vendredi 24 mai 2024

Que sierra sierra…


 Je serai sans doute le seul de cet avis, mais il m'a semblé que, sortant des Liaisons dangereuses de Laclos, il était parfaitement logique de dérouler le Manuscrit trouvé à Saragosse de Jean Potocki, évidemment déjà lu et relu, comme en fera foi ce qui suit. La première raison est que le Français et le Polonais furent contemporains, à quelques années près, le droit d'aînesse revenant au premier. La seconde est qu'il leur est arrivé la même chose : tous deux, au cours de leur existence terrestre, se sont occupés de diverses choses n'ayant que peu à voir avec la littérature, puis ils se sont mis à un unique roman et ont enfanté un chef-d'œuvre.

La vie de Potocki, du reste, mériterait un long billet à elle seule, tant elle fut riche, féconde, mouvementée, brillante. Peut-être le ferais-je un de ces jours, en pompant éhontément la copieuse et excellente préface que Roger Caillois donna en 1958 au Manuscrit, dans l'édition —furieusement tronquée — qu'il fit paraître alors chez Gallimard. En attendant, il me semble plus judicieux — et surtout moins fatigant… — de vous resservir celui que j'écrivis sur ce même roman il y a tout juste dix ans. Le voici :


Je ne parviens pas à me souvenir s'il s'agit d'une seconde ou d'une troisième lecture. Toujours est-il que j'ai repris, cet après-midi le Manuscrit trouvé à Saragosse de Jean Potocki (1761 – 1815), écrivain polonais de langue française. Fabuleux livre que celui-là, qui tient à la fois du roman noir, de l'épopée de brigands, du conte fantastique, de l'histoire de fantômes, du conte libertin, du récit philosophique, du roman d'amour, de celui d'intrigues politiques, voire du conte oriental, plus deux ou trois autres genres que j'oublie certainement. Livre labyrinthe, avec son récit dans le récit, puis un récit dans le récit dans le récit, et encore un récit dans le récit dans le récit dans le récit, ainsi de suite. On se retrouve perdu au milieu de ces innombrables miroirs qui se regardent les uns les autres, de face, de biais, et se reflètent à l'infini. En voici la première phrase, l'incipit comme l'on dit  – encore qu'il ne s'agisse pas tout à fait de l'entame du livre, lequel commence par un avertissement de l'auteur, qui explique brièvement dans quelles circonstances il a trouvé ce manuscrit rédigé en espagnol, dans une maisonnette désertée de Saragosse. Néanmoins, il s'agit bien de la première phrase de la première journée du récit lui-même ; et c'est l'une des plus savoureuses qui soit :

« Le comte d'Olavidez n'avait pas encore établi des colonies étrangères dans la Sierra Morena : cette chaîne sourcilleuse qui sépare l'Andalousie d'avec la Manche n'était alors habitée que par des contrebandiers, des bandits, et quelques Bohémiens qui passaient pour manger les voyageurs qu'ils avaient assassinés ; et de là le proverbe espagnol : Las gitanas de Sierra Morena quieren carne de hombres. »

De fait, elle est bien peu engageante, cette sierra, notamment lorsqu'on débouche dans la vallée de Los Hermanos, où le Guadalquivir se répand dans la plaine, en raison des frères Zoto qui, à son entrée, se balancent sous un gibet, cependant que les vautours s'affairent à leur dévorer chair et entrailles. Et puis, surtout, chaque voyageur se retrouve plus ou moins contraint de bivouaquer à la Venta Quemada, une auberge déserte que son propriétaire a fui, en laissant un écriteau qui demande aux passants de prier pour lui. On y passe certes des nuits surprenantes et délicieuses (le possédé Pacheco se vautre jusqu'au petit matin dans la luxure, en compagnie de sa jeune belle-mère, Camille, et de la sœur cadette de celle-ci, Inésille), mais les voyageurs ont la fâcheuse surprise, le lendemain, de se réveiller sous le gibet, parmi les ossements et les haillons, encadré par les cadavres en voie de putréfaction des deux frères, dont on ne sait pas trop bien comment ils ont pu se dépendre de leurs nœuds coulants.

Jean Potocki met fin à ses jours le 11 décembre 1815. Diverses histoires circulent à propos de ce suicide. Certains affirment qu'il aurait chargé son pistolet avec une balle de plomb provenant du couvercle d'une théière et qu'il aurait méticuleusement polie lui-même durant des mois ; d'autres prétendent que la balle était d'argent et avait été bénie par un prêtre ; quant à moi, je reste persuadé qu'il ne s'est nullement suicidé, mais a eu la cervelle dévorée par les gitanas de Sierra Morena.
 
 
La photo que j'ai choisie en illustration, avec le goût macabre très sûr qu'on me connaît, est tirée d'un film polonais de 1965, intitulé Rękopis znaleziony w Saragossie : je suppose qu'il pourra se passer d'une traduction.

lundi 20 mai 2024

Les questions dangereuses


 Pierre Choderlos de Laclos. Tout de même étonnant, cet homme : militaire de carrière et de goût, auteur d'un opéra comique qui s'est effondré dès sa première représentation, ainsi que de deux ou trois vagues brochures sur des sujets anodins, en tout cas pas littéraires pour deux piastres (l'éducation des femmes, la numérotation des rues de Paris...), et qui, soudain, la quarantaine approchant, prend sa plume et écrit Les Liaisons dangereuses, qui est sans doute le plus remarquable roman de tout le XVIIIe siècle français (les Anglais, à cette époque et en ce domaine, nous dépassaient de cent coudées) et de quelques autres.

Qu'est-ce qui s'est passé ? Et pourquoi ce jaillissement superbe n'a-t-il eu ni prémisses, ni lendemains ? Autant de questions sans réponses, et donc potentiellement dangereuses : on ne sait jamais, en ces parages, où on met le pied ni l'esprit, sitôt qu'on s'y aventure…

Pour se raccrocher à quelque chose, il est tout de même une question à laquelle il est permis de répondre, celle qui concerne la prononciation de son nom de famille : on se doit de dire Chauderlau et non Kauderlau ; encore moins Kauderlosse.  

J'aimerais bien ne pas avoir à le répéter.


samedi 18 mai 2024

Défaire le tout fait


 Les expressions toutes faites. Ce qui les caractérise le plus souvent est que, justement, on ne comprend pas comment elles ont pu être faites, ni pourquoi. 

En vertu de quel impératif cet homme se porte-t-il comme le Pont Neuf, tandis que son voisin est sourd comme un pot ? Ils pourraient tout aussi bien être sourd comme le Pont Neuf — dont il est à peu près prouvé qu'il n'a jamais rien entendu — et se porter comme un pot, les jarres, amphores, marmites et autres pichets jouissant généralement d'une excellente santé — tant qu'on ne les heurte pas contre un pot de fer —, et étant en outre, sauf les plus volumineux d'entre eux, assez faciles à porter.


On pourrait d'ailleurs tenter le même genre de permutation avec quantité d'autres. Par exemple : “n'être qu'un second couteau” et “pleuvoir des hallebardes” ; ou encore : “enculer les mouches” et “ ne pas casser trois pattes à un canard”.

(On citera pour mémoire le cas particulier de “entre chien et loup”, qui présente l'intéressante particularité d'être auto-permutable.)

mardi 14 mai 2024

Une parfaite soirée espagnole


 Plutôt qu'un billet, ce qui suit serait plutôt une manière d'ordonnance, au sens médical du mot, destinée à tous ceux qui souhaiteraient passer une parfaite soirée espagnole, sans quitter fauteuils, canapés, écrans plats.

