mardi 17 juillet 2018

La chute de l'ange


Après Don Quichotte puis Les Somnambules d'Herman Broch, il ne m'a pas paru tout à fait incohérent de relire Les Versets sataniques ; ne me demandez pas de m'expliquer à propos de cette supposée cohérence : je suis fatigué d'avance des explications que j'aurais à fournir.

À l'époque de l'Affaire (je mets la majuscule pour relier subtilement Salman Rushdie à Alfred Dreyfus…), et contrairement à tous nos petits braillards occidentaux – politiciens, journalistes et autres clowns pensionnés –, favorablement disposé envers l'auteur après avoir aimé Les Enfants de minuit, je m'étais empressé d'acheter le livre et de le lire. Pas de le feuilleter vaguement pour savoir si je devais porter condamnation ou non : de le lire ; tranquillement, page à page, en essayant d'y trouver de la richesse, un sens (ou plusieurs) et de la beauté. 

J'en avais trouvé, et même beaucoup. Mais pas la moindre trace d'un quelconque blasphème, contrairement à ce que tentaient d'accréditer nos grands esprits parisiano-démocrates, Jacques Chirac en tête, comme il se devait, à l'époque, dès qu'il y avait une sottise en vogue à répéter. Il fallait lire ce livre comme le roman qu'il était, et non le consulter comme un dossier, à charge ou à décharge. C'est ce que j'avais fait, et que j'ai commencé de refaire ce matin.

(Le titre de ce billet fait écho à l'ouverture du roman, dans laquelle on voit deux personnages éjectés de l'avion les amenant de Bombay, Gibreel et Saladin, tomber de 8848 mètres et piquer droit sur l'Angleterre : début hautement prometteur, on en conviendra.)

jeudi 12 juillet 2018

Le modernisme anti-moderne



 À Juan dit Sarkofrance.


Le titre que j'ai choisi est celui de l'une des sous-parties de l'essai de Milan Kundera qui s'appelle Le Rideau. La partie de l'essai contenant ce court chapitre s'intitule Die Weltliteratur. (Pourquoi me suis-je mis, voilà deux jours, à relire les essais de Kundera, principalement consacrés au roman ? Ce serait une histoire sans grand intérêt, un peu longue car faite de ricochets appelant chacun sa propre explication : Cervantès, Diderot, Carlos, Kafka…) Dans le modernisme anti-moderne, Kundera part de ce savoureux personnage de Ferdydurke que Gombrowicz a baptisé “la lycéenne moderne”, laquelle a bien entendu un père, mais surtout une mère qui s'essouffle à demeurer – ou devenir – aussi moderne que sa fille : elle est, par exemple, un membre actif et plein d'enthousiasme du Comité pour la protection des nouveau-nés… Après avoir exposé cette sorte de préambule descriptif, Kundera poursuit ainsi :

« Gombrowicz a saisi dans Ferdydurke le tournant fondamental qui s'est produit pendant le XXe siècle : jusqu'alors, l'humanité se divisait en deux, ceux qui défendaient le statu quo et ceux qui voulaient le changer ; or l'accélération de l'Histoire a eu ses conséquences : tandis que, jadis, l'homme vivait dans le même décor d'une société qui se transformait très lentement, le moment est venu où, soudain, il a commencé à sentir l'Histoire bouger sous ses pieds, tel un tapis roulant : le statu quo était en mouvement ! D'emblée, être d'accord avec le statu quo fut la même chose qu'être d'accord avec l'Histoire qui bouge ! Enfin, on put être à la fois progressiste et conformiste, bien-pensant et révolté !

« Attaqué comme réactionnaire par Sartre et les siens, Camus a eu la répartie célèbre sur ceux qui ont “placé leur fauteuil dans le sens de l'Histoire” ; Camus a vu juste, seulement il ne savait pas que ce précieux fauteuil était sur roues et que, depuis un certain temps déjà, tout le monde le poussait en avant, les lycéennes modernes, leurs mamans, leurs papas, de même que tous les combattants contre la peine de mort et tous les membres du Comité pour la protection des nouveau-nés et, bien sûr, tous les hommes politiques qui, tout en poussant le fauteuil, tournaient leurs visages riants vers le public qui courait après eux et riait lui aussi, sachant bien que seul celui qui se réjouit d'être moderne est authentiquement moderne.

« C'est alors qu'une certaine partie des héritiers de Rimbaud a compris cette chose inouïe : aujourd'hui, le seul modernisme digne de ce nom est le modernisme anti-moderne. »

Je reprends la parole, un bref moment, uniquement pour encourager vivement tous ceux qui s'intéressent au roman (mais aussi à la musique, à la culture, à l'Europe et à deux ou trois autres sujets aussi peu importants) à lire les essais de Kundera, au minimum les deux premiers : L'Art du roman, puis Les Testaments trahis.

L'interrogation écrite qui suivra comptera dans la moyenne générale du trimestre, je préfère que vous en soyez prévenus.

lundi 9 juillet 2018

Un temps de chien


Un temps de chien, c'est lorsque le thermomètre franchit la barre des trente degrés, implacablement Celsius, et que vos poils repoussent à tout va, vous fournissant le manteau dont vous vous passeriez volontiers. Mais quand est-ce qu'on retourne chez l'esthéticienne canidologue ?

Demain.

vendredi 6 juillet 2018

Cervantes en noir et blanc


J'en ai un peu assez, des romans noirs (ou policiers, ou ce que vous voudrez) ; assez qu'on me présente comme des classiques de la littérature mondiale ces petites choses empoussiérées comme des greniers jamais aérés. Alors j'ai repris Don Quichotte, et dès les premières pages la vie s'est mise à bouillonner, à voleter en tous sens telle une mésange ravie de l'audace qui vient de la pousser à quitter le nichoir natal.

1605 – 2018 : j'ai manqué de peu le quadricentenaire de cette œuvre, dont je ne vais certainement pas m'offrir le ridicule de tenter l'analyse, tant abondent les noms prestigieux de ceux qui s'y sont essayés avant moi. En revanche, tout modestement, je puis noter une inexplicable bizarrerie, que l'on relève dans l'excellente traduction de Mme Aline Schulman (Seuil, 2 vol.).

Au tout début du chapitre XXXVI, de nouveaux voyageurs arrivent dans cette auberge de la Manche où le lecteur a l'impression que la moitié de l'Espagne s'est donnée rendez-vous. L'aubergiste les annonce ainsi à Don Quichotte, Sancho Panza et quelques autres personnages (c'est moi qui souligne) : « Il y a quatre hommes à cheval, armés de lances et de boucliers […], et qui portent tous un masque ; au milieu d'eux, il y a une dame vêtue de blanc, et masquée elle aussi ; […] »

Trois paragraphes plus loin, l'un des valets de la petite troupe fournit quelques éclaircissements sur ceux qu'il est chargé de servir ; il dit notamment ceci (c'est toujours moi qui souligne) : « […] ils n'ont pas desserré les dents de tout le voyage. On n'entend que les soupirs et les sanglots de cette pauvre dame, qui nous fait bien pitié. Pour nous, il n'y a pas de doute, on l'emmène contre son gré. À en juger par son habit noir, elle est religieuse ; […] »

Évidemment, le brave lecteur se perd en conjectures dont, le lendemain matin, il ne s'est toujours pas dépêtré. Il lui semble impossible que l'excellent Miguel de Cervantes Saavedra ait pu commettre, et surtout ne jamais rectifier, une bourde semblable, ni ses éditeurs successifs. Quant à Mme Schulman, il paraît tout aussi improbable qu'elle puisse ignorer la différence entre blanco et negro (la langue castillane est atrocement raciste, comme on peut voir), si tant est que ces deux mots soient bien présents dans le texte originel.

