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mardi 22 octobre 2019

Les aventures de Gabriel, le méchant philopède


Bien sûr, je pourrais prendre la défense de Gabriel Matzneff, ce fut d'ailleurs mon premier mouvement, tant l'affaire dont il est le centre depuis quelques jours éclate de ridicule, avec ses minuscules haines maquillées en grands principes et ses bigoteries sous-jacentes. La “pédophilie” a ceci de commun avec le “racisme” – les guillemets sont là pour marquer l'égale et complète impropriété de ces deux termes – qu'elle autorise, dès que le mot est prononcé, ses pourfendeurs à dire absolument n'importe quoi, à proférer les énormités les plus saugrenues d'un ton n'admettant aucune réplique, ni même la moindre nuance.

Sur Causeur, une demoiselle Pélaprat écrit notamment ceci (c'est moi qui souligne), à propos de l'homme qu'elle a pris pour cible : « […] il revendique fièrement des rapports pédophiles qui, par définition, ne sont jamais librement consentis par les mineurs de moins de quinze ans. » Par définition, vraiment ? Définition de quoi ? Établie par qui ? En fonction de quelles prémisses ? À quel usage ? Et quelle puissance divinatoire êtes-vous donc, Mademoiselle, pour savoir aussi sûrement ce qui se passe dans le cerveau de tous les adolescents de moins de 15 ans, au moment où une main adulte se glisse dans leur culotte ? À quelle expérience mystérieuse vous adossez-vous pour écarter avec tant d'assurance toute possibilité de plaisir, voire de fierté, dans quelques-uns de ces cerveaux-là ?

Personnellement, j'ai horreur des enfants, en particulier de ceux des autres. Et, lorsque j'en étais un moi-même, jamais la moindre grande personne n'a eu l'idée d'attenter à mon innocence sacrée. En revanche, j'ai connu trois ou quatre personnes – dont une femme – à qui c'était arrivé et qui, par-delà les années, n'en conservait qu'un souvenir plutôt amusé ; ou disons : indulgent. Je n'en tire évidemment aucune conclusion générale, ni le moindre par-définition. Et je sais bien que, placés dans les mêmes circonstances, d'autres ont pu en souffrir terriblement.

Je ne tire pas de conclusion, mais je m'étonne que l'on puisse tranquillement, sereinement, avec la belle conscience du devoir accompli, appeler au lynchage d'un homme qui prétend avoir eu des rapports sexuels avec des enfants. Car, tout de même, on parle ici d'un écrivain qui, sous couvert d'autobiographie, peut bien raconter ce qu'il veut, vrai ou non, exagéré ou minimisé. Que savons-nous de la réalité ? Y a-t-il eu plaintes de ses nombreuses “victimes” ? Vous avez des dossiers à charge pour justifier vos appels au meurtre citoyens ?

Oui, décidément, j'aurais eu de quoi prendre la défense de Gabriel Matzneff, même sans compter les trois ou quatre arguments supplémentaires que je me garde dans la manche pour ne pas lasser les patiences. Mais j'ai choisi de renoncer. Simplement parce qu'il m'est apparu avec une quasi certitude que M. Matzneff lui-même devait, vis-à-vis de ses procureurs vociférants, n'éprouver autre chose que le plus insouciant mépris.

Car le philopède est toujours assez hautain. Par définition.

jeudi 18 mars 2010

Mais où avais-je la tête ? (La presse en délire)


La “une” du Nouveau Détective de cette semaine vaut le détour. Au point que, alors que la dominante de ma journée était plutôt au grisailleux, elle m'a ensoleillé tout le quart d'heure suivant sa découverte. Ça se décline comme suit :

L'assassin d'Anna l'avait décapitée et s'était enfui avec son macabre trophée.


Le cri désespéré de son mari :

« RENDEZ-MOI LA TÊTE DE MA FEMME ! »


En matière journalistique, c'est ce qui s'appelle : faire un cou...

vendredi 17 avril 2009

Auschwitz, dernier arrêt ! ses trois-étoiles, sa gastronomie internationale !

Dans le Nouvel Observateur de cette semaine. Pour illustrer un article de quatre pages, intitulé Auschwitz Tour. On y voit une famille de Japonais (je suppose qu'ils sont Japonais), père, mère et trois filles, posant devant l'entrée du camp, sous l'objectif d'une quatrième fille, elle-même apparaissant de dos dans le coin droit de la photo. L'une des filles sourit, une autre est franchement hilare, comme elles le seraient avec la tour Eiffel dans le dos.