On commencera par regarder un épisode de l'une des deux séries dont parlait mon billet d'hier. Si l'organisme du téléspectateur est suffisamment robuste, il pourra même en regarder deux, mais en veillant à ne pas changer de série entre le premier et le second, sous peine d'interactions pouvant se révéler fâcheuses. En revanche, il serait dommage de s'en tenir là.

Afin de se détendre et d'aller ensuite se coucher avec le sourire, le netflicomane docile aux prescriptions aura à cœur de compléter son traitement en faisant suivre ses deux comprimés de Permis de vivre ou, à son choix, d'Entrevías, par une cuillerée à café d'un remède à grandes vertus euphorisantes : Machos alfa.

Les dix heures que dure cette série (20 x 30 mn) sont hautement réjouissantes, à la fois absurdes et solidement ancrées dans le réel. Ces quatre Madrilènes quadragénaires qui voient s'écrouler leurs repères traditionnels avec un bel ensemble et qui,  pleins de bonne volonté, tentent d'en finir avec leur “masculinité toxique”, sont tout en même temps ridicules, attendrissants, drôles, pitoyables, et lucides par éclairs intermittents ; bref : irrésistibles. Ce qui empêche Machos alfa d'être une simple charge féministe à la sauce netflicarde, c'est  d'une part l'humour constant et souvent assez “raide” des situations et dialogues, mais aussi le fait que leurs femmes, séparées ou toujours en couple avec eux, ne s'en tirent pas mieux et reflètent tout autant que leurs partenaires virils la complète absurdité de l'époque.

Du reste, la série a été écrite et réalisée, dans un strict esprit paritaire, par un homme et une femme, qui se trouvent en outre être frère et sœur. C'est dire.

Le traitement dans son ensemble sera scrupuleusement suivi durant un minimum de deux semaines, mais pourra sans danger pour le cerveau et le corps être prolongé d'autant.

Addendum tardif : il va de soi que cette prescription ne vaut que si on regarde ces trois séries en version originale sous-titrée (ou non sous-titrée si on est un digne hispanisant). Sinon, en version doublée, ses effets bénéfiques seront presque totalement annihilés.

lundi 13 mai 2024

¡ Que viva Netflisca !

José Coronado (au téléphone) et Luis Zahera.

 Il y a en ce moment sur Netflic au moins deux séries espagnoles qui méritent qu'on s'y arrête. La première, par ordre chronologique, s'intitule chez nous Permis de vivre, ce qui est un choix assez curieux puisque son titre original est Vivir sin permiso. Elle se déroule en Galice, au bord de l'Atlantique donc, tout près de la ville d'Oeste, essentiellement dans une grande maison superbe appartenant au potentat local, moitié entrepreneur, moitié trafiquant de drogues principalement sud-américaines. Il a une femme assez pénible, deux filles hautement regardables, si on est sensible au charme méditerranéen des créatures du sexe, et un fils pédé et drogué dont il semble s'arranger tant bien que mal.

Ce tyranneau local, prénommé Nemo, a aussi un fidèle homme de main, Ferro, qui joue assez facilement de la gâchette, de la cordelette à étrangler et autres accessoires létaux. Il y a aussi trois ou quatre Mexicains qui lâchent un ¡ cabrón ! ou un ¡ pendejo ! toutes les deux ou trois phrases qu'ils émettent.

En vingt épisodes de plus d'une heure chacun, il va arriver à cette famille et à leurs nombreux comparses des montagnes d'emmerdes que je ne souhaiterais pas à mon pire ennemi si j'en avais un, mais suffisamment bien agencés, écrits, filmés et interprétés pour que jamais on ne soit tenté de lâcher l'affaire.

Curieusement, on retrouve Nemo et Ferro dans l'autre série, mais ils sont devenu Tirso et Ezequiel. On a compris que je veux parler des comédiens qui les incarnent, José Coronado pour le premier, et surtout Luis Zahera, acteur réellement savoureux. 

La série s'intitule Entrevías, du nom du quartier de Madrid où elle se déroule. Il y est encore question de drogue et du trafic la concernant ; mais, cette fois, Nemo/Tirso n'est plus du côté du manche ; quant à Ferro/Ezequiel, il se retrouve dans la police, mais pas plus recommandable pour autant.

En fait, si narcotrafic il y a bien, Entrevías vaut surtout par son ambiance générale, la description d'un quartier pas spécialement opulent (euphémisme...) mais dont les derniers habitants “de souche” aimeraient bien qu'il continue encore un peu à être ce qu'il a toujours été, en tout cas à l'échelle de mémoire humaine.

Là encore, les trois saisons (la quatrième est sur le feu...) sont suffisamment riches et maîtrisées, les personnages assez attachants, souvent drôles même, ce qui n'est guère le cas dans Permis de vivre, et les acteurs honorables, à l'exception peut-être d'un ou deux, pour que l'on se laisse prendre au jeu. 

Bref, ce serait le moment pour tous les netflico-dépendants d'aller faire une double virée en Espagne, maritime et continentale, d'autant que, visiblement, il y fait plus beau que par ici.

vendredi 10 mai 2024

La paix des jardins


 Les charmes de la vie à la campagne, que tous les citadins, n'en doutons pas, nous envient ; à part, peut-être, celles-zet-ceux en situation de mal-audition  :

L'hiver, on vit toutes portes et fenêtres fermées pour tenter de se protéger du froid, des rafales de vent, des paquets de pluie qu'elles apportent ; et aussi des vendeurs de calendriers de l'année à venir.

L'été, on vit toutes portes et fenêtres fermées pour tenter d'assourdir les chants harmonieusement fondus des tondeuses, taille-haies, mini-tracteurs, débroussailleuses, taille-bordures et j'en oublie sûrement. Sans même parler des pique-nique “entre copains” chez ces voisins qui, pour bien montrer leur satisfaction d'eux-mêmes, conforter leur être-là, se sentent obligés de hurler lorsqu'ils s'adressent à l'un ou l'autre de leur commensaux, pourtant assis à moins de deux mètres d'eux-mêmes.

Et c'est alors que, malgré les vocalises et roucoulements des piafs en pleine baisade ou en sage couvaison, l'on se prend à soupirer après les rigueurs mornes de l'hiver, tout enveloppé et ouaté par l'imperturbable silence des grands arbres morts.


dimanche 5 mai 2024

Simple conseil aux jeunes mâles d'aujourd'hui


 Si, malgré tous vos efforts d'auto-déconstruction, vous persistez à répandre autour de vous les effluves paludéens de votre masculinité toxique, l'astuce consistera à ne jeter votre dévolu sexuel que sur des femelles restées toxicomanes, voire toxicolâtres :

elles sont encore beaucoup plus nombreuses que vous-mêmes ne le croyez et que ne le proclament les criailleries de leurs sœurs phallifuges et mal-sevrées.

mercredi 1 mai 2024

Retour en force


 M.P. s'est montré insolemment hégémonique en avril.

dimanche 28 avril 2024

Ces monstres qui tant t'acculent

 


Quand on pense qu'il existe des abonnés netlicards qui ignorent quels bijoux cinématografico-télévisuels sont à leur disposition ! Je pense par exemple à cette mini-série (6 épisodes) coréenne : Parasyte : The Grey. Le pitch vaut le détour, comme on dit chez Michelin.

Au début, il se met à pleuvoir sur un coin de Corée des sortes de boules de billard hérissées de pointes ; lesquelles s'ouvrent bientôt pour laisser sortir des genres de limaces véloces, qui n'ont rien de plus pressé que de s'introduire dans l'oreille du premier humain qui passait bêtement pas là. 

(On nous signalera par la suite que d'autres boules de billard grosses de limaces ont aussi atterri en Europe et aux Amériques, Nord et Sud, mais curieusement on n'en entendra plus parler du tout.)

