vendredi 20 septembre 2013

Il y a des limites à la nostalgie imbécile

Non, il y a des limites, tout de même. Hier, je disais toute la tendresse que j'avais encore pour Julos Beaucarne, je ne renie rien. Là-dessus, la logique de la Porte Saint-Vincent le voulait, je suis passé à Jacques Bertin.

Eh bien, je vous le dis : ce n'est pas possible. La nostalgie a de la puissance mais elle ne peut pas tout ; en tout cas, pour moi, elle ne sauvera pas ce Bertin que j'ai pourtant passionnément aimé, durant quelques années. Comment peut-on être aussi pontifiant ? Aussi faux poète ? Aussi maladroit et grandiloquent dans l'expression, malgré une voix qui était belle ? Ce soir, écoutant certaines de ses chansons, j'ai l'impression de lire mes “poèmes” de ces mêmes années, poses avantageuses et ridicules de puceau boutonneux. Mais quoi ! il a dix ans de plus que moi, ce powète !

Cela dit, c'était une chose communément répandue, en ces années soixante-dix (je le dis pour mes jeunes amis non encore nés alors) : les chanteurs se prenaient pour des powètes, ils se gargarisaient de leur insuccès, y voyant la preuve de leur pureté, les Jean Vasca, Jacques Bertin et deux ou trois autres ; ils remplissaient des MJC de cinquante places, où j'étais parfois, ils se prenaient tragiquement au sérieux. Je me souviens par exemple que Bertin fusillait du regard sa pauvre salle si, par extraordinaire il lançait une chanson déjà connue et que trois applaudissements retentissaient : c'était du showbiz, cette horreur ! il fallait rester sage, écouter religieusement, recevoir la parole.

Mon Dieu, comment ces histrions pouvaient-ils être aussi prétentieux et guindés ? Et nous capables de les suivre, de l'être autant qu'eux ?

Jacques Bertin a réengistré certaines de ses chansons de ces années 1973 – 1975 : il a réussi à en donner des versions encore plus grandiloquentes, plus enfoncées dans le grotesque.

Pourtant, certaines me parlent encore. Les Anglais bombardaient les ponts… Ou encore : Le Temps a passé comme un charme

26 commentaires:

  1. Encore un petit effort, Henri Tachan et Anne Vanderlove vous font des signes !
    (et vive Nino Ferrer !)

    RépondreSupprimer
  2. Mon Dieu, comment ces histrions pouvaient-ils être aussi prétentieux et guindés ? Demandez à Biolay ou à Delerm, pour ne citer que les premiers qui me viennent à l'esprit. Sans connaître ceux que vous citez, ce que vous en dites me fait penser à ceux là.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Moi, c'est ceux que vous citez, vous, que je ne connais pas…

      Supprimer
    2. Vous avez réussi à échapper à Benjamin Biolay et à Vincent Delerm ? Vous êtes bienheureux, je ne vois que cela. C'est votre dot, votre jackpot au Loto à vous, chanceux gagnant !

      Supprimer
  3. En lisant votre billet sur Julios Beaucarne, j'ai repensé à Yvan Dautin ou Gilles Dreu que sont devenus ces chanteurs?

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Yvan Dautin, il a engendré Clémentine Autain. Depuis, il essaie de se faire oublier.

      Supprimer
  4. Eh bien, dites-moi ! Quand je pense que j'ai échappé à tout ça !
    Je n'en reviens pas.
    Quand nous parlerez-vous du "Roi des papas" ?

    RépondreSupprimer
  5. Je crois qu'il y a encore pire que Vasca ou Bertin : moi, à la même époque (le milieu des années soixante-dix, grosso modo), j’écoutais religieusement Catherine Ribeiro ! Je pouvais par exemple me repasser en boucle ce genre de chanson (attention, c'est du brutal !) : "tu aimes, tu aimes beaucoup les frêêêses, dans vingt ans, y'aura plus d'frêêêses..."

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Catherine Ribeiro + Alpes ! Je m'en souviens fort bien ! tout le monde l'avait, ce disque-là, à l'époque (mais pas moi, bizarrement). Un peu plus tard, il y a eu Mama Béa Tekielski, assez gratinée aussi, dans le genre gueularde. Et sans oublier leur mères à toutes, la redoutable Colette Magny.