Il me semble qu'on devrait fermer Auschwitz à toute visite : un lieu de mémoire ne peut pas devenir un parc d'attraction. Nous vivrons bien assez tôt dans un Disneyland généralisé ; retardons cette horreur le plus possible.

samedi 7 mars 2009

8 mars, journée de la pipe (bien culottée)

Contrairement à ce qu'un vain peuple pourrait s'imaginer, à la suite d'un examen superficiel, le titre choisi n'est pas du tout une gaminerie provocatrice. Si je me suis remis à la pipe depuis une semaine, c'est moins dans le but d'augmenter mon pouvoir d'achat en diversifiant mes activités professionnelles (tout journaliste est plus ou moins une pute, et souvent encartée), que pour tenter de moins fumer. Comme je suis, on le sait, un incorrigible snob, j'ai élu un tabac danois portant le doux nom de Black and Bourbon – dans quoi on pourra voir la double preuve de mon alcoolisme et de mon antiracisme militant –, fabriqué en Allemagne et que je commande directement en Angleterre : ça classe un max.

Mais ce n'est pas de cela qu'il s'agit. Hier soir, affalés tous deux devant la télé, je m'ouvre à l'Irremplaçable d'un problème qui me taraude : l'une de mes pipes préférées a un culot tellement épais que, bientôt, je ne pourrai plus y glisser le moindre brin de tabac. Or, j'ignore absolument comment on s'y prend pour déculotter une pipe. Et j'expose mon problème en ces termes lapidaires : – J'irais bien voir sur Internet, mais si je tape "pipe" dans Google, je vais me retrouver envahi par des pubs de boules. Catherine : – Essaie d'affiner la recherche... Tape par exemple "déculottage de pipe". Moi (abasourdi) : – Tu veux que je tape "déculottage" et "pipe" dans la même recherche ? Mais c'est devant notre portail, qu'on va les retrouver, les vendeurs de gods et les fourgueurs de viagra ! Sans compter toutes les putes en demi-soldes de Haute-Normandie, les étudiantes en peine de fin de mois, les féministes déviantes, etc. Tu es folle, ma pauvre fille ! Elle : – Ta gueule, je regarde le film...

Heureusement, j'ai fini, juste avant de pondre ce navrant poulet, par trouver l'idée : j'ai tapé "fumeur de pipe". Non seulement j'ai déniché la superbe photo qui me sert d'illustration, mais je suis aussi tombé sur un site entièrement dédié à cette noble confrérie des suçoteurs de bouffardes. Comme il est trop tard pour l'aller explorer ce soir, j'y consacrerai ma journée de demain. Ce qui justifie pleinement mon titre, n'en déplaise aux ayatollettes festives qui vont sans doute se répandre demain dans toutes les rues de France en braillant des chansons idiotes.

C'est égal : on aurait renommé la fellation blow job, comme tout le monde, j'aurais eu moins de problème de déculottage.

vendredi 5 septembre 2008

Finalement, j'aime beaucoup les Corses

À Jérôme V.


Ils en ont. Je sais que c'est mal porté, mais ils en ont. Les Corses sont de mauvais coucheurs, ils n'ont pas compris, ces cons, que le monde avait changé, que l'ambiance était à la douceur généralisée ; que chacun se devait, pour être moderne, de transformer son pays, son village, sa maison - voire sa chambre à coucher, dans un avenir proche - en une gentille nurserie mondiale.

Les Corses sont décalés, anachroniques, scandaleux. Ils veulent, ces re-cons, que leur île leur demeure, sans s'apercevoir qu'il est parfaitement ridicule, voire réactionnaire, de prétendre conserver sa terre et en faire ce que l'on a, entre soi, décidé d'en faire. Alors qu'il est si doux, si gentil, si merveilleusement enfantin, de s'ouvrir aux glamoureuses caresses des "cultures" venues d'ailleurs.

Les Corses, qui s'obstinent à ne rien comprendre du monde dans lequel ils vivent, persistent à vouloir une Corse corse, ces re-re-cons. Ils tiennent à ce que les étrangers restent ce qu'ils sont, à savoir peu nombreux et respectueux du rocher qui les accueille : a-t-on des idées pareilles ?