La limace prenant le contrôle de l'humain, on se dit que les scénaristes du Matin Calme sont en train de nous refourguer ces bons vieux Bodysnatchers, mâtinés d'une pointe d'Alien. On n'aura pas tort…

Les limaces sont drôlement fortes, il faut leur reconnaître ça. À peine installées dans un cerveau humain (ou ce qui en tient lieu), elles sont, quasiment dans la seconde suivante, capables d'exploser la tête de leur hôte, puis d'en faire jaillir quatre ou cinq yeux ainsi que de musculeux tentacules de dix ou quinze mètres de long ; lesquels peuvent prendre n'importe quelles forme et consistance, acquérir instantanément le tranchant d'un fer de hache, la dentition acérée d'un museau de barracuda, le moelleux d'un fondant aux fraises, que sais-je encore, comme des T 1000 venus directement de Terminator II. On voit que l'affaire est sérieuse...

Qu'est-ce que ces parasites fichent là ?

Ce que ces parasites sont venus faire chez nous : nous bouffer. Boulotter de l'humain est apparemment leur seul moyen de survie, ces imbéciles étant en outre incapables de se reproduire, alors qu’ils présentent, à la moindre alerte, de nombreux membres turgescents et pénétrants.

Contre eux, une espèce d’unité spéciale de la police, Grey, s’est mise en place : des limaçophobes déterminés et surarmés (car les parasites, c’est leur bon côté, se laissent très facilement tuer par balles ou même au couteau de cuisine). L’unité est bien sûr dirigée par une femme : on a beau être coréen, on est netflicard avant tout. 

En face d’elle, une autre jeune femme qui, pour des raisons assez nébuleuses, est devenue une mutante. C’est-à-dire qu’elle a bien été parasitée par une limace auriculaire, mais que, désormais, les deux cohabitent dans le même corps, limace et pétasse prenant les commandes chacune à son tour, tout à fait gentiment.

Que dire de plus ? Que, contre toute attente, l’intrigue est plutôt bien construite (une fois qu’on a admis le principe de base, qui est stupide), mais heureusement persillée par des invraisemblances de détail et des naïvetés qui permettent au spectateur de rire un bon coup, tandis que, sur l’écran, les parasites agitent leurs corps humains pour envoyer dans toutes les directions leurs gros et visqueux tentacules cérébraux afin de massacrer leurs futurs repas.

Qui va gagner, des humains ou de leurs envahisseurs limaciers ? On s’en fout complètement : je rappelle qu’il s’agit de Coréens, c’est-à-dire des êtres qui nous sont à peine moins étrangers que les escargots décoquillés qui leur bouffent les lobes cérébraux. Ce qui est amusant c’est de les regarder se démener, les uns et les autres, en s’efforçant de croire au scénario qu’ils ont eu la faiblesse d’accepter.

Ça se gâte pourtant vers la fin, lorsque les scénaristes en question, saisi d'un étonnant prurit intellectuel, décident qu’ils ont un message à faire passer, une vision du monde à transmettre, une philosophie à divulguer. 

Mais je n’en dirai pas plus, au cas, bien improbable, où quelqu’autre que moi se risquerait à tenter l’aventure…

vendredi 26 avril 2024

À pieds joints dans l'avenir


 Un agent Orange — très contagieux donc – devait être chez nous à une heure, pour nous raccorder à Sa Majesté la Fibre ; ce qui devenait nécessaire, après une panne du réseau traditionnel (je ne sais même pas comment l'appeler) de plus de trois semaines… et toujours pas réparée.

Je l'avoue : je l'avoue : j'avais de mauvaise fibrations

Eh bien, j'avais tort. Après trois heures d'activités aussi intenses que mystérieuses, l'agent fibreux est reparti d'ici sans avoir rencontré le moindre problème ; en tout cas aucun qui aurait entraîné des questions auxquelles nous n'aurions pas su répondre.

Et, joie ! pleurs de joie ! : télévision, ordinateur, iBigos, tout fonctionne à merveille. 

Bref, une fois n'est pas coutume, nous n'avons qu'à nous féliciter, au moins pour le quart d'heure, de ce Grand Remplacement réussi.

jeudi 4 avril 2024

Debout, les morts !


 Je termine à l'instant le J'accuse d'Abel Gance. Qu'en dire ? J'ai eu l'impression de voir plusieurs films sous un seul titre. D'abord un film de guerre (la première heure se déroule durant le dernier jour de la guerre de 14), impressionnant souvent, si l'on supporte les acteurs de cinéma de l'époque qui, sauf les quelques meilleurs, surjouent comme au théâtre. Impressionnant parce que Gance a repris beaucoup d'images de son premier J'accuse, réalisé à partir d'août 1918. C'est-à-dire des images tournées sur les lieux même des combats et pendant ceux-ci.

Ensuite, hélas, vient le second film, se déroulant durant les vingt années suivantes. L'histoire est improbable, assez artificielle. Mais aurait-elle été excellente que, de toute façon, les acteurs auraient suffi à tout flanquer par terre. Victor Francen, qui incarne le héros, est mauvais comme un cochon (je me suis surpris plusieurs fois à imaginer ce qu'un Gabin, par exemple, aurait pu faire à sa place). Quant aux principales actrices du film, elles sont encore pire, au point de déclencher, au bout d'un moment, une sorte d'hilarité nerveuse dès qu'elles se mettent à jouer “dramatique” ou “émouvant”... c'est-à-dire pratiquement dès qu'elles ouvrent la bouche.

Enfin arrivé le troisième film, mi-fantastique, mi-SF. C'est la célèbre séquence où, devant l'imminence d'une nouvelle réjouissance franco-allemande (et plus, si entente cordiale), Victor Francen, alias Jean Diaz, débarque à l'ossuaire de Verdun et fait se lever tous les morts de leurs tombes : c'est Walking Dead version Poilus.

Évidemment, on ne saurait reprocher au Gance de 1938 l'approximation de ses effets spéciaux, qui ne sont qu'une surimpression d'images. Il y a même des passages assez forts, lorsqu'il filme de véritables “Gueules cassées”, des anciens combattants défigurés embauchés par lui comme... figurants. Tout cela avec, en fond sonore, les imprécations de Victor Francen, dont on ne parvient pas à savoir s'il tente de jouer un Jean Diaz fou à lier ou plutôt possédé par un genre de démon pacifiste et nécrophile.

J'ai l'air négatif, comme ça, à première lecture. Ironique et négatif. Néanmoins, je persiste à penser que J'accuse est un film qu'il faut avoir vu au moins une fois.

Va comprendre, Charles, va comprendre...

lundi 1 avril 2024

L'adieu à Muray


 Il nous a fait son ultime visite en mars.

dimanche 24 mars 2024

Le petit monde enchanté des netflicards


 Le bourrage de crâne woketeux des abrutis netflicard commence à vraiment m'amuser, tant il est systématique et grossier, au point d'en devenir puéril. Hier, je commence à regarder une mini-série anglaise (Bodies). La première scène nous fait découvrir deux policiers dans une petite rue de Londres, un homme et une femme comme le veut la parité : premier bon point. Lui est noir, elle indo-pakistanaise : ce sont donc des gentils. Autour d'eux, des hommes et des femmes circulent, têtes coiffées de turbans et foulards, pour montrer qu'on est bien dans le Londres réel. Mais soudain, que se passe-t-il ? Voici que la rue se peuple de gens, des hommes essentiellement, ayant tous des faciès d'Anglais “d'avant” ! Un moment perturbé, le spectateur est vite soulagé en découvrant leurs banderoles et leurs drapeaux britanniques éployés : ouf ! C'était juste une manif d'extrême droite qui passait en vociférant ses slogans rappelant les heures les plus sombres.

