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vendredi 27 septembre 2024

Surtout, ne dites rien à GdV !

Allant faire quelques emplettes tout à l'heure, nous avons croisé, au bas de la côte de la déchèterie, un camion qui arborait sur ses flancs l'inscription suivante : SAS Trans — mais moins impressionnant que celui de la photo ci-dessus.

Je me suis dit in petto (je m'adresse régulièrement à moi-même de cette manière) que ce pauvre Gérard de Villiers était mort à temps pour ne pas connaître une pareille horreur : voir son fier et viril prince Malko Linge muter brusquement en une vulgaire Malka Lingette, probablement maquillée comme un char de gay pride, lui aurait à coup sûr causé un choc irrémédiable.

dimanche 9 juin 2024

Sombre éclaircie

 
 
Le français du Señor Météo. Pour aujourd'hui, l'iBigo m'annonce de “belles éclaircies à partir de 13 h”. Or, depuis ce matin, le ciel est implacablement azuréen : comment va-t-il s'y prendre pour s'éclaircir ?

En regardant les petites icônes, celles qui permettent aux illettrés de savoir eux aussi le temps qu'il va faire, je constate que quelques nuages sont prévus d'arriver à partir d'une heure de l'après-midi, mais sans doute pas assez compacts pour masquer totalement le soleil.

Donc, pour le Señor Météo, une arrivée de nuages dans un ciel pur s'appelle une éclaircie ; qu'il n'hésite pas, en outre, à trouver belle. J'ai commencé par me moquer — évidemment.

Puis, je me suis demandé comment, moi, brusquement investi des pouvoirs et de l'autorité du Señor, je qualifierais en une courte formule le phénomène en question.

Je dois bien reconnaître n'avoir rien trouvé de tout à fait satisfaisant. “Vilain assombrissement” serait évidemment ridicule. “Moche ennuagement” est encore pire. “Soleil partiellement offusqué” sonne par trop prétentieux. 

Pour l'instant, j'en suis là. 

Et il fait toujours beau.

vendredi 10 mai 2024

La paix des jardins


 Les charmes de la vie à la campagne, que tous les citadins, n'en doutons pas, nous envient ; à part, peut-être, celles-zet-ceux en situation de mal-audition  :

L'hiver, on vit toutes portes et fenêtres fermées pour tenter de se protéger du froid, des rafales de vent, des paquets de pluie qu'elles apportent ; et aussi des vendeurs de calendriers de l'année à venir.

L'été, on vit toutes portes et fenêtres fermées pour tenter d'assourdir les chants harmonieusement fondus des tondeuses, taille-haies, mini-tracteurs, débroussailleuses, taille-bordures et j'en oublie sûrement. Sans même parler des pique-nique “entre copains” chez ces voisins qui, pour bien montrer leur satisfaction d'eux-mêmes, conforter leur être-là, se sentent obligés de hurler lorsqu'ils s'adressent à l'un ou l'autre de leur commensaux, pourtant assis à moins de deux mètres d'eux-mêmes.

Et c'est alors que, malgré les vocalises et roucoulements des piafs en pleine baisade ou en sage couvaison, l'on se prend à soupirer après les rigueurs mornes de l'hiver, tout enveloppé et ouaté par l'imperturbable silence des grands arbres morts.


vendredi 26 avril 2024

À pieds joints dans l'avenir


 Un agent Orange — très contagieux donc – devait être chez nous à une heure, pour nous raccorder à Sa Majesté la Fibre ; ce qui devenait nécessaire, après une panne du réseau traditionnel (je ne sais même pas comment l'appeler) de plus de trois semaines… et toujours pas réparée.

Je l'avoue : je l'avoue : j'avais de mauvaise fibrations

Eh bien, j'avais tort. Après trois heures d'activités aussi intenses que mystérieuses, l'agent fibreux est reparti d'ici sans avoir rencontré le moindre problème ; en tout cas aucun qui aurait entraîné des questions auxquelles nous n'aurions pas su répondre.

Et, joie ! pleurs de joie ! : télévision, ordinateur, iBigos, tout fonctionne à merveille. 

Bref, une fois n'est pas coutume, nous n'avons qu'à nous féliciter, au moins pour le quart d'heure, de ce Grand Remplacement réussi.

jeudi 18 janvier 2024

Le chien et son maître (ou l'inverse)


 

Ce matin au Plessis-Hébert, peu après dix heures…

mercredi 20 décembre 2023

Le vol temporel des corneilles


 Mercredi 20 décembre 2023, trois heures et demie. 