Pour leur punition, ils subissent de considérables dégâts collatéraux. Ainsi, c'est un exemple entre mille, chaque 31 décembre, les habitants d'Ajaccio passent un réveillon triste et chiant, sans aucun feu de joie, alors que, dans le même temps, leurs petits amis strasbourgeois ont le plaisir de voir flamber leurs voitures par dizaines. Pourquoi ? Parce que les Arabes d'Ajaccio boudent, alors que ceux d'Alsace laissent librement s'exprimer leurs frustrations nées du racisme, de l'injustice sociale, du prix du Big Mac et du maxi-Coke, etc.

Certains - des sales fachos pas fréquentables - prétendent que les "jeunes" d'Ajaccio ou de Bastia savent pertinemment ce qui leur arriverait s'ils s'avisaient de toucher au moindre pare-choc de la voiture d'un natif, et que, du coup, ils préfèrent s'inventer d'autres jeux. Alors que leurs homologues de métropole savent tout aussi bien, à l'inverse, qu'on trouvera toujours d'excellentes excuses à leurs débordements ludiques.

Il ne faut absolument pas croire ces pourceaux naziformes. La réalité, c'est que les "jeunes" de Corse sont amollis par le climat. Et qu'ils savent, ces chérubins broyés par le système, qu'ils vivent cernés par de curieux olibrius pensant, à rebours du monde, qu'ils ont quelque droit sur la terre où ils sont nés et dans laquelle reposent leurs grands-parents.

Définitivement, on n'est pas plus con.

mercredi 13 février 2008

Les Américains votent aussi

À propos des prochaines élections américaines, ce point de vue, qui n'est pas forcément le mien mais qui, il me semble, mérite d'être entendu...

lundi 4 février 2008

Le temps léger s'enfuit

Qui n'a jamais eu envie de changer d'époque ? D'oublier les ridicules, les grotesques et l'horreur de la sienne propre, pour s'en aller bivouaquer dans une autre, forcément plus accueillante, de même que l'herbe est plus verte aux vaches et aux veaux dans le pré voisin ? En bref et en clair, s'effacer de l'ardoise magique pour aller s'inscrire ailleurs. Encore faut-il savoir en quel siècle se transporter, bien sûr.

Durant quelque temps, je fus incertain de l'époque de mon choix. La fin du 12ème siècle me tentait assez. Je me serais bien vu, les après-midi de soleil, sortir ma petite chaise cannelée et aller contempler à l'oeuvre les bâtisseurs de Notre-Dame, ainsi que, dit-on, Dante aimait à le faire avec le Duomo de Florence. L'époque des Guerres de religions, dans un genre plus rock n'roll, me séduisait aussi pas mal.

Mais finalement, j'ai choisi la prudence, la sécurité sur le long terme, les intérêts médiocres mais garantis par l'État. Je suis donc né en 1821, comme Baudelaire et Flaubert (et quantité d'autres, dont on se fout pour le quart d'heure), dans une famille orléanaise - des bourgeois plutôt à leur aise, mais sans plus. Comme j'étais un élève doué, bien que paresseux, j'ai décroché mon bac, en 1839, et, l'année d'après, suis "monté" à Paris. Mon père avait tenu à ce que je fasse mon droit, mais j'ai vite déserté l'antique Sorbonne, pour aller grenouiller du côté des nombreux journaux qui éclosaient, mourraient, renaissaient de leurs cendres à peine attiédies, dans cette France louis-philipparde, encore toute suante de la tempête révolutionnaire et de l'épopée napoléonienne.

Je suis alors ce qu'on appelle un libéral républicain - c'est de mon âge -, je me gausse de ce roi constitutionnel, bourgeois et mesquin, dont au fond je m'accommode fort bien. La bourrasque de 48 me trouve enthousiaste, quoique prudent dans mes engagements. J'encourage la montée aux barricades, mais toujours depuis les diverses salles de rédaction qui veulent bien me payer, ou dans l'un des salons privés du Rocher de Cancale, mon restaurant favori, où, certains soirs, on peut voir Honoré de Balzac, vieilli avant l'âge mais toujours bedonnant, attablé devant trois douzaines d'huîtres arrivées par la marée du matin.

