lundi 12 février 2018

Un petit livre hilarant… et un peu compromettant


L'ouvrage s'appelle Hugothérapie ; il a été écrit par celui dont il est malséant de prononcer le nom (indices : il commence par un c, finit par un u, et son célèbre frère cadet portait souvent un bonnet rouge). Pour préserver jusqu'au bout cet anonymat, nous dirons que ce journaliste surdoué dut se résoudre, il y a environ 70 ans de cela, à passer de longues années dans une maison de santé, tel un vulgaire narrateur proustien au bord du Temps retrouvé. C'est parce qu'il disposait de beaucoup de temps “libre” dans ce cul de basse fosse sanatorium, qu'il entreprit de relire, plume en main, toute l'œuvre de Victor Hugo, correspondance et discours compris ; afin d'en extraire la substantifique bêtise, fort bien illustrée par le slogan ornant la photographie ci-dessus. Cela donne un volume de petit format mais à haute concentration d'hilarité.

Le livre (publié chez Via Romana) se divise en deux parties d'importance inégale. La première est une copieuse introduction intitulée Mode d'emploi : sur un ton à l'ironie constante, en un style aussi revigorant qu'un alcool interdit, l'auteur explique les tenants et aboutissants de son projet, expliquant doctement comment lui, le mal-pensant embastillé hospitalisé a été sauvé de ses errances idéologiques par le grand-père de tous les progressistes présents et à venir, lequel, par la somptuosité de ses boursouflures l'a ramené, penaud et pénitent, dans le giron de la Démocratie et dans les bras de la Conscience Universelle. Mais comme C......u a gardé un assez mauvais fond, il ne se prive pas de certains parallèles entre le XIXe siècle hugolien et nos années quarante (et plus si affinités). Par exemple, le paragraphe où il expose tous les revirements politiques du poète au cours de sa vie, ses retournements de girouette pour toujours se placer dans le sens de l'histoire, ce paragraphe il le conclut ainsi : « […] Et finalement, il est élu député de Paris ; le peuple de la capitale a toujours eu un goût évangélique pour les durs de la onzième heure. »

Quant à la seconde partie, la plus importante en volume, elle est constituée par, si j'ose dire, les pièces du dossier. C'est-à-dire par un grand nombre de citations de Hugo, regroupées par thèmes, et qui n'ont besoin d'aucun commentaire ou presque pour provoquer ris et pouffades, tant l'accumulation de leur pompeuse sottise est hilarogène

Pour terminer, revenons à la citation incrustée dans la photo, dont se gargarisent encore de nos jours des ribambelles de petits blogueurs en prenant des airs importants. Voici ce qu'en dit C......u : « La criminalité est une conséquence de la mauvaise organisation sociale. Les hommes volent et tuent parce qu'ils sont pauvres et ignorants. Surtout ignorants. Apprenez-leur la règle de trois, la liste des sous-préfectures, les propriétés du triangle rectangle et les os du squelette, et aussitôt ils cesseront de braver le Code Pénal. On n'en peut pas douter. Si Al Capone n'avait pas été poussé par la faim, jamais l'idée ne lui fût venue d'attaquer à la mitrailleuse des banques que l'étourdissement de l'inanition lui faisait prendre pour des boulangeries. Et, muni de son certificat d'études, Stavisky ne se fût pas embrouillé dans ses comptes. »

Et ne venez pas me dire que l'auteur a mauvais esprit : je le sais et l'en remercie.

46 commentaires:

  1. Et bien sûr on se demande qui a pu écrire un livre pareil ;)

    Ce qui me console quand je lis ce genre de bêtises, pour ne pas dire conneries, c'est que nous sommes nombreux à ne pas adhérer à ce dogme de la bien-pensance imposé par l'époque; et même sans avoir un frère commandant, vous, Didier, êtes là pour nous le rappeler...

    Ce pauvre Hugo qui a poursuivi de sa hargne Napoléon III qui, intelligent lui, avait bien compris le bonhomme et se refusait bien sûr à lui accorder le moindre maroquin!
    Que de rancunes, encore aujourdhui, un ministrable évincé, peut-il trainer derrière lui...

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    1. C......u fait drôlement remarquer que ce que Napoléon III a fait de pire à Victor Hugo, c'est de NE PAS le mettre sur la liste des opposants à arrêter préventivement le jour de son coup d'État.

