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samedi 15 septembre 2012

Quand donc sont apparus les “profs clodos” ?

Petit repos bien mérité avant la reprise des cours…

La question était posée ce matin, sur un forum où je passe régulièrement. Je crois être en mesure de dater assez précisément l'apparition du phénomène. Ayant passé mon bac en 1975, j'ai eu la chance d'échapper totalement à cette engeance pré-modernœuse ; en revanche, mon frère, de quatre ans mon cadet, a eu droit, lui, aux premiers exemplaires mis en circulation par ce qui allait rapidement devenir l'Éduc' Nat' mais était encore, même si à l'agonie, l'Éducation Nationale. Je me souviens d'ailleurs fort bien de celui qui a débarqué en tête de pont au lycée Benjamin-Franklin d'Orléans. Je pense que c'était précisément en l'année scolaire 1974-1975. Il était “prof” de français, ce qui me stupéfia quand je l'appris, dans la mesure où il ressemblait plutôt au transfuge halluciné d'un groupe de rock progressif de la Côte Ouest. Bien entendu, non content d'être hirsute et dépenaillé, il pratiquait le tutoiement avec ses lycéens et, à la fin des cours, allait prendre un verre avec eux au café du coin (chez Mme Monique…), en copains. Moyennant quoi ses élèves, dont mon frère justement, parlaient de lui avec le plus tranquille mépris.

jeudi 16 juin 2011

L'Éduc' Nat' ou : les ânes parlent aux ânons


Lucien de Lacvivier, en plus d'être doté d'un nom fort élégant, est un jeune homme qui a de la mémoire. Il se souvient très bien notamment des années qu'il a passées au sein de la fabrique de crétins qu'on appelle encore Éducation nationale, on se demande bien pourquoi. Hier, il s'est amusé à évoquer ici quelques-uns de ses souvenirs les plus drôles (ou les plus déprimants : tout dépend de votre humeur générale du jour…). J'en extrais une poignée pour vous mettre en appétit pédagogique :



- Première L. Jour de rentrée des classes. Ma prof de français et de littérature, également prof principale, affirme sans sourciller que Descartes est un philosophe des Lumières.

- Troisième. Rédaction - pardon : épreuve d'expression écrite - dont le thème est la Grande Guerre. J'insère dans le texte - traitez-moi de tricheur, je le mérite - un assez large extrait de La Comédie de Charleroi de Drieu, que je connais à l'époque par coeur. Le texte de Drieu, à la correction, se trouve être beaucoup plus raturé que le mien. Il y a des "mal dit" par paquets dans la marge.

- Cinquième. Ma prof de sport - d'EPS, comme on dit - fait courir un sprint à tout le monde. Elle note les places et les temps de chacun, puis refait courir le même sprint avec des handicaps pour les meilleurs. Elle note en fonction des résultats du second sprint. (Cette pratique est généralisée : on l'appelle VMA, si j'ai bien compris le nom du monstre.) J'étais second de ma classe, je finis dix ou onzième.

- Sixième. Ma prof de maths pointe Nesrine du doigt - une cancre ayant redoublé deux fois; puis moi; puis elle affirme : "Si Nesrine travaillait plus, je suis sûre qu'elle serait meilleure que Lacvivier. Personne n'est plus intelligent que les autres." A l'époque, je suis bon en maths. De tels encouragements me font chaud au coeur, et m'encouragent à persévérer dans cette voie.

- Première L. Ma prof de français demande aux élèves de donner le nom des grands écrivains du XXème. Je propose Giono; elle me répond textuellement, en une formule qui plaira fort, sans doute, au Maître des lieux : La campagne, c'est chiant.

- CM2. Mon instituteur, qui organise une chorale par semaine pour l’école entière, à un élève qui bavarde tandis qu’il accorde sa guitare : « Toi, pauvre con, tu vas bouger ton gros tas. » L’élève est un peu gros et il rougit devant tout le monde. Notons que l’homme est un humaniste et qu’il n’a trouvé, dans le vaste répertoire français, que Lili de Pierre Perret et Cent ans dans la peau d’un esclave de Francis Cabrel à nous faire apprendre.

- Dans un manuel d’éducation civique, pour l’école primaire, un exercice : Montrez que Jean-Marie Le Pen est hostile à la démocratie.

- Troisième. Ma prof d’Histoire, pour le dernier trimestre, ne donne que des notes collectives, et elle tient absolument à ce que les groupes soient hétéroclites. Ainsi Cindy qui a 2 de moyenne générale pourra faire remonter la note de Pierre qui a 18,5. Vous comprenez le principe ?

