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mercredi 14 avril 2010

Les blogs, c'est déjà la fin du monde – et c'est une chance

J'aimerais bien, une fois au moins, écrire et publier un billet avec lequel personne ne serait d'accord. Vraiment personne. Partant des plus cons de mes lecteurs occasionnels jusqu'à mes amis les plus intimes. Rien, pas un. L'unanimité absolue. Une sorte de billet d'après l'homme, tel que vous m'en offrez l'image. Si j'y parvenais, il me semble que j'approcherais alors de la vérité ; un semblant de vérité, quel que soit le sujet. Au début que je bloguais (c'est français, ça ?), j'étais très content d'agacer Pierre, Paul ou Jacques. En réalité, j'aimais surtout quand les filles s'énervaient contre moi : il y avait de l'adolescence mal digérée, là-dedans ; un parfum de revanche, un arrière-goût de...

De quoi ? Un arrière-goût, sans plus. Une parade. L'impression de les tenir. Comme on serre les cuisses pour maîtriser son cheval. Une facilité d'arrière-vie, peut-être – sûrement.

Il ne sert à rien d'agacer qui que ce soit : ce sont toujours nos propres dents qui grincent. Or, pendant ce temps que l'on perd, il reste des livres à lire, à tenter de comprendre ; et des musiques à écouter, à essayer d'entendre. Sans doute aussi à voir des tableaux et des paysages, mais là...

Le blog est une invention terminale (au sens “terminus” : le fracas de la locomotive contre son butoir). Il est le ricanement dernier d'un monde sans Dieu, et même sans dieux, celui où chacun peut coasser à perte d'oreille – le cul de basse fosse de la sottise commune qui a enfin réussi à prendre le pouvoir, et qui s'esbaudit d'aise en s'observant soi-même : le panda restera seul, et il ne se souviendra pas de nous.

Le blog est notre dernière invention avant l'insignifiance immobile et roide. C'est-à-dire avant la mort générale et sans espoir de résurrection des corps – c'est l'ultime ricanement travesti en joie.

jeudi 3 décembre 2009

Pour Catherine, mon p'tit voyou...

Quand tout est gris
J'en bourre ma pipe à gamberger
D'ailleurs la vie m'a culotté
Quand tout est gris
J'en mets partout dans ta carrée
Y a pas de raison que je te laisse griser
La vie mon p'tit voyou
Ça se dresse un point c'est tout

Quand tout est bleu
Y a le permament dans tes quinquets
Les fleurs d'amours se foutent en bouquets
Quand tout est bleu
C'est comme un train qui te tend les bras
Y a pas de raison que je te prenne pas
La vie mon p'tit voyou
Ça se prend par le bon bout

Quand tout est vert
Et que la nature bat ses tapis
On y a joué tous nos habits
Quand tout est vert
C'est comme l'espoir qui va tout nu
On l'a fringué comme on a pu
La vie mon p'tit voyou
Ça se vend à des prix fous.

Quand tout sera noir
Et qu'on fumera des fleurs fanées
On s'en repassera les mêmes goulées
Quand tout sera noir
Les petits oiseaux pourront becqueter
Aux mots d'amour qu'on a causés
Alors mon p'tit voyou
La vie qu'est-ce qu'on s'en fout...

vendredi 17 avril 2009

Le (re)passage du bac : rêve récurrent

Je fais souvent ce rêve, sans doute pas très étrange, mais assez pénétrant tout de même – cela dure depuis une trentaine d'années. Pour une raison qui m'échappe toujours (dans le rêve), j'ai besoin d'un autre baccalauréat que celui que je possède depuis le mois de juin 1975. Je me retrouve donc dans une classe de terminale – je ne sais pas laquelle, mais toujours en début d'année, et une classe où tous les autres se connaissent déjà. Personne, du reste, ne se préoccupe de moi, ni même ne semble s'aviser de ma présence incongrue.