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  2. Il est facile d'ironiser comme le fait Cousteau, mais je ne suis pas certain que la phrase de Hugo soit fausse..Il ne parle pas de supprimer la délinquance par l'éducation, mais de la faire diminuer : or, regardez le niveau d'instruction de la moyenne des délinquants, il est nettement inférieur à celui de la moyenne de la population.

    (à moins que la phrase de Hugo ne signifie qu'avec beaucoup d'instruction, on connaisse mieux les moyens d'éviter la prison lorsqu'on l'a méritée ?)

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    1. Et aujourd'hui que 90% des jeunes obtiennent le bac, la délinquance n'est plus qu'un lointain souvenir. Comme le prévoyait Hugo pour le XXe siècle, d'ailleurs.

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    2. Pas beaucoup d'énarques, de normaliens, de médecins, etc. en prison ( peut-être Cahuzac pour quelques mois ?)

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    3. Cela n'a rien à voir avec l'école, mais avec l'intelligence. Que la grande majorité des délinquants, malfrats, etc. soient bêtes, personne ne le nie. Mais vous aurez beau leur ouvrir toutes les écoles du monde, bêtes ils resteront.

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    4. Mais en ce qui concerne les énarques, peut-être plus d'un qui mériteraient de l'être...

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    5. L’idée que le mal est un sous-produit de l’ignorance est l’idée fondamentale des Lumières. Kundera, quelque part (où ?...) remarque que la grande découverte de Flaubert (qui lui vaudra sa mauvaise réputation chez nos amis progressistes) est qu’il y a en l’Homme un fond de bêtise qui résiste à tout, notamment à l’éducation. D’où le bonhomme Homais.

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  3. Oui, c'est vrai, et c'est ce qui l'a le plus vexé ! MDR !

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  4. Dans le 19e siècle à travers les âges, Muray lui consacre lui aussi de longs passages.
    Mais moi, ce qui m’a toujours étonné, c’est qu’un imbécile comme Hugo ait pu écrire tant de si beaux vers. Comme quoi le génie créatif et la lucidité sont deux choses bien différentes.

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    1. Imbécile me semble tout de même fort exagéré…

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    2. Vous voulez son avis sur la question ?…

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    3. Hugo est un personnage littéraire atypique: un mauvais poète (sauf dans " A Villequier", où on le sent atteint d'une vraie émotion qu'il réussit à faire passer) qui a su mettre en vers des idées très généreuses et à bien utiliser le style pompeux (" Donne-li quand même à boire"...)pour toucher les masses plus facilement que les symbolistes.

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    4. Très beau poème, mais pas exceptionnel dans l’œuvre d’Hugo, notamment dans les Contemplations. Alors « mauvais poète »… Pour le reste, « imbécile » est peut-être un peu fort, disons naïf, tout au moins. Ses idées « généreuses », toujours en vogue et même plus que jamais, ont fait de gros dégâts. Et ce n’est pas fini…

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    5. Mais de quelles idées parle-t-on ? Quelles sont au juste les "idées" d'un homme qui a commencé par être légitimiste, est ensuite devenu orléaniste quasiment du soir au matin, puis a fait acte d'allégeance au président Louis-Napoléon en 48, avant de finalement devenir républicain… au moment précis où la République était instaurée ? Dommage finalement que les Bourbon ne soient pas remontés sur le trône vers 1875 : cela aurait permis à Hugo de boucler sa boucle en revenant à ses amours de jeunesse.

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    6. Je répondais à Alain, évidemment.

      Quant à vous, M. Arié, je me demande si vous ne feriez pas mieux, parfois, de vous taire…

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    7. C’est vrai que chez l’ami Victor, question « idées », on n’a que l’embarras du choix. Mais vous savez bien de quelles idées « généreuses » on parle : de celles, socialoccultistes, qui ne coûtent rien et lui valent toujours l’affection des abonnés à la presse subventionnée.

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  5. Le plus étonnant, c'est que le bonnet rouge du Commandant, Victor prétendait l'avoir mis au vieux dictionnaire.

    Ursule

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  6. Des imbéciles comme Victor Hugo, ça se fait rare, non ?

    Des plus communs, à vous entendre, il y en aurait partout…

    Mais bon, c’est toujours les autres...

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    1. Des imbéciles qui partagent ses illusions progressistes, on en trouve à la pelle. Mais capables d’écrire Les Contemplations, en effet, ça se fait rare.

