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mercredi 15 juillet 2015

Que fait-on, après Paludes ?


Au début, c'est facile : on saute partout comme Zébulon, en se disant qu'on a réussi à finir Paludes. Ça dure quelques jours, et encore : on n'a plus l'âge ni le ressort de rebondir bien longtemps. Ensuite, un peu essoufflé, on se fait croire qu'il est hautement nécessaire de relire Paludes ; de l'amender, le polir, le lustrer ; et on le fait : c'est très agréable, sans risque, pas trop de dépense cérébrale. On referais bien ça, ce lustrage du poil, pendant les quinze années à venir, c'est si doux ; mais la voix tombe du ciel : « C'est parfait, ne touchez plus à rien ! » Parfait, on en doute ; mais enfin, si l'ordre est de n'y plus toucher, à ce machin (qui, par ailleurs, commence justement à vous sortir par les yeux)…

Et la question pénible arrive : on fait quoi, maintenant ? C'est le moment où on se rend compte qu'on n'a jamais vraiment su ce que voulait dire le mot solitude. 

lundi 17 février 2014

Didier Goux encombre les rayonnages


Cet ouvrage absolument unique – en tout cas je l'espère – est une sélection rigoureuse – là encore je l'espère – opérée parmi les quelque trois mille billets publiés sur ce blog depuis novembre 2007. Le tamis en a retenu environ deux cents, qui ont été revus, parfois récrits partiellement, avant d'être ordonnés de façon à ce qu'un peuple vain et naïf puisse penser que l'auteur avait déjà en tête l'architecture de l'ouvrage avant même d'en écrire la première ligne. En principe, il est en vente partout. Pour allonger un peu ce billet, voici les deux textes qui composent la quatrième de couverture :

« L’idéal serait sans doute de partir pour nulle part, embarquer les chiens, monter sur un bateau ventru pour aller s’évanouir dans un ailleurs imprécis et à peine noté sur les cartes. Oublier l’ensemble du monde ; lui tourner le dos, mais sans même un mouvement d’humeur, avec une indifférence teintée de soulagement et même de joie. On débarquerait au couchant, et la première nuit on attendrait sans impatience la survenue des brumes matinales, qui ne manqueraient pas au rendez-vous. La maison serait petite et ancienne, inoccupée de mémoire d’homme (mais très bien chauffée : elle connaîtrait nos âges et les froids dont nous arrivons tout juste), et tous ses anciens habitants seraient morts depuis longtemps. Les fenêtres en seraient étroites, mais commanderaient un paysage résolument immobile sous les assauts des vents. Il n’y aurait plus ni surprise, ni déconvenue, ni grandes sautes d’allégresse. Jusques aux chiens qui se lieraient familièrement aux brouillards, et, petit à petit, perdraient l’habitude de marcher vers la mer. »


« Didier Goux est écrivain et journaliste. Il a 58 ans, ce qui ne laisse pas de l’étonner. Mais c’est sans doute cet âge pré-canonique qui lui a permis de voir s’effacer le pays où il est né, la France, pour se transformer en une contrée hostile, inhabitable, sotte et ravie d’elle-même. Retracer la carte du premier et dynamiter les redoutes de la seconde constituent la double ambition de ce livre, où le rire cruel tient la dragée haute à la mélancolie. »