Incongrue, elle l'est, au moins à mes propres yeux, en raison de mon âge : je suis toujours plus âgé qu'un élève de terminale ordinaire. Ce qui est amusant, c'est que, ce rêve revenant m'occuper depuis près de trois décennies, je n'ai toujours que sept, ou huit, ou dix ans de plus que l'ensemble de la classe – jamais davantage. Le rêve se déroule toujours à l'intérieur d'une salle de classe. Au début du rêve, en général, je flippe intensément : compte tenu du temps que je viens de passer en dehors du lycée et des études, j'ai très peur de ne pas avoir le bac en question. Je pense qu'à ce stade j'ai aussi un sentiment de ridicule probable. Un ridicule qui ne s'est pas encore manifesté, mais que je sens inéluctable.

Dans certaines versions de ce rêve, je décide de ne pas aller à un seul cours de telle ou telle matière (mais je suis incapable de me souvenir laquelle : il n'est pas impossible qu'il s'agisse de ce qu'on appelait encore "sciences naturelles" à mon époque ; ce qui est curieux, vu qu'il s'agissait d'un domaine où je me suis toujours senti parfaitement à mon aise, durant mes études véritables). En général, cette décision sert de transition, de "pont", avec la seconde partie du rêve, qui ne manque jamais de se produire. C'est celle que l'on pourrait appeler de l'apaisement, voire de l'auto-apaisement.

Après un pic d'angoisse, relatif à mon incapacité probable d'obtenir ce putain de bac-bis, et à la certitude que ma supercherie va être découverte par les autres élèves, les vrais, vient toujours une formidable détente. En gros, toujours dans cette salle de classe où nul n'a remarqué ma présence, je me fais la réflexion suivante : « Mon petit vieux, en admettant même que tu te vautres à ce bac, qu'est-ce que ça peut foutre, puisque tu en as déjà un ? »

C'est en général le moment où je me réveille. Bien content tout de même d'échapper à ce redoublement terminal...

mercredi 1 avril 2009

Onc n'avais fait ce rêve étrange et attristant

J'étais à la Comète, mais ça ne ressemblait pas à la Comète, c'était plus grand, plus clair et il y avait davantage de monde. En fait, c'était un bar-restaurant de campagne ; de village, plutôt, et dont je savais qu'il se trouvait dans le Gard. Lorsque le rêve a commencé, je buvais une bière au comptoir. Les gens qui circulaient autour de moi m'étaient à la fois familiers et inconnus, je n'étais précisément avec aucun mais me sentais bien au milieu d'eux.

Brusquement, Nicolas a fait son apparition. Il m'a regardé avec un petit sourire narquois et m'a dit quelque chose comme : « Vous, vous avez l'air saoul : vous devriez peut-être faire une pause dans les bières... » Et, instantanément, comme si sa parole commandait à la réalité, je suis en effet devenu très saoul, mais d'une ivresse étrange, partielle, concentrée dans les yeux, qui se sont mis à gonfler et à durcir, tels des kystes. J'ai tout de même commandé un autre demi, plus par défi que par réelle envie de boire, il me semble.

Au même moment, il est apparu que nous étions plusieurs à être invités à dîner par un homme d'un certain âge, qui pourrait être le vieux Jacques mais ne lui ressemblait pas. Il m'a précisé que c'était lui qui payait tout, qu'il avait choisi lui-même le menu (il m'a même indiqué ce que nous allions manger, mais je l'avais oublié au réveil), et que l'on était en train de préparer la salle.

Réapparition de Nicolas qui me dit, sur un ton protecteur, presque paternel, en me désignant une table : « Nous allons nous installer ici, en attendant... » C'est à ce moment, m'asseyant où il me dit, que je constate que nous sommes maintenant sur une terrasse à ciel ouvert, mais ceinte de murs sur trois côtés ; et il y a un arbre : une terrasse de village. C'est aussi à ce moment qu'elle apparaît dans le rêve.