Scène suivante, nous voici transportés en 1890, dans la même rue de Londres. Un policier — blanc ; vu l'époque, ils n'ont quand même pas osé nous le raciser — rencontre un jeune photographe, lequel ne met pas plus d'une minute et demie à se revendiquer pédé : c'est donc un personnage sympathique, ouvert, positif à s'en pisser parmi, bref : il “a la carte”... Et, pour faire bonne mesure, on comprend que le flic a lui-même des pulsions homosexuelles, mais qu'il refuse bêtement de les assumer :  il est encore du côté obscur, mais on sent que ça devrait s'arranger assez vite. 

Une autre branche de l'histoire se déroule en 1941, toujours à Londres, alors en plein blitz. Cette fois, à la stupeur générale, teintée d'une vague inquiétude, nous avons affaire à un flic non seulement blanc mais ostensiblement hétérosexuel et dragueur (photo) : on ne serait pas étonné si, dès que la caméra a le dos tourné, il traitait les femmes tel un vulgaire Depardieu d'Outre-Channel. Évidemment, il s'avère presque aussitôt qu'il s'agit d'un ripou de la pire espèce, amoral et cupide comme pas permis. On le découvrirait secrètement pro-nazi dans la suite que j'en serais très modérément surpris, et même, oui, je dois le confesser : vaguement rasséréné.

C'est qu'il est si reposant, si rassurant, si quiet, ce monde enchanté de Netflix, où chacun se tient bien sagement à sa place, avec en pendentif de poitrine sa notice explicative, son petit pedigree idéologique.

 

C'est cependant une drogue dont il convient de n'abuser point : en ce qui concerne Bodies,  j'ai jeté l'éponge aux deux tiers du premier épisode, pour retourner à mes habituelles lectures nauséabondes...

L'homme à la charrue


 À l'instigation de Nicolas, qui l'a déniché je ne sais comment, je viens de découvrir un blog jusqu'ici ignoré de moi : Les carnets de Cincinnatus. Après avoir lu quatre ou cinq de ses (assez longs) billets, j'ai trouvé que le Romain à la charrue méritait bien les douteux honneurs de ma blogoliste, où il vient donc de prendre place. 

J'encourage chacun, courtoisement mais non sans une certaine fermeté, à l'aller lire…

dimanche 17 mars 2024

Le fascisme sous les roses (blanches)


 Les jeunes d'aujourd'hui ne savent pas la chance qu'ils ont, de pouvoir écouter des chanteurs aux ritournelles intelligentes et responsables, qui n'essaient pas de leur fourguer des vessies au prix des lanternes. Nos grands-parents n'ont pas eu ce bonheur, à qui les pousseurs de rengaines, avec un cynisme à peine croyable, ont pu faire avaler n'importe quoi ou à peu près. Prenons par exemple cette scie des années vingt : Les Roses blanches, et examinons-en le bouquet, ligne à ligne ou peu s'en faut.

C'était un gamin, un gosse de ParisPour famille il n'avait qu'sa mère

Oui, et alors ? Qu'est-ce qu'on avait, en 1926, contre ces belles familles monoparentales qui font aujourd'hui notre fierté ? Et pas la plus petite louange de cette femme qui a su, visiblement, s'extraire des chaînes patriarcales d'on ne sait quel mâle toxique ! Bien au contraire :

Une pauvre fille aux grands yeux rougisPar les chagrins et la misère

Là, on nous prend pour des truffes : qui va avaler ce bobard que la misère rougirait les yeux ? L'alcool, en revanche, oui ! Il est bien connu que les pauvres boivent, et les miséreux encore plus. Pour le coup, on comprend mieux que le mâle toxique sus-évoqué se soit fait la malle : qui aurait envie de passer sa vie avec une pauvresse aux yeux rouges et traînant après elle de forts relents d'Assommoir ? Mais poursuivons :

Elle aimait les fleurs, les roses surtoutEt le bambin tous les dimanchesLui apportait de belles roses blanchesAu lieu d'acheter des joujoux

Des fleurs, maintenant ! Une traîne-misère avec des goûts de bourgeoise ! Et pourquoi pas des émeraudes, pendant qu'on y est ? Et son rejeton ne vaut pas mieux : quelle idée de rapporter d'inutiles rosaceae dans un taudis où une belle entrecôte assortie d'une baguette croustillante auraient évidemment été plus utiles et bénéfiques. Et puis, ce gamin : d'où sort-il l'argent qu'il dépense inconsidérément chez le fleuriste ? Mystère… voile pudique…

Du reste, la vérité ne tarde pas à se faire jour, dès lors que la mère se retrouve à l'hosto. (Évidemment, à force de dépenser tout l'argent en fleurs superflues plutôt qu'en nourritures roboratives et riches en oméga 3, on ne voit pas ce qui aurait pu lui arriver d'autre.) Bref :

Un matin d'avril parmi les promeneursN'ayant plus un sou dans sa pocheSur un marché, tout tremblant le pauvre miocheFurtivement vola des fleurs

Ah, nous y voilà ! On comprend mieux, d'un coup, où cette graine précoce de délinquant trouvait l'argent pour ses folies dominicales et florales : dans le gousset des honnêtes passants ! Car on ne nous fera pas croire qu'un garnement assez dénué de sens moral pour voler ses roses à une courageuse fleuriste reculerait un seul instant devant d'autres forfaits du même genre : depuis des années, les roses du dimanche étaient le fruit du crime !

Et le fait que sa famille monoparentale aux yeux rouges soit en train d'agoniser sur un quelconque grabat de l'Assistance publique ne lui a même pas donné l'idée de dévaliser plutôt une pharmacie ? On se pince ! On cauchemarde !

Et l'on viendra s'étonner, après de telles abominations, que tout un pays ait pu, une quinzaine d'années plus tard, basculer entièrement dans le pétainisme et la collaboration ? Les épines des roses blanches avaient eu tout le temps d'inoculer leur pernicieux venin…


jeudi 14 mars 2024

Profs déprimés derrière leurs barreaux dyonisiens


 La toujours solidaire Élodie s'énerve ce matin de ce qu'il est de plus en plus difficile, pour un professeur, de quitter la Seine-Saint-Denis, d'obtenir de la Garderie nationale sa levée d'écrou pour aller dispenser ses méfaits dans une autre contrée françoise. Il paraît que “ils et elles sont des milliers dans cette situation”, dixit la belle indignée. 

Mais d'où peut bien leur venir, à ces milliers d'incarcérés, un si ardant désir de s'évader à toute force du beau 93, ce département modèle, si riche de son mélange des cultures et de son ouverture-à-l'Autre ? 

Serait-ce que, tout en proclamant bruyamment son soutien à une France joyeusement métissée, et tournée vers l'avenir à s'en prendre les pieds dans le tapis de prière, on préférerait tout de même aller exercer son petit sacerdoce dans le Cantal ou le Finistère, où, pourtant, vit une majorité de Français moisis, racistes et aussi repliés sur eux-mêmes que des mille-pattes chatouillés ? 