Je dis “si tant est” car, me référant à la traduction de César Oudin (1615) que donne la Pléiade, il y est question de l'accoutrement de la supposée religieuse, mais nullement de sa teinte. Le mystère reste donc entier. Si l'ingénieux hidalgo était ici, il nous dirait sans doute que c'est simple affaire d'enchanteurs, toujours prompts à brouiller l'entendement des pauvres humains en changeant la couleur des choses qu'ils ont sous les yeux. Le pis est qu'on se sentirait tout prêt à le croire.

dimanche 1 juillet 2018

La Vendée des cartes postales (et aussi des crayons)


Pardon pour le titre : n'ai pu résister.
Il est pour annoncer le journal de juin.

jeudi 28 juin 2018

La bourde de Vian


Ayant décidé de m'attaquer (enfin ! soupireront certains) au roman noir américain, j'ai commandé, hier, quatre ou cinq volumes des auteurs les plus connus, de Raymond Chandler à Chester Himes, en passant par Jim Thompson, James Hadley Chase et Dashiell Hammett. Les premiers sont arrivés tout-à-l'heure et, confortablement installé dans l'un de nos deux antiques Lafuma, sous le cerisier perdant ses derniers noyaux, j'ai entrepris la lecture du Grand Sommeil, en essayant de n'y pas succomber moi-même, dans la traduction de Boris Vian. Mais, dès la troisième page (édition Quarto, Gallimard), j'ai trébuché sur une impropriété de langage.

Philip Marlowe vient de pénétrer chez les Sternwood (je ne sais pas encore ce qu'il vient y faire) et un domestique, un domestique mâle, l'escorte jusqu'au fauteuil roulant du maître des lieux. Il l'annonce ainsi : « Voici Marlowe, Général. » Or, c'est une faute grossière. Si les femmes s'adressent en effet aux généraux en les appelant “Général”, les hommes, eux, sont tenus de leur donner du “Mon général” – La règle vaut d'ailleurs pour tous les autres grades d'officiers [rajout de cinq heures et demie : à la réflexion, je me demande si la règle vaut pour les officiers subalternes], et je m'étonne que Vian l'ait négligée. On m'objectera que les Anglo-Saxons ignorent l'usage de cet étrange “mon”, qui n'est aucunement la marque de je ne sais quelle possessivité déplacée, mais la simple abréviation de “monsieur”. Certes, mais enfin, il me semble bien que le travail d'un traducteur consiste à rendre les livres qu'il traduit non seulement compréhensibles, mais également assimilables par ses lecteurs pratiquant la langue d'accueil, langue à laquelle il importe qu'il se soumette en grande humblesse d'esprit.

Bref, voilà une lecture qui commence bien.

lundi 25 juin 2018

Ce qu'inspire la relecture du Désert des Tartares


Les livres qu'on a lus à 20 ans, c'est un peu comme les filles qu'on a aimées au même âge : on ne devrait jamais essayer de les rouvrir.

samedi 23 juin 2018

Go West !


L'avantage des romanciers qui meurent jeunes, c'est qu'ils reviennent moins cher à découvrir. Ainsi, ce Nathanael West dont j'avoue, un peu honteux, n'avoir jamais entendu parler jusqu'à dix minutes dans le passé. Il est mort en 1940, à 37 ans, dans un accident de voiture, après avoir grillé un stop à El Centro : si la Californie avait eu la sagesse de notre bon président Macron et limité la vitesse à 80 km/h (vous ferez vous-mêmes la conversion en mph), il serait peut-être encore des nôtres, ce brave West, né Weinstein comme le premier tripoteur de starlettes venu.

Toujours est-il qu'il n'a écrit que deux romans : Miss Lonelyhearts et L'Incendie de Los Angeles, que je viens de commander ensemble. Il m'en coûtera 15, 60 €, ce qui n'est pas le Pacifique à boire. Les deux sont chaudement recommandés par Roland Jaccard sur le site de Causeur : si jamais il y a tromperie sur la marchandise, il peut s'attendre à me voir réclamer le remboursement sur un ton comminatoire, le vieux Suisse. Dans le cas contraire, je croquerai un carré de chocolat noir à sa santé.

jeudi 21 juin 2018

Demandez le programme


Je suis finalement parvenu au sommet de cette méchante Montagne magique, mais Dieu que les dernières dizaines de mètres furent laborieuses ! Il n'a pas pitié du pauvre monde, ce monsieur Mann… Comme le hasard et la Poste font parfois bien les choses, j'avais à peine tourné l'ultime page, et délacé mes chaussures à crampons, qu'arrivaient les livres de juillet, les plus précoces d'entre eux, en tout cas. On trouva dans le paquet :

Un apostolat, d'Albert t'Serstevens, cet écrivain belgo-français, dont le nom étrange siffle tel un aspic, et qui m'est encore, à cette heure, tout à fait inconnu (à part son nom, justement, croisé deux ou trois fois, je ne saurais dire où).

Le Désert des Tartares, de Dino Buzzati, qui m'avait fort impressionné lorsque je l'avais découvert, vers 18 ou 19 ans. L'impression sera-t-elle aussi forte cette fois-ci ? On vous dira. 

Mr Vertigo, de Paul Auster : nous l'avons déjà évoqué dans un précédent billet, je n'y reviens pas ; pas pour l'instant.

René Leys, de Victor Segalen. A priori, je ne suis guère attiré par ce qu'on appelle les “écrivains voyageurs”, peut-être parce que n'étant moi-même ni l'un ni l'autre. Mais enfin, comme c'est en hommage à Segalen et à son roman qu'un jour Pierre Rickmans est devenu Simon Leys, et que c'est lui, ensuite, qui a éveillé mon intérêt pour la Chine, il était logique que je finisse par boucler cette boucle.

– Enfin, celui par lequel, tout à l'heure, j'ai attaqué cette mini-pile en en lisant les sept ou huit premières pages : La Folie Baudelaire, de Roberto Calasso, parce qu'il faut toujours revenir à Baudelaire, surtout quand il est, comme ce semble être le cas ici, en excellente compagnie.

Ces heures de lecture à venir m'ont coûté moins de 40 € : la littérature est un plaisir de salaud de pauvre. Mais de salaud de pauvre d'élite.

mardi 19 juin 2018

Le vieux réactionnaire sur la montagne suisse


La Montagne magique, tout le monde le sait, se passe à Davos, petite cité suisse bien connue des altermondialistes décervelés. Le jeune Hans Castorp, frais émoulu de son école d'ingénieurs (on notera au passage que l'on ne rencontre jamais de vieil émoulu, encore moins de rance émoulu : l'émoulu est toujours frais, comme le Portugais, toujours gai), Hans Castorp, donc, arrive au sanatorium de l'endroit pour une visite de trois semaines à son cousin Joachim, qui se soigne là afin de pouvoir entamer la brillante carrière d'officier prussien à quoi il se sait voué. L'histoire se passe aux environs des belles années 1910, comme l'aurait dit Trenet.

