Les blogueurs s'exposent assez volontiers au ridicule – sans doute parce qu'ils ne le discernent pas très bien –, notamment lorsqu'ils décident d'utiliser un pseudonyme. Ils sont ridicules parce qu'ils ont l'impression de se draper en lui comme dans une toge de sénateur, alors qu'ils ne font que se cacher derrière, bien accroupis et ramassés en boule tels des déféqueurs de pleine forêt. Certains parviennent à élever ce ridicule à la puissance deux ou trois, par le choix qu'ils font du pseudonyme en question : je ne citerai aucun exemple, chacun ayant les siens. Enfin, il y a ceux qui échappent au ridicule par le bas, en tombant dans le méprisable.
En commentaire sous mon précédent billet, Georges écrit : « Que peut-il bien exister de plus méprisable que de se faire passer pour
qui on n'est pas ? Que le connard qui me poursuit de sa haine depuis
déjà longtemps ne trouve rien de mieux que cette minable trouvaille en
dit long sur le pauvre type qu'il est. »
En effet, hier ou avant-hier – j'ai déjà oublié : le mépris n'a guère la mémoire des dates –, trois commentaires sont arrivés en rafale dans ma boitamel, signés de ce même pseudonyme, lequel correspond à une personne clairement identifiée et qui ne fait pas mystère de son véritable nom. J'ai tout de suite été presque certain, même si le lien du nom renvoyait effectivement sur le blog de Georges de la la Fuly, qu'il s'agissait d'un imposteur, c'est-à-dire d'un méprisable cloporte. C'est à cause de ce “presque” que je les ai tout de même validés, et aussi parce que, veste déjà aux épaules et clé de voiture à la main, je n'étais passé qu'en coup de vent devant le clavier avant de m'enfuir vers d'autres contrées, heureusement peu lointaines – en rentrant, évidemment, je n'y ai plus pensé.
Il reste que Georges a raison : substituer sa propre indignité à l'identité d'une personne existante afin de tenter dérisoirement de la déconsidérer, transformer un humain en marionnette (ce qui est faire de l'anti-gepettisme) pour lui faire débiter les niaiseries ou les fiellosités que l'on trouve soi-même si drôles, voilà qui relève du plus bas de l'humain.
La vermine qui creuse ainsi sa petite galerie se croit évidemment indétectable, lovée dans son URL comme une larve dans son cocon. Elle a tort : on perçoit nettement le visqueux de ses paumes et le chargé de son haleine, exactement comme ceux de l'immonde Uriah Heep s'échappent en remugles des pages de David Copperfield. Et nul Dickens ne viendra jamais se pencher sur son cas, il mourra anonyme comme il se complaît à vivre.