- Autre Procuste, mon prof d'Histoire de quatrième : lui ne note qu'entre 9 et 13. Ainsi, il suffit de gribouiller deux ou trois lignes incohérentes pour se voir attribuer à peu près la même note que le meilleur de la classe.

- Première L. Celle qui trouve que la campagne bah c’est vachement chiant et que Descartes eh ben c'est l'pote à Rousseau nous déconseille de lire Lewis Carroll, qui n’est somme toute « qu’un pédophile ».

lundi 29 mars 2010

Certes le niveau monte – mais le niveau de quoi ?

Ce matin, dans ma boîtamel, le petit mot d'une amie, professeur de français depuis... Ouf ! restons galant et disons depuis un certain temps. Comme je sais avoir quelques enseignants parmi mes lecteurs, je verse cette pièce au dossier – c'est la fin de son message, auquel je n'ai pas touché, à part l'anonymisation de la ville qu'elle cite :

« J'allais dire “bises”, ça m'a fait penser à Camus : j'ai trouvé à P*** et terminé la semaine dernière le dernier tome du journal de Camus (effectivement quand on connaît la cave coopérative de Montcaret, on peut comprendre sa surprise) et je vais me précipiter sur les tomes antérieurs. Ce qu'il écrit sur la société actuelle éveille beaucoup d'échos en moi, ce qui me désespère un peu parce que je le sens très pessimiste et que, franchement, je n'ai pas besoin de ça, je le suis assez moi-même. (Et demain les choses ne vont pas s'arranger quand je vais me retrouver face aux élèves. J'ai beau faire des efforts faramineux, je n'arrive pas à les trouver intéressants, je les trouve même de plus en plus cons, est-ce que c'est grave, Docteur ?) Vendredi, nous avons accompagné les troisièmes voir une adaptation de La Dispute de Marivaux ; je suis revenue énervée, effondrée, pas vraiment à cause de leur manque d'intérêt pour Marivaux, il fallait s'y attendre, d'autant plus que j'ai trouvé l'adaptation très moyenne et très démagogique, mais surtout à cause de leur maintien pendant la représentation et dans la rue, au retour. Camus semblait choqué des Arabes qui crachent par terre, aujourd'hui ça semble la norme chez les élèves. J'essaie de faire en sorte qu'ils aient un minimum de “maintien” en cours mais je sens que je vais lâcher prise, je m'y épuise. En vérité je te le dis (!), je ne finirai pas ma carrière sans balancer une beigne. »

Je précise que l'amie en question enseigne loin, très loin du 9-3...

samedi 3 octobre 2009

Copie rendue ! (Avec 37 ans de retard...)

Donc, voilà : la dissertation que vous avez lue (et abondamment commentée...) hier, a été rédigée par moi-même, dans la première quinzaine du mois de novembre, en l'an de grâce 1972. Première remarque : Suzanne a subodoré qu'il devait s'agir d'un devoir assez ancien, et il me semble bien que Dominique a deviné que j'en étais l'auteur (mais sans me trahir : merci !).

Cette copie a une histoire. J'ai raconté ici même, il y a quelques jours, comment, par le biais d'internet, j'avais repris contact avec le professeur de français qui fut le mien durant l'année scolaire 1971 – 1972, et aussi pendant les deux premiers mois de l'année suivante. En novembre 1972, mon père – militaire – ayant été muté, nous avons rapidement quitté Châteaudun pour Orléans.

Dans l'un des mails que nous avons échangés ces derniers jours, ce professeur (dont j'ai toujours gardé le meilleur souvenir) me disait en substance ceci : « Vous avez quitté Châteaudun si précipitamment, que je n'ai même pas eu le temps de vous rendre votre dernière dissertation : je la tiens à votre disposition...»

Car il l'avait gardée ! (Je suppose qu'il conserve tout, et non qu'il ait fait une exception pour ma petite personne.) C'est ainsi que, jeudi matin, après une attente de 37 ans moins un mois, j'ai reçu par la poste ma copie corrigée. Comme le correcteur me disais se trouver bien sévère, avec le recul, j'ai eu l'idée de la soumettre à votre tribunal populaire. Et j'ai eu la surprise de récolter des notes allant de 7/20 à 19/20. – Je pense d'ailleurs, me relisant, ne mériter ni cet excès d'honneur ni cette indignité, comme on dit. En fait, je suis plutôt d'accord avec la note qui m'a été alors accordée, et qui se trouve être au centre exact de ce grand écart :

13/20

Je dois donc récompenser deux gagnants. La première à avoir trouvé la bonne note est Mifa. J'ai oublié qui était le second (Pluton ?) et ai la flemme d'aller voir maintenant. Mais je le retrouverai et il aura lui aussi son lot...

