mercredi 24 juillet 2013

Dégueulis de soleil


Les journées de chaleur sont hors du temps ; elles ne permettent pas de vivre normalement. Au-delà de trente degrés celsius, l'homme régresse vers le bédouin, le chrétien est tenté par l'islam. On le teste sur soi-même, de façon très nette : la voiture se fait chameau, la femme dégringole dans l'estime, on se sent des envies de lapidation, l'intelligence s'oblitère. Tous ensemble on régresse, le soleil rétablit sa puissance, redevient le dieu Râ, le monde se courbe et adore en des sourires extatiques et hautement pénibles. On peut adorer à l'ancienne, ce qui a un certain charme passager, ou à la moderne, ce qui n'en a aucun : on peut rêver au désert ou se rendre à Paris-Plage, penser Charles de Foucault ou s'abîmer Delanoë. Au bout du compte, le soleil et les vents dominants décident de vous, de votre amollissement, de votre abaissement. On perçoit très bien la suspension douloureuse de la vie qui ne va plus, on serait foutu d'élever des idoles périmées – et d'ailleurs on le fait : le corps, le bronzage, l'ambre dite solaire, les vacances ; toutes choses qui n'existent pas le reste de l'année, et qui du reste n'existent pas du tout.

L'été est la saison des cons, et la chaleur multiplie leur rigolard pouvoir de nuisance. Ils le prouvent tous les jours.

39 commentaires:

  1. C'est, entre autres choses, pour ça que je préfère le Nord de la France. M'enfin, s'il se met à faire chaud en Normandie, maintenant, où va le monde ?

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    1. Attention : il y a des coins de sud où il fait toujours frais, altitude oblige. J'ai la chance d'y vivre et d'y passer mes vacances presque intégralement. C'est un lieu où les plus brillantes intelligences peuvent se déployer sans frein, où même les idiots ont des airs subtils. Inutile de dire pourquoi je ne le quitte plus.

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    2. Vous avez bien de la chance, Messire Marco !

      Mat : la chaleur normande, en général on l'a à l'usure en quelques jours…

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  2. " on peut rêver au désert ou se rendre à Paris-Plage, penser Charles de Foucault ou s'abîmer Delanoë." excellent !

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    1. J'ai eu peur, en accolant ces deux noms, que le choc soit par trop violent…

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  3. La chaleur ne change rien : je suis au bistro avec le vieux Joël et on boit de la bière.

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    1. Si, ça change : vous buvez encore plus de bière.

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  4. J'ai reconnu la plage, c'est étrange habituellement il y a plus de monde !

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    1. La photo a été prise à la morte saison.

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  5. Déjà deux heures et toujours pas de commentaires?
    Ah les gens! Ils sont toujours à la plage?
    C'est con.

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    1. C'est juste que le valideur de commentaires était au lit : les vieux, ça se couche tôt !

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  6. En tous cas le soleil reveille votre verve, heu verbe. ;.)

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    1. Oui, parce que, la verve, elle, est fortement en berne.

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  7. Ah, le petit billet saisonnier... J'aime pas l'été, gnagnagna... Les vacanciers sont des cons... Quel snob vous faites des fois !

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    1. Je m'insurge et vous compisse ! J'ai toujours détesté l'été, même quand j'étais très jeune et supposément de gauche. Pour plusieurs raison, d'ailleurs : la chaleur n'est que l'une des composantes de ma détestation.

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    2. D'autre part, il est indéniable que les vacanciers sont des cons. Ce qui ne signifie pas que seuls les cons partent vacances, mais bien que toute personne se métamorphosant pour quelques semaines en vacanciers devient automatiquement con – y compris moi, bien entendu.

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    3. Insurgez-vous, pisse-froid, je suis imperméable à la pisse d'autrui. Et vous racontez n'importe quoi. Le seul truc sur lequel je suis à peu près d'accord, c'est à propos des "vertus" abrutissantes de la chaleur. A peu près, parce que ce n'est pas toujours le cas. C'est peut-être parce que je suis un latin mais il m'arrive parfois, de me sentir au-delà de la chaleur, ou plutôt dedans, en temps de canicule, les sens particulièrement aiguisés, la concentration aiguë. Pour le reste, vous avez une sorte de cliché débile en tête et il nuit à votre compréhension de l'ensemble.

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    4. Une réalité ne se réduit pas à un simple cliché.
      Le vacancier n'est pas la même personne que le reste de l'année. Ceci dit, pas besoin d'être en vacances pour que le soleil rende con.

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    5. Ce que vous écrivez là ne veut strictement rien dire. On n'est pas le même quand on se repose que lorsque l'on est au travail... Quand vous faites vos courses, vous vous trouvez plus ou moins intelligent ? Franchement, qu'est-ce qu'il ne faut pas lire. Fil, les vacances, c'est souvent le temps où la famille se retrouve, où les uns les autres peuvent retrouver le temps de s'écouter. Bon, c'est un exemple parmi d'autres. Vous réduisez tout à des conneries, à des images, par cynisme facile. Mais sortez-donc un peu de votre confort de pensée !!!

