Dans le Maigret qu'elle est occupée à relire, Catherine vient de tomber sur l'expression : piquer un phare. Pour la tranquillité de l'esprit, on préfère supposer que la bourde incombe à un ouvrier typographe saoul plutôt qu'à
Georges Simenon lui-même. Cela nous a aussitôt fait repenser, tous les deux, à ce jeune reporter
d'un grand hebdomadaire populaire français ne paraissant pas le dimanche qui, dans l'un de ses articles, avait parlé de découvrir le poteau rose…
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samedi 27 juillet 2019
mercredi 8 novembre 2017
Quand Juan Asensio lève la patte arrière
Je ne découvre qu'aujourd'hui, et par le plus parfait des hasards, le billet que Juan Asensio a bien voulu consacrer à En territoire ennemi, le 18 septembre dernier. En avisant le titre (En territoire ennemi de Didier Goux, Dupont Lajoie de la critique (dite) littéraire),
je jubilais d'avance, à la pensée du flot d'ordures et d'imprécations mousseuses qui devait m'attendre ; l'homme est si prévisible, ses bavures (au sens premier) si impeccablement programmées, qu'il ne pouvait en aller autrement. J'étais encore, pour mon plus grand
bonheur, très en dessous de la réalité. Ensuite, j'ai nettement eu
l'impression, depuis le temps que je n'avais pas essayé de m'enfoncer
dans le marécage de sa prose asilaire, que le cas de Juan s'était
considérablement aggravé, qu'il faisait désormais du Ansensio au carré.
Rien que les proportions de ce palud : sur 33 000 signes au total (ce
qui est déjà une preuve patente de dérangement mental, il me semble), il
ne commence à être question de moi qu'au bout de 21 000, lesquels
forment un magma préambulatoire dont je serais en peine de dire
ce qu'il entend signifier. Enfin, on en arrive à mon pauvre bouquin
(après un détour par ma personne, évidemment coupable (en vrac) de racisme crématorifère, de front-nationalité endémique, d'ivrognerie
perpétuelle, de camusisme aigu, plus deux ou trois autres tares de
moindre importance). Là, le tombereau de détritus s'épand comme prévu
; mais d'une manière si outrée, si écumante, avec une sorte d'hystérie
de femelle en manque, qu'elle provoque rapidement le rire le plus franc, ce
qui n'était probablement pas son but premier. À mesure que la logorrhée
se déverse et que le dégorgeoir s'emplit, on a l'impression de voir un
dément en crise, martelant des poings et des orteils les parois
capitonnées de sa cellule de confinement. On repense irrésistiblement à
ce que Léon Daudet disait de la prose de Jean Lorrain : « Le clapotement
d'un égout servant de déversoir à un hôpital. »
(Au passage, Asensio me reproche par trois fois de tenir un journal interminable
: il me semblait, moi, que c'était justement le propre d'un journal, de
ne jamais se terminer, sinon avec la vie de celui qui le tient.)
Mon idée première était, après ce prologue si peu asensoïdal dans sa concision, de composer un petit florilège des éructations les plus drolatiques du forcené. Je me suis donc astreint à relire entièrement ce long pensum boursouflé de graisse jaune pour y trouver mes perles. Or, de perles point. Il n'y a même pas ça : juste un flot épais qui s'écoule entre deux rives désertes. Rien à y repêcher, même dans le genre grand-guignol. Pour les téméraires qui aimeraient se faire une idée, c'est ici que ça fermente.
Où
ça devient vertigineux, c'est lorsqu'on s'aperçoit que, ayant compris
dès les premières pages qu'il avait entre les mains un livre situé bien
au-dessous du nul, Asensio s'est tout de même astreint à le lire jusqu'à
la dernière, texte après texte, qui plus est en prenant des notes. Il
ferait presque peur, ce grand garçon-là.
jeudi 7 juillet 2016
Sécession radicale
C'est fini, je ne peux plus. J'ai fait des efforts, pourtant ; ç'a duré plusieurs années : je m'armais de patience et de mansuétude, me disant que cela leur passerait et que, après tout, mes frères humains n'avaient jamais été parfaits, ni moi. Mais je ne peux plus.
Les z'élites et leurs zélotes peuvent être qui ils veulent, porter les noms les plus prestigieux du moment, j'ai pris, il y a à peine plus d'une minute, cette décision de rupture radicale, alors que, sur Causeur, j'avais commencé à lire un article de Jacques Sapir consacré à je ne sais déjà plus quoi (et m'en félicite) : à la troisième ou quatrième ligne est arrivé ce semblant de verbe : acter. Bien sûr, je l'ai déjà vu passer trente fois, ou cent trente, ou mil e tre ; mais, soudain, je n'ai plus pu ; et j'ai pris le large. Je n'en veux pas spécialement à M. Sapir qui, après tout, n'est qu'un économiste, c'est-à-dire l'équivalent moderne d'un alchimiste médiéval ou d'un haruspice antique : c'est tombé sur lui, c'est tout. La décision s'est formée en une fraction de seconde : à partir de tout à l'heure, je cesserai immédiatement de lire tout article faisant grincer ces sortes de crécelles à lépreux : acter, éponyme (quand il est mal employé, c'est à dire presque constamment), initier, etc.
Je vais me priver de pensées profondes ou au moins de vues intéressantes, dites-vous ? Non, je suis persuadé du contraire : je crois que toute personne me disant qu'une décision a été actée est une personne qui, littéralement, ne sait pas ce qu'elle dit, qui ne s'entend pas parler ; de même celle qui pense avoir initié un projet, ou sa voisine qui croit que Madame Bovary est le roman éponyme d'Emma. Ils barbotent et clabotent : ils ne parlent pas.
Je fais sécession ; parce qu'on m'a appris que le viol était une chose horrible, et que ces gens violent ma langue (et la leur : c'est un viol aggravé d'inceste) dès qu'ils ouvrent la bouche. Si j'avais les moyens de leur y enfoncer un tisonnier rougi à chaque fois qu'ils émettent l'une de leurs monstruosités insoupçonnées et satisfaites, franchement je le ferais avec plaisir. Mais ce serait tout à fait inutile : autant s'éloigner.
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