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mardi 12 juillet 2011

Robert Marchenoir, lui, ne triche pas !

Figurez-vous que Robert Marchenoir cède parfois à la tentation d'ouvrir Le Parisien : c'est assez dire les abîmes de désespérance dans lesquels peut plonger cet excellent garçon. Néanmoins, contrairement à certains qui se contentent de saloper la grille des mots fléchés, lui lit vraiment ce qu'il trouve à l'intérieur. Il lui arrive même d'en tirer quelques réflexions aussi acides que morales. Celle-ci, par exemple :



C’est la faute à leulibéralisme
(2
e partie)


Le 23 mai dernier, le Parisien consacrait sa une à la triche aux examens, pour déplorer qu’elle soit de plus en plus répandue. Comme il en a l’habitude, il recueillait le témoignage de “vrais gens” sur le sujet, sous le titre : « Et vous, avez-vous des astuces pour tricher ? »

Monsieur et Madame “Prénom Modifié” n’ont pas été interrogés pour cet article. Chaque interviewé avait son nom, son prénom et sa photo dans le journal. Nous mettons ici un cache-sexe pour protéger leur pudeur.

Madame X, 36 ans, pharmacienne, Troyes :

« Je rentrais les réponses dans ma calculatrice. Surtout les formules de maths et de physique. C’était plus une sécurité, au cas où je ne me sortais pas de l’épreuve. Avec le temps que cela m’aurait pris de regarder, et avec ma chance, en fait, je n’ai jamais osé m’en servir vraiment. Arrivée en faculté, comme la calculette était interdite, je me suis retrouvée coincée. Au fond, ça ne m’a pas rendu service. »

On rappelle qu’un pharmacien est un employé d’épicerie qui gagne 15 000 euros par mois payés par le gouvernement, et qui, lorsqu’on prétend remettre en question ce revenu exorbitant, brandit ses vingt-cinq ans d’études effroyablement difficiles, où les maths et la physique tiennent, je suppose, une place non négligeable.

Cela lui donne le droit, qu’il revendique haut et fort, de contester les ordonnances établies par un médecin, médecin qui a fait trente-cinq ans d’études effroyablement difficiles, inaugurées par une impitoyable sélection sur les maths et la physique.

Madame Y, 30 ans, employée de banque, Paris 16ème :

« Je portais sous mes vêtements une cartouchière : une ceinture avec des petites poches où je glissais des notes de cours. Lors de l’examen, je me faisais accompagner aux toilettes, et une fois enfermée, je mettais les papiers qui m’intéressaient dans la poche. Mes parents le faisaient déjà. Je suppose que c’est obsolète aujourd’hui, mais comme on disait alors : la fin justifie les moyens ! »

Pour ceux qui n’auraient pas fait attention, Madame Y est employée de banque. Une profession où, normalement, l’honnêteté la plus rigoureuse est un critère de sélection éliminatoire. On notera que Madame Y a de qui tenir : ses parents “le faisaient déjà”. Nous constatons qu’on embauche dans la banque, à Paris 16ème, donc pour gérer les biens de certaines personnes parmi les plus riches de France, quelqu’un qui est un escroc de père en fille.

Monsieur Z, 31 ans, enseignant, Strasbourg :

« Je donnais un coup de cutter dans la semelle de mes chaussures et glissais une antisèche dans la fente. Je n’avais plus qu’à croiser les jambes et sortir discrètement le papier pour noter les réponses. Aujourd’hui, je suis de l’autre côté de la barrière, et je me dis qu’en faisant des antisèches, on était obligé de lire le cours, contrairement au copier-coller qui fait fureur dans les classes. »

Le matin même où paraissait ce journal, Monsieur Z se présentait, selon toute vraisemblance, devant ses élèves, pour assurer, comme à l’accoutumée, leur “éducation nationale”. C'est-à-dire, selon l’idéologie revendiquée de la corporation, non seulement leur instruction, mais aussi leur formation aux “valeurs humanistes et morales de notre République”.

Non content d’utiliser les moyens les plus malhonnêtes pour réussir lui-même aux examens, non content de postuler à une profession radicalement incompatible avec sa moralité douteuse, non content de revendiquer publiquement sa qualité de faussaire, non content de feindre d’ignorer le problème qu’il y a à demander une chose à ses élèves tout en faisant le contraire, Monsieur Z se paye le luxe du foutage de gueule maximum, en prétendant que ce sont ses élèves qui sont malhonnêtes en faisant du « copier-coller » sur Internet, alors que lui, en fait, il avait inventé une technique pédagogique innovante avec ses antisèches dans ses chaussures.

Il est difficile d’empiler autant de malhonnêteté sur autant de mensonge en l’emballant dans autant de mauvaise foi. Si vous avez une idée pour faire mieux, faites-moi signe. Personnellement, je ne vois pas.