Les trois semaines de Castorp vont durer sept ans. C'est ce septennat immobile qui constitue la matière des mille pages du roman ; lequel fourmille de moments extraordinaires se détachant d'une pâte uniforme et vaguement ennuyeuse : image parfaitement juste, donc, de ce qu'on imagine être la vie de sanatorium quand on n'y est jamais allé. Comme il ne se passe rien, chaque micro-fait prend des proportions gullivériennes, à commencer par les cinq repas quotidiens qui sont servis aux malades ; ou les heures de balcon et de chaise longue qui ponctuent chaque journée. 

Pas d'événement qui ne fût attendu et préparé de longue date, mais des conversations à perte d'ouïe, notamment entre MM. Settembrini et Naphtah, dans lesquelles le jeune Castorp s'introduit en comparse secondaire. On parle de politique, de théologie, de morale, on s'oppose, on se contre avec courtoisie bourgeoise et conceptuelle fermeté. M. Settembrini figure ce que nous appellerions aujourd'hui un progressiste, tandis que M. Naphtah tiendrait le rôle du réactionnaire, ou du traditionnaliste si l'on veut être gentil. Voici par exemple ce que déclare celui-ci à celui-là (qui vient de lui servir une belle tartine de siècle des Lumières, de liberté et de droits de l'homme), peu après la mi-roman : 

« Je cherche à introduire un peu de logique dans notre conversation et vous me répondez par des phrases généreuses. Je ne laissais pas de savoir que la Renaissance avait mis au monde tout ce que l'on appelle libéralisme, individualisme, humanisme bourgeois. Mais tout cela me laisse froid, car la conquête, l'âge héroïque de votre idéal est depuis longtemps passé, cet idéal est mort, ou tout au moins il agonise, et ceux qui lui donneront le coup de grâce sont déjà devant la porte. Vous vous appelez, sauf erreur, un révolutionnaire. Mais si vous croyez que le résultat des révolutions futures sera la Liberté, vous vous trompez. Le principe de la Liberté s'est réalisé et s'est usé en cinq cents ans. Une pédagogie qui, aujourd'hui encore, se présente comme issue du siècle des Lumières et qui voit ses moyens d'éducation dans la critique, dans l'affranchissement et le culte du Moi, dans la destruction de formes de vie ayant un caractère absolu, une telle pédagogie peut encore remporter des succès momentanés, mais son caractère périmé n'est pas douteux aux yeux de tous les esprits avertis. Toutes les associations vraiment éducatrices ont su, depuis toujours, ce qui importait en réalité dans la pédagogie : à savoir l'autorité absolue, une discipline de fer, le sacrifice, le reniement du moi, la violation de la personnalité. En dernier ressort, c'est méconnaître profondément la jeunesse que de croire qu'elle trouve son plaisir dans la Liberté. Son plaisir le plus profond, c'est l'obéissance. »

Voilà qui, je pense, suffirait à faire grimper ce malheureux Naphtah sur le bûcher toujours dégoulinant d'essence des pédagogues vallaudo-belkacémistes. Il y aurait, évidemment, bien d'autres choses à dire, et souvent plus intéressantes, à propos du roman de Thomas Mann. On m'excusera de remettre : je dois, pour l'heure, aller rempoter mes plantes médicinales, qui ne m'ont que trop attendu.

jeudi 14 juin 2018

Découverte de l'eau


Bondissant à la poursuite d'une bande de mouettes idiotes (ou de sternes stupides, ou de ce qu'il vous plaira d'imaginer comme volatiles), Charlus s'est retrouvé dans l'océan… à ma plus vive inquiétude : je ne me voyais guère plongeant dans la vague glacée, ou que j'imaginais telle, pour aller sauver de la noyade ce semi-abruti. Car il va de soi qu'il fut le seul à se tremper dans l'eau, et que nous autres nous en sommes bien gardés. Du reste, on n'en a pas beaucoup bu non plus.

lundi 11 juin 2018

Parce que c'est mon Chouan…


À compter de ce soir, nous serons là, à Saint-Hilaire-de-Riez, charmante petite cité vendéenne où vit mon beauf' (frère de Catherine) et cousin germain, ainsi que sa femme. Nous rentrerons après-demain, ce qui laisse largement, aux cambrioleurs et autres énergumènes divers, le temps d'exercer leur art (nota bene : les bijoux et les diamants de Catherine sont dans le troisième tiroir du congélateur, et il reste, dans la Case, quelques exemplaires neufs du Chef-d'œuvvre de Michel Houellebecq, roman qui ne peut que prendre de la valeur avec le temps, n'en ayant pour l'heure pas la moindre). Je ne suis pas devin, mais je crois pouvoir affirmer qu'on va manger du poisson et boire du vin blanc. Quant à se tremper dans l'eau avec les crétins huileux, plutôt crever.

samedi 9 juin 2018

Qui connaît Paul Auster ?


Pas moi. C'est-à-dire que j'ai lu un roman de lui, La Cité de verre, il y a bien trente ans : je n'en garde aucun souvenir, pas même celui de l'avoir aimé ou non. Il fallait bien entendu remédier urgemment à cette ignorance : était-il possible de continuer à vivre comme si de rien n'était sans savoir qui est Paul Auster ? Poser la question était y répondre. 

J'ai donc mis deux livres de lui dans mon petit panier Amazon et je laisse reposer le tout jusqu'au 20 de ce mois, date où le compte “Visa” se remettra miraculeusement à zéro, et où l'on pourra de nouveau dépenser sans remords : on n'est pas plus budgétairement orthodoxe. Les deux romans sont un déjà ancien, Léviathan, et ce qui semble être le dernier paru, 4, 3, 2, 1, titre interpelant, on me l'accordera. Pourquoi deux ? s'interrogera-t-on peut-être. C'est une curieuse et assez stupide manie que j'ai, d'acheter presque toujours plusieurs volumes d'un coup des écrivains dont j'ignore tout, et au premier chef si leurs livres vont me plaire, ou au moins s'ouvrir, métaphoriquement parlant.

Mais je bavarde, je bavarde… L'objet de ce billet est d'en appeler aux plus cultivés d'entre vous, et que moi, qui auraient, eux, une connaissance plus approfondie de ce New-yorkais, ce qui n'est pas mettre la barre bien haut, on l'aura compris. Pour leur demander si, à leur autorisée opinion, j'ai bien fait de choisir ces deux romans-là. Et de me dire, dans le cas contraire, lesquels ils me conseilleraient plutôt, et pourquoi. On a donc jusqu'au 19 juin pour remettre sa copie.

Sinon, j'ai également mis dans mon panier un roman de Victor Segalen, mais c'est totalement hors-sujet.

mercredi 6 juin 2018

La tondeuse n'est pas que pour les jardins


Charlus après son passage chez l'esthétichienne.

samedi 2 juin 2018

Ami-ami avec Tom W.

Tom Wolfe, 2 mars 1930 – 14 mai 2018.