Je sors de la Case pour tirer quelques bouffées de pipe. Levant la tête vers le ciel nouvellement dégagé, je vois une vingtaine de corneilles au-dessus des sapins proches ; elles tournoient un moment avant de disparaître en direction de l'église. 

La pensée alors me traverse que, peut-être, le 20 décembre de l'an 1023, vers trois heures et demie, un paysan normand illettré se tenait à l'exacte place où je suis ; et que, levant la tête, il put voir le même vol de corneilles que moi. 

Ce court moment de fraternité temporelle ayant suffi pour que s'éteigne ma pipe, je suis rentré me remettre au chaud.

vendredi 8 décembre 2023

C'est l'Avent dans les igloos !


 Sans trop se soucier de savoir s'il ne risque pas d'être taxé d'appropriation culturelle, Charlus fait ses dévotions à la crèche inuite tout juste installée par sa maîtresse sur notre buffet de souche.

Les Inuits… ce peuple fier et frigorifié, dont le nom est indissolublement lié au merveilleux de la Nativité, puisque c'est à l'un de ces humbles anonymes en fourrure et peau de phoque que l'on doit le chant de Noël universellement connu et entonné :

Inuit chrétien, c'est l'heure solenneeeelle

Où l'homme Dieu descendit jusqu'à nous !

(Si avec ça les inquisiteurs du multicul' ne me font pas grimper sur leur bûcher à coups de pompes équitables dans le fondement, je serai assuré d'avoir toutes les puissances du Ciel de mon côté…)

lundi 4 décembre 2023

Le grand regret de ma vie


 Dans notre boîte aux lettres, ce matin, un avis nous informant qu'en raison des travaux en cours dans les rues du Plessis, l'eau nous sera coupée demain entre huit heures et midi. L'avis en question est signé d'un monsieur Untel, dont le nom est suivi de son officielle fonction :

 directeur du petit cycle d'eau

Je trouve à ce titre un attrait irrésistible, comme un parfum d'ancienne Cour, l'équivalent moderne d'un “intendant des menus plaisirs”.

Et l'évidence m'apparaît, aveuglante. Voilà, c'est ça ! voilà ce que j'aurais dû choisir, comme métier, au lieu d'aller barboter, près de quarante années durant, dans les cloaques journalistiques : directeur du petit cycle d'eau. Opter pour l'eau potable plutôt que pour les égouts…

Comme mes parents auraient été fiers de leur fils, alors !

lundi 27 novembre 2023

De Pluche en peluche


 J'ignore tout à fait quelle mine peut bien faire un chien qui vient d'attraper un vrai renard. Mais je trouve que, la gueule lestée du sien en peluche, Charlus a l'air parfaitement abruti.

Cela devant être dit et l'étant, je me sens tout gêné vis-à-vis de Dutourd, que j'ai délogé un peu vite et brusquement de la première place du podium. Donc, pour tenter de nous rabibocher, un court extrait de Pluche, dont nous parlions hier. C'est l'un de ses personnages, un peintre fainéant,  qui parle et non lui – du moins fera-t-on semblant de le croire. J'ai choisi ces quelques lignes pour le plaisir, puéril mais bien réel, de me montrer désagréable. Voici :

« Ma vieille vache [Boulard, le peintre, s'adresse au narrateur du roman, Pluche], il faut en prendre son parti : nous n'avons rien à attendre du peuple, et nous sommes arrivés au plus mauvais moment. Les artistes ne peuvent prospérer que dans les époques où le peuple n'a rien à dire. En ce moment on n'entend que lui, ou les gens qui parlent pour lui, et en remettent. Le peuple était comme les chiens : il ne lui manquait que la parole. On la lui a donnée. Quel déluge de conneries ! Le peuple n'a pas besoin de beauté ; il veut des idées. Le moindre confort supplémentaire fait bien mieux son affaire que la victoire d'Austerlitz et le musée du Louvre. À la limite, la démocratie doit supprimer toute la beauté et toute la gloire au profit du confort. C'est sa mission, et elle la remplira, je te le garantis. Dans cent ans, il n'y aura plus de guerre et plus d'art. Ce sera fini. Quand une révolution éclate, le populo commence toujours par casser les statues et incendier les palais. Les historiens, qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez, croient que c'est par fureur ou ressentiment. Erreur, c'est par instinct. Le peuple sait que la beauté est son pire ennemi. »

Le temps de taper ce paragraphe impie, Charlus avait lâché sa proie et s'était rendormi.

mercredi 23 août 2023

Crime d'appropriation culturelle


 Si tout se passe comme il est à craindre, et compte tenu de l'inévitable décalage horaire, la police huronne devrait débarquer ici entre trois et quatre heures demain matin, afin de me clouer nu au poteau de couleur avant de me cribler de flèches : ça m'apprendra à arborer cyniquement les symboles d'une riche et ancestrale culture que les vieux mâles blancs de mon espèce se sont acharnés à asservir.

jeudi 3 août 2023

Imbroglio linguistico-météorologique


 Après une accalmie d'environ une heure, il pleut de nouveau à pierre fendre.