Une telle duplicité, une si alarmante schizophrénie… je ne parviens pas à y croire…

dimanche 10 mars 2024

Charles-Maurice et la boule de cristal


 Se pourrait-il ? M. de Talleyrand aurait-il eu, par quelque mystère spatio-temporel, connaissance de la France de M. Macron, deux siècles avant qu'elle n'advînt ? On parierait bien que non ; pourtant, voici ce qu'il écrit dans ses mémoires : 

« La grande facilité dans les souverains inspire plus d'amour que de respect, et au premier embarras l'amour passe. On essaye alors quelques coups d'autorité ; mais il est trop clair que cet emploi de l'autorité n'est qu'un effort, et un effort ne dure pas. Le gouvernement, n'osant pas donner de la suite à ce qu'il entreprend, retombe nécessairement dans une fatale indolence. Arrive alors la grande ressource du changement des ministres ; on croit que c'est remédier à quelque chose ; c'est contenter telle maison, c'est plaire à telle personne et voilà tout. La France avait l'air d'être composée d'un certain nombre de sociétés avec lesquelles le gouvernement comptait. Par tel choix, il en contentait une et il usait le crédit qu'elle pouvait avoir ; ensuite il se tournait vers une autre, dont il se servait de la même manière. Un tel état de choses pouvait-il durer ? »

Poser la question, toute rhétorique, c'est évidemment y répondre. On me dira que “prévoir” la chute de l'Ancien Régime quand on écrit sous la Restauration est chose commode. Mais quand le même Talleyrand, dans ces années 20 de son siècle, annonce la montée en puissance de la Prusse et la façon dont elle risque de dévorer l'Europe, c'est bien l'avenir qu'il entrevoit et annonce. 

S'il prenait l'envie à quelqu'un (ou à quelqu'une : la journée gynolâtre n'est pas si loin derrière nous…) de les lire, ces mémoires du Diable boiteux, on ne saurait trop lui conseiller l'édition “Bouquins” qu'en a donné Robert Laffont. Le maître d'œuvre en est Emmanuel de Waresquiel, historien dont il convient de saluer le travail : je traîne assez souvent les cuistres faiseurs de notes dans la fange pour ne pas reconnaître, à l'inverse, le grand mérite des siennes, brèves et riches tout à la fois, strictement informatives et d'une clarté parfaite, sans rien en elles qui pèse ou qui pose.

Pour reprendre en conclusion mon hypothèse de départ, si vraiment M. de Talleyrand a eu une fois la possibilité de sauter de son époque en la nôtre, on aimerait beaucoup qu'il renouvelât l'exploit : sa profonde intelligence et ses talents hors-pair de diplomate remplaceraient fort avantageusement, dans le concert désormais atonal des nations, les gesticulations dérisoires et les risibles bravades de notre guignol élyséen.

mercredi 6 mars 2024

Papa ! fourmi ! tracteur ! (mais pas un mot à Valentin…)


 Tel fut, durant des années, le cri de ralliement des rewriters de France Dimanche.  Ou mieux : un point de ralliement, plutôt qu'un cri, ayant un peu l'effet que produit la découverte d'un feu de camp sur le voyageur du désert, solitaire et recru d'avoir trop marché.

C'est sans doute de 1984 que date son apparition — on comprendra mon imprécision dans une minute. Un matin nous fut, comme chaque semaine, distribué le nouveau numéro de notre glorieux hebdomadaire. Toute la “une” en était barrée par ce titre en gras : 

Papa ! Fourmi ! Tracteur !

Cette invocation mystérieuse s'agrémentait d'un sous-titre, expliquant aux populations que c'étaient là les tout premiers mots prononcés par William, le jeune et premier héritier du prince de Galles et de la shampouineuse de Buckingham et Kensington réunis. (Mon imprécision temporelle vient de ce que j'ignore absolument l'âge auquel ces petites choses vagissantes sont en mesure d'articuler leurs premiers vocables. William étant né en juin 1982, je situe l'affaire deux ans plus tard, un peu au hasard…)

Nous fûmes trois à être immédiatement séduits — que dis-je : empoignés ! — par un titre aussi merveilleusement dépourvu de sens : Yves, Boris et moi (on se croirait dans une chanson de Marie Laforêt pour le coup). Ces trois mots, cette trinité magique, ce fut durant les quinze années suivantes, notre fétiche sonore, notre invocation majeure, qui ne pouvait être faite à haute voix que dans des circonstances particulières ; lesquelles, je m'en rends compte, restent encore aujourd'hui malaisées à définir. Mais sa puissance est indéniable puisque, quarante ans plus tard, il nous arrive encore, à Catherine et à moi, de la prononcer.

Invocation majeure, ai-je dit, mais non point la seule. Lorsqu'un micro-événement survenait au sein de notre petite société polygraphe, il se trouvait souvent l'un de nous pour prononcer cette autre sentence, en forme cette fois d'injonction teintée de supplique :

Surtout, ne dites rien à Valentin !

Ce cri du cœur, qui lui aussi barrait toute la une du journal, est plus précisément datable : novembre 1991. Ces mots étaient censés avoir été prononcés par Yves Montand entre les deux crises cardiaques qui allaient l'emporter, le 9 de ce mois. (On pourra noter que le 9 novembre fut également la date de mort du Général, ainsi que, en 1991 aussi, celle des noces de diamant de mes grands-parents maternels, information n'ayant vraiment rien à faire ici.) Valentin, le fils de Montand ayant alors à peine trois ans, la prière ante mortem de son vieux père nous avait paru un tantinet superflue et probablement controuvée ; mais finalement pas plus que la fourmi et le tracteur de l'héritier du trône anglois.

Toujours est-il que, dans les années suivantes, c'est une supplique qui retentit régulièrement dans le cagibi nous servant de bureau collectif, au léger étonnement des non-initiés qui se trouvaient là au moment où elle fusait. Et, là encore, il nous arrive, à Catherine et à moi, de nous lancer l'un à l'autre la solennelle demande de silence. 

Peut-être, d'ailleurs, sommes-nous les deux derniers vivants à maintenir vivace ce double rituel, dont personne ne doit plus se souvenir, même pas ces deux grands couillons de William et Valentin.

jeudi 29 février 2024

Sur les traces de Rocamadour…


 

Bref retour rue du Sommerard en février.

mardi 27 février 2024

Littérature phallique et débat maternel — avec Philippe Muray pour arbitre


 

« Toute littérature qui ne repère pas la Culture comme son ennemi primordial trahit la littérature.

« La littérature n'est pas du côté du maternel culturesque, elle est du côté du Père : incarnation de décisions qu'on ne discute pas, qui n'ont pas à être justifiées. Pôle d'identification du phallus.

« La littérature ne se discute pas. Elle s'admire ou elle se quitte. Le débat, en revanche, c'est du maternel, c'est du culturel.

« La littérature ne parle pas, n'écoute pas, ne débat pas. Elle dit. »

 

La mâle déclaration que l'on vient de lire est de Philippe Muray, elle date du 6 mars 1995.  Car telle est la nouvelle que j'apporte : les volumes V et VI d'Ultima Necat, le “Journal intime” du Muray en question, sont arrivés chez vos libraires, et même chez les libraires des autres. (S'ils n'y sont point encore, ce ne saurait être qu'une question de jours, peut-être même d'heures : vous pouvez toujours réserver vos exemplaires.)

C'est une bonne et une mauvaise nouvelle tout ensemble. Bonne parce que deux volumes valent mieux qu'un, surtout lorsqu'il s'agit de cet écrivain-là ; mauvaise parce que ce seront les derniers. 

Après 1997, sur quoi se ferme le volume VI, Muray a plus ou moins cessé de tenir son journal. Je badigeonne mon “plus ou moins” d'italique pour réveiller le fond de la classe et attirer l'attention sur ce fait que, si Muray a considéré lui-même l'expérience comme terminée, il a tout de même continué à noircir des pages, ou un écran, mais uniquement sous forme de notes brèves et éparses. 

C'est en tout cas ce que, dans sa postface, explique Anne Sefrioui – la “Nanouk” que l'on ne cesse de rencontrer dans le journal –, maître d'œuvre (bon sang ! j'ai failli écrire “maîtresse d'œuvre” : la modernité virale s'attrape plus facilement que le covid…) des six tomes d'Ultima Necat.

