Ormesson...Il ne lui manque plus que deux médailles : le Nobel et la mort (Bernard Frank, autour de 1990)

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  8. Peut-être qu'en publiant des auteurs qui se vendent ,La Pléiade pourrait en éditer d'autres qui malgré l'immense intérêt qu'ils présentent attirent moins de chalands. Après tout Gallimard n'est pas une œuvre charitable...

    Je dis ça en toute objectivité ne lisant ni l'un ni l'autre.

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    1. Mais, pour financer la Pléiade, il y a déjà tout le reste, tout ce que publie Gallimard par ailleurs !

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  9. On a sans doute trop tendance à "sanctuariser" La Pléiade, qui n'est après tout qu'une des collections de Gallimard, obéissant aussi à des impératifs commerciaux. En Italie, l'équivalent de cette collection, "I Meridiani", publiée par Mondadori, est beaucoup plus ouverte à la littérature contemporaine et à des auteurs populaires, italiens et étrangers, sans que cela choque personne. Jean d'Ormesson n'est pas un mauvais écrivain, même s'il a tendance depuis quelques années à céder à la facilité et à se répéter beaucoup. Les romans que contient cette "Pléiade" : "Au plaisir de Dieu, "La Gloire de l'Empire, "Histoire du Juif errant", n'ont en tout cas rien de déshonorant et sont même tout à fait plaisants...

    Cela dit, vous avez bien sûr raison pour Léautaud, et il est vraiment scandaleux que le "Journal" intégral soit devenu pratiquement introuvable : l'édition reliée du "Mercure" est désormais proposée à des prix vertigineux sur les sites de livres d'occasion, la rareté encourageant la spéculation !

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    1. Je trouve que la Pléiade a commencé à trahir sa propre raison d'être quand on a commencé à y trouver des auteurs vivants : Gide d'abord, puis Green et quelques autres (dont Sarraute).

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  10. Bon je vais faire le lecteur de gare, mais moi j'aime bien ce d'Ormesson. Je suis heureux qu'il rentre dans cette institution.

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  11. Je me demande combien se négocient les droits pour cet ouvrage

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  12. Ah! Monsieur d'Ormesson, vous osiez déclarer...

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  13. Enfin, M. Goux, quand on vous compare
    http://1.bp.blogspot.com/-U6kmgyi5EQ8/VKlrOvLPl_I/AAAAAAAAO34/J3J3yDqHtyU/s1600/DSCN4018.JPG
    à d'Ormesson, on est bien obligé de constater qu'il est un excellent écrivain.
    D'autant qu'il a une particule, lui.

    (j'ai honte)

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    1. Putain de connard, si je puis me permettre. La galette des rois de Didier Goux est connue de nombreux blogs. Alors que celle de d'Ormesson...

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  14. La Pléiade ne se prétend pas un sanctuaire et répond ouvertement à des objectifs commerciaux. Si un d'Ormesson permet d'éditer Aristote ou je-ne-sais-quel-texte-nordique, pourquoi pas ? Les lecteurs font de la Pléiade une collection patrimoniale qu'elle n'est pas. Je suis surpris que ce rôle d'excellence ne soit pas plutôt reconnu aux édition des Belles-lettres, qui font pour les antiques un travail formidable et, pour le coup, absolument libéré des contraintes du marché.

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  15. Pour compléter : Je n'ai pas lu d'Ormesson, mais on peut au moins lui reconnaître, dans ses apparitions, de respecter la langue, ce qui est tellement rare de nos jours. Quelqu'un qui manie le français avec aisance et esprit n'est sans doute pas complètement dénué d'intérêt.

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