La note était assortie d'un commentaire, parfaitement lisible si on clique sur la photo pour l'agrandir. Maintenant, deux ou trois petites précisions. L'écrivain cité dans l'introduction était bien sûr Montherlant, dont le suicide était alors “tout frais” (21 septembre) et sur lequel notre professeur avait décidé de “rebondir”, comme je pense qu'on ne disait pas encore. Certains d'entre vous – Dorham notamment – ont voulu savoir s'il s'agissait d'un devoir “sur table” ou fait à la maison. Je suis navré, mais je n'en ai aucun souvenir. De toute façon, pour ce qui me concerne, cela ne change rien, car j'ai toujours été un élève très négligent, un peu trop confiant dans ce qu'il pensait être ses “moyens”. Ce qui fait qu'un devoir fait en classe durant deux heures était bâclé en une heure et quart, à la rigueur et demie, et qu'une dissertation faite à la maison l'était exactement dans les mêmes conditions : aucune recherche, et temps minimum.

Ce qui me frappe le plus, en relisant ce très hâtif pensum, et que vous avez été plusieurs à noter, c'est l'espèce de religiosité qui en émane. Or, on se souvient qu'à cet âge j'étais censé être anarchiste, ni dieu ni maître et tout le tremblement : jeunesse souvent s'abuse...

Bref, recevoir cette copie, ce bout de passé, m'a été un vrai bonheur, et lire vos commentaires, parfois vachards (Dorham ! Ruines circulaires ! le peuple aura votre peau, salauds !), un authentique plaisir.

Dès que mon professeur de mathématique d'alors, ou celui d'histoire, se manifeste, je vous fais signe et on remet ça, d'accord ?

vendredi 2 octobre 2009

Appel à tous les professeurs de français ( et aux autres aussi) !

Aujourd'hui, m'est arrivée entre les mains ce que, de mon temps (vieux con, va !), on appelait une dissertation de français. Elle a été écrite par un élève de première "non littéraire" – en tout début de premier trimestre, donc. La personne qui me l'a transmise trouve que la note obtenue ne correspond pas vraiment à la copie rendue. Lui ayant avoué mon incompétence en ce domaine, je lui ai proposé de soumettre la dissertation en question à mes lecteurs professeurs. La voici donc (je la reproduis telle qu'elle est écrite, fautes comprises, avec en rouge et entre crochets, les quelques appréciations du professeur notées en marge, et les passages soulignés par lui qui correspondent à ses remarques) :

« Sujet : Le suicide, preuve de lâcheté ? Commentez.

Le suicide de XXX [je préfère masquer le nom, ndlr] a provoqué bien des commentaires : certains ont vu dans son acte une preuve de lâcheté, d'autres une preuve de courage. Entre ces deux avis opposés quelle est la part de la vérité ? [Mal dit]

Il est bien évident que le suicide est à première vue une preuve de lacheté puisque celui qui se supprime renonce du même coup à toutes ses responsabilités. S'il est père de famille, il laisse les siens dans l'embarras [faible] le plus complet. Dans ce cas le suicide est un acte égoïste parce qu'il vise à supprimer ["retrancher"] l'individu du monde qui l'entoure, donc à rompre l'équilibre de ce monde – ( J'entends monde dans le sens de famille, travail ou relations bien sûr) [On n'est pas complètement sourd] – S'il s'agit d'un suicide "extérieur", c'est à dire provoqué par des ennuis venus des autres, la lacheté est, dira-t-on, flagrante puisque l'individu se dzérobe devant l'adversité, il courbe honteusement la tête. Il ne peut supporter les contradictions. c'est donc un orgueilleux doublé d'un faible et il ne mérite que notre mépris. S'il se tue il est en faute, car tout homme venu sur terre se doit d'y accomplir sa tâche, si petite soit-elle.
S'il s'agit d'un suicide "intérieur", c'est à dire motivé par un cas de conscience, la lacheté, bien que moins évidente,n'en existe pas moins ( aux yeux de certains.) Si un homme se tue pour n'avoir pu résoudre un problème avec lui-même c'est très grave : il est en recul devant sa conscience, il n'ose se regarder en face et il fuit devant lui-même. Les esprits bien pensants vont dire que s'il n'arrive pas à lutter intérieurement, à plus forte raison il ne sera d'aucune utilité
à la société. Cet homme n'est qu'un névrosé, incapable de faire taire sa conscience [?], il est donc inutile de s'intéresser à lui.