Six volumes, six armes de destruction massive braquées sur la connerie satisfaite de l'after-monde, six livres qui, une fois lus, ne demanderont qu'à être relus : on s'y emploiera.

vendredi 23 février 2024

Les MeTouffes à fouet et talons aiguilles


 Les mâles commencent à s'adapter aux humeurs et aux lubies de ces dames, apparemment. Chez Élodie, je tombe sur cette petite annonce touittérienne : 

« Je suis soumis aux femmes féministes. Anciennement macho et raciste, les femmes m'ont remis à ma place de chien. J'adore les pieds aussi. » (J'ai rétabli orthographe et ponctuation.) 

Évidemment, la sourcilleuse Élodie ne cite cette publication que pour s'en offusquer, prouvant par là, s'il était besoin, le néo-puritanisme qui les fait se raidir, elle et ses sœurs-de-plainte. 

Personnellement, je le trouve plutôt amusant et astucieux, ce maso-opportuniste. Souhaitons-lui de rencontrer l'âme sœur (et pas de plainte…), c'est-à-dire une femme qui, elle, fera semblant d'être MeTooQuelquechose, pour leur plus grande satisfaction à tous les deux.

dimanche 18 février 2024

Père mutation et mère putation


 Parce que le mot est du genre féminin, et parce que l'on parle couramment de la mère patrie, il m'aurait semblé logique que tous nos woketeux post-féministoïdes adoptassent sans hésiter, et même dans l'enthousiasme le plus progressiste, ce mot, patrie, comme indiscutable et splendide emblème transgenre : cette fusion parfaite du masculin et du féminin aurait dû d'emblée les ravir en extase. 

Or, après avoir consulté de droite et de gauche, sondé les esprits et ausculté les grimoires, j'ai comme l'impression qu'il n'en est rien. J'ai même ouï que certaines excitées du vocabulaire, du genre “MeTooLexique” ou quelque chose d'approchant, proposaient, lors de leurs réunions des soirées de pleine lune, de le remplacer par matrie.

Après tout, pourquoi pas ? Abattons les pères et vivent les mères ! Personnellement, je suis tout près de l'adopter, cette matrie tant désirée. Mais pas n'importe comment ni à toute condition. Afin de respecter le transgenrisme initial, qu'il serait bien dommage de perdre, il faudra impérativement que ce mot tout brillant de l'éclat du neuf soit décrété de genre masculin. Et que chacun puisse dès lors, avec émotion et fierté, évoquer son inaltérable amour pour le père matrie.

Et c'est ainsi qu'on abat des patriarcats comme en se jouant.

dimanche 11 février 2024

Les émoluments de la phobie (film moderne)

Chauffeurs routiers découvrant la gay attitude

 D'ici quelques semaines doit arriver sur Netflix la version 2024 du Salaire de la peur. Comme nous venons tout juste de revoir le film de Clouzot, j'ai trouvé intéressant de mettre le nouvel avatar dans ma liste, histoire de confronter l'ancien et le nouveau. 

Annonçant la chose à Catherine, j'ajoute : « Je suppose que ça va être bourré d'effets spéciaux et de scènes spectaculaires pas crédibles une seconde... » 

Elle : « Et Yves Montand va sûrement être remplacé par un noir... » 

Moi, lui filant aussitôt le train : « Par une femme noire ! Et pour faire bon poids, Charles Vanel sera sûrement pédé... » 

Après coup, je me suis dit que, les woketeux netflicards ne reculant généralement devant rien, je ne serais pas surpris que, au beau milieu du périple, Folco Lulli devienne tout soudain Folca Lulette et affirme bien haut sa non-binarité, transformant ainsi l'aventure cauchemardesque en une sorte de “nitro pride” du plus bel effet. 

Quant au quatrième larron, l'Allemand, je le verrais assez bien hésiter longuement avant de faire sauter le gros rocher barrant la piste, en expliquant aux trois autres, compréhensifs et solidaires, n'être pas certain qu'une telle explosion soit bonne pour la planète. 

Là-dessus, tout ce petit monde remonterait dans les camions – évidemment à batteries solaires pour ne pas aggraver le réchauffement climatique – et on se partagerait une bonne salade de quinoa agrémentée d'un reste du tofu de la veille avant de se remettre en route.

Mais bon : on n'est jamais, même sur Netflix et en 2024, tout à fait à l'abri d'une bonne surprise…

jeudi 8 février 2024

À vos risques et périls : billet dangereux


 À celui qui voudrait découvrir Julio Cortázar et ne saurait par quel bout le prendre, je crois, tout bien pesé et profonde inspiration prise, que je conseillerais le recueil de nouvelles ayant pour titre Tous les feux le feu. Rien de mieux pour qui ne craint pas les expériences légèrement décoiffantes :

Cet énorme bouchon sur l'autoroute du sud, un dimanche d'août de retour vers Paris, qui se prolonge en direction de l'automne, puis sous les premières neiges, avec cette vie parallèle qui germe, cette nouvelle société d'automobilistes qui croît et s'installe... 

Ou bien cet Argentin de Paris, ami “de cœur” de Josiane la prostituée, amoureux des galeries et passages (Vivienne, Panoramas...) mais aussi du passage Güemès de Buenos Aires, où il est fiancée avec la patiente Irma : passe-t-il réellement d'une ville à l'autre, par ces galeries et passages, qui seraient donc autant de “trous de ver”, ou bien rêve-t-il ? Et, s'il rêve, dans laquelle des deux villes, sur quel continent est-il réellement ? Et à quelle époque au juste ?

J'ai employé exprès par deux fois cet adverbe “réellement” : en une sorte de conjuration. Car, chez Cortázar, s'il y a une chose qui se dérobe sans cesse, surtout au sein des petits mondes les plus tangibles et paisibles en apparence, c'est bien la réalité ; ou plutôt : la certitude rassurante que le lecteur pouvait encore avoir de son existence, juste avant de tourner la première page d'un livre de lui. 

Si, passé la dernière, ce même lecteur est toujours vivant, s'il a l'impression – probablement trompeuse – d'avoir conservé toute sa raison, s'il reste en dépit des indices contraires à peu près assuré de sa propre identité, alors il pourra peut-être se risquer au jeu de Marelle...

Mais qu'il ne vienne pas, ensuite, me reprocher quoi que ce soit !

mardi 6 février 2024

Tu survivras longtemps sans visage sans yeux


 Que demandent-elles, qu'exigent-elles, les bigotes puritaines du post-féminisme (je serais bien tenté de les baptiser “MeTouffes”, mais je me retiens...) ? De pouvoir déambuler sans fin dans le monde en restant constamment et partout à l'abri des prédateurs phalloïdes, de leurs questions incitatrices, de leurs attouchements furtifs et même de leurs regards plus ou moins explicites. 

En somme, elles souhaitent devenir protégées de tout désir qui n'aurait pas été dûment notifié par contrat officiel et préalable. Elles veulent devenir invisibles ; sexuellement, érotiquement invisibles. 

Donc, si demain une république islamopithèque et turbanophile venait à s'installer sur nos rives, elles devraient logiquement adopter le voile intégral avec soulagement, reconnaissance, voire enthousiasme. 

Au nom, bien évidemment, de la trilogique liberté-égalité-sororité que leur refuse avec cynisme cette brute rétrograde de mâle européen.



dimanche 4 février 2024

Billet d'Ars et d'essai


 En plus d'être agréable et légèrement déstabilisante, la lecture de Julio Cortázar est souvent très utile. J'ai déjà noté ici même que, grâce à son roman Marelle, on pouvait s'enquérir de la liste des pharmacie de garde à Buenos Aires, ainsi que leurs adresses et numéros de téléphone, ce qui est toujours bon à connaître. 

