Le
blogueur prénommé Denis, qui se trouve être également maire de son
village de l'Eure, déclare solennellement, dans son dernier billet, que
jamais, lors d'une élection, il ne votera pour un candidat n'ayant pas d'enfant ou… ayant un
jour fréquenté les boites échangistes.
Deux observations : d'abord je
vois assez mal le rapport entre le talent politique, les capacités
administratives, etc. d'un individu et le fait qu'il ait engendré ou
non, que sa femme et lui se livrent ou se soient livrés à des galipettes
inter-couples.
Ensuite, notre bon maire ne semble pas s'apercevoir
qu'il réagit exactement de la même façon impulsive, irraisonnée,
“viscérale” qu'un homme qui affirmerait ne jamais pouvoir voter pour un
pédé ou bien qui refuserait d'embaucher un Arabe dans son entreprise,
deux choses qui susciteraient à coup sûr la vertueuse indignation, voire la fureur tonnante du
Denis en question.
Qu'on
me comprenne bien : je ne trouve absolument rien de choquant à ce qu'il
refuse de voter pour un partouzard sans progéniture… de même que
j'accorde volontiers à quiconque le droit de ne pas embaucher d'Arabe ou
de refuser son vote à un homosexuel : chacun doit ou devrait être libre
en ces domaines. Mais il me semble fort difficile de prôner la première
attitude tout en se scandalisant de la seconde : question de cohérence
intellectuelle et morale, pour employer les
mots-qui-font-joli-dans-la-phrase.
Enfin,
si j'étais d'un naturel moqueur, ce qu'à Dieu ne plaise, je ferais
peut-être bien remarquer que brandir ainsi la famille et les vertus
conjugales comme conditions sine qua non de la respectabilité électorale a comme un léger parfum, suranné mais pas déplaisant, de
bigoterie fin de siècle (le XIXe bien entendu) : chassez les ligues de
vertu par la porte du garage, elle rentreront un de ces jours par la
fenêtre de la mairie.