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dimanche 27 avril 2014

Les dividendes du ré-actionnaire


On pourrait parfois se demander, nous autres, les membres de plein droit du réactionnariat international, si, au cœur de notre incessante déploration du monde tel qu'il s'écroule, de la civilisation comme elle se désagrège, et ainsi de suite, ne viendrait pas se lover discrètement, au contraire de la pose que nous prenons, le désir plus ou moins bien camouflé de voir réellement ce monde s'abîmer en effet, l'envie pas toujours bien contrôlée que disparaissent pour de bon les anciens parapets et, ainsi, de contempler avec une certaine satisfaction nos survivants allant s'écraser au pied des falaises, coupables à nos yeux d'avoir traité nos alarmes par le mépris ou le brocard. En une phrase : ne feignons-nous pas de nous alarmer d'une chose qu'en réalité nous appelons de nos vœux ? Ce serait humain, d'ailleurs : quel extrême vieillard n'accueillerait avec des tressaillements de joie et de gratitude l'annonce du météore qui s'apprête à pulvériser la Terre, ou, au moins, à en éradiquer toute vie consciente ? Au moment de lâcher son dernier râle, la mort des autres, mieux : leur disparition générale, à la suite de la sienne, serait son dernier rêve vraiment doux.

vendredi 4 avril 2014

Il n'y a plus d'abonné au numéro que vous avez exigé


Un ami me disait tout à l'heure par mail : « Quel dommage que vous ayez horreur du téléphone ! J'avais envie de parler de Proust… » Ce n'est pas que j'en aie horreur, mais plutôt que je ne parviens pas vraiment à le maîtriser. En un mot, et le phénomène s'accroît avec le temps, je suis presque incapable de réaliser cette opération ne posant aucun problème à 99 % de mes contemporains : m'entretenir naturellement avec une personne qui n'est pas là. Quand c'est le cas, néanmoins – parce que je sais, en garçon bien élevé, me plier aux impératifs de mon époque –, j'ai l'impression étrange et peu agréable que chacune de mes phrases, y compris les plus anodines, résonne comme une déclaration. Ce qui me coupe toute envie d'aller plus avant.

Bien entendu, je ne dis rien du téléphone portatif, dont la pratique, les rares fois où il m'est arrivé de m'y soumettre, m'a toujours paru profondément humiliante. Au moment où le téléphone a commencé de faire son apparition dans les appartement privés, au début du siècle dernier, une dame “née” disait à l'un de ses amis qui venait de se faire installer un poste : « Ainsi donc, on vous sonne et vous accourez ? » (Je ne me rappelle plus le nom de la dame en question, mais l'ami auquel il est fait allusion plus haut doit s'en souvenir, lui.) Le petit boitier portatif a démultiplié cette dépendance ; et surtout, d'un acte strictement privé, intime presque, comme le sont encore plus ou moins l'accouplement ou la défécation, il a fait une manifestation publique, dont je m'étonne que nous soyons si peu à voir l'éclatante obscénité. 

Surtout, je me demande bien par quel maléfique miracle, il est devenu, en une poignée d'ans, si indispensable, si vital, pour la quasi totalité des peuples d'Occident et d'ailleurs, d'être perpétuellement, volontairement, joyeusement joignables. Je mets un point d'honneur, sans doute un peu puéril, je l'accorde, à l'être le moins possible ; c'est ce qui fait que, quand Catherine est absente, comme en ce moment même, je laisse volontiers sonner la machine, pour faire croire que je n'y suis pas non plus. C'est une liberté que l'on peut s'accorder chez soi, mais allez donc laisser interminablement carillonner votre portatif lorsque vous êtes dans une salle de restaurant ou une voiture de train ! Non, rien à faire, il vous faut répondre, encore et encore. Répondre à quoi ? À qui ? Le plus souvent à rien ni à personne.

dimanche 5 mai 2013

Les bons comptes de M. Mélenchon


Le Front de gauche a donc, aujourd'hui, répondu à l'appel de son conducator. Ils étaient 180 000, nous a appris Jean-Luc Mélenchon, avant de s'étrangler de rage parce que les services de la Préfecture n'ont vu, eux, que 30 000 manifestants frontistes (ou frontaux, ou frontaliers, ou frontispices – on ne sait trop). Le petit père des people a aussitôt qualifié ce chiffrage de « ridicule provocation d'un ignorant qui ne connaît même pas la contenance des places et rues de Paris. »

Je n'ai aucune raison de douter de l'honnêteté de M. Mélenchon, ni de ses capacités à résoudre les problèmes de baignoires qui fuient, de trains qui se croisent et de manifestants qui s'écoulent. S'il dit que 180 000 personnes ont répondu à son appel c'est que c'est vrai ; vraie aussi son affirmation comme quoi les compteurs du Préfet sont de gros nazes d'avoir divisé éhontément ce nombre par six.