Il m'arrive aussi de croiser Hugo ou Lamartine, mais comme personne ne songe à nous présenter, il ne se conserve nulle trace de ma personne dans les écrits de ces deux personnages. Je m'en consolerai.

Le 2 décembre 1851 - je viens d'avoir 30 ans -, je comprends assez vite que la fête est finie et qu'il est temps de faire fructifier mon absence de talent. Accroissant encore ma production au sein des rares journaux autorisés par le nouvel empereur, évitant soigneusement ceux qui sentent un peu trop le soufre, je me lance parallèlement dans la production de petits romans bon marché, qui paraissent d'abord en feuilletons dans différents journaux parisiens, puis dans les feuilles des provinces, avant de finir en volumes entre les mains crasseuses des colporteurs de campagne. Je deviens une sorte de sous-Paul de Kock, de simili Ponson du Terrail, d'ersatz de Paul Féval. Je fais dans tous les genres, à la coupe comme chez le fromager, l'argent rentre.

En 1863, à 42 ans, je songe qu'il est temps de m'établir. Étant d'une nullité crasse en matière de finances, j'ai raté le coche des spéculations hausmaniennes, mais suis tout de même assis sur un confortable édredon, rembourré d'une monnaie merveilleusement stable. J'épouse Adélaïde, de 21 ans ma cadette, avec l'idée de lui faire trois enfants - ce que je ferai en effet. Mes deux fils seront suffisamment intelligents pour ne causer aucune inquiétude quant à leur avenir, mais pas assez pour faire de l'ombre à leur père : de bons garçons.

Ma fille, Albertine, sera le soleil de ma première vieillesse, avant qu'elle ne se mette en tête d'épouser contre ma volonté un godelureau barbouilleur de toiles.

La seule véritable peur de ma longue vie me sera causée par la guerre de 1870, durant laquelle je me réfugierai prudemment dans ma campagne de Mantes, afin d'entendre le tonnerre des canons prussiens pilonnant Paris, mais pas de trop près. Mes romans d'aventures et de mystère marchent moins bien, je passe de mode, mais ils rapportent suffisamment encore pour ne point ajouter l'inquiétude de l'avenir aux angoisses du présent.

À partir de 1892, date du mariage maudit d'Albertine, je vends mon appartement de la plaine Monceau pour m'installer définitivement à Mantes, avec Adélaïde. En bonne épouse qu'elle a toujours été, elle fait semblant de ne rien voir lorsque ma main vient à s'égarer sous le tablier de l'une de nos bonnes successives.

L'attaque mortelle vient me surprendre le 19 mars 1912, près de mes poiriers en espaliers, à la droite du verger que j'ai fait planter, sur le côté qui regarde la Seine. Les domestiques ont juste le temps de me ramener dans mon lit, tandis que la bonne court chercher le curé de Mantes. Je disparais à point nommé pour ne pas entendre les lointains fracas de la guerre qui va lézarder l'Europe, avant de l'abattre tout à fait, au long du siècle qui commence. De toute manière, je suis totalement sourd depuis huit ans déjà.

Ma dernière joie, avant dissolution, est d'imaginer la tête de mon gendre, à l'ouverture de mon testament, lorsque le notaire va lui apprendre que j'ai totalement déshérité Albertine, rien que pour le faire chier, lui.

Mon seul regret est de n'avoir pas eu la possibilité de revoir mes quatre petits-fils. Qui, de toute façon, disparaîtront bientôt, à quelques mois d'intervalle, dans la glaise des tranchées de la Somme.

Et j'aurais bien aimé, aussi, avoir le temps de lire le gros livre de Marcel Proust. Mais même lors d'une vie aussi longue, on ne peut pas tout avoir.

samedi 26 janvier 2008

Hommagealéo

Il y a deux invariants absolus lorsque l'Irremplaçable m'abandonne lâchement, comme c'est le cas en ce moment (comment culpabiliser son épouse tant aimée et lui pourrir ses vacances...) :

1) Je bouffe du n'importe quoi à haute teneur en cholestérol,

2) j'écoute Léo Ferré en m'arsouillant gentiment (juste avant la junk food précédemment évoquée...).

Invariablement, je finis par retomber sur LE disque de Léo, à savoir le "double album" enregistré sur la scène de Bobino en février 1969, avec Paul Castanier, le pianiste-qui-voit-rien, comme accompagnateur. Léo, ce soir-là, a la voix totalement éraillée, détruite, et, pourtant, il n'a jamais fait un disque pareil avant, et n'en fera plus ensuite. (J'ai mis "double album" entre guillemets car, de nos jours, ça tient sur un simple CD...)