Cependant la vie, si malheureuse soit-elle, ne reserve-t-elle pas toujours quelques joies à ceux qui la vivent ? Ne faut-il pas un certain courage, une certaine force d'âme pour renoncer à la chaleur du soleil ou à la beauté de la nuit ? Un père qui se tue n'a-t-il pas, ne serait-ce qu'un instant, la douleur de laisser seuls ses enfants ?
On peut croire que pour abandonner tout cela il est nécessaire de posséder la volonté de renoncer aux plaisirs de la vie. Si cela est vrai, le "patient" [≠] est alors considéré comme un homme au dessus du commun et il est aussitôt victime des envies les plus basses et des calomnies les plus monstrueuses. D'autre part, il est nécessaire pour se tuer d'aimer la vie. En effet, le suicide est souvent motivé par le désir de ne pas gâcher sa vie, de la finir en beauté. L'homme qui se donne la mort veut contrôler sa vie et entend qu'elle se termine comme il le désire. C'est le cas par exemple de Montherland. Donc le suicide peut avoir comme motivation profonde la volonté de "connaître sa fin".

Du point de vue religieux le suicide n'est ni un acte de lâcheté, ni un acte de courage mais la destruction de la vie qui ne nous appartient pas. En effet si un homme vit c'est parce que Dieu l'a voulu, et cela pour une bonne raison : chaque homme vient au monde pour aimer Dieu et le servir. Or si un homme se tue, il se révolte contre son maître spirituel, il refuse sa condition d'esclave, de ce fait il devient un paria de la communauté chretienne. Jusque là rien que de parfaitement normal, si toutefois on accepte l'existence de Dieu ; mais le problème n'est pas là. Tout devient moins clair si l'on se penche sur ce que fut la vie du suicidé. Elle est bien souvent misérable, sans amour ni amitié, peuplée uniquement de solitude morale ou physique. Au moyen âge les serfs devaient travailler pour le seigneur. Celui-ci en retour s'engageait à les protéger contre leurs ennemis. Cet état de chose était scandaleux. Mais n'est-il pas encore plus scandaleux qu'un homme serve son Dieu sans que celui-ci ne le protège contre les embûches de la vie ? Dieu qui condamne cet homme n'est-il pas responsable de sa mort ? Et de plus ce malheureux meurt certain de ne pas gagner le paradis parce que Dieu ne lui a pas permis de vivre !
Force est de reconnaître que la position de l'Eglise à propos du suicide est de beaucoup la plus terrible de celles que nous venons de voir.

Finalement si l'on considère le suicide d'un point de vue dénué de passion on s'aperçoit que le principal interessé, le suicidé, est en fait celui qui a le moins pris part au drame. Il n'est que la victime de l'inégalité et de l'incompréhension. Il est beaucoup moins lâche que celui qui accepte sa condition d'esclave. Mais il n'est pas courageux pour autant puisqu'il refuse de lutter pour changer le monde qui l'a réduit à néant. Il a résolu son problème d'une manière, qui a peut-être le tort d'être irreversible mais qu'il est interdit de blâmer ou même d'approuver. Car s'il en est arrivé à un tel degré de desespoir c'est de la faute du monde qui l'entoure, celui-ci n'ayant rien fait pour lui redonner goût à la vie.
Si nous le blâmons nous blâmons du même coup notre conduite que nous devons alors nous efforcer de changer.
Si nous l'approuvons, nous approuvons notre attitude envers lui et nous considerons alors comme normal qu'il y ait des hommes malheureux.
Ce qu'il faut chercher c'est ce qui l'a poussé à se donner la mort, pour éviter que des milliers d'autres hommes n'en arrivent comme lui à souhaiter la mort. »


Voilà l'affaire. Camarades professeurs, c'est à vous de jouer. Tiens, d'ailleurs, à propos de jouer : on va dire que celui dont la note s'approchera au plus près de celle qui a effectivement été attribuée à cette copie, recevra un livre en cadeau. À condition que sa note soit justifiée par quelques lignes de commentaire ! Faut pas déconner non plus...

Allez, vous avez jusqu'à demain, va-t-on dire.

(J'y pense, les non-professeurs peuvent jouer aussi : l'expérience de "parent d'élève" peut être utile...)