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lundi 13 juin 2022

Surréaliste électorale


 Hier matin, entre dix heures vingt et dix heures et demie, j'ai brusquement décidé de rendosser mon costume de citoyen durable et solidaire. Comme j'étais déjà habillé, je me suis contenté de glisser ma carte tricolorée dans une poche et me suis dirigé d'un pas allègre mais ferme vers la mairie du Plessis, qui est au bout de ma rue.

Elle était, à ce moment, vide d'électeur. Derrière leur table, les préposés à l'urne avait cet air ennuyé et tout de même responsable qui sied si bien à leur épisodique sacerdoce, dominical et républicain. Sur une autre table, à droite, sous la fenêtre, les candidats m'attendaient, impeccablement alignés en petites piles ; le frémissement imperceptible qui les parcourait ne devait rien à un courant d'air inexistant ; mais, je le sentais bien, tout à l'imminence de mon choix.

Or, de choix, il n'y eut point. Ou, si l'on préfère, il y en eut un mais je ne pourrais dire lequel.

Je pris avec délicatesse – mais détermination – un bulletin sur chaque tas, ainsi que la petite enveloppe qui, bientôt, allait symboliser, représenter, résumer ma toute-puissance d'homo votandus. Et, aux yeux mi-éteints des assesseurs, je disparus derrière le rideau feutré de l'isoloir.

Là, j'entrepris de mélanger les bulletins, comme on battrait un jeu de cartes molles. Puis je fermai les miens, d'yeux, et, du bout des doigts de la main gauche, je tirai une feuille de mon petit paquet, qu'à tâtons je glissai dans l'enveloppe avant de la fermer.

Sorti du confessionnal laïque, la suite fut solennelle et coutumière, cérémonie démocratogène dont le “A voté !” fut en quelque sorte l'expression orgasmique.

Et c'était vrai : j'avais voté.

Mais je ne saurai jamais pour qui.

dimanche 10 avril 2022

Citation de circonstance


 Trouvée, il y a quelques instants, dans le Journal inutile de Paul Morand, en date du 12 septembre 1971 :

Intelligents, les Français ne deviennent idiots qu'au moment de voter.

Ce droit de devenir passagèrement stupide, j'ai prudemment décidé de n'en point faire usage : on ne sait jamais s'il ne va pas devenir pérenne…

Et puisqu'on parle de lui et de son livre ultime, je notais ce matin ceci dans mon journal :

« J'imagine la rage bavante des bas bleus féministoïdes à la parution du Journal inutile de Morand, en 2001 : comment ? Voilà un mâle blanc hétérosexuel qui se répand en horreurs sur nous-autres-femmes, et qu'on ne peut même pas traîner devant les tribunaux sous le prétexte fallacieux qu'il est mort depuis un quart de siècle ? Honte ! Scandale ! Abomination ! Même chose d'ailleurs pour l'inquisition pédérastique et les comités de censure antiracistes. Pendant ce temps, à Trieste, Morand est secoué d'un rire puissant, à s'en faire éparpiller les cendres hors de leur urne. »

Et voilà comment une urne chassa l'autre, opportunément.

vendredi 25 novembre 2016

Ne lâche pas la rampe, Zébulon !


Mon cher Ali Zébulon (on est entre nous, n'est-ce pas ?), on dirait bien que tu as réalisé pleinement ton vœu le plus ardent, ta plus essentielle aspiration, à savoir te faire aimer de la gauche ; et tu dois être bien aise d'entendre les sanglots et les bêlements désespérés de tous les progressistes à nœud rose, depuis ta gamelle d'anthologie de dimanche dernier, face au redoutable Adolf qui nous menace de son goupillon giclant l'acide sulfurique par tous ses petits trous bénits. C'est toi qu'ils voulaient comme président, et certainement pas l'autre gestapiste en costume sur mesure ! Du coup, te voilà bien désolé de ne pouvoir sans doute pas leur accorder cette légitime satisfaction. Mais tout n'est pas perdu, tu peux encore rebondir.

Pour accéder à l'Élysée, il te reste l'itinéraire de délestage : la primaire de la gauche. Je fais le pari que si tu viens frapper à leur porte, NKM roulée sous le bras, les camarades vont t'accueillir comme le Messie (oh ! pardon…), comme la grosse bouée dont ils ont besoin pour se sortir du marasme gluant dans lequel ils s'enfoncent de manière inexorable en glapissant et agitant leurs petits bras, tels des sémaphores-en-gueule. Et je suis bien certain que tu triompheras dès le premier tour de la bande de marionnettes effilochées qui auront été assez téméraires pour oser l'affronter. Le meilleur d'entre nous sera devenu le meilleur d'entre eux, et ainsi sera lavé l'affront de la primaire à droite, dans laquelle tu es allé te fourvoyer d'une manière qui me reste inexplicable ; mais il est vrai que je n'entends pas grand-chose à la haute politique.