L'espace d'un ou deux verres et de 26 chansons, je redeviens l'anarchiste hirsute que je fus, vendant Le Monde libertaire (je sens que vais amuser MM. Tang et Chieuvrou, là...) à la sortie du lycée Civry (rebaptisé Émile-Zola ensuite, durant que j'y étais, à la grande et ironique surprise de Jean-Christophe Tournier, professeur de français de 24 ans, dont je chéris la mémoire, et qui trouvait que donner à un lycée beauceron le nom d'un écrivain qui avait malmené de belle manière le "grenier à blé" en question dans La Terre, était pour le moins curieux - si j'avais été moins inculte, ou plus vieux, ou les deux, à l'époque, j'aurais volontiers proposé "lycée Marcel-Proust", Illiers-Combray se trouvant à quelques heures de cheval de Châteaudun, mais bon), je vibre à Ni Dieu ni Maître, m'enflamme aux Anarchistes, frissonne d'érection potentielle à C'est extra, pleure d'amour à À toi, and so on.

Et, même, si j'ai abusé des boissons alcooliques (ce qui n'est pas le cas ce soir, ma chérie, mon rien, mon tout !), me rêve propriétaire d'un chimpanzé femelle nommée Pépée, épouillant gentiment Swann et Bergotte, dans une grande fraternité cyno-simiesque, telle qu'il n'en existe, je crois, nulle part.

Si les plus jeunes de mes lecteurs veulent savoir à quoi ressemblait un chanteur nommé Léo Ferré, c'est là qu'ils doivent aller s'esbaudir les oreilles, dans ce disque merveilleux (mais qui leur semblera peut-être bien ridicule, poussiéreux, j'en passe) et nulle part ailleurs.


[Je voulais mettre en ouverture de ce billet une belle photo de Léo et n'ai trouvé que de petits clichés rabougris : Jacquelin, si tu passes par ici, tu es autorisé à laisser s'exprimer ton génie informatique... Il faut impérativement une photo dudit avec ses longs cheveux blancs, mais si possible pas trop vieux quand même (années 70, ce serait parfait !), sinon, c'est tricher...]

vendredi 25 janvier 2008

On englue

Une idée de nouvelle : des hackers qui empoissent tous les ordinateurs de la planète, en leur envoyant des hydromails...

vendredi 18 janvier 2008

Il m'est arrivé quelque chose...

...Pendant mon trajet de retour de ce soir, entre Les Mureaux et Mantes-la-Moche, approximativement. Les bitonios dans les oreilles, j'écoutais le premier acte (parce qu'il faut bien commencer par quelque chose) d'un opéra de Haendel, Ariodante. Ce faisant, je pensais à une personne de sexe féminin que je ne connais pas, et à une autre, de sexe hautement complémentaire, que je pensais connaître (et que je connais peut-être, en fin de compte, mais on n'est jamais sûr de rien). L'autoroute A 13 était fluide, voire fluviatile (je sais que c'est stupide, mais j'avais envie d'écrire fluviatile, là, maintenant, tout de suite), il ne pleuvait pas davantage sur la ville que dans mon coeur.

Soudain, il m'est apparu, comme une évidence, une certitude tranquille, un fait dûment avéré et facilement vérifiable, que j'étais parfaitement heureux. Que, de ma vie, il n'y avait rien à retrancher, ni rien à souhaiter ajouter. Ç'aurait pu être une sorte de flash sans suite, or il se trouve que, une grande heure après, cette impression étrange perdure.

Je suis présentement assis dans mon fauteuil, écoutant (vaguement, très vaguement) le vent qui s'engouffre par la porte laissée ouverte (il fait très doux ce soir : 10°5, d'après le thermomètre que j'ai sous les yeux) avec quoi joue, lutte, non : joue le premier mouvement de la première symphonie de Mahler (et, au moment où j'écris cela, passage au deuxième mouvement, plus lent, funèbre, menaçant, inquiétant, même si les rafales extérieures semblent ne pas s'en aviser : on sent bien qu'elles ne gagneront pas). Je tape ces pauvres phrases sur le MacBook de Catherine, dont je me sers pour la première fois, et mes doigts sont malhabiles sur ce clavier nouveau, je dois revenir toutes les trois ou quatre lettres en arrière afin d'effacer les fautes de frappe (disant cela, je suis précisément en train de prendre possession de cet espace restreint, plus plane, et tape de plus en plus vite, comme si j'étais chez moi).