Et voici que je découvre l'existence, toujours à Buenos Aires et toujours grâce à Julio, d'une église San Juan María Vianney, c'est-à-dire dédiée à notre hexagonal curé d'Ars. C'est tout de même bien beau, ce rayonnement théologico-culturel, non ? 

Et l'on s'imagine déjà pénétrant dans sa nef silencieuse, en coque de navire renversée, par un chaud dimanche après-midi de février, profitant de ce que cette modeste église se trouve à deux pas de la pharmacie Gómez y hermano, de garde ce jour-là, où l'on a bien dû se rendre par la ligne de bus 168, malgré l'assoupissement cotonneux suivant un trop riche déjeuner dominical, quand on s'est aperçu avec un peu d'accablement que la boîte de paracétamol 1000 était vide et que ce foutu mal de tête ne s'évanouirait jamais tout seul.

vendredi 2 février 2024

Ernesto : 1 ; Jean : 0


 Pour mériter d'être lu cinquante ans après avoir été écrit, un roman qualifié de “dystopique” doit présenter au moins l'une de ces deux qualités : 1) le monde imaginaire qu'il décrit aura un certain nombre de ressemblances, de points de contact avec celui du lecteur, et sera “ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre” ; 2) s'il est totalement différent, ce monde, radicalement autre, il doit alors être original, insolite, amusant voire cocasse, tragique, troublant, etc. L'idéal, évidemment, la pleine réussite, c'est le roman qui parvient ou parviendrait à fondre ensemble ces deux qualités.

C'est pourquoi le 2024 de Jean Dutourd, écrit en 1974, est un mauvais roman dystopique. Parce que le monde qu'il imagine – qu'il imagine pour nous, aujourd'hui – n'a strictement aucun rapport, même lointain, avec celui que nous subissons effectivement (je pourrais développer un peu cela, mais n'en ai pas envie : il va falloir me croire sur parole…). Comme, en outre, cette France “futuriste” qu'il tente de décrire, est terne, morne, sans attrait aucun, et que lui-même semble avoir éteint toute verve en lui avant de s'y atteler, 2024 a été abandonné par moi au bout de cinquante pages, alors que je m'y ennuyais depuis la vingt-cinquième.

En revanche, il peut se faire que l'on tombe sur un roman dont l'objet, le but, la raison d'être n'étaient nullement la dystopie, mais qui soudain, durant deux ou trois pages, fugitivement, comme par distraction, y débouche et y réussisse pleinement, cumulant les deux qualités que j'évoquais en commençant. C'est ce qui se produit dans L'Ange des ténèbres d'Ernesto Sábato, entre les pages 206 et 208 de l'édition Points-Seuil. (Par une coïncidence qui ne surprendra que les naïfs, il se trouve que le roman de Sábato a été écrit exactement dans le même temps où Dutourd rédigeait le sien.) Comme je me sens, ce matin, plutôt courageux du clavier, je m'en vais vous recopier le passage en question. Voici :


« Soit le jeune nègre Jefferson Delano Smith. Il passe l'arme à gauche et on greffe son cœur sur le mineur John Schwarzer, qui devra dès lors porter le nom de Schwarzer-Smith, s'il est vrai que le droit n'a pas été inventé pour les chiens. Avec cette réserve qu'on peut, cela va de soi, écrire le deuxième nom en plus petit, par exemple :

SCHWARZER-smith,

proportionnellement au volume occupé par l'organe rapporté dans la grosse carcasse du mineur. Après quoi notre centaure cardiaque reçoit un rein de Nancy Henderson, et son nom devient Schwarzer-Smith-Henderson, avec un léger changement de sexe qui pourra figurer sur ses papiers sous la forme “MASCULIN-féminin” à la ligne 2. Puis on lui greffe un foie de singe (léger changement de statut zoologique).

— Enfin, Quique !…

— Une cornée provenant de Monsieur Nick Minelli, patron de la pizzeria-drugstore de la rue Dalas, à Toledo, Ohio (petit changement, non seulement de nom, mais de professione e indirizzo) ; un mètre vingt d'intestins appartenant à Ralph Cavanagh, boucher de Truro, Mass. (nouveau changement de indirizzo e professione) ; pancréas et rate du joueur de base-ball Joe Di Pietro, de Brooklyn ; hypophyse de l'ex-professeur Sol Shapiro, du Dayan Memorial Hospital, New Jersey ; métacarpe de Seymour Sullivan Jones, cadre supérieur à la Coca-Cola Corp., de Cincinnati. Celui qui était à l'origine, le mineur Schwarzer, et que l'on appelle maintenant pour simplifier Mr John Schwarzer-Smith & Co. Inc. (Inkie, pour les intimes), subit ensuite une greffe d'ovaire de Miss Geraldine Danielsen, de Buffalo, Oklahoma, à la suite d'une sensationnelle découverte du Pr Moshe Goldenberg, de l'université de Palo Alto, Californie, qui a démontré que l'implantation d'un ovaire dans le corps d'un homme (ou d'un testicule dans le corps d'une femme) est la seule façon, à partir d'un certain âge (et la Société Schwarzer-Smith a atteint 172 ans), de rendre leur souplesse aux artérioles du cerveau, sans qu'il soit besoin de transplanter un cerveau, ce qui pour le moment n'est pas jugé indispensable.

— Mais écoute, Quique…

Cazzo di niente ! Par suite des complications que cette dernière greffe commence à produire au bout d'un an et demi, la société Schwarzer-Smith voit se développer son buste et désire, ce qui prouve le rajeunissement appréciable engendré par la greffe, nouer, comme on dit, des rapports sentimentaux avec le sieur ou la société Dupont, de l'Ohio. Dans cette perspective, il aspire à, et finalement exige la greffe du vagin de Miss Christine Michelson, laquelle vient de décéder à la suite d'un rejet de greffe de surrénale en mauvais état.

Devant le refus de la famille Michelson, qui professe une stricte adhésion aux principes de la Nouvelle Église baptiste du Troisième Jour, on incorpore à l'organisation Schwarzer-Smith un organe en térylène fabriqué ad hoc par la prestigieuse Plastic-Opotherapic International Co., aux mesures du sieur ou de la Société Dupont. Opération réussie, qui permet au bout de trois semaines l'union des deux holdings, mariage de raison * si vous voulez, mais qui est couronnée par une importante cérémonie industrielle et théologique au temple de la Christian Science réformée de la petite ville de Praga, Illinois, où la première des deux sociétés susmentionnées détient un gros paquet d'actions qui la rend majoritaire à l'usine Coca-Cola, actions acquises par héritage partiel correspondant à la greffe du pancréas de Mr D.D. Parkinson, le regretté président-directeur général de l'entreprise pour l'État de l'Illinois.

Tout cela est définitivement positif, du point de vue de l'Avancement de la Science et de la Technologie, mais aussi très émouvant du point de vue de la Démocratie américaine, car un misérable péquenot comme l'était au départ le mineur John Schwarzer a pu accéder, grâce à des viscères en bon état, au statut de PDG d'une grosse entreprise mondialement respectée, et passer de sa très grossière condition de mâle pur à celle, super-sophistiquée, d'unisexe en société anonyme. »


Et c'est ainsi qu'Ernesto Sábato, écrivain argentin proposé avec toutes ses pièces garanties d'origine, inventa le bonheur parfait, au détour de sa page 206.

 

* En français dans le texte original.

jeudi 1 février 2024

M.P. en situation de sans-abrisme


 Je ne pouvais pas laisser ce pauvre Marcel sur le trottoir.

Surtout en plein mois de janvier.