J'ai terminé les 820 pages de Bloody Miami tout à l'heure, juste avant d'aller prendre ma douche (les deux faits n'étant d'ailleurs liés en rien) : il y avait longtemps que je n'avais pas lu un roman aussi réjouissant, qui se parcourt à tombeau ouvert (ou à bride abattue si on est vraiment passéiste), et donne de l'Amérique – ou au moins de Miami – une image aussi glaçante que drôle, vraiment très drôle. Par moment, on se croirait chez le bel Alexandre (Dumas), tellement ça galope. Quand je me dis que, pendant ce temps, des malheureux s'obstinent à déchiffrer les minces grimoires de Christine Angot ou d'Édouard Louis, un grand élan de pitié me vient pour eux ; la seconde suivante, je me dis qu'après tout ils n'ont que ce qu'ils méritent. 

Il est vrai que Tom Wolfe – c'est à la fois, de sa part, modestie et ambition – se contente de montrer le monde tel qu'il le voit, d'en indiquer quelques-uns des ressorts les plus agissants, même si ce dévoilement ne risquait pas de lui valoir le Nobel, ni de lui ripoliner l'âme en couleurs pastel ; alors que nos deux chevaliers blancs, eux, attention les yeux, dénoncent le racisme et l'essclusion – pas moins. Il est certes fort beau de flétrir le racisme et l'exclusion, même si tous les bien-pensants occidentaux le font du matin au soir depuis près de quarante ans ; mais il faudrait peut-être leur dire, à Christine Édouard et à Louis Angot, qu'un homme qui dénonce, cela ne s'appelle pas un écrivain mais un délateur. En attendant, et cela s'accorde à merveille avec les deux clowns évoqués, je vais aller tout de suite ouvrir à sa première page Le Bûcher des vanités du même Wolfe ; dont les deux autres romans sont déjà bien au frais dans mon petit panier Amazon.

vendredi 1 juin 2018

Le journal prend de l'avance


Ayant considérablement merdé le mois dernier en publiant deux livraisons d'un coup, et même pas dans le bon ordre, j'ai décidé que, désormais, le journal mensuel serait livré sans attendre, dès le premier (ou deuxième…) jour du mois suivant. Voici donc celui de mai, encore tout chaud du four dont il sort.

Si j'ai choisi Witold Gombrowicz pour illustrer cette annonce, c'est parce qu'il m'a occupé beaucoup au début du mois. Et aussi parce que j'aime bien sa tête.

mardi 29 mai 2018

De l'homme, de l'urinoir et des vastes questions métaphysiques


Sait-on toujours comment les discussions éclosent ? A-t-on idée de la manière dont surgissent les vastes questions métaphysiques ? Celle que je m'en vais vous soumettre a jailli (et c'est bien le cas de le dire…) dans la salle du rewriting de France Dimanche, voilà sans doute un petit quart de siècle. Elle le fit à peu près en ces termes :

Lorsque l'on va pisser dans des toilettes plus ou moins publiques, faut-il se laver les mains avant ou après ?

D'emblée, nous fûmes clivés comme des bêtes. D'un côté, les ultras de l'hygiénisme dû à autrui, les apôtre du vivre-ensemble-proprement, qui penchaient fortement pour l'après, auxquels se joignaient les faux indignés jurant que, leur appendice urinatoire étant d'une irréprochable cleanitude, ils n'avaient nul besoin de passer leurs mains sous l'eau avant de s'en saisir. En face, le clan des réalistes, de ceux qui, au profond des abysses de leur for intérieur, savent bien qu'on n'a jamais la queue aussi propre qu'un vain peuple se l'imagine, et que, donc…

Yves J., notre chef fort-aimé, qui malgré sa cinquantaine bien sonnée attachait une importance à mon avis exagérée à son organe et à ses différentes fonctions, Yves J. voulut jouer les jusqu'au-boutistes et préconisa le double lavage de mains : un avant, un autre après, ajoutant encore à la confusion qui menaçait de tourner à la sécession.

Personne ne songea à émettre l'hypothèse que l'on pourrait aussi bien aller pisser avec des gants, ce qui aurait pourtant été le bon sens même. Nous étions, en vérité, au bord de la lutte fratricide.

Je rétablis brusquement le calme et pulvérisai le clan des après, en faisant observer que, pour quitter le local, il fallait bien poser ses doigts sur la poignée, puis éventuellement serrer la dextre du bipède qui, dans le couloir, avait la pénible manie de vous la tendre dès que le hasard vous faisait vous croiser avec lui ; et que, par là même, on récupérait fatalement les bataillons de germes véhiculés par tous ceux qui ne se lavent ni avant ni après. 

Le clan des vaincus se retira en bon ordre, mais l'alerte avait été très chaude. Et aucun d'entre nous ne put, par la suite, contempler les urinoirs d'un œil tout à fait serein.

dimanche 27 mai 2018

L'air de la bêtise, 7


ESCHYLE

– Eschyle, comme quelques dramaturges de notre époque, avait toujours une pinte de vin quand il composait ses tragédies.
Le Moniteur viticole, 1856.


ESCLAVES

– L'esclavage est une très mauvaise préparation à l'exercice de la liberté.
Anthony Trollope, The West Indies and the Spanish Men, 1860.


ESPAGNOLS

– Les Espagnols n'eurent jamais beaucoup d'inclination pour les voyages.
Schwab, Dissertation sur les causes de l'universalité de la langue française, 1803.


ÉTOILE POLAIRE

– Polaire (étoile) ou la Polaire, étoile de troisième grandeur, ainsi nommée parce qu'elle est à une très faible distance du pôle Nord.
Nouveau Petit Larousse illustré, 1935.


FAMILLE

– Une vraie famille chrétienne, pour respecter les vœux divins, ne devrait pas avoir moins de quinze enfants, dont douze au moins seraient vivants.
Abbé Niolet, Nouveaux sermons pour les jeunes époux, 1829.


FEMME

– La femme a été peu ou mal étudiée. Nous avons des monographies complètes sur le ver à soie, sur les hannetons et les chats, et nous n'en avons pas sur la femme.
P. Mantegazza, Physiologie de la femme,  1911.


FILS UNIQUE

– MM. Jules Grasset, avocat à la Cour, et Albert Grasset, officier de marine, sont les fils uniques du défunt.
Le Soir, 20 juin 1893.


FONTENELLE

– En 1755, le centenaire vivait encore : il avait près de quatre-vingt-dix-neuf ans.
F. Funck-Brentano, préface aux Mémoires de Mme de Staël, 1927.


FOOTBALL

– Foot-ball signifie littéralement “ballon-pied”, ce qui éveille tout de suite l'idée d'un ballon mis en mouvement avec le pied.
V. Dabat, Revue encyclopédique, 2 septembre 1899.

– La victoire revient quand même à Reims, mais Monaco aurait tout aussi bien pu être battu.
L'Équipe, 3 septembre 1974.


FRONT POPULAIRE

– Dans l'état présent des affaires de l'Europe, le temps travaille pour l'ordre et la paix.
Roland de Mares, Le Mercure de France, 1er septembre 1937.