Et cette sensation bizarre de bonheur inattaquable, inentamable ne me quitte pas. Pour atterrir en douceur, avant de me remettre au Brigade mondaine demain matin, je me suis servi un verre de Chablis (pas le meilleur de mon existence, mais suffisant pour accompagner discrètement cette félicité sans cause), qui sera très probablement suivi d'un second (pour ne pas dire d'un deuxième...). (Et voici les éclats du troisième mouvement de la symphonie.)

Tout concourt. Jusqu'au poids de cette machine sur mes genoux, et sa tiédeur, comme celle d'un chat endormi, à cause de qui on n'ose plus bouger, quitte à s'endolorir les muscles, à raidir tout son être sans qu'il en sache rien. L'Irremplaçable est occupée à lire au lit (que lit-elle ? Je ne sais pas, elle a dû me le dire, j'ai même dû le voir, mais je ne sais plus : incertitude douce où la négligence a sa part), et ce poids sur mes cuisses est d'une certaine manière le sien.

Et j'ai beau allonger démesurément ce texte qui ne dit rien et ne souhaite rien dire, demeure néanmoins ce fait indubitable, et peut-être scandaleux, que mon existence est, au moins pour ce soir (ce qui est déjà beaucoup et demeurera pour les siècles des siècles), idéalement heureuse.


[Il va de soi (mais non, bien sûr) que ce bonheur inopiné est tricoté chaque jour par l'Irremplaçable Épouse, sans qui je me serais probablement déjà dissous (et le fer à dix sous, c'est pas cher !) dans... dans ce que tu veux, mon ami inconnu, dans ce qui t'arrange, dans ce en quoi tu crois, ou ne crois plus, ou pas encore tout à fait, ou pas tous les jours, ou seulement à certaines heures, quand il fait bien nuit, c'est à toi de voir - disparu je serais, sans elle, tout le monde en est bien conscient, et aussi que je n'aurais manqué à personne, à pas grand monde, disons, comme tout un chacun. Je ne suis précieux que pour elle, et c'est amplement suffisant. Il fallait bien que cela soit dit, un jour ou l'autre - et donc ce soir, pourquoi pas ?]

jeudi 17 janvier 2008

Au gui l'an neuf

Ma nouvelle devise, pour l'année 2008 : "Quand on ne boit pas, on ne boit pas, mais quand on boit, on boit."

(Je sais, c'est idiot, mais je me comprends...)

mardi 15 janvier 2008

En plein jour et en public (je vais le faire)

À l'instant même, juste avant de cliquer sur "nouveau message", je viens de faire deux choses quasi simultanément, et leur rapprochement me procure une sorte d'angoisse diffuse. D'abord, sur la foi d'un message d'Élise Pellerin, j'ai commandé le journal d'Etty Hillesum, dont je n'avais même jamais entendu prononcer le nom (ce qui est normal puisque je ne lis que les livres de Camus, comme on sait). Et, juste après, j'ai sorti du tiroir de gauche de mon bureau ce iPod dont je ne me suis pas encore servi depuis son achat et dont j'envisage, non sans tremblements, de sertir mes oreilles demain, en plein jour et en public.

samedi 12 janvier 2008

Moi aussi, je pourrais avoir un châtiau (si je voudrais) !

Voilà, enfin ! J'ai trouvé l'endroit où je désire finir mes jours ! Un charmant manoir des XVI et XVIIe siècles, entouré par huit hectares de terres, dans l'Orne. Deux corps de bâtiment en angle droit, unis par une tour carrée, trois cents mètres carrés habitables, avec des dépendances, un pigeonnier, une ancienne maison, des étables : tout ce qu'il faut, quoi.