Par conséquent, toujours en suivant scrupuleusement notre lìder màximo, et parce que les compteurs sont les mêmes d'une manifestation à l'autre, nous sommes enfin en mesure d'établir combien de personnes ont, voilà quelques semaines, j'ai la flemme de rechercher la date exacte, défilé à Paris contre le mariage guignol :

270 000 x 6 = 1 620 000

C'est Mme Frigide qui doit être contente…

vendredi 19 avril 2013

Suis-je vraiment un droitard costaud ? Autotest

En plus de son programme pour sauver la France, la Droite forte vous offre une boîte de cassoulet bio.

En lisant Valeurs actuelles – je sais : c'est très vilain –, je suis tombé, au détour de la page 21 du dernier numéro paru, sur les propositions de la Droite forte, destinées à changer la France (dont la couche serait souillée, je suppose). Bon. C'était le moment où jamais de faire mon examen de conscience, de vérifier si, oui ou non, je suis moi-même un droitard costaud. On va les prendre une par une :

– Supprimer à vie les allocations sociales pour tout fraudeur récidiviste : Le “à vie” est peut-être un tantinet exagéré, mais que les fraudeurs soient sanctionnés ne me paraît pas être un scandale, en effet.

– Supprimer la couverture maladie universelle (CMU) et l'aide médicale d'État (AME) : C'est le bon sens même ; toute mesure ayant pour effet de rendre la France moins “attirante” aux grands yeux candides des populations extérieures me semble une bonne chose. D'autant qu'en cette époque de hausse massive et généralisée des charges, il va devenir de plus en plus difficile d'expliquer aux Français qu'ils doivent consentir à payer leurs soins plus cher, afin que ceux-ci puissent demeurer gratuits pour tout visiteur n'ayant eu que le mal de pousser la porte.

– Supprimer les remises de peine automatiques : Ça va de soi ; et si ça ne va pas de soi, il convient de le faire quand même. Mais on pourra garder les portillons de même nature ainsi que les distributeurs de billets de banque, qui sont tout de même bien pratiques.

– Supprimer l'automaticité de l'acquisition de la nationalité française : en dehors du fait que cet “automaticité” me semble ressortir à une sorte de jargon ministériel, évidemment oui. C'est même le minimum que l'on puisse attendre : je serais assez partisan d'une suspension totale et assez longue de toutes les naturalisations – à condition bien entendu qu'elle s'accompagne d'une étude enfin sérieuse et libre des effets et conséquences (positives comme négatives) de l'immigration de masse.

– Instaurer la semaine des 40 heures : Cela aussi semble relever du bon sens. Je note, à ce propos, que l'un des arguments massues des partisans du mariage guignol est de dire : « Mais nos voisins z'européens l'ont fait ! on ne peut pas se permettre de rester à la traîne ! » Fort well, Angelina : comme beaucoup ont également rallongé la durée hebdomadaire du travail, la voie est donc toute tracée. Et puis, instaurer la semaine de 40 heures permettrait à François Hollande de se donner des allures de Léon Blum, qui a fait la même chose en 1936.

– Obliger les banques à prêter en priorité aux PME : On discerne à peu près l'intérêt économique de l'idée, mais on se demande si c'est bien à l'État d'obliger les banques à prêter à Pierre plutôt qu'à Paul. Accessoirement, on se demande  aussi comment il s'y prendrait.

– Aligner tous les régimes sociaux du public sur ceux du privé : Comme il s'agit-là d'une mesure égalitaire, on s'étonne que les socialistes ne l'aient pas déjà fait. Et on se refuse à suivre les esprits pervers insinuant qu'ils ne veulent pas mécontenter les privilégiés qui leur servent de vivier électoral.