      Supprimer
    2. Tiens, moi c'est un disque de Colette Magny que j'ai prêté à une créature, et qui ne m'a jamais été retourné. A moins que ce ne fût du Mama Béa Téleski, je m'y perds.

      Ceci, peut-être.

      Bon titre et belle pochette, cela dit. A côté de Miley Cyrus, y'a pas photo.

      Supprimer
    3. Hahaha, bande de p'tits cons, c'était autre chose, les Trente Glorieuses...

      Tenez, voici Colette Magny... et puis ici aussi... Hein ? C'était autre chose que vos MP 3 de merde... Et ça, tiens... qui laisse curieusement présager ça... ou ça...

      Supprimer
    4. Ah, mais... si vous me poussez au crime... Je ne connaissais pas du tout Catherine Ribeiro (sauf de nom), mais c'est pas mal du tout, votre truc à la fraise ! Entre Cécile Duflot et Catherine Ribeiro + Alpes, mon choix est fait !

      Remarquez que si on parle de rock alpin, il y a Break Your Arm, de Black Lion Genocide, qui vaut le jus, aussi. Edité par Burn The Alps Records.

      Supprimer
    5. Jean-François Brunet20 septembre 2013 à 21:33

      "j’écoutais religieusement Catherine Ribeiro"
      De Catherine Ribeiro (que je découvre grâce à vous) à qui vous savez, se pourrait-il que vous ayez gardé un faible pour les pluriels poétiques?

      Supprimer
    6. Je n'ai rien compris à votre (perfide ?) allusion, mais je suis bien content de vous avoir fait découvrir Catherine Ribeiro. Vous êtes tout à fait le genre de personne à qui on est ravi de faire un cadeau empoisonné !

      Supprimer
    7. Jean-François Brunet21 septembre 2013 à 22:26

      "Je n'ai rien compris".
      Tant mieux, au fond. Merci pour le cadeau empoisonné, qui ne fait pas trop mal tout de même.

      Supprimer
  6. je ne suis donc pas le seul a regarder vers les seventies.
    moi je citerai Béranger, dont je suis sûr vous étiez fan vu qu'il chantait du Félix '(Leclerc hein, pas le chat) ^^

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Béranger sortait un peu de ma sphère, à vrai dire… même si je crains d'avoir tout de même eu un disque de lui !

      Supprimer
  7. A cette époque j'écrivais des chansons.
    Je fréquentais de loin un "collectif de la chanson" dont l'icone était Jacques Bertin. Je ne me souviens pas de l'avoir croisé. Ce collectif l’invita à se produire sur une scène locale, ils se chamaillaient pour faire la première partie.

    Etre un Auteur de chanson satisfaisait pleinement ma vanité. Je fus invité chez les amis d'un duo, chanteur et musicien, qui avait mis à son répertoire un de mes textes. On me présenta comme "poète", je rectifiais maladroitement.
    C'est ce soir là que j'ai compris l'indélicatesse de ces deux militants communistes. Ils chantaient mon texte, touchaient leur cachet en me disant qu'ils chantaient gratuitement pour ne rien me reverser.
    Salops de jeunes, pouets et communistes.
    Je n'ai pas vu Jacques Bertin sur scène. Je crois l’avoir entendu une fois ou deux à la radio.

    @grandpas

    Après sa belle période de notoriété Yvan Dautin a été le représentant des auteurs au sein de la SACEM.
    Il chante encore... et il se prend pour Jacques Bertin.

    …une consultation de Google m’apprend qu’Yvan Dautin a un blog,
    ...et la lecture de Didier Goux que Clémentine Autin est la concrétisation des talentueuses niaiseries que chantaient son père!!
    On voit trop de choses en vieillissant...

    Majeur

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Sa mère est l'actrice Dominique Laffin, morte à 33 ans, en 1985.