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  7. Je me souviens qu'à l'école, nous avions une over-dose de Victor Hugo, de son père, ce héros, de Ô l'amour d'une mère, des pauvres gens et de tout ce qui s'ensuit qu'on nous faisait étudier par cœur jusqu'à plus soif.
    Si j'en étais restée là, je serais à coup sûr, en train d'ironiser avec vous.
    Oui mais voilà, vers ma vingtième-cinquième année, je suis tombée sur "Olympio ou la Vie de Victor Hugo" d'André Maurois ce qui m'a définitivement convertie en admiratrice de notre grand homme doublé d'un immense poète.

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  8. Souvent un style un brin pompeux et lourd, parfois de jolies trouvailles, on trouve de tout à la maison Hugo (Littérature en gros, demi-gros, détail). Je me souviens avoir appris par cœur lorsque j'étais à l'école primaire les deux premières strophes d'"Hymne" (1835, Période Bleue-Horizon) :


    Ceux qui pieusement sont morts pour la patrie
    Ont droit qu'à leur cercueil la foule vienne et prie.
    Entre les plus beaux noms leur nom est le plus beau.
    Toute gloire près d'eux passe et tombe éphémère ;
    Et, comme ferait une mère,
    La voix d'un peuple entier les berce en leur tombeau !

    Gloire à notre France éternelle !
    Gloire à ceux qui sont morts pour elle !
    Aux martyrs ! aux vaillants ! aux forts !
    À ceux qu'enflamme leur exemple,
    Qui veulent place dans le temple,
    Et qui mourront comme ils sont morts !

    Je m'en souviens toujours mais le fait qu'on demande à des gamins de dix ans de réciter cela me laisse pantois quant à l'évolution d' l'école ces dernières décennies.

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  9. Je cite souvent cette phrase immortelle (celle de l'image d'ouverture du billet)à mes élèves, pour illustrer et compléter un propos de Sartre se moquant de Zola et des "excuses déterministes" que ce dernier trouve toujours aux raclures formant l'essentiel des personnages de ses romans (d'après Sartre en tout cas). Et, ma foi, les élèves sont assez contents qu'on se f... de la gueule du grand Hugo. Cela doit les changer, je suppose, de l'idolâtrie officielle qui continue à sévir dans les classes de lettres.
    Si le recueil de l'"innommable" ne présente ne serait-ce que trois ou quatre sentences de cet acabit, j'achète.

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    1. Si se "foutre de la gueule" des grands hommes (n'ayez pas peur des mots) est tout ce que les enseignants ont trouvé pour contenter leurs élèves, il ne faut plus s'étonner de rien.

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    2. Vous plaisantez j'espère.
      S'il y a bien un intouchable, c'est Hugo, avec Zola bien sûr. Excusez-moi d'introduire dans de jeunes cerveaux un peu d'esprit critique et d'irrévérence de bon aloi.

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    3. Pour une fois, je ne plaisantais absolument pas !
      J'imagine facilement que vous, et vos élèves à l'esprit critique si bien exercé, avez trouvé qu'il était d'une irrévérence de bon aloi de décerner le prix Nobel de Littérature à Bob Dylan plutôt qu'à ce vieux grincheux de Philip Roth !

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    4. Mais non, chère amie, dézinguer Hugo ne fait pas de moi l'ennemi de tout grand auteur. Et j'ai beau réessayer régulièrement : pas moyen de supporter Dylan plus de trois minutes.

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    5. Pourquoi réessayer alors ? Êtes-vous si peu sûr de vos goûts ?

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    6. Pourquoi réessayer, pour la même raison que M. Goux qui réessaye régulièrment d'écouter du Boulez. Ces deux compositeurs sont forcémeent géniaux pour la raison que vous savez et donc un jour la révélation fondra sur ses auditeurs persévérants comme l'aigle royal sur le hamster des champs.
      J'en parle à mon aise puisque le seul morceau de Bob dit l'âne que j'écoute de temps en temps est All along the watchtower joué par Jimi Hendrix...
      C'est un bon truc pour éviter de perdre son temps : repérer les morceaux repris par de bon musiciens.

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    7. A propos de Boulez, vous parlez d'un temps où "l'ami Georges" avait encore blog ouvert ici. Il suffit de taper BOULEZ sur le moteur de recherche pour se trouver au centre d'un combat - à la vie à la mort - entre Georges et Marco Polo.
      Mais qu'en est-il de Boulez deux ans après sa mort ? Par curiosité j'ai tapé : "Boulez concerts philarmonie Paris" sur Google. Si tous les concerts symphoniques ont bien lieu dans la Grande salle Pierre Boulez, les concerts à lui consacrés sont rares, très rares, ce qui expliquerait peut-être que ce n'est plus un sujet pour Didier non plus.