– La cour d'assises de la Seine a acquitté M. Paul Cusinberche, industriel, qui avait tiré en l'air au cours d'une occupation de ses ateliers par ses ouvriers en grève et en avait tué un.
Le Courrier de Flers, 29 mars 1938.

lundi 21 mai 2018

Trois chiens dont deux fantômes


Trois générations de chiens, photographiés au même endroit de la Côte blanche, à quelques centaines de mètres de la maison ; trois chiens qui ne se sont jamais connus les uns les autres. Balbec d'abord, qui occupe la photo “qui est dans la photo”, puis Elstir, son successeur bernois…


… et, ce matin même, Charlus, dont on notera que sa pilosité crânienne a évolué de telle façon qu'il ne ressemble plus du tout au punk qu'il était vers trois ou quatre mois, mais qu'il prend chaque jour des allures de plus en plus donaldo-trumpiennes. D'ici à ce qu'il bombarde la Corée du Nord et nous brouille avec les mollahs iraniens, il n'y a pas des kilomètres.

dimanche 20 mai 2018

L'air de la bêtise, 6


DISSEMBLANCE

– Il n'y a pas besoin de vivre longtemps en Allemagne pour y constater une dissemblance frappante entre les marmots de dix à douze ans et les adolescents qui atteignent leur quinzième année.
G. Lenôtre, Prussiens d'hier et de toujours, 1915.


DIX-SEPTIÈME SIÈCLE

– Holà, mon bonhomme ! cria d'Artagnan à un paysan qui travaillait son champ de pommes de terre.
Alexandre Dumas, Les Trois Mousquetaires, 1844.

– Vous êtes, dit Colbert, aussi spirituel que M. de Voltaire.
Alexandre Dumas, Le Vicomte de Bragelonne, 1848.


DOS

– J'avais à peine tourné le dos que je le vis prendre son journal.
Gérard de Nerval, Portrait du Diable, 1839.


DREYFUS (Affaire)

– Il ne faudrait pas s'imaginer que l'affaire Dreyfus puisse exercer la moindre influence sur l'esprit public…
C. Blanc, Le Petit Caporal, 22 novembre 1894.


DRUIDES

– Les druides vivaient au fond des cavernes creusées dans les roches dont les Gaulois n'avaient pas à s'approcher. Ils sacrifiaient à leurs dieux des victimes humaines, soit des animaux, soit même des hommes.
Jean Guiraud (dir.), Nouveau cours d'histoire de France, cours préparatoire, 1930.


ÉCHECS

– Le jeu d'échecs, véritable sport de l'esprit, développe et épanouit les facultés mentales. Pour cette raison, le Secrétaire d'État à la jeunesse et aux sports a décidé de stimuler la pratique du bridge auprès de la jeunesse.
Bulletin de presse du Secrétariat d'État à la jeunesse et aux sports, 1976.


ÉCOSSAIS

– Leurs noms barbares sont le symbole infernal de leur naturel. Je ne m'attendrais à aucune commisération de la part d'un homme nommé Mac Colleitock.
John Milton (1608 – 1674).


ÉGLISE CATHOLIQUE

– L'Église catholique est la première organisation financière du monde, car elle totalise toutes les juiveries.
Augustin Chirac, Les Rois de la République, 1883.


ENVIRON

– On avait relevé environ dix-sept cadavres.
Hurlevent, feuilleton de Lyon-Républicain, 12 avril 1937.


ERRATUM

– Une inversion regrettable dans notre édition d'hier nous a fait mettre le tableau concernant les prix de la viande de porc à la place de celui qui traitait des départs en vacances des personnes âgées.
La Charente libre, 15 août 1975.

– Plougasnou (rectificatif). – Dans l'avis mortuaire de remerciements concernant M…, il fallait lire “ainsi qu'aux six porteurs bénévoles” et non “ainsi qu'aux supporters bénévoles”.
Le Télégramme de Brest, 11 octobre 1976.

vendredi 18 mai 2018

Les méritoires tentatives de Chronopost


Quand je disais, il y a quelque temps, que la Poste ressemblait de plus en plus à une administration africaine, peut-être me montrais-je d'une trop grande sévérité envers les dites administrations sub-sahariennes. J'attendais ce matin le dernier volume paru du journal de Renaud Camus, Juste avant après. Il m'étais dûment annoncé par mon “suivi de colis”, mais, en réalité, je ne l'attendais qu'à moitié, et même au quart : je commence à connaître les zigotos employés par Chronopost. De fait, ça n'a pas manqué : peu après neuf heures, lorsque j'ai de nouveau consulté le suivi en question, il m'a été notifié qu'une “tentative de livraison” avait été faite et que, pour la suite, je devais me référer à l'avis de passage déposé dans ma boîte aux lettres ou encore contacter mon “transporteur”. Contacter, il n'y fallait bien sûr point songer : sans doute tout à leurs transports, ces gens ont décidé une bonne fois pour toutes d'être résolument injoignables. Quant à l'avis de passage, il ne pouvait y en avoir, ni dans ma boîte, ni ailleurs, puisque, de passage, il n'y avait pas eu non plus.

C'est une fatalité assez récente mais qui se multiplie à l'envi, ces tentatives de livraison, et je crois avoir compris ce qui se passait. Avant de donner mon explication (hypothétique, certes), je dois préciser qu'à moins d'accomplir sa tournée avant cinq heures du matin, le livreur de Chronopost n'aurait eu aucun mal à voir sa tentative pleinement couronnée de succès : il y a une grosse cloche accrochée juste à droite du portail, et toujours l'un de nous deux – Catherine ou moi – à l'intérieur de la maison pour l'entendre et accourir.

Donc, mon avis, c'est qu'aucune tentative n'a été faite. Pourquoi ? Parce que, dans sa nonchalance et son manque de conscience professionnelle, mon livreur a dû s'apercevoir qu'il n'avait pas assez de colis à déposer au Plessis-Hébert pour que je méritasse qu'il fît un détour : il devait être bien plus agréable pour lui de terminer sa tournée avec une demi-heure d'avance, voire davantage. La dernière fois qu'un tel contretemps s'est produit, la première tentative a été suivie d'une seconde, le lendemain. Et ce n'est que le troisième jour que mon colis m'a été remis… par notre factrice habituelle lors de sa tournée quotidienne. Je serais prêt à parier une assez grosse somme que c'est encore elle qui va m'apporter le journal de Camus demain. À moins que le fantôme de chez Chronopost ne se décide à une nouvelle tentative sabbatique, auquel cas le colis ne m'arrivera que lundi – ou plutôt mardi, puisque lundi sera pentecostal.