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    6. Une "réalité"... Pfff.... Mais la réalité - ou ce que vous croyez être la réalité - c'est un outil bien imprécis. Vous avez l'air - comme pas mal de réactionnaires - de confondre la réalité et la vérité, vous... C'est pourtant une distinction des plus basiques.

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    7. Mais non, Je ne confonds pas réalité et vérité. La vérité n'existe que lorsqu'elle colle strictement aux faits. Par exemple le gouvernement ment, il ne dit pas la vérité. Ce qu'il dit sur l'actualité ne colle absolument pas aux faits... Fin bon, ce dont parle Didier n'est pas qu'un cliché. C'est une réalité, l'été on voit fleurir plein d'actes qu'on ne verrait pas l'hiver ou par temps de pluie.
      Et je ne critique pas les vacances, je critique les hommes quand l'été arrive. Chacun fait bien ce qu'il veut de ses vacances et on a encore le droit de dire que l'été rend con, merde!
      Ne me faîtes pas dire ce que je n'ai pas dit. Je suis pour les familles, les congès, mais pas pour rien foutre sous un soleil de plomb. et les gens deviennent cons avec le soleil.

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  8. Les congés payés forment un vice apporté par le front poulaire

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  9. Je suis tellement d'accord. Je constate que l'été, les gens oublient qu'ils vivent en société.
    On assiste à des partages de musique, souvent merdique, dont le volume grimpe en décibels par rapport à l'hiver, et qui grâce aux fenêtres ouvertes, se répandent dans tous les appartements. Vous ouvrez les fenêtres car il fait chaud, commencez à vous endormir gentiment vers 23h30, et là des notes viennent vous extirper de votre sommeil. S'ajoutent à ça les voix de fêtards qui par la chaleur en oublient les règles élémentaires de respect du voisinage.

    Le silence est un trésor, une denrée précieuse, mais que l'on trouve difficilement en agglomération quand les beaux jours arrivent. Je ne suis pas un enfant du soleil, et à cette heure-ci j'ai une pensée pour les habitants de certaines rues du XIXè arrondissement de Paris dans lesquelles les jeunes (toujours une vingtaine au moins) qui subissent les rodéos de scooter et les discussions racaillesques jusqu'à 5 heures du matin.

    "Il est interdit d'interdire" est la phrase la plus conne que notre société a créé.

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    1. Robert Marchenoir25 juillet 2013 à 14:22

      Maintenant, il y a même de la musique d'ascenseur dans les églises.

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    2. Est-ce que vous considérez les chants Grégoriens comme de la musique d'ascenseur?
      Pas plus tard que le week-end dernier, un homme qui apparemment s'occupait de l'église que je visitais en Charente, est venu me parler pour se justifier de la diffusion de cette musique. J'avais fait preuve d'étonnement en entendant cette musique, c'est pour ça qu'il est venu me parler je pense. Il me disait trouver qu'elle faisait du bien à l'âme.
      Peut-être que dans une église, en dehors de la messe, seul le silence prévaut.

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    3. Robert Marchenoir, vous conviendrez que la musique d'église dans les ascenseurs, c'est pas mieux.

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    4. Robert Marchenoir25 juillet 2013 à 19:49

      Fil, pour tout vous dire, c'était de la musique d'orgue, mais enregistrée. Je trouve ça insupportable. Quand c'est un organiste qui joue, même s'il répète, cela n'a rien à voir.

      Les églises étaient le seul endroit en ville où l'on pouvait trouver le silence, apparemment certains pensent que ce silence-là aussi doit être rempli par quelque chose.

      Bar, de la musique d'église dans les ascenseurs, bonne idée : l'ascenseur monte, la musique élève, tout est raccord.

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    5. Ah! AH! Pas mal celle-là Bar!

      Du coup je comprends Robert. Vous savez que vous trouverez du silence dans une église, d'autant plus reposant dans les villes bruyantes, et là, paf! de l'orgue! J'avoue je comprends.
      Ce qu'un bois procure au promeneur, une église peut en faire autant à l'esprit. Sinon, sur le principe, oui c'est idiot de vouloir remplir à tous pris les vides, même s'ils ont réussi à trouver le parfait dicton pour ce fait: "la nature a horreur du vide". Ou encore tant va la cruche qu'à la fin elle casse.

      Sur un point plus particulier, je crois que je préfère le son des chants à celui de l'orgue, qui a je trouve une sonorité un peu sombre. Il y a des chances que j'interprète mal cette musique aussi. Mais comme ça, juste en tant que visiteur, le chant grégorien ne m'avait pas trop gêné.

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  10. Autre époque, autres mœurs!

