lundi 5 février 2018

Les prénoms de France


Le snobisme consistant à trouver très chic, lorsqu'on est normand, auvergnat ou artésien, de donner à sa progéniture des prénoms étrangers, ce snobisme-là n'est pas né d'aujourd'hui ; mais il est longtemps resté judicieusement confidentiel, ne touchant que des individus isolés n'ayant aucun pouvoir d'entraînement ; comme par exemple ces parents d'un écrivain pour adolescents qui, au tout début des années vingt, prénommèrent leur fils Boris. C'est lorsque les prénoms anglo-saxons apparurent sur les registres d'état-civil de France que la peste commença à se propager tel le feu sur une traînée de poudre, d'autant plus vite que le mal ne tarda pas à gagner la populace : c'est ce qu'on pourrait appeler le snobisme quart-mondiste, ou quart-mondial.

Bien avant les actuelles armées de Kevin, de Brandon, de Jérémy, de Priscilla ou de Paméla, il y eu la petite troupe des avant-gardistes : les Jonathan ; lesquels sont devenus l'objet d'une étrange mutation, sans doute parce que le prénom est désormais perçu comme français à cent pour cent, comme prénom de souche. Du coup, les snobs au carré ont décidé de réagir vigoureusement en réaméricanisant ce pauvre Jon. C'est ainsi que, voilà quelques jours, à la faveur d'un fait divers sans intérêt, on a vu bondir sur scène un Jonathann ; dont, j'imagine que, dans l'esprit des géniteurs, le redoublement final sert à indiquer que le prénom de leur fils doit impérativement rimer avec âne, ou à la rigueur avec Anne

Trouvaille ingénieuse, certes, mais qui risque de s'éventer assez vite. Quand, dans quelque temps, par le simple effet d'émulation de la bêtise, on se retrouvera avec des Jonathann à tous les carrefours, il faudra bien que les snobs au cube trouvent autre chose pour singulariser leurs rejetons. Dès maintenant, je leur suggère d'adopter la graphie Djonathann, qui, convenez-en, a fort belle allure. Ceux qui vont souffrir, je le crains, ce sont les futurs snobs puissance 4, dans la mesure où aucune lettre française ne pourra rendre la prononciation, même approximative, du th anglais. À moins que, d'ici là, les cerveaux en émulsion permanente de la post-modernité n'en aient bricolé une : c'est avec une certaine confiance que j'attends.

35 commentaires:

  1. Réponses
    1. Non, ça, c'est vraiment un prénom français trop courant : tout le monde sait comment ça se prononce.

      Supprimer
  2. Dites donc il a une sale gueule votre clown.
    Il ne serait pas un peu zombie ?

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je ne peux pas vous dire : on ne se connaît pas intimement.

      Supprimer
    2. Il doit être tiré du fameux film d'horreur "Le Clown". Je me disais bien qu'il avait un air de déjà vu !

      Supprimer
    3. c'est pas un clown, c'est "ça", un monstre qui dévore les enfants

      Supprimer
  3. Vous n'avez jamais vu le tumblr de la ligue des officiers de l'état civil ? à petites doses c'est très drôle (et totalement affligeant)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je ne préfère pas : à mon âge, il faut se ménager…

      Supprimer
    2. N'y aurait-il pas sur le premier tableau une sorte d'ironie envers les prénoms corses ? Cela pourrait mériter une sérieuse descente punitive...

      Supprimer
    3. Qu'est-ce que c'est que ça, un prénom corse ?

      Supprimer
    4. Voici une lecture que vous risquez de trouver bien éprouvante. J’espère que le choc n’en sera pas trop rude…

      Supprimer
    5. O ya Alessio, Alessandro, Bastiano, Mariano, Tiago...

      Supprimer
  4. Rien de neuf : étonnante proportion d' Emmas et d' Irmas, qui ne sont pas non plus des prénoms d'origine française, dans les dames nées au début du XX ème siècle (et même avant, comme la pauvre Madame Bovary.)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je suis désolé : il y a tout de même quelque chose de "neuf" dans le fait de modifier l'orthographe d'un prénom de façon à le rendre plus conforme à une prononciation étrangère.