Ou il vente comme vache qui pisse.

Ou il gèle à gros flocons.

Ou il neige à décorner les bœufs

Le dérèglement climatique est désormais si violent, si total, si absolu, si sacré, que même les plus éprouvées des vieilles formules françaises en perdent leur latin.

jeudi 27 juillet 2023

La guerre des buralistes


 Jusqu'à une date récente, quand un fumeur de mon petit coin de France voulait acheter ses cigarettes, il avait le choix entre deux échoppes : “chez les Chinois”, ainsi surnommée parce que tenue par un couple d'Asiatiques aux sexes complémentaires, ou bien “chez les pédés”, où officiait une paire d'homosexuels mâles. J'avais personnellement mes habitudes chez ces derniers, non par je ne sais quelle sinophobie (ni du reste par une quelconque homophilie), mais parce que leur boutique ne faisant pas bistrot, elle m'évitait le côtoiement de consommateurs certes parfaitement européens et probablement de mœurs courantes, néanmoins braillards, avinés et volontiers péremptoires.

Or, il y a déjà quelque temps, est apparu “chez les pédés” un nouveau vendeur... chinois. Comme les deux patrons homos étaient toujours là, je me suis dit qu'ils avaient simplement embauché un grouillot et qu'il l'avaient choisi asiatique histoire d'établir un genre de solidarité entres minorités opprimées. 

Mais voici que, lors de mon dernier achat tabagique, mes minoritaires sexuels avaient proprement disparu du paysage pour céder la place à deux minoritaires raciaux. Depuis, je me perds en conjectures, sur fond d'angoisse diffuse : s'agit-il d'une simple embauche supplémentaire ? Ou bien mes ostracisés de la bébête ont-ils été victimes d'une OPA féroce de la part des Chinois qui, chacun le sait bien, sont toujours fourbes et cruels de nature ? Et dans ce second cas, s'agit-il d'un hasard ou existe-t-il des accointances secrètes entre les Chinois de “chez les Chinois” et les Chinois de “chez les pédés” ? Enfin, les deux Chinois de “chez les pédés” sont-ils eux-mêmes de mœurs hétérodoxes, c'est-à-dire homos, ou bien bêtement hétéronormés, à l'instar du couple chinois de “chez les Chinois” ?

Un tel imbroglio de questions qui ne recevront sans doute jamais de réponses... Ce serait vraiment un coup à cesser de fumer.

samedi 20 mai 2023

La démission de monsieur Canard


 Depuis environ une semaine, on peut voir, sur la mare qui est au bout de notre rue ou dans ses abords les plus immédiats, une cane escortée de ses deux canetons. Mais de canard, point : chez les anatidés aussi, la démission des pères fait rage et la famille monoparentale est désormais une triste réalité. 

On ne voit pas encore, s'ébattant, de canards 1 et 2 ayant adopté les canetons d'une cane porteuse, dûment rémunérée en boulettes de mie de pain, mais on sent bien que c'est dans l'air et que ça ne saurait plus tarder.

vendredi 11 novembre 2022

L'effet Westlake

 

À Jacques Étienne, qui comprendra.

 

Quelqu'un qui pénétrerait sans prévenir dans notre salon, vers le milieu de l'après-midi, pourrait penser qu'il vient d'entrer par mégarde dans la salle de repos d'un asile d'aliénés, voyant ces deux presque vieillards, chacun dans son fauteuil, les yeux baissés vers les genoux et ponctuellement secoués, chacun à son tour et à intervalles presque réguliers, par un petit rire aussi soudain que vite étouffé. 

C'est que Catherine et moi sommes, depuis quelque temps, plongés dans les romans de Donald Westlake, lesquels ont sur nous deux cet effet hilarant et spasmodique. En plus, comme nous lisons les mêmes, mais ni en même temps ni obligatoirement dans le même ordre, chacun commente ensuite pour l'autre le passage qui l'a fait pouffer – tout en sachant qu'il est mauvais pour qui surveille son poids de pouffer entre les repas.