    Cependant je m'interroge, que sont devenus les trois cafés vénitiens qui attendaient Paul Morand au cœur de la Sérénissime?

    « Trois cafés vénitiens m'ont attendu, à travers les années, sans changer. Pour le matin, c'est au pied de l'Académia, à l'abri du pont; le verre d'orangeade est au niveau du Canal. on reçoit le soleil de face, vers dix heures; l'air n'a pas encore servi; il court à vous, tout débarbouillé, venant de la mer. Assis à ce petit café, presque sous l'arche du pont, je lis VOIR VENISE ET CREVER, de J. H. Chase.
    (...)
    Mon café de nuit, c'est la Fenice. La placette contient deux églises, le théâtre, un grand restaurant et le bar du théâtre. De quoi tout jouer, sur cette place, depuis Gozzi jusqu'à Courteline.
    (...)
    Pour la canicule, il existe un autre café, sur la place San Zanipolo, où l'on peut faire la sieste derrière le Gazzettino, sans être dérangé. On a au-dessus de soi le Colleone, et derrière,l'Ospedale; à gauche, à droite l'église San Giovanni e Paolo, panthéon gothique des plus grands doges, Mocenigo, Morosi, Loredan et ce Venier qui commandait à Lépante, vengeant le pauvre Bragadin à qui le Sénat offrit ici même, dans la nef, un monument pour le consoler d'avoir été si maltraité par le Turc. »
    Paul Morand, Venises.

    Les temps ont changé hélas, à jamais engloutis. Il est vraisemblable qu'aujourd'hui on crève à Venise d'un Sérénissime Assassinat.

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    1. Avec votre nostalgie à la con, on va encore se faire engueuler par Dorham…

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    2. C'est certain Didier, mais on a la nostalgie qu'on peut et les auteurs qui vont avec...

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    3. "Avec votre nostalgie à la con, on va encore se faire engueuler par Dorham…"

      Non, on a le droit d'être nostalgique. Quand j'entends le mot "vacances", je pense à mes grands-parents... Voyez, c'est aussi de la nostalgie.

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  11. Dans mon sud, l'été, les riches partent se mettre au frais quand les pauvres de toute la France viennent s'y entasser (mode progressiste désabusé).
    Mais le pire ce sont les pauvres qui gagnent au loto (mode réac désabusé).
    Mais le pire ce sont les pauvres. (mode qui a soif).

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  12. Je me dis que pour appeler sa fille térébenthine, certain(e)s ont du s'exposer au soleil plus que ne le recommande la notice du bon sens et que ne le préconisent les textes sacrés de la logique.


    Il y a peut-être un avenir pour de magnifiques petits Caca et de grosses Merguez, que certains auront la chance d'avoir pour voisins sur les plages, l'été prochain.

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  13. Quand on met ses yeux en flou et qu'on observe la photo, on a l'impression de voir des déchets sur une plage.
    Tout pareil. Le sac plastique en haut à gauche, juste en dessous les détritus de filets de pêche, et enfin, le plus gros, des bouteilles en plastique avec leurs bouchons. J'arrête là Didier, j'ai du laisser 24 messages. Je crois que ce genre de billets m'inspire pour raconter de belles histoires.

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  14. L'été est supportable dans le Finistère. Je n'y suis jamais accablé par cette chaleur démentielle qui vous transforme en paquet suintant, léthargique et morne. Et je suis seul sur la plage, le seul con peut-être mais peinard. De grâce, que tout le monde continue à aller dans le sud...

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    1. Robert Marchenoir25 juillet 2013 à 21:05

      Paul Kersey, connaissez-vous Paul Kersey ?

      http://stuffblackpeopledontlike.blogspot.fr

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    2. Suis retourné il y a deux semaines sur cette plage du Finistère où, délinquant*, je manquai de peu m'y noyer. J'ai appris ce jour-là qu'on pouvait fort bien se noyer tout en gardant pied, plié en quatre par le courant, plaqué au sable sous moins d'un mètre d'eau. Ce qui est bien con.
      Tout ça pour dire qu'en moins d'une heure l'autre jour, j'ai attrapé un satané coup de soleil qui m'a fait tout drôle et m'a bien accablé. Et puis les plages bretonnes sont infestées de sportifs aqueux, c'est partout quantité de ces délinquants* suintants que sont les surfeurs, ces êtres stupides, léthargiques et mornes dans leur façon de retourner inlassablement donner la tête dans le vague.

      *le mot qui convenait a substitué sa définition avec celui-là. Chose naturelle, dans un pays sans bon sens. Tout est normal.

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  15. Le seul avantage de l’Été, c'est que de jolies demoiselles couvrent leurs magnifiques popotins de short ultra-court que c'est réjouissant pour notre moral sinon je déteste cette saison surtout en ville quoique la plage c'est pire car en plus on se sent obligé de sourire bêtement pour démontrer un bonheur à la con.

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