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    8. Marco y dit des choses assez intéressantes, mais il est clair pour moi qu'il est à peine mieux équipé que les autres pour parler de musique. Aucun des intervenants ne ressent vraiment la musique. Je crois que c'est génétique. Vous pouvez apprendre à un singe à faire des grimacee, ça ne lui donnera pas le sens de l'humour pour autant.
      De la même façon, faire le conservatoire ne vous fera pas aimer la musique, vous aurez seulement appris à bien faire les grimaces...

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  10. Prochain billet sur L'Amérique Juive que j'ai commencé à lire ?

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    1. Point du tout ! D'ailleurs, le prochain billet, dont je viens précisément d'écrire les premiers mots, je me disais qu'il n'allait pas plaire à Jazzman…

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  11. Vous ayez vu ce que vous avez fait, espèce d'innocent ?
    Votre billet et surtout ses commentaires ont dû provoquer une grave surtension et Georges a disjoncté :
    Il a écrit un billet très michon et peu bizou, et réouvert les commentaires.
    Je commence à me demander si ceux qui prévoient La Grande Crise pour 2018 n'auraient pas raison.

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    1. Fichtre ! J'avais vu le billet, mais pas la réouverture des commentaires ! Cela dit, ils ne sont ouverts que pour ce billet-ci…

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  12. À propos de Victor Hugo, j'ai toujours hésité, jamais réellement convaincu, mais pas non plus que je déteste...J'ai toujours pensé qu'il y avait trop de pathos, de lyrisme et puis finalement ça passait. Je distinguerai, L'homme qui rit et 93 dans son oeuvre...notez que je n'ai pas tout lu non plus. Sinon en ce moment sur franceculture, il font un feuilleton des Misérables que j'écoute de temps à autre dans la cuisine lorsque je fais la tambouille. Mais voilà ce que je voulais dire, on a tous lu plus ou moins les témoignages sur l'enterrement de VH, qui sont semblables à ceux de Johnny récemment...donc voilà ma réflexion, ou mon inscription devrais-je dire sous ces latitudes, "Johnny Halliday c'est le Victor Hugo du XXIème siècle"

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    1. Votre conclusion est hardie…

      (Et je me demande comment vous avez pu lire L'Homme qui rit jusqu'au bout.)

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  13. Quitte à me répéter, lisez donc "Olympio ou la Vie de Victor Hugo" d'André Maurois, je serais très étonnée que votre regard sur Hugo ne s'en trouvât point changée !

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    1. Si c'est à moi que vous parlez, le Maurois a déjà été lu. Mais aucun biographe, aussi doué soit-il, ne pourra faire que Hugo n'ait pas constamment retourné sa veste pour rester dans le sens du vent (expression curieuse, je vous l'accorde !). Ni que ses romans ne soient à crever à la fois d'ennui et d'hilarité (nerveuse).

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    2. Et s'il n'en reste qu'une, je serai celle-là ! Celle qui refusera jusqu'au bout de tirer la chasse sur Hugo ! Quelles que soient les bonnes ou mauvaises raisons que vous trouverez pour le faire.
      Et pardon pour la faute, mais après tout, si on veut passer pour une "française de souche" plutôt que pour une suissesse mal dégrossie, mieux vaut faire des fautes, non ?

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    3. Je précise que je parlais de Hugo romancier : je n'ai quasiment pas lu le poète (car, il y a bien longtemps que, sauf exceptions rares, les poètes m'emmerdent profondément).

      D'autre part, je trouve de grandes qualités aux Choses vues, en tout cas à celles écrites avant le départ en colonie de vacances anglo-normande (après, comme il ne lui arrive plus rien, ça devient nettement plus ennuyeux).

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    4. Chic, encore deux fautes, une à Française et une à Suissesse !

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    5. Tiens je serais curieux de connaître ces exceptions...

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    6. Villon, , La Fontaine, Baudelaire, Verlaine, Apollinaire…

      J'en oublie sans doute deux ou trois.

      (Ah oui : Corbière par exemple.)

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  14. Je suis étonné que personne n'ait cité le petit bouquin de Daudet "la tragique existence de Victor Hugo" où l'auteur déploie toute sa verve pour ridiculiser "l'incohérence grandiloquente" du grand homme avec lequel il avait un compte personnel à régler. Je n'ai plus jamais regardé le poète officiel - c'était un BHL au fond - de la même façon après avoir lu ce bijou.
    Thierry

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