Le point sombre, c'est le prix : 810 000 €, c'est un peu cher, à la limite du déraisonnable. Mais si je parviens, au terme d'une habile négociation, à le faire baisser jusqu'à 200 000 €, ma parole d'honneur que je l'achète !

mardi 1 janvier 2008

Ça commence très fort

L'année démarre sur les chapeaux de roue, sur le plan du déficit financier au moins. Je viens, d'un seul "clic" résolu, pour ne pas dire viril, voire martial, de me commander un iPod "nano" et une enceinte "sounddock" Bose destinée à recevoir le nano précité, quand ce dernier ne sera pas dans ma poche. Vais-je avoir l'utilité de ces deux objets ? Ce n'est même pas certain.

(Sans compter qu'hier soir, entre deux oeufs de caille en gelée, l'Irremplaçable et moi avons décidé de faire l'emplette d'un studio à Levallois ou dans les environs immédiats.)

lundi 24 décembre 2007

8 H 30 : réveillon bouclé !

Comme je vous imagine, mes drôles, les paupières déjà lourdes, face à cette soirée qui n'a même pas encore commencé. Imaginez la joie : la mienne est finie ! Apéro à six heures, continuation sur la table du salon, accompagnés vaillamment que nous fûmes (c'est du belge) par les sonates pour piano de Mozart, pas d'enfants, pas de cadeaux à déballer, pas de grands-yeux-z'émerveillés, ni de rires argentins : le bonheur à l'état pur.

Avec, tout de même, de petits cornets de homard (en feuilles de filo, les cornets) agrémenté d'une légère mayonnaise rehaussée de citron, de feuilles de coriandre, et saupoudré d'un peu de piment. Puis, du gravelax, saumon macéré à la scandinave, sur tranches de pain de seigle, accompagné d'une crème fouettée garnie de petits morceaux de cornichons Malossol. Après cela, le clou (à mon avis) : des oeufs de caille en gelée, avec oeufs de saumon, chaque oeuf étant posé sur une tranche de pomme de terre violette dont le nom est en train de m'échapper (virelotte ?).

Pour faire glisser gentiment tout cela, l'Irremplaçable s'arsouilla au Champagne, tandis que je fus Pouilly (les latinistes me comprendront).

Il y eut aussi de petits tortillons de pâte feuilletée au fromage et des toasts de tarama, dont les chiens profitèrent plus que nous - car c'est Noël pour tout le monde.

Il va de soi que tout (y compris le pain) était fait "maison" : on n'est pas des bêtes. Désormais, il est neuf heures : excellente soirée à vous tous.

dimanche 16 décembre 2007

La Tournée des blogpotes

Ça nous est tombé dessus sans prévenir. Vendredi dernier, 7 décembre, vers cinq heures, j'étais tranquillement plongé dans Notre jeunesse, de Péguy, avec, devant moi, la perspective d'un week-end des plus tranquilles. Une demi-heure plus tard, c'était le branle-bas de combat des bagages et des choses-à-ne-pas-oublier. Et, le lendemain matin, neuf heures, les chiens dans le coffre, nous partions pour le Gard, sans l'avoir crié (oui, oui, je sais...), sans même avoir pris la peine de téléphoner pour réserver un quelconque gîte - mais, en plein mois de décembre, le risque était mesuré.

Du trajet lui-même il n'y a guère à dire. J'étais au volant, l'Irremplaçable voyageait en Corée l'absente, à ma droite, me relisant les passages les plus drôles, n'hésitant pas à houspiller l'auteur lorsqu'il avait négligé de réserver des chambres dans tel ou tel hôtel écossais. Le tout ponctué de pauses café, d'arrêts pipi-de-chiens, de haltes restaur'hâtives : l'autoroutine, en somme.


I
Chez Georges

Le dimanche a démarré très fort, puisqu'on a inauguré la journée en paumant Swann et Bergotte dans la garrigue environnant Malataverne, le hameau dépendant de Lussan, où nous avons nos habitudes depuis une dizaine d'années. Après les avoir récupérés, on a roulé jusqu'au superbe village où vit Georges. Superbe village qui compte au moins un restaurant acceptable, ce qui tombait bien puisque nous projetions de déjeuner en compagnie de notre hôte, ce qui fut fait, pour le plus grand profit de chacun. Repas arrosé d'eau claire, il me semble important de le préciser car ce fut le seul...

J'avais naturellement oublié à Malataverne les cinq ou six CD apportés exprès pour Georges, ce qui nous a fourni l'occasion de repasser brièvement chez lui, deux jours plus tard, avant de quitter le Gard. Car, entre notre départ du Plessis et ce déjeuner, notre emploi du temps s'était mis à métastaser velu...