      Supprimer
  8. C'est assez drôle, cette bande de ratés que sont les commentateurs de ce blog, conspuant des artistes de différentes qualités mais qui ont au moins le mérite eux de créer quelque chose et de ne pas se contenter de baver leur haine sur le monde ou sur autrui!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Avec le recul on admet, avec soulagement, que ne pas "réussir" a été une chance, une protection.

      Les "artistes", innombrables petits soldats du Parti, ne bavaient pas. Ils enveloppaient leur haine du monde et d'autrui dans un bas de soie.

      Majeur

      Supprimer
  9. Commentaire à propos de vos derniers billets de ces-jours-ci, Felix Leclerc, Julos Beaucarne, Jacques Bertin...

    Ce sont tous des auteurs compositeurs, avec des talents bien sûr très différents, mais je dois dire qu'aucun n'est un homme de spectacle, ni même de chanson. Trenet était un auteur en même temps qu'une formidable bête de scène mais il semble que parfois les auteurs et/ou compositeurs devraient se rendre compte que d'autres interprèteraient beaucoup mieux leurs chansons qu'eux même, leur donnant vie et couleur, valorisant la richesse du texte et des mélodies, ce que ne savent pas toujours faire les créateurs.

    Les textes de Felix Leclerc sont magnifiques, ciselés, mais qu'est-ce qu'on s'emmerde en l'écoutant... Gilles Vignault à une voix éraillée, ses textes sont plus simplistes, mais c'est une vraie jubilation que de le voir sur scène. On disait de Piaf qu'elle aurait pu faire pleurer son public en chantant l'annuaire, et pourtant elle n'était ni auteur(e?) ni compositrice.

    Je suis parfois attristé de voir une chanson sur scène massacrée par son propre auteur alors que d'autres pourraient la sublimer.

    RépondreSupprimer
  10. "On disait de Piaf qu'elle aurait pu faire pleurer son public en chantant l'annuaire, et pourtant elle n'était ni auteur(e?) ni compositrice."

    Elle a tout de même écrit les paroles de quelques chansons qui ont eu leur petit succès, comme par exemple "La Vie en rose" et "L'Hymne à l'amour"...

    RépondreSupprimer
  11. "Bertin fusillait du regard sa pauvre salle si, par extraordinaire il lançait une chanson déjà connue et que trois applaudissements retentissaient"

    Le fusil est un peu rouillé, les balles en guimauve, mais le tragi(comi)que demeure:
    http://www.dailymotion.com/video/x1aepw_jacques-bertin-amis-soyez-toujours_music

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Bertiniste impénitente7 novembre 2015 à 22:57

      C'est justement sur cette vidéo que j'ai découvert Bertin à l'été 2013 figurez-vous et c'est précisément sa répartie, nullement "fusillante" qui me l'a fait aimer sans connaître le moins du monde son répertoire que j'allais découvrir par la suite avec délectation. Sa réplique : "Je sens ici une atmosphère de succès local exagéré" dénote seulement son sens de l'autodérision et sa complicité avec le public.
      Ceci étant dit sur ce blog où je me suis égarée sur les traces de Bertin, pardonnez-moi, on n'entend que le sifflement des balles, et comme partout où ça canarde, beaucoup de haine et de mépris pour tout, beaucoup de jugements à l'emporte pièce et de superficialité finalement, beaucoup de poncifs et un jeu de massacre stérile. J'aime Bertin et parce que j'aime Bertin j'aime aussi Béranger et d'une manière générale la chanson "non crétinisante" et tous ceux qui comme eux dans des styles différents écrivent et chantent intelligemment et finement notre triste ou heureuse condition d'humains ; toute chanson de ce tonneau-la, qu'elle soit de 1960 ou de 2015 je prends, un chanteur que je peux ne pas aimer par ailleurs, s'il fait une chanson de ce tonneau-là, je prends. Ce n'est pas plus compliqué que cela. Bon j'arrête ça commence à faire hic pas mal de tonneaux hic tout ça et puis je me rends compte que je détonne, non pas déconne, détonne dans ce blog mais continuez à bien vous amuser entre vous, tant qu'on tire à blanc...

      Supprimer

Les commentaires anonymes seront systématiquement supprimés, quel que puisse être leur contenu, voire leur intérêt.