– Instaurer l'âge de départ légal à la retraite à 65 ans : Simple bon sens, là encore ; même si ça ne m'arrange pas du tout. Mais alors là, tu vois, pas du tout du tout.

– Supprimer le droit de grève des professeurs : Mesure très étrange : pourquoi aux professeurs spécialement ? Pourquoi pas à l'ensemble des fonctionnaires, dont les professeurs font partie ? Me semblent bien mollassons, ces droitards costauds…

– Créer la “Charte républicaine des musulmans de France” : Pour quoi faire ? On y met quoi, dans cette charte ? Sera-t-elle un assortiment de vœux pieux (!) ou un ensemble de mesures sévèrement coercitives ? En gros, s'agira-t-il d'une arme pour intimer le silence aux musulmans ou bien d'un simple cadre légal à l'intérieur duquel ils pourront continuer de geindre, récriminer, menacer ? Bref, l'idée me paraît foireuse, inadaptée, en tout cas bien tardive.

– Garantir l'embauche de journalistes de droite sur les radios et télévisions publiques : Là, on sombre dans le n'importe quoi. D'abord, il me paraîtrait préférable d'embaucher des journalistes dans ces radios et télévisions plutôt que sur. Mais surtout, il s'agit d'établir une parité supplémentaire, comme si la France n'était pas déjà assez encombrée de cette notion absurde ! Ce n'est pas tout : s'il est (encore) relativement facile de distinguer un homme d'une femme, comment fait-on pour distinguer à coup sûr le journaliste de droite de son confrère de gauche ? Il faudra présenter sa carte d'un parti ? Répondre à un questionnaire sous sérum de vérité ? Et, une fois embauché, on n'aura plus le droit de changer d'avis, de regard sur le monde et les choses, sous peine de parjure ? De toute façon, on aura beau se tortiller dans tous les sens, il restera ce fait indubitable : les trois quarts des journalistes français sont ou se disent de gauche. Il faudrait donc établir, là aussi, une discrimination positive à l'embauche, comme on a commencé à le faire à l'entrée des grandes écoles pour les jeunes-à-guillemets ? Ridicule.

– Instaurer le référendum national d'initiative populaire : Là, j'avoue que je ne sais pas trop. Après un examen rapide de la question, j'y vois à peu près autant d'inconvénients que d'avantages, sans parvenir à déterminer qui, des deux “paquets” l'emporte sur l'autre dans mon esprit.

– Supprimer le financement public des syndicats : Of course, my dear ! Et aussi celui de la presse, du cinéma, de la “culture” en général, des associations à but délétère, des quatre cinquièmes des agences supra-nationales, etc.

Il s'agit là d'un florilège, bien entendu, et je suppose que les droitards costauds ont d'autres propositions que celles-ci pour la France. Mais je ne vais pas non plus aller fouiller le net pour les dénicher : j'ai déjà gaspillé assez de temps comme ça sur ce sujet. Sans parler de celui que je viens de vous faire perdre.

jeudi 18 mars 2010

Si j'étais alsacien, je voterais à gauche – et des deux mains encore

Si j'étais alsacien,

[Pause : cette entame n'est pas purement rhétorique : j'aurais vraiment adoré être alsacien. D'abord parce que je les fréquente depuis tout petit et que je finis par avoir une assez bonne Connaissance de l'Est, comme disait le camarade Claudel ; ensuite parce que, dans les guerres, ils gagnent tout le temps, vu qu'il sont toujours du côté du manche ; et enfin parce que j'habiterais plus près de chez mon ami André, qui a une cave du feu de Dieu.]

Si j'étais alsacien, disais-je, je serais sûrement inscrit sur les listes électorales, et, dimanche prochain, j'irais voter pour la gauche. « Didier Goux est-il encore bourré-délirant ? », s'interroge-t-on gravement dans les diverses chancelleries. Point. Simplement, il se trouve que le chef de file des khmers verts régionaux est le frère cadet de l'un de mes deux ou trois plus vieux et meilleurs amis (je l'ai même connu tout gamin, le Jacques bio, et, comme tous les Fernique mâles (je vous parlerai des femelles un autre jour...) considérablement chevelu). Et que, à l'instar d'Albert Camus, je préfère la cave de mon pote à mes présupposés idéologiques (adaptation assez libre). Donc, dimanche...


VOTEZ JACQUES FERNIQUE, BORDEL !