Elle, c'est la serveuse. Elle est brune, très jeune, et me paraît miraculeusement belle, bien que, dans le même temps, je ne trouve rien de particulièrement remarquable à son visage. Ce n'est pas un “canon” non plus. Ce qui la rend incroyablement attirante, c'est qu'elle est aimable, au sens le plus essentiel, absolu du terme. Et aussi aimante : il me semble qu'elle est également précieuse à toutes les personnes présentes, et que chacune d'elles doit avoir la même certitude que moi, que cette serveuse tombée de nulle part est là uniquement pour elle, sans en ressentir la moindre jalousie vis-à-vis des autres, comme pour une sorte de mère nourricière et surnaturelle. Elle s'assoit sur la chaise libre à ma gauche. Elle explique, à je ne sais à qui : « C'est bien d'être de repos : on peut s'installer en sachant qu'on ne sera pas dérangé... »

Pendant ce temps, l'ivresse qu'a en quelque sorte créée Nicolas gagne du terrain, se concentrant de plus en plus dans mes yeux, énormes et saillants. J'en arrive au point où le gauche est totalement fermé : pour écarter les deux paupières, je dois m'aider du pouce de la main gauche et de l'index de l'autre, comme il arrive parfois, lorsqu'on se réveille affligé d'un compère-loriot. Mes efforts pour accomplir cet acte ridicule font rire mes voisins de table – lesquels restent dans l'ombre, ou plus exactement hors du champ de plus en plus réduit de ma vision. Et une sorte de désespoir mêlé de fatalisme m'envahit, juste avant l'interruption du rêve. Je me rends compte que je vais causer une grande déception à la jeune serveuse brune (qui ne rit pas avec les autres), qu'elle va s'éloigner définitivement de moi, par ma seule faute – et ce, sans que le rêve ne se soit à aucun moment teinté de la moindre coloration érotique, sensuelle ni amoureuse.

Je me réveille à cet instant. Durant la seconde (la fraction de seconde ?) où j'affleure à peine à la conscience, je suis dévasté par une violente et irrémédiable tristesse, à l'idée que, demeurée prisonnière du rêve, la jeune serveuse brune, sans prénom, pratiquement sans corps et sans visage, est à jamais perdue, non seulement pour moi qui l'ai en quelque sorte créée, mais aussi pour tous les autres hommes.

Enfin, je m'éveille tout à fait ; la tristesse affreuse disparaît instantanément. Mais, durant encore près d'une minute, et alors que je suis rigoureusement sobre depuis plusieurs jours, je vais ressentir à l'intérieur de ma tête les effets cotonneux, quoique très amoindris, de l'ivresse signalée par Nicolas dans le rêve, et dont une infime partie semble avoir réussi à franchir les portes en même temps que moi.

mardi 20 janvier 2009

Cékikiladi ?

« Le mal qui nous ronge les entrailles, ce sont nos prêtres des deux confessions.

- Le dogme du christianisme s'effrite devant les progrès de la science.

- Tout ce qu'il reste à faire est de prouver qu'il n'existe dans la nature aucune frontière entre l'organique et l'inorganique. Lorsque la majorité des hommes saura que les étoiles ne sont pas des sources de lumière, mais des mondes, et peut-être des mondes habités comme le nôtre, alors, la doctrine chrétienne sera convaincue d'absurdité... L'homme qui vit en communion avec la nature est nécessairement opposé aux Églises.

- Placez un petit télescope au milieu d'un village et vous détruirez un monde de superstitions. »

(Un seul auteur pour l'ensemble des citations – réponse demain...)

mardi 21 octobre 2008

Heureux anniversaire

À Catherine, cet anniversaire impromptu...


Si c'est aimer, Madame, et de jour, et de nuit
Rêver, songer, penser le moyen de vous plaire,
Oublier toute chose, et ne vouloir rien faire
Qu'adorer et servir la beauté qui me nuit :

Je vous aime...

Si c'est aimer de suivre un bonheur qui me fuit,
De me perdre moi-même et d'être solitaire,
Souffrir beaucoup de mal, beaucoup craindre et me taire,
Pleurer, crier merci, et m'en voir éconduit :

Je vous aime...

Si c'est aimer de vivre en vous plus qu'en moi-même,
Cacher d'un front joyeux une langueur extrême,
Sentir au fond de l'âme un combat inégal,
Chaud, froid, comme la fièvre amoureuse me traite :

Je vous aime...

Honteux, parlant à vous de confesser mon mal !
Si cela est aimer : furieux je vous aime !

Pierre Ronsard


[Ponctuation incertaine... Comme la mémoire...]