Une turne de dingues, je vous dis.

lundi 23 mai 2022

Les bons conseils de l'Irremplaçable


 Cet après-midi, Catherine a rendez-vous chez le kinésithérapeute de Saint-André-de-l'Eure : suite à un genre de “tour de reins” qu'elle s'est fait en se livrant à je ne sais plus quelle activité superfétatoire, elle marche depuis quelques jours un peu comme une centenaire en très petite forme. C'est pourquoi, avec la générosité de cœur qu'on me connaît, je me suis (et lui ai) proposé de faire le chauffeur.

Elle : « Mon pauvre ! tu risques d'attendre un moment ! Pense à emporter un livre… »

Moi, aussi sec : « La recommandation est à peu près aussi superflue que si tu me disais : “N'oublie pas de mettre un pantalon.” »

À la réflexion, elle l'est peut-être même davantage : quand il prendra à Herr Alzheimer la fantaisie de me ravager les connexions cérébrales, je suis persuadé que je sortirai me promener cul nu dans les rues du Plessis avant de partir baguenauder sans un livre sous le bras. 

Mais enfin, il ne faut jurer de rien…

jeudi 26 août 2021

Les charmes discrets du séjour à Fresnes

Le constat est d'une indéniable vérité : les “soirées entre potes” du XVIIe siècle avaient une autre allure que les pauvres nôtres, même sans tenir compte du fait qu'elles se déroulaient généralement sans muselière à élastiques auriculaires.

Au soir du 4 février 1665 – qui tombait un mercredi, comme on s'en souvient peut-être –, Simon Arnauld de Pomponne est enfin de retour à Paris, après une interminable année d'exil. Il est le fils d'Arnauld d'Andilly et, par conséquent, le neveu du Grand Arnauld – pour vous situer un peu le bonhomme. Pourquoi l'exil ? Pour prix de son amitié un peu trop public avec le ci-devant surintendant Nicolas Fouquet ; lequel, au moment où nous parlons, s'apprête à prendre le chemin de son ultime “résidence sur la terre”, soit la forteresse de Pignerol.

Bref, à l'instar des loups teutons, Pomponne est entré dans Paris. Que fait-il, à peine descendu de voiture ? Il se précipite à l'hôtel de Nevers, en lequel Madame du Plessis-Guénégaud reçoit ses amis lorsqu'elle se trouve à Paris. Et c'est là, passé le seuil du salon, que pour nous la rêverie commence.

Car ce soir-là, en l'hôtel de Nevers, sont réunis la marquise de Sévigné et sa fille – la future Madame de Grignan –, la comtesse de La Fayette, le duc de La Rochefoucauld, au milieu d'une douzaine d'autres, dont les noms sonneraient moins haut à vos oreilles. La conversation va son train, quand arrive Nicolas Boileau, venu lire ses dernières satires inédites. Il est suivi de près par Jean Racine, qui déclame les deux premiers actes de son Alexandre le Grand, que nul n'a encore vu jouer sur une scène. Puis, les lectures achevées, les discussions peuvent reprendre, tandis que passent les rafraîchissements. Brillante époque…

Brillante mais aussi heureuse, cette époque où si quelqu'un de vos relations vous apprenait qu'il venait de “passer un mois à Fresnes”, vous étiez davantage enclin à l'envier qu'à le plaindre. Car vous compreniez bien que votre ami n'avait nullement été engeôlé dans un cul de basse fosse surpeuplé de mahométans violents et obtus, mais qu'il avait été invité dans le château de campagne des du Plessis-Guénégaud – les mêmes que tout à l'heure –, résidence bucolique à laquelle le grand Mansart lui-même avait mis la truelle et le fil à plomb.

Là aussi, là encore plus, les talents d'hôtesse de la maîtresse de maison font merveille. Dans ce décor idylliquement champêtre, on retrouve souvent les mêmes invités qu'à Paris, plus Mademoiselle de Scudéry, plus Madame de Motteville qui rêve dans un coin aux mémoires qu'elle s'apprête à écrire, mais moins Arnauld de Pomponne qui, entretemps, a été nommé par le roi ambassadeur en Suède et qui, chez ces grands crétins blonds et nordiques, se languit de ses amis parisiens et du château de Fresnes où il n'est point.