Pendant ce temps, lorsque Amazon a la bonne idée de faire appel à une véritable entreprise, du genre d'UPS, le colis promis m'arrive toujours, non seulement au jour, mais également à l'heure annoncés. Ce qui est évidemment très mal car c'est, sans doute possible, l'une des conséquences visibles de l'ultralibéralisme qui ravage notre pauvre France ; et contre lequel Chronopost lutte de plus en plus efficacement.

jeudi 17 mai 2018

La démolition du Crétin


Le point commun le plus remarquable aux écrivains de droite du second XIXe siècle et du premier XXe, c'est leur détestation quasi frénétique de Zola. De Barbey d'Aurevilly à Kléber Haedens, en passant par Goncourt ou Daudet, ils ne peuvent s'empêcher de le piétiner, puis de cracher sur ce qu'ont laissé leurs lourdes bottes. Le plus enragé est bien entendu Léon Bloy. J'ai passé les deux premières heures de la matinée à lire son Je m'accuse…, tout entier consacré à sa bête noire (ou devrais-je dire : à l'une de ses bêtes noires ?). Je dois reconnaître que la charge est si outrée qu'elle devient rapidement fort réjouissante, et même d'une irrésistible drôlerie par endroit. Il est vrai aussi que Bloy se fait le jeu facile en choisissant pour cible Fécondité, ce roman aussi grotesque qu'illisible (je le sais : j'ai essayé). Il me répondrait sans doute qu'il n'a pas choisi. Et, en effet, c'est ce roman-là qui, alors, au tournant du siècle, paraissait en feuilleton dans L'Aurore, la gazette de Clemenceau (et du J'accuse zolien…). C'est donc un journal de bord de sa détestation du Crétin – surnom dont il l'affuble – que nous donne Bloy, qui s'astreint chaque matin, avec un masochisme dont il est le premier à rire, à lire la tartine du jour et à nous rendre compte, avec une féroce maniaquerie, de ses énervements, écœurements, colères, éclats de rire, etc. Lecture jubilatoire, finalement, même pour quelqu'un comme moi, qui ai toujours placé Zola assez haut sur ma petite échelle personnelle.

lundi 14 mai 2018

Petit exercice de zénographie


On pourrait dire de Zeno ce que Michel Foucault affirmait d'Hervé Guibert : « Il ne lui arrive que des choses fausses. » À bien y regarder, on pourrait encore dire la même chose d'Italo Svevo, l'auteur de La Conscience de Zeno, l'un des meilleurs romans du XXe siècle, paru en 1923.

(Il est d'ailleurs intéressant, et curieux, de noter que presque tous les très grands écrivains européens du XXe siècle sont concentrés dans son premier tiers : Proust, Kafka, Joyce, Pessoa, Musil, Mann – pardon pour ceux que j'oublie – et, donc, Svevo.)

Italo Svevo, comme son prénom l'indique, est un romancier italien. Sauf qu'il ne s'appelle pas comme ça et qu'il a attendu l'âge de 57 ans pour devenir italien : né à Trieste en 1861, Ettore Schmitz devra attendre 1918 et le rattachement  de sa ville natale à l'Italie pour cesser d'être autrichien.  Quant à son pseudonyme, il signifie “Italien Souabe”, double affirmation correspondant à l'origine juive allemande de son père et à la langue dans laquelle il va choisir de devenir écrivain. Lui-même prétendra avoir opté pour le pseudonyme afin de se déschmitzifier

Ses débuts en littérature sont rien moins que fracassants : en 1892 et 1898, il a publié – à compte d'auteur – deux romans, Una Vita et Senilità, dont les ventes et le retentissement feraient passer Le Chef-d'œuvre de Michel Houellebecq pour un triomphe de librairie. Découragé par ce double silence abyssal, il décide de renoncer à toute ambition littéraire. (Sauf qu'il continue d'écrire, presque en cachette, “pour le tiroir”. Un peu comme le fumeur qui, après avoir annoncé à tous qu'il arrêtait, va furtivement s'en griller une dans les toilettes.) Dans sa vie officielle, Ettore Schmitz s'occupe des usines de son beau-père, lequel a mis au point une peinture spéciale pour coques de  navires qui est en train de faire sa fortune.

C'est même parce qu'une nouvelle usine va s'implanter en Angleterre (la Navy s'intéresse à la peinture pour coques…) qu'Ettore est contraint, en 1907, de se mettre à l'anglais. Il s'inscrit à l'école Berlitz de Trieste, où on le confie à un jeune Irlandais de 25 ans. Un certain James Joyce. Bien que séparés par un quart de siècle, les deux hommes deviennent amis et vont rendre chacun un inestimable service à l'autre : Joyce va redonner à Svevo le goût d'écrire un nouveau roman, par son enthousiasme pour les deux premiers ; Svevo (ou plutôt Schmitz) va fournir à Joyce l'un des modèles principaux du Leopold Bloom d'Ulysse

C'est en 1923 que paraît La Conscience de Zeno. Joyce, devenu entretemps ce que l'on sait, qualifie le roman de chef-d'œuvre – ce qu'il est en effet – et l'expédie dare-dare à Paris, où il atterrit entre les mains de Benjamin Crémieux et de Valery Larbaud ; lesquels vont, dès 1926, révéler et imposer le génie de Svevo en France, cependant qu'Eugenio Montale (poète italien, futur prix Nobel) fait la même chose dans son pays, en déclarant que “ce méconnu est un second Proust”, parenté que souligne également Crémieux.

Enfin déschmitzifié, Italo Svevo va donc enfin pouvoir vivre pleinement la vie d'écrivain auquel il n'a au fond jamais cessé d'aspirer… Ah ! non : en 1928, il se tue bêtement dans un accident de voiture.

Que des choses fausses, je vous dis, que des choses fausses…

(Et je m'aperçois que mon but initial était de braquer mon petit projo sur La Conscience de Zeno, que je finis de relire avec jouissance et jubilation, mais que je n'ai fait que parler de son auteur. C'est dommage, parce qu'il s'agit d'une œuvre profondément originale (surtout pour son époque : premier grand roman inspiré par la psychanalyse, mais déjà fort critique envers elle), d'une intelligence scintillante et profondément drôle. Mais, après tout, vous n'avez pas besoin de moi pour vous en apercevoir : lisez-le et puis c'est tout.)

dimanche 13 mai 2018

L'air de la bêtise, 5


CHÔMAGE

– Le chômage, né du manque de travail, n'a qu'un seul remède : le travail. Tout le reste n'est que palliatif.
Journal d'Argenteuil, 2 janvier 1932.


CONFLIT ISRAÉLO-ARABE

– Arabes et Juifs doivent régler ce problème dans un véritable esprit chrétien.
Warren Austin, délégué des États-Unis à l'ONU, 1948.


CRAYON

– Lui aussi avait été de toutes les batailles, au premier rang, revolver d'une main, carnet de l'autre, et la mitraille ne faisait pas trembler son crayon.
Jules Verne, L'Île mystérieuse, 1874.


CRI

– Au cri que la Pudica avait jeté, à ce cri sorti comme d'une vulve de louve, tant il était sauvage, et qui me vibrait encore dans les entrailles, une femme de chambre était montée.
Jules Barbey d'Aurevilly, À un dîner d'athées, 1874.


CROCODILE

– Les femmes en Égypte se prostituaient publiquement aux crocodiles.
P.-J. Proudhon, De la célébration du dimanche, 1850.


CULTURE

– Moi qui suis cultivé, je ne trouve pas de mal en moi, et spontanément en toute chose je me porte à ce qui me semble le plus beau. Si tous étaient aussi cultivés que moi, tous seraient comme moi dans l'heureuse impossibilité de mal faire.
Ernest Renan, L'Avenir de l'intelligence.


CYCLISTES

– Tout porte à croire maintenant que la cause des cyclistes combattants est à peu près gagnée.
Commandant Mordacq, Les Cyclistes combattants, 1910.


DELAWARE

– Le Delaware coule parallèlement à la rue qui suit son bord.
F.R. de Chateaubriand, Voyage en Amérique, 1827.


DIDEROT

– Lorsque j'entendis l'hôte s'écrier de sa femme « Que diable faisait-elle à sa porte ! », je me rappelai l'Harpagon de Molière, lorsqu'il dit à son fils : « +Qu'allait-il faire dans cette galère ? »
Denis Diderot, Jacques le fataliste.