Même en tenant compte du réchauffement climatique…

samedi 27 janvier 2024

Marcel-la-Ruine


 À Michel D., voix de la tentation

 

Est-il possible qu'un déjeuner vous revienne à 495 €, alors que le repas est offert ? Vous m'auriez  posé la question il y a trois jours, je n'aurais même pas pris la peine de répondre, me contentant d'un vague haussement d'épaules apitoyé. Mais, ça, c'était il y a trois jours…

Je suppose que Michel était animé des meilleures intentions lorsque, entre œuf en gelée et tarte aux noix, il me signala que les éditions Plon venaient de rééditer, en cinq volumes – papier bible, reliure dorée à l'or fin – sous coffret, la correspondance générale de Marcel Proust. Jamais on ne vit un virus prendre plus facilement et plus vite complète possession de son hôte.

Cette correspondance générale était jusqu'à maintenant disponible en 21 volumes dont, pour des raisons devenues obscures avec le temps, je ne possède que les dix derniers.  Quand je qualifie cette collection de “disponible”, c'est par un net abus de langage, puisque précisément elle ne l'est plus depuis jolie lurette, si bien que les volumes séparés – et notamment ceux qui me font défaut – se négocient à peu près au prix du Béluga. Et voilà que, tout soudain, M. et Mme Plon me proposaient l'ensemble pour moins de cinq cents euros (oui, je sais, je sais : pas beaucoup moins…) ? Il aurait fallu être spartiate ou romain pour résister…

Je n'ai pas résisté, le coffret est arrivé ce matin, Dame Amazone ayant fait particulière diligence.

Ils se présentent fort bien, ces cinq volumes proustiens. Pourtant, je dois reconnaître avoir eu un net haut-le-corps en constatant que la préface générale de M. Thierry Laguet – romancier et traducteur absolument inconnu de moi jusqu'à ce jour – occupait les 55 premières pages de l'ensemble. Je m'attendais déjà à un interminable et indigeste rata universitaire, voire unidiversitaire, qui allait me faire monter aux lèvres une mousseuse bave rabique...

Heureuse surprise ! Il s'agit d'un texte fort élégamment écrit, dépourvu de ce jargon pâteux et auto-satisfait que je redoutais, s'attachant à retracer dans ses lignes maîtresses la vie et surtout l'immense travail de Philip Kolb, l'architecte magnifique de cette correspondance générale. Dans le maquis de laquelle je n'ai plus qu'à m'enfoncer, pour un périple de 12 000 pages – notes comprises.

vendredi 26 janvier 2024

Bienvenue dans la cinéma

Noémie dit oui, de Béatrice Pollet.

Je feuillette Les années laser, magazine de “cinéma à domicile” rapporté hier de chez les Desgranges, et y recense les films récemment sortis en DVD ou Blu-Ray. Une constatation s'impose : désormais, en France – mais il n'y a aucune raison pour qu'il en aille différemment chez nos proches voisins –, un film réalisé par un homme est presque devenu une (fâcheuse ?) exception. D'où ma tentation logique – et furieusement moderne – de parler désormais de la cinéma. Pas étonnant que la cinéma en question soit devenue d'un ennui et d'un didactisme aussi plombants : le plus souvent, le seul résumé de l'intrigue suffit à me rendre morose, moi qui suis pourtant d'une joviale nature. Qu'est-ce que ce serait si je voyais les films...

Deux exemples, pris parmi une douzaine, afin qu'on se fasse une idée :

Magnificat, de Virginie Sauveur : « La chancelière d'un diocèse découvre qu'un prêtre récemment décédé était en réalité une femme. » Ben tiens... Même les impeccables jeunes gens modernes du magazine semblent avoir trouvé la daube  un poil fadasse.

Noémie dit oui, de Béatrice Pollet : « Placée dans un foyer pour mineurs, une adolescente abandonnée par sa mère accepte de se prostituer par amour. » D'après les jeunes gens sus-évoqués, cette pimpante bluette “n'évite hélas pas les travers de l'hystérie, de la complaisance et de l'agressivité”. 

Oui, un film de fille, quoi... Rien que de la bonheur et des lendemaines qui chantonnent…

 

mercredi 24 janvier 2024

Travail, famille, patrie, andouillette et blouse nylon

Bon grand-père tout fier d'avoir réussi à attraper le pompon.

 Hier, en commentaire sur son propre blog, Nicolas écrivait ceci : 

« Je ne traite personne de pétainiste mais d'un relent pétainiste qui ressort de certains propos de nos gouvernants. J'entends par là le côté travail famille patrie... »

Me sentant en veine et n'ayant rien de mieux à faire, je lui ai répondu ceci :

« C'est tout de même un peu agaçant, voire déprimant (je ne dis pas ça spécialement pour vous, hein !), que l'on continue à flétrir ce slogan, "Travail, Famille, Patrie", sous prétexte que Pétain l'a utilisé il y aura bientôt un siècle. Car, au fond, qu'est-ce qu'on lui trouve de si méprisable ?

À tout prendre, je le trouve plus concret, moins pompeux, et donc moins vide que notre "Liberté, Égalité, Fraternité", qui, en plus d'être grandiloquent, contient une belle aporie, puisqu'il est impossible d'avoir en même temps la liberté et l'égalité.

Seulement, comme le monstre Pétain l'a forgé, ce slogan maudit, il est "caca" pour les siècles des siècles !

D'ailleurs, selon le même principe, nos amis véganes devraient peut-être se remettre à l'andouillette et à l'entrecôte : je leur rappelle que Hitler était végétarien… »

Vingt-six minutes plus tard – nous sommes deux garçons très réactifs, parfois –, il me rétorquait ce qui suit :

« Il est méprisable pour ce qu'il représente : la devise de la "France de Vichy", une espèce de symbole de l'histoire de l'extrême droite.

Travail : on lutte pour le plein emploi.
Famille : on encourage et facilite les naissances.
Patrie : on met en place un espèce de nouveau service national pour les jeunes.

On nous sort l'uniforme et tout le monde imagine soit des blouses grises soit des tenues "catho" (alors qu'aucun uniforme n'a été imposé en France à part dans quelques écoles).

Admettez tout de même qu'un progressiste ne pourrait pas se réjouir de toute cela.

Pour le reste, je me fous des mots utilisés... »

Comme je sais me montrer tenace, je lui ai renvoyé la balle depuis le fond du court, mais seulement après une bonne nuit de sommeil :

« N'étant rien moins que progressiste, je veux bien admettre tout ce que vous voulez en ce qui concerne ces étranges animaux.

Même si je vois assez mal ce qui peut choquer un progressiste dans l'idée de "plein emploi".

Pour ce qui est des encouragements à la procréation, il me paraît que les allocations familiales et les congés maternité ne sont pas l'apanage de l'extrême droite.

Quant à la patrie, il me semble bien me souvenir qu'elle a d'abord été exaltée et brandie comme un étendard par les gentils révolutionnaires de 1792 plutôt que par les horribles Vendéens réactionnaires.

Du reste, on peut parfaitement rejeter à titre personnel l'une ou l'autre de ces trois "valeurs", voire les trois ensemble : cela se faisait déjà bien avant que Philippe Pétain ne dirige un gouvernement fantomatique durant trois ou quatre ans. Ainsi, au moment de Vichy, le "Familles, je vous hais !" de Gide avait déjà pas mal de bouteille… Tout comme le Droit à la paresse du camarade Lafargue. Et ne parlons même pas du Joujou patriotisme de Rémy de Gourmont.

Enfin, pour ce qui est de la guignolade des blouses/uniformes dans la Garderie nationale, c'est de la simple gesticulation comique de la part de nos divers Ubu ministres. »

Nous en sommes plus ou moins restés là, car l'heure du déjeuner approchait et je me suis brusquement avisé que j'avais oublié de sortir mon fromage du frigo : le fascisme pouvait attendre.