C'est probablement là, en ce château, que se sont nouées les amours du duc de La Rochefoucauld et de Mme de La Fayette – bien que Mme de Sévigné, qui sait parfois se montrer chipie, soutînt que l'auteur des Maximes n'avait jamais été amoureux sa vie durant, en étant incapable. Mauvaise langue ? Peut-être bien. Car le duc semble tout de même avoir eu un certain mal à se remettre de sa rupture avec la duchesse de Longueville (Anne-Geneviève de Bourbon-Condé de son petit nom), sœur aînée du Grand Condé.

C'est à Fresnes encore que la marquise de Sévigné écrit quelques-unes de ses lettres les plus fameuses, celles dans lesquelles elle narre au jour le jour les rebondissements de l'interminable procès de son grand ami Fouquet. Le dit surintendant, à l'époque de sa splendeur, aurait bien aimé mettre la belle marquise dans son lit, ou au moins sur un quelconque canapé – mais il semble qu'il n'y est pas parvenu, malgré sa gloire, sa fortune et sa prestance. Ces lettres ne sont pas destinées à sa fille, dont on a vu qu'elle était encore auprès d'elle, mais à son remuant cousin, Bussy-Rabutin, qui, en ce début d'année 1665, vient d'être élu à l'Académie française, mais ne va pas tarder à prendre le chemin de la Bastille, puis la route de l'exil, c'est-à-dire de son château bourguignon où il terminera sa vie, un bon quart de siècle plus tard – ce qui nous éloigne presque autant du château de Fresnes que de l'hôtel de Nevers.

Le salon de la comtesse du Plessis-Guénégaud avait en quelque sorte, et avec plusieurs autres, remplacé celui, très célèbre, de la marquise de Rambouillet qui, dès le début des années 20 de ce siècle-là, avait pour ainsi dire inauguré la “vie de société”, en recevant divers amis et hôtes de marque, voire très-illustres, dans la fameuse “Chambre bleue” de son hôtel, sis en la rue Saint-Thomas-du-Louvre. Inutile de chercher cette artère sur un plan du Paris actuel : elle a cessé d'exister au XIXe siècle. Avant cela, elle reliait la place du Palais-Royal à la Seine, passant, à quelques mètres près, à l'emplacement où s'élève désormais, pour notre honte à tous, la pyramide de M. Pei.

Comme quoi, il n'y avait pas que les soirées entre potes pour être plus élégantes au XVIIe siècle qu'au nôtre.

jeudi 17 juin 2021

Fait rarissime

Ce billet s'adresse à ceux de mes lecteurs les mieux nantis, qui disposeraient de 38 000 € dont ils ne sauraient trop quoi faire, et qui seraient par ailleurs, en matière d'automobile, à ranger dans la catégorie des m'as-tu-vu-quand-je-titille-le-champignon.

Il y a, en ce moment, au garage Ford de Pacy-sur-Eure, une Ferrari à vendre, exactement pour la modique somme sus-indiquée. Ce qui est, si je puis risquer le calembour, un fait rarissime. Je ne garantis nullement que le modèle soit conforme à celui présenté ci-dessus, mais je puis au moins en certifier la concordance de couleur.

Quant à moi, à qui le goût des monstres rutilo-vrombissants a passé depuis jolie lurette, si tant est que je l'eusse jamais eu, je me trouvais au dit garage pour y récupérer le volume “Bouquins” contenant les romans d'Antoine Blondin que, Dieu seul sait pourquoi – et encore –, j'ai eu soudainement envie de relire et qui, comme il se doit, s'étaient évaporés de leur rayonnage.

Je suis reparti de là aussi heureux que si je l'avais fait sur le cheval cabré – et nettement moins délesté d'argent.

jeudi 10 juin 2021

En suivant les éboueurs…

La signification d'un acte, son sens profond, dépend en grande partie, ce me semble, du regard que l'on porte sur lui. Je pensais à cela il y a quelques minutes, en regardant passer les éboueurs.

L'ensemble de l'attelage est composé d'un camion-benne, d'un conducteur et d'un second homme chargé de transvaser le contenu des poubelles dans la benne : rien que du classique, en somme. 

À la ferme qui est derrière chez nous, et que l'on voit fort bien de notre terrasse, il y a toujours beaucoup de poubelles, plus des cartons et emballages divers empilés à côté. Arrivé là, et contrairement à ce qui se passe devant les simples maisons d'habitation à une ou deux poubelles seulement, le conducteur du camion descend de sa cabine afin d'aller prêter main forte à son coéquipier. 

