dimanche 15 août 2010

De la neige en été et des machines à rien faire

À midi, cependant que nous dégustions un poulet nappé d'une sauce au camembert et accompagné de tagliatelles, l'Irremplaçable m'informe soudain qu'au journal télévisé d'hier soir elle a appris l'existence, en Lorraine, d'une sorte de gigantesque bulle réfrigérée, à l'intérieur de laquelle nos joyeux modernœuds sportifs peuvent désormais aller skier même en plein été. Elle ajoute qu'elle trouve cela complètement idiot. « Pas plus que d'installer une plage au centre de Paris ! », lui rétorqué-je assez piteusement.

Puis, en y réfléchissant un peu – et en trempant mon pain dans la sauce, comme je sais qu'on ne doit pas faire –, je me suis avisé que ce n'était pas plus stupide non plus que le ski lui-même. Qu'une marche supplémentaire avait simplement été montée (ou descendue, ça dépend de la position de l'observateur), mais que de saut qualitatif il n'y avait point.

Parce qu'enfin, le ski a bien été inventé pour pouvoir se déplacer malgré la neige, non ? Il s'agit d'un ustensile utilitaire, conçu pour que la vie quotidienne et laborieuse continue d'être possible en dépit des éléments contraires, ou me gouré-je ? À partir du moment où les humains ont éprouvé le besoin d'aller à la rencontre de la neige à seule fin de pouvoir utiliser les skis acquis à grands frais et dont ils n'auraient jamais eu l'utilité autrement, là il y a eu saut qualitatif : celui qui permet de passer de l'homme au touriste, du vivant au vacancier. Mais ensuite, il n'y a plus la moindre solution de continuité entre Festivus qui allait à la neige, ses skis sur l'épaule, et Festivus Festivus qui fait venir la neige à lui, ses skis sur l'épaule – c'est le même homme (?) à deux stades successifs de la maladie qui s'apprête à l'emporter.

On devrait pouvoir mener à bien la même démonstration avec des patins à glace, mais je manque un peu de temps : il faut que j'aille finir la montagnette que j'ai érigée dans le jardin afin d'étrenner mon piolet et mes petits chaussons d'escalade.

21 commentaires:

  1. D'un autre coté, s'il fallait boire que quand on a soif...

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  2. A ce moment-là, c'est la même chose pour les régates et les courses autour du monde ou transatlantiques!
    On utilise le voilier pour une compétition idiote.
    Même chose pour le vélo, l'automobile et plein d'autres modes de locomotion.

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  3. Nicolas : je ne sais pas, je n'ai jamais eu le temps d'avoir soif.

    Chieuvrou, vous m'énervez.

    (Smiley.)

    Carine : oui mais non. Le vélo et l'automobile restent des moyens de locomotion, liés à la vie réelle. Pour les régates, je ne dis pas...

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  4. Deux remarques me viennent à l’esprit :
    1° je suppose que M. Goux a dû augmenter ces derniers jours la pagination quotidienne de sa production littéraire alimentaire (mercenaire ou non, je ne sais) car il parle moins de ses lectures et plus de bouffe (sa creuse…)
    2° s’agissant du ski, il devrait faire une distinction entre le ski dit nordique (de fond) qui reste quand même proche du moyen de transport (épuisant d’ailleurs donc, perso, je n’y ai jamais tâté…) et le ski dit alpin, lequel n’est en effet qu’un manège (avec ou sans tire-fesses, lesquels me conviennent…) donc un parfait joujou pour l’homo festivus. Et sa pratique "en salle" n’est jamais qu’une banale "avancée" de la moudernité.

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  5. IL en va ainsi pour à peu près toutes les activités humaines.

    En passant, pourquoi ne peut-on pas tremper son pain dans la sauce si on en a envie?

    Accent Grave

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  6. Le Plouc : vous avez raison, pour le ski "de fond".

    Accent grave : parce que que, dans la bourgeoisie, quand il en existait encore une, c'était considéré comme mal élevé (comme "peuple").

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  7. Comme vous, je déteste le ski, les sports d'hiver, et même la neige, mais surtout, cette propension de l'homme à aimer s'agglutiner au même endroit pour faire la queue toute l'année, comme dans une République du Pacte de Varsovie, MAIs, car il y a un MAIS, je me demande si le ski n'a pas eu, à son origine, une vraie utilité.

    Nous faudrait un savoyard pour nous éclairer, Didier. Y a un savoyard dans le coin ?*

    * Ne pas confondre avec un héritier de la maison de Savoie que tout transalpin exècre comme de bien entendu.

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  8. Dorham : vous m'avez lu trop vite, car je dis exactement la même chose que votre "mais" !

    Et si vous appelez au Savoyard, vous risquez de voir rappliquer Georges, tant pis pour vous...

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  9. Eh oui, vous avez mis le doigt et le bout de pain sur un anglicisme: en fait à la base, le sport désigne le loisir en général. L'une des premières utilisations écrites du mot était dans le "Book of Sports" rédigé par un pasteur anglican et qui détaillait les loisirs le jour du Seigneur.

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  10. Du moment qu'il ne sa radine pas à poil sa guimbarde entre les mains.

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  11. Au temps pour moi pour la lecture en diagonale. Vous dites vrai.

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  12. Je confirme pour l'histoire du bout de pain dans la bourgeoisie.

    Ainsi, il y a deux semaines, alors que j'étais à la table des Balladur, j'ai bien senti qu'Édouard, le sourcil levé, et Marie-Josèphe, soudain emplie d'une morgue inhabituelle, me fusillaient du regard à peine mon bout de pain avait-il effleuré la surface de la sauce Nantua restée dans mon assiette.

    D'autant plus inexplicable qu'il n'y a, paraît-il, plus de bourgeoisie (et que, du reste, notre hôte lui-même avait su nous mettre en confiance en début de repas par un on ne peut plus sympathique : « Allez, bonne graille, les amis ! »)

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  13. Chieuvrou : dans le genre "injonction à la graille", j'aime aussi beaucoup : « Mes amis, je vous en prie, mangez largement : la dépense est faite ! ».

    Sur ce, je me colle au boulot et ne réponds plus aux commentaires avant ce soir...

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  14. Je connais un Savoyard dans le coin, ou plutôt pas trop loin, mais c'est pas moi qui le dénoncerai!

    Bien sûr que le ski, de fond ou alpin, est un moyen de locomotion. Il suffit de voir les petits écoliers du Haut-Jura qui déchaussent et enfilent leurs chaussons pour entrer en classe. J'imagine que c'est la même chose dans les Alpes et les Pyrénées.

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  15. Et je ne pensais pas à Georges, que je ne connais pas, comme savoyard. Donc il y en a deux.

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  16. Un poulet sauce camembert ? Hmmmmm.. Il faut que je teste..

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  17. Emanu, c'est ici :
    http://choupikyky.blogspot.com/2009/02/un-amour-de-st-valentin-partie.html

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  18. On ne mange pas avec ses doigts: je sauce avec le bout de pain accroché à la fourchette... Succés garanti, qu'on peut commenter de diverses façons : vous savez je viens de Lamothe-Beuvron ( fx par ailleurs;-) ou : ah appartenir à la plèbe a ses avantages; ou : Maman m'a appris à finir mon assiette... Etc..

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  19. Très bien ces cours de maintien, vraiment, moi aussi ça me dégoûte de voir les gens qui se croient obligés de manger avec les doigts, et qui ne s'en cachent pas.

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