      Supprimer
    2. Oui, c'est vrai: et c'est d'autant plus ridicule que "Jonathann", ça sonne comme un prénom féminin français.
      Bon, il y a bien des étatsuniens qui se prénomment "Jules" ( je serais curieux de savoir comment ils le prononcent).

      Supprimer
    3. Évidemment : le snobisme n'est pas l'apanage des Français.

      Sinon, pour en avoir croisé un (ou une, même, peut-être bien) dans je ne sais plus quelle série télévisée américaine, je crois qu'ils prononcent Jules à peu près comme il faut. Mais avec un "u" pas très franc do collier, tout de même…

      Supprimer
    4. Ils le prononcent kg m2 s−2 à l'est des USA, Ω A2 s à l'ouest et W s en Géorgie exclusivement, soit dans tous les cas Joule !

      Supprimer
    5. Une fille et une petite fille de Robert le Fort s'appelaient Emma. Ce prénom est tout à fait français.

      Supprimer
  5. Je m'insurge contre cette présentation tronquée et tendancieuse des faits. Jonathann s'écrit ainsi en hommage à notre bonne ville de Thann, en Haute Alsace.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Dans ce cas, je retire ce que j'ai dit, et m'éloigne à pas lent, dans la confusion.

      Supprimer
  6. Jo : diminutif se Joseph
    Nathan : d'origine hébraïque et dont un saint porte le nom.

    Jonathan

    Hélène dici

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Bon, par acquis de conscience et faisant fi de la paresse, je suis allée voir sur wikipedia.

      Donc, pas besoin de mes circonvolutions, Jonathan est un prénom d'origine hébraïque, qui se fête mais n'a pas de saint qui porte ce prénom, contrairement à Nathan.

      Sauf erreur ou omission,

      Hélène dici

      Supprimer
  7. Toujours la perfide Albion qui met le dawa.

    RépondreSupprimer
  8. Peut-être vous souvenez-vous de cette lointaine époque où, en Afrique, on baptisait tous les nés un 14 juillet, fetnat

    RépondreSupprimer
  9. Il y a aussi Djohnny, ne l'oublions pas,

    RépondreSupprimer
  10. D'un autre côté, il y a plein de saints bien français dont personne n'utilise les prénoms pour ses enfants ( Cucufa,Médard,Nitouche,Glinglin, etc.)

    RépondreSupprimer
  11. Vous allez voir qu'on va bientôt avoir des petits Macron ou même des petites Macronettes, et là, vous ne pourrez rien y redire !

    RépondreSupprimer
  12. J'ai connu un Jérémy qui avait très mal pris que je l'appelle Jérémie. Il tenait à son "y" comme un aristo à sa particule.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ça ne m'étonne pas : j'ai eu le même problème (pardon : "souci"…) avec un Cyril dont j'avais tout naturellement rétabli, dans un mail, l'orthographe convenable, Cyrille.

      Les imbéciles post-modernes pensent qu'une terminaison en "e" est obligatoirement la marque du féminin. Ce qui me fait penser que je n'ai encore jamais croisé d'Iréné au lieu d'Irénée. Cela dit, je n'ai jamais croisé aucun Irénée non plus…

      Supprimer
    2. Bientôt, ne seront plus autorisés que les prénoms bi-sexuels ( bi-genres?) : Claude, Dominique, etc.

      Supprimer
  13. Priscille a été converti par Paul à Corinthe.

    RépondreSupprimer
  14. Pour voir défiler des dizaines de prénom par nuit, je confirme le nombre relativement important de Djonnhy, Djulia, BraYan, Schnaïdy......😢

    RépondreSupprimer

Les commentaires anonymes seront systématiquement supprimés, quel que puisse être leur contenu, voire leur intérêt.