« Altruisme ! Solidarité ! Sens de l'entraide ! » s'exclameront, ravis, les progressistes.  « Calcul purement égoïste ! grommelleront les pessimistes de la nature humaine : en aidant son acolyte, le conducteur du camion permet à la tournée de durer moins longtemps et sera donc, ainsi, rentré plus vite chez lui. » 

Il est probable que les deux auront raison, mais il resterait à déterminer dans quelle proportion, c'est-à-dire la part exacte de l'altruisme et celle de l'intérêt personnel. 

Une tâche d'autant plus délicate que cette proportion doit varier assez fortement selon que le camion est ce jour-là conduit par Marcel, “qui a le cœur sur la main, une vraie crème”, ou par Jean-Paul, “qui n'en a jamais rien à foutre des autres”…

Mes puissantes réflexions se sont arrêtées là, car il fallait encore que j'aille rentrer mes propres poubelles, irréprochablement vidées.

jeudi 13 mai 2021

Petit tour de chauffe

Voilà des jours et des jours que la température matinale se situe autour de cinq degrés frileusement celsius, pour ne pas s'élever à plus de quatorze ou quinze dans la journée ; et on ne nous annonce aucun changement pour au moins les huit jours qui viennent. 

Évidemment, il serait tentant d'ironiser à propos de ce satané réchauffement climatique, même pas foutu de faire correctement son boulot : c'est une tentation trop facile pour que nous y succombions. 

Car enfin, il ne peut pas être partout, cet infortuné réchauffement. Songeons qu'il est déjà fort occupé à dessécher l'Afrique subsaharienne, à faire fondre la glace des pôles, à déclencher des raz-de-marée en Asie du Sud-Est, à juguler l'impétuosité du Gulf Stream, à submerger puis engloutir des centaines d'atolls du Pacifique Sud, plus deux ou trois autres tâches urgentes qui ne me viennent pas à l'esprit pour le quart d'heure : on ne pourra guère, sans une mauvaise foi insigne, lui reprocher de ne pas être tout à fait au taquet pour ce qui concerne nos canicules à nous autres. Il est bien normal, et facilement compréhensible, que, comme chacun de nous, le réchauffement ait ses priorités, son cahier des charges

À titre d'encouragement réchauffiste actif, de pleine solidarité climatique, je pense que je vais aller un peu faire tourner le diesel, moi…

mardi 22 septembre 2020

Contrastes et poussettes

 

Retour de promenade avec Charlus. Sur la voie romaine, on ne croise généralement personne, et quand oui, ce sont soit des cyclistes, soit, comme nous-mêmes, des promeneurs de chiens. Aujourd'hui, coup nouveau : une femme poussant devant elle un véhicule à bébé. Que pouvait-elle bien faire là, loin du village, sur ce ruban pierreux et malcommode aux petites roues ?

Mon premier réflexe a bien entendu été de me dire qu'il devait s'agir d'une “mule” qui, maligne, avait choisi cet insoupçonnable mode de transport pour la drogue qu'elle était chargée, partant d'Évreux, de livrer à Mantes-la-Jolie voire à Aubergenville (elle marchait effectivement dans ce sens-là). 

Mes soupçons se sont trouvés considérablement renforcés lorsque la pousseuse m'a aimablement dit bonjour avec un large sourire : pour qu'une Normande soit à ce point avenante, il faut qu'elle ait quelque chose de très compromettant à cacher, des soupçons à dissiper, des gendarmes à semer, un innocent promeneur à enfumer, que sais-je ? 

En fait, non : c'était bel et bien une ébauche d'être humain qui dormait dans la poussette, ou au moins qui faisait parfaitement semblant. Charlus a bien lancé après l'attelage un ou deux brefs abois, mais son entraînement de renifleur de dope étant ce qu'il est, on pouvait difficilement faire fond sur cette manifestation sonore…

Après que femme et nourrisson eurent disparu, je me suis dit que j'avais manqué de présence d'esprit et d'instinct de limier ; que sans doute la drogue devait avoir été cachée par la première dans les Pampers du second, lequel avait bien entendu été loué, voire enlevé, à cette seule fin. Et probablement drogué pour ne pas gêner par ses atroces criailleries sa mère d'emprunt et ses abjects trafics. Je suis rentré à la maison avec le regret tenaillant de ce magistral coup de filet avorté.

On ne s'ennuie pas, au Plessis-Hébert, il arrive même qu'on y frôle des gouffres. Normandie, terre de contrastes et de poussettes.