II
Avec la princesse des vents

Comme nous étions partis sans avertir personne, nous avions bien entendu envisagé la possibilité que Georges ne fût point là. "Pas grave, avait alors décrété l'Irremplaçable, on n'aura qu'à aller faire deux ou trois bizettes à Mélina Loupia." Laquelle Mélina vit, comme on sait, dans la région de Carcassonne. Le fait d'avoir vu Georges ne nous a cependant pas empêchés de mener à bien ce projet adventice. Et, mardi matin, nous voilà partis, avec les chiens, en direction de la joyeuse cité chantée par Trenet. En faisant un large détour par la Montagne Noire, histoire de se pourrir la journée avec ses trois mille cinq cents soixante-deux virages pénibles.

Carcassonne est actuellement une ville en pleins travaux, autant le savoir : pour aller du point A au point B, le touriste ignorant de la ville se retrouve passant par toutes les autres lettres de l'alphabet. Et c'est au bord du nervous breakdown qu'ils finissent par poser leurs bagages et leurs clébards dans leur chambre de l'hôtel du Donjon, sis intra muros comme on semble ne pas dire ici.

Pour dîner, nous avons rendez-vous avec Mélina et son Copilote dans un restaurant qu'ils ne connaissent pas plus que nous et dont le nom est Robert Rodriguez. La première surprise est de constater que la porte de la gargote en question est fermée à clé et que nous sommes invités par voie d'affichette à sonner, afin qu'on vienne nous ouvrir. "C'est un restau d'échangistes ! " s'exclame tout de go l'Irremplaçable.

En fait, non. C'est plutôt un restau désert puisqu'il n'y aura pas d'autres clients que nous quatre, ce soir-là. Si j'ai un conseil à vous donner, c'est bien, lorsque vous passerez par Carcassonne, de casser votre tirelire (oui, on n'est pas tout à fait dans le "premier prix"...) et d'aller goûter les saveurs des somptueux produits apprêtés par ce Rodriguez-là. Moi, je retournerais volontiers à Carcassonne rien que pour lui. La soirée fut animée, bavarde, arrosée, prolongée autant que la décence le permettait.

Le lendemain, ayant dû refuser une invitation à déjeuner chez Mélina Loupia, pour cause d'emploi du temps de président de la République française, nous devions tout de même passer chez elle pour y prendre un café.

Pour aller chez Mélina, c'est tout simple. Vous voyez où se trouve le trou du cul du monde ? Ben, encore plus loin. Trente kilomètres de Carcassonne, une plombe et demie de virages. Mais, à l'arrivée, la récompense de découvrir un très joli village, installé le long d'une petite rivière enjambée par un pont romain. À l'entrée du dit village, sur une butte où soufflent à l'année longue des vents à écorner les boeufs, la maison de Mélina Loupia. Après le café et la traditionnelle promenade dans la rue principale (et à peu près unique) du village, nous remettons le cap sur Malataverne, avec crochet par chez Georges, pour y déposer les CD oubliés l'avant-veille. Car la tournée des blogpotes n'est pas terminée...


III La branche franc-comtoise

Au cours du voyage aller, le samedi, l'Irremplaçable s'était soudain avisée que l'autoroute A 6 ne passait qu'à 80 kilomètres de Besançon, où vit depuis peu sa soeur cadette, Nathalie. Ce qui constitue une sorte de retour aux sources, puisque le patronyme Goux est originaire du Jura : là-bas, il en pleut autant que de la cancoillotte, c'est dire. Durant une journée et demie, on a fait le plein de cholestérol, des fois qu'on aurait de la peine à en trouver sur le chemin du retour. Pour contrebalancer (ou tenter de), on s'est appuyé la grimpette à la citadelle fortifiée par Vauban, où je me suis chopé un vertige assez carabiné. On est même allé faire les imbéciles devant les petits singes du zoo qui s'y trouve logé. Vous trouverez plus de détails chez notre hôtesse.

Je ne sais pas pourquoi, mais après ces agapes en rafales et les quelque 2200 kilomètres passés au volant, je me sens un peu fatigué, ce jour. Au départ, je voulais vous gratifier de quelques-unes des cent cinquante photos prises par l'Irremplaçable, mais vous avez aussi vite fait d'aller les voir chez elle.

Voilà, demain boulot.