Voilà donc le genre de personnes sur lesquelles repose le “lien social” dont on nous rebat les oreilles, et qui aurait été détruit par “les puissances d’argent”.

Car nous avons affaire, ici, à des zélites. Oh ! pas à de grosses zélites, des intellectuels, des journalistes, des chefs syndicaux, des hommes politiques, des patrons du caca-rente. Non, ce sont des zélites de proximité : le professeur lambda qui apprend le socialisme à votre enfant, le pharmacien tout-venant qui rejette votre ordonnance et pompe la Sécu, l’employée de banque anonyme qui vous refuse un découvert et vous matraque de frais.

Le plus frappant n’est pas tellement que ces gens, dans leur jeunesse, aient triché aux examens, mais en ce qu’ils ne voient absolument aucun problème dans le fait de s’en vanter ; et dans un journal à grand tirage, en plus, sous leur nom et leur photo.

Non seulement ça, mais ils trouvent le moyen de se justifier rétrospectivement. Ce n’est pas : j’ai fait des conneries, vous-même n’avez-vous pas fait des bêtises dans votre jeunesse ?, mais : c’était uniquement par sécurité, je n’en ai pas profité. Ou bien : la fin justifie les moyens, et puis de toute façon c’est obsolète, aujourd’hui on fait beaucoup mieux. Ou encore : en fait c’était par vertu, c’était pour mieux apprendre mes leçons, contrairement à ces petits salopards auxquels je suis chargé de faire classe aujourd’hui, et qui ont le culot de faire du copier-coller (malgré le bon exemple que je leur donne, malgré mon immense dévouement à la République en tant que Professeur-Fonctionnaire dont les vacances ne sont même pas payées).

Tout cela est absolument vertigineux. Car qu’est-ce que le tissu social, les gens qui composent la société et qui la font marcher, sinon l’employé de banque, le pharmacien, le professeur et bien d’autres comme eux ? Qui va prendre, au quotidien, de façon anonyme et à l’abri des regards, les décisions qui vont faire de la société un lieu à peu près vivable –- ou non ?

La conséquence ne se fait pas attendre. Le tricheur se reproduit. La malhonnêteté est passée dans l’ADN. Dans l’article principal, on trouve le témoignage d’Antonin (dont seul le prénom est cité, cette fois-ci) :

« Antonin, en 1ère S (scientifique), dans un lycée de bonne réputation du sud de Paris, prend la tricherie avec philosophie. »

On est toujours chez les zélites. Le lycée a bonne réputation. Le garçon est en première scientifique, pas en BEP force de vente. Il prend la tricherie avec philosophie. Il n’a pas décidé de tricher, de violer les règles. Non, la tricherie lui est tombée dessus, comme un ouragan ou un tremblement de terre. Un peu à la manière dont le crime tombe sur le pauvre. C’est pas sa faute. La pauvreté fait du pauvre un criminel. La triche fait du tricheur un philosophe.

Mieux : la tricherie devient une sorte de vertu. Il triche, donc il est philosophe. Il n’a que seize ans, mais grâce à la triche, il a déjà acquis une espèce de sagesse supérieure, un immense recul face à la futilité des choses de la vie (et de ces bouffons qui pensent qu’on réussit à l’école en étudiant). Bientôt, ses aînés vont venir lui demander conseil. D’ailleurs, ses aînés viennent déjà lui demander conseil, puisque le journaliste recueille son avis :

« “Pour moi, peu importent les moyens, ce qui compte c’est le résultat. Si j’ai un 19/20 en ayant truandé, ça reste un 19/20, je n’ai aucun problème de conscience avec ça”, martèle l’ado de 16 ans devant les grilles de son établissement, un casque audio volumineux sur les oreilles. »

Pas plus que n’ont eu de problème de conscience Monsieur Z, 31 ans, enseignant à Strasbourg, Madame X, 36 ans, pharmacienne à Troyes, Madame Y, 30 ans, employée de banque à Paris 16ème, voire les parents de Madame Y, dont nous ignorons l’âge mais qui ne doivent plus être tout jeunes.

« Lors des devoirs surveillés, il “profite largement” de son Nokia, surtout de son forfait Internet illimité. »

Comme quoi, délinquance n’est pas synonyme de pauvreté.

« Dans son cas, la triche high-tech n’a pas fait de miracle. “Je redouble”, dit-il. Dans sa classe, il jure qu’il n’est pas le seul à exploiter, sans foi ni loi, le filon des nouvelles technologies. “Sur 35 élèves, il y en a 20 à 25 qui ont déjà tapoté sur leur téléphone lors d’un contrôle. Il y a juste 5 ou 10 surdoués qui peuvent s’en passer”, recense-t-il. »

En fait, pomper sur son téléphone, c’est un droit de l’homme, c’est un facteur de justice sociale ; il est impossible de réussir ses examens sans ça, la preuve : il faut être surdoué pour s’en passer.

