lundi 9 août 2010

Un antidote à l'avenir radieux

« Et sais-tu ce qu'il m'a dit à la fin ? il m'a dit : j'attache beaucoup de prix à Vos œuvres. et je pourrais bien faire autoriser Votre exposition. Eh bien, allez-y, lui dis-je, qu'est-ce que cela Vous coûte ? Ça n'a pas de sens, qu'il me dit. De toute façon, on n'arrivera à rien. Vous connaissez bien le système, non ? Oui, je le connais, lui dis-je. L'art a toujours eu besoin de la protection des hommes du pouvoir. L'art véritable est en lui-même sans défense. Sans Votre protection, ils vont tout simplement me bouffer. Avec ma protection, me dit-il, ils Vous boufferont de la même façon. Qu'est-ce que cela signifie ? Les rouages de notre histoire sont en train de se mettre à nu, dit le Calomniateur. Nous vivons une époque étonnante de point de vue de ce qu'elle recèle comme possibilités de connaître la réalité. Tout se dénude à l'extrême. Souviens-toi de mes paroles, dans les années qui viennent, nous allons être dépouillés de tous nos haillons de luxe et observés tout nus. Qui le fera, demande le Barbouilleur. Cela se fait déjà, répond le Calomniateur. Il y aura suffisamment de volontaires. Et quant à la matière, il est difficile de trouver quelque chose qui intrigue davantage. C'est stupéfiant, dit le Barbouilleur. Prise isolément, la vie de chacun de nous est d'un ennui, d'une grisaille, d'une monotonie vomitifs. Mais pris tous ensemble, nous sommes un phénomène qui devient le centre de l'attention de la vie spirituelle de l'humanité. Comment expliquer cela ? Intérêt malsain des nantis ? Je ne pense pas, dit le Calomniateur. En tout cas, ce n'est pas seulement cela et ce n'est pas tellement cela. C'est plutôt qu'ils commencent à réfléchir un peu sur eux-mêmes. C'est le pressentiment du danger. En fin de compte, leur histoire future est en train de se décider chez nous. En ce moment même. Et même déjà hier. » (p. 96-97.)

Je trouve la drôlerie bouffonne de ce livre tout à fait irrésistible – irrésistible et effrayante. Avec un sérieux d'airain, Zinoviev feint de ne pas avoir conscience de ce que ses textes peuvent avoir de comique, et c'est en grande partie pour cela qu'ils le sont. Il y a aussi un vrai plaisir à perdre pied au milieu de ses raisonnements imperturbables, et à deviner qu'il rit sous son masque de comédien grec – mais sans en être tout à fait sûr. Il y a évidemment une accointance étroite (et qui serait à préciser, à approfondir) entre ces Hauteurs béantes et Le Maître et Marguerite. Sans doute à chercher du côté de la bouffonnerie justement, de l'exagération, de la caricature comme seuls moyens pertinents pour exprimer cette aberration ubuesque que fut le communisme “en actes”.

10 commentaires:

  1. Tiens, y'a pas de commentaire, ici ? Ils sont où tous ?

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  2. "Sur la plage", vous en avez de bonnes vous..! Pluton est en enfer dans un sous-marin sans fenêtres et vient de signer son deuxième billet bleu de la journée... Bon, je vous laisse, je suis attendu par un clan de gitans qui campent dans le hall et veulent des "news" ! Et ce n'est pas une blague!! Amitiés à vous tous.

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  3. Pluton, c'est quoi un billet bleu ?

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  4. Catherine, ce type de billet est un certificat de décès, de couleur bleutée et dont les réanimateurs font grand usage vu la gravité clinique de leurs clients...
    Amitiés.

    Pluton embourbé sur les berges du Styx.

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  5. Cool, cool, des vivants en moins, du silence en plus !

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  6. Georges, je voulais dire "pas cool" pour Pluton qui doit annoncer ça à un clan de gitans.

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  7. Oui oui, j'avais bien compris, Catherine, mais moi je continue de trouver cool que certains veuillent bien laisser un peu de place aux gitans, au CPF et à tous les diversitaires métissés qui traînent dans le couloirs, parce que merde, quoi, faut se sentir con et cerné, non ?

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  8. Oui Georges, ce matin, en dépit de nos efforts, c'était "un peu de place", façon concession perpétuelle avec un superbe paletot résineux en prime. Et sans dégâts collatéraux...

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