
Les 11 septembre, on ne fait pas que commémorer l'effondrement des tours new-yorkaises où pleurnicher sur le sort de ce pauvre Allende : pendant que chacun déploie ses banderoles ou ranime la flamme devant ses icônes, le petit commerce de proximité continue. À Nice, deux jeunes (forcément, des jeunes : vous avez déjà vu de vieux braqueurs opérer à scooter ?) ont cru bon de venir délester un bijoutier de sa marchandise, après l'avoir plus ou moins molesté et sous la menace d'un fusil à pompe : il faut bien que jeunesse se passe, que frustration s'exprime, que vitalité se défoule. Le commerçant ne l'a pas entendu de cette oreille et, à peine les deux malfrats sortis de son échoppe, il s'en est extrait à son tour, arme au poing, afin de leur notifier sa façon de voir, en quelques crispations brèves de l'index sur la queue de détente. Il a tué le passager et, bien entendu, on commence à lui en faire un peu grief, alors qu'il n'a fait que défendre son bien contre deux petites crapules, dont l'une au moins – le mort – semble avoir été fâcheusement récidiviste, au moins si l'on en juge d'après la savoureuse déclaration de son frère : « Mon frère venait de sortir de prison. Il s’est réinséré, il allait
être père de famille, il avait un appartement, il avait tout pour être
bien. A mon avis, c’est le choc qu’il allait être papa que ça l’a fait
péter un câble, c’est tout ! ».
Je savais la paternité dangereuse, mais à ce point… Quant à la réinsertion, elle semblait effectivement en très bonne voie. Ce sympathique futur papa serait probablement devenu ce que l'on pourrait appeler un multiréinséré, c'est-à-dire une dangereuse canaille.
Mes pensées compatissantes vont ce matin au bijoutier, qui n'a pas fini d'être tracassé pour son si naturel réflexe de défense. Je suppose que le fait d'avoir tiré dans le dos de son agresseur lui sera imputé à charge par ses juges ; ce, bien à tort à mon avis : il y a des gens qui ne méritent pas d'être tués de face.