DIEU

– Dieu jouit continuellement par 810 passions différentes qu'il satisfait et développe continuellement.
Charles Fourier, Égarement de la raison, 1847.

– Si Dieu existait, pourquoi les hommes auraient-ils d'inutiles et inallaitables mamelles ?
Octave Mirbeau, L'Écho de Paris, 25 août 1890.


DISETTE

– La disette fit aux Français le plus beau présent que puisse recevoir un peuple, en lui enseignant l'économie des comestibles.
Des causes de la révolution et de ses résultats, brochure anonyme, 1797.

jeudi 10 mai 2018

Quel imbécile que moi-même !


Depuis avant-hier, je m'étonnais de ce qu'un certain nombre de lecteurs du journal de mars mis en ligne (et “caviardé”) aient pu mettre en doute sa cohérence temporelle ; il m'arrivait même d'en sourire de pitié. Ce n'est qu'il y a une heure que je me suis aperçu de ma grotesque bévue : celui qui fut publié avant-hier n'était pas le journal de mars mais d'avril.

Voici donc (tout aussi caviardé), le véritable journal de mars.


(La conséquence de ce micmac est qu'il n'y aura aucune publication de journal fin mai…)

Mais où est passé Charlus ?


Il joue les céréales killer

mardi 8 mai 2018

Journal caviardé


Changement d'épaule pour le fusil : j'ai finalement décidé de reprendre la publication du journal mensuel, mais en caviardant impitoyablement (moi aussi, je puis être vigilant…) les parties que vous n'êtes pas censés lire ; lesquelles seront signalées par des […] disposés au milieu de “blancs” plus ou moins importants selon la longueur des passages supprimés. Voilà donc ce qui reste du journal de mars

dimanche 6 mai 2018

Pleins feux sur l'éclairage public


Depuis quelques semaines, j'ai un nouveau passe-temps, rendu possible par le fait que je continue à me lever avant cinq heures, c'est-à-dire alors qu'il fait encore nuit. Plutôt qu'un passe-temps, d'ailleurs, je devrais dire un relevé. Ou un compte à rebours. Enfin… Dans la rue de l'Église, au Plessis-Hébert, les lampadaires publics ont été programmés pour s'allumer à six heures précises ; ce qu'ils font avec une ponctualité dont il convient de les féliciter. Il se trouve que c'est également l'heure de l'un de mes cafés du matin, après ceux de cinq heures puis cinq heures et demie, et avant ceux de six heures et demie puis de sept heures. Ma ponctualité à moi tient à la cafetière électrique qui, dans le but probable de sauver la planète, s'éteint automatiquement toutes les demi-heures, comme j'ai déjà eu le bonheur de vous le narrer ici même : pour ne pas oublier d'aller à la cuisine la remettre en route, j'ai pris l'habitude de me “caler” sur le carillon du salon, lorsqu'il sonne la demie et l'heure juste. Une fois debout, j'en profite naturellement pour me servir quelques gorgées du breuvage, allumer une cigarette et aller consommer le tout sur la terrasse, en compagnie du chien. Je suis donc aux premières loges pour voir les lampadaires s'allumer, d'autant que René, le carillon, avance souvent d'une minute ou deux.

Or, si l'éclairage publique s'allume selon l'heure qu'il est, il échappe au temps des hommes pour ce qui est de s'éteindre : c'est alors la luminosité naturelle de l'aurore qui prend la relève du commandement et décide de l'extinction. Si bien que, selon le processus, maintenant bien connu, de l'allongement des jours entre le 24 décembre et le 21 juin, la durée d'éclairage des lampadaires héberto-plessistes tend à subir le même sort que la peau de chagrin balzacienne.  J'ai senti que le tragique dénouement était proche il y a une douzaine de jours, lorsque le temps des illuminations est tombé sous la demi-heure. Ensuite, l'agonie a été rapide : les lampadaires, hier, sont restés allumés exactement cinq minutes et demie, et ce matin cinq.  Je crains qu'avant une semaine ils ne s'enfoncent pour plusieurs mois dans un long jour, qui est pour les lampadaires ce qu'une longue nuit est pour les humains. J'en ressens comme une vague mélancolie, de celles qu'il est préférable de garder pour soi si l'on ne veut pas faire figure de demeuré.

samedi 5 mai 2018

Un plongeon dans l'immaturité

Witold Gombrowicz, 1904 – 1969.

Relire Gombrowicz, c'est en quelque sorte s'offrir une cure de doute, un bain d'incertitude touchant parfois à l'angoisse ; c'est en tout cas s'exposer à voir le monde autour de soi devenir flou, et vaciller ses garde-fous les mieux établis. C'est, en un mot, se laisser aller à un plongeon en saut de l'ange dans cette immaturité qui est le pivot des quatre romans écrits par le Polonais (qui, bien sûr, me haïrait pour le réduire ainsi à sa polonité), à commencer par le tout premier, Ferdydurke, par quoi il me semble nécessaire d'aborder l'ensermble. Les thèmes principaux de toute l'œuvre y sont déjà agissants : l'infantilisation, la cuculisation, la dissolution de la forme, le “viol par les oreilles”. Le titre du roman n'a rien à voir avec son contenu : Gombrowicz prétendait l'avoir choisi parce qu'il était rigoureusement imprononçable pour un larynx polonais.

On poursuivra avec Trans-Atlantique. (Une chose, en préambule : si l'on n'a pas aimé Ferdydurke, il est à mon sens inutile d'aller plus loin. Mais je puis me tromper.) En 1939, un peu plus d'an après avoir publié à Varsovie le roman dont je viens de parler, Gombrowicz s'embarque pour l'Argentine, dans ce qui est censé être une sorte de “tournée promotionnelle” des intellectuels polonais. Il est à Buenos-Aires depuis huit jours lorsque les armées allemandes envahissent la Pologne ; alors que le bateau de retour s'apprête à larguer les amarres, Gombrowicz redescend à terre avec ses deux valises : après de violentes hésitations, il vient de choisir de rester en Argentine ; il va y passer 24 ans. Ce sont les huit premières années de cet exil qui forment le sujet de Trans-Atlantique, ou plutôt sa source, car il s'agit bel et bien d'un roman, où l'action est condensée en un mois. La communauté polonaise en exil réagira assez violemment contre Trans-Atlantique, qu'elle ressent comme une inqualifiable agression envers “le pays”. Après ce livre-ci, viendront encore La Pornographie et enfin Cosmos ; c'en sera fini de l'œuvre romanesque.