Donc, la réussite à l’école n’a rien à voir avec le travail : seuls les surdoués, les “nantis”, peuvent réussir sans tricher. La capacité de réussir les examens, c’est génétique, on l’a ou on ne l’a pas. (Mais en même temps, les races n’existent pas, l’ADN est nazi, etc.)

Cependant, Antonin n’est pas fou : son téléphone avec forfait Internet illimité, il ne s’en servira pas au bac, “c’est trop risqué”.

Ah bon ? Il serait donc possible d’interdire la triche ? La répression serait la solution ? Je n’arrive pas à le croire…

A part ça, c’est la faute à leulibéralisme.


Robert MARCHENOIR

lundi 27 juin 2011

Robert Marchenoir, correspondant de guerre fromagère


Encore tout hirsute des combats auxquels il vient de participer, Robert Marchenoir nous a adressé le texte qu'on va lire. Quant à moi, si jamais une armée de gueux munis de faux et de fourches s'approche de ce blog, le blasphème et la menace en bouche, pour se faire justice, je saurai à qui les adresser…



Baston générale chez Fromage Plus



Il y a une dizaine de jours, voulant sans doute calmer les bagarres qui surviennent périodiquement, bien malgré lui, sur son excellent blog, l’infortuné Fromage Plus a cru bon de faire un post consensuel, pacifique, plein d’amour et de charité chrétienne, exclusivement composé de photos de son (je suppose) pèlerinage de Lille à Chartres.

Sans le moindre commentaire de sa part.

Hélas, quelqu’un dans l’ecclesia (je veux dire l’assemblée) fit remarquer le caractère funeste d’une des photos, représentant l’un de ces fameux lotissements pavillonnaires qui défigurent le paysage de la France rurale et éternelle, tel un furoncle sur le beau visage d'Adriana Lima

Ce à quoi je répondis, en gros, qu’il fallait bien que les gens se logeassent.

Du coup, la baston générale a éclaté.

Elle dure sans doute encore à l’heure où vous lirez ces lignes.

Je vous résume le film. A ma gauche (je simplifie), le gang des catholiques traditionnalistes, paléo ou néo-ruraux, voire agriculteurs, décroissants, auto-suffisants, et, bien entendu, anti-libéraux. À ma droite (je caricature), la fine fleur des citadins libéraux-conservateurs, pour ne pas dire réactionnaires et nauséabonds – dont votre serviteur.

Nous étions donc entre amis.

Entre deux bourre-pifs, nous devisâmes civilement de maisonnettes, de maçonnerie et d’agriculture. Ce qui donna lieu, entre autres, aux déclarations suivantes (orthographe respectée) :

« Ça me fais bien mal de savoir que je trime pour nourrir des connards dans vôtre genre qui n’ont même pas conscience qu’ils ne sont rien sans nous. Ne rêvez pas la famine vous pend au nez, et ce jour la on vous verra dégueuler dans les campagnes quémander de quoi bouffer. »

« Je vois pas pourquoi jme casserai le derche à nourrir des gens comme ça. »

« Venez pas mendier : moi, j’aurai TOUJOURS de quoi bouffer. »

Formidable auto-radioscopie de la mentalité du “paysan” français, et, d'ailleurs, du Français en général. On voit tout de suite le fantasme : sous prétexte qu'il fait pousser des patates ou n'importe quoi d'autre, le type s'imagine qu'il nourrit les Français, alors que ce sont bien évidemment les Français qui le nourrissent.

Ben oui : ses patates, il ne les donne pas, comme ça, bénévolement, par charité. Il les vend. Ce sont donc bien ses clients qui, en acceptant de lui acheter ses produits, lui permettent de “bouffer”, c'est-à-dire de subvenir à ses besoins.

Y compris alimentaires, bien évidemment. Le “paysan”, il fournit un produit, peut-être quelques-uns, mais certainement pas tout ce dont il a besoin pour “bouffer”. Son sucre, il l'achète au supermarché, comme tout le monde. Son café, son poivre, ses bananes, il aurait un peu de mal à les faire pousser lui-même. S'il fait du fromage en montagne, il ne fait pas de blé. Et vice-versa. Son merlan, il ne le pêche pas dans l'étang derrière chez lui. Son bœuf, il a bien besoin d'un “connard” pour l'abattre. Il ne va pas lui prendre le filet sur pied pour le mettre au gril. Son pain, il a bien besoin d'un autre “connard” pour le cuire.

L'électricité, l'essence, la voiture, les machines et Internet, dont il a besoin pour “nourrir tous ces connards”, ce sont d'autres “connards” qui les lui fournissent. Dont certains, même, abomination de la désolation, habitent en ville