Mais pas de l'œuvre tout court. Car il reste ce monument central qu'est le Journal, commencé en 1952 et poursuivi jusqu'à la mort, en 1969. C'est après avoir lu celui de Gide que Gombrowicz en a l'idée. C'est aussi un moyen de gagner quelque argent – dont il a grand besoin –, en le publiant, mois après mois, dans Kultura, la revue littéraire de la diaspora polonaise. C'est d'ailleurs parce que je suis occupé à relire entièrement les mille trois cents pages de ce livre que je vous inflige la lecture de ce billet. Si l'on voulait tenter de comparer le journal de Gombrowicz avec d'autres, il faudrait se tourner plutôt vers celui de Kafka, ou encore de Pavese, que vers celui de Gide – et encore moins vers Léautaud. (Maintenant que j'y pense, on pourrait aussi trouver quelques points de ressemblance avec le Livre de l'intranquillité de Pessoa.)  C'est-à-dire qu'il n'y faut guère chercher le tableau d'une vie quotidienne (même si le quotidien y a sa part), ni beaucoup d'anecdotes, de “petits faits vrais”. Et, lorsqu'il y en a, des anecdotes et des petits faits vrais, ils sont passés à la moulinette du regard scrutateur et toujours un peu douloureux de l'auteur. D'ailleurs, rien ne nous dit qu'ils ne sont pas inventés pour les besoins de la page. En un mot, nous ne sommes pas devant un journal-agenda, mais plutôt devant une sorte de miroir prismatique dans lequel un certain Witold Gombrowicz tente  de discerner ses véritables traits ; et, ce faisant, nous faire apparaître les nôtres.

Je terminerai en disant que la lecture de Gombrowicz m'a toujours plongé dans un climat particulier, fait, comme je le suggérais en commençant, d'une grande incertitude vaguement teintée d'angoisse. Les quatre romans surtout me font me sentir comme un homme ne sachant pas nager et qui se retrouverait au milieu d'un lac, touchant le fond du bout des orteils, et l'eau affleurant sans encore l'atteindre sa narine : la noyade est envisageable à chaque page qui se tourne.

En définitive, il est possible que je n'aie jamais rien compris à l'œuvre de Gombrowicz.

vendredi 4 mai 2018

L'air de la bêtise, 4


BELGRADE

– La ville de Belgrade est, en quelque sorte, le carrefour de l'Europe occidentale et orientale : elle est à mi-chemin entre Paris et Berlin, d'une part, Constantinople et Varsovie de l'autre.
L'Ère nouvelle, 26 août 1926.


BICYCLETTE

– Une bicyclette ne peut avancer que mise en mouvement.
L'Intransigeant, 14 décembre 1906.


BLAGUE

– Blague ! Blague ! Blague ! l'antisémitisme d'Hitler.
Charles Maurras, L'Action française, 19 septembre 1935.


BLANC

– C'est un fait reconnu que le Blanc qui fréquente les milieux des nègres tombe dans un état de dégénérescence le rendant inférieur aux nègres.
Warrington Dawson, Le Nègre aux États-Unis, 1912.


BOLCHEVISME

– La mentalité bolcheviste est aussi vieille que l'histoire. Le Caïn de la bible avait déjà une âme bolcheviste.
Gustave Le Bon, Psychologie des temps nouveaux, 1920.


BOURGET (Paul)

– Avec Paul Bourget, c'est la plus haute figure des lettres françaises qui disparaît.
René Doumic, La Revue des Deux Mondes, 15 janvier 1936.


BRAILLE

– Comprenant qu'il avait affaire à un sourd-muet, l'agent le conduisit au poste. Il fallut faire appel au concours d'un gardien de la paix connaissant l'alphabet Braille pour interroger le voleur.
Le Petit Parisien, 8 juin 1936.


BRAS

– Je dus tâter, à travers l'étoffe légère de la jupe, les muscles de ses bras.
Marcel Prévost, Voici ton maître, 1930.


BRETAGNE

– La place que la Bretagne occupe au centre de l'Europe la rend beaucoup plus curieuse à observer que le Canada.
H. de Balzac, Les Chouans, 1829.


CACTUS

– Est-ce qu'un homme vertueux, un bon époux ne sont pas plus précieux et plus utiles qu'un cactus ou un rhinocéros ?
Bernardin de Saint-Pierre, Harmonies de la nature, 1796.


CALS

– Comme les Juifs, les Anglais détestent avoir des cals aux mains. Les ouvriers et les paysans y ont des mains de duchesse.
Louis Martin, L'Anglais est-il un Juif ?, 1895.


CAVALERIE

– La guerre de l'avenir verra se produire de très grandes charges de cavalerie.
Général Bonnal, Journal des sciences militaires, 1903.

dimanche 29 avril 2018

La guinguette, etc. ou : c'est passé ric-réac


Tout à l'heure, à la suite d'un commentaire un peu trop copieux et bourratif de ma part (moi qui suis d'ordinaire la légèreté même, chacun sait), sur un blog où nous nous invitons parfois lui et moi, M. Arié m'a fait remarquer, avec un nuage d'ironie comme sur le thé le lait, que si c'était pour venir écrire mes billets chez les autres, j'aurais aussi vite fait de rouvrir mon blog (c'est l'idée, c'est pas les mots, comme disait ma rédactrice en chef il y a quelques années). J'ai bien dû reconnaître qu'il n'avait pas tort – donc voilà. Le commentaire dont auquel était le suivant :

« À propos d’anti-sarkozysme (dont il est question un peu plus haut dans ce « fil »), je suis en train de terminer le livre de Patrick Buisson intitulé La Cause du peuple, et je me demande pourquoi, sinon par préjugé, par a-priorisme, il n’est pas devenu la bible de tous les antisarkozystes, tant l’ex-président en ressort en lambeaux. Il n’est d’ailleurs pas le seul, loin de là. Parmi les mieux « servis », Henri Guaino et encore plus Carla Bruni ; mais aussi Brice Hortefeux et NKM. Le livre est évidemment, pour une part, un plaidoyer pro domo, couplé avec une plongée dans le quinquennat de Sarkozy. Mais, s’il n’était que cela, je ne serais sans doute pas allé plus loin que les trente ou quarante premières pages. Or, il se trouve que Buisson est surtout un analyste particulièrement perspicace et profond des fractures béantes qui minent le peuple français (même si on n’est pas d’accord avec ses conclusions). Et que, de plus, il n’est pas, stylistiquement parlant, dénué d’un certain panache, même s’il a l’irritante faiblesse de céder aux tics langagiers les plus stupides de l’époque (« initier » dans le sens de commencer ou lancer, « au final », « acter », etc.) Bref, c’est un livre que tout un chacun pourrait lire avec profit. À condition d’éprouver encore un soupçon d’intérêt pour le peuple français évidemment. »

Au chapitre des curieuses lacunes langagières de M. Buisson, il y a celle-ci qu'il semble ignorer l'existence de deux verbes “ressortir” : l'un, le plus courant, ressortir de, du troisième groupe et voulant dire “sortir à nouveau” ; l'autre, ressortir à, appartient au deuxième groupe et signifie “relever de”. Il est tout de même bien étrange qu'un homme de sa culture méconnaisse ce distinguo, comme il le prouve à deux reprises dans son livre ; qui, malgré cela, reste une riche lecture.

Je ne sais si c'est le fait d'avoir fugitivement fermé blog et journal, et donc de me sentir seul au monde, protégé des chafouins et des envieux, mais je me vautre depuis deux jours dans le réactionnariat le plus éhonté puisque, au sortir du Buisson, je m'apprête à m'enfoncer dans le maquis maurassien, m'étant offert le volume qui vient de sortir dans la collection Bouquins de Robert Laffont, lequel rassemble aussi bien les textes autobiographiques et esthétiques de Maurras que ses poèmes et, naturellement, ses grands écrits politiques.

L'amusant est que la préface à ce recueil de mille deux cents pages est due à un certain Jean-Christophe Buisson : je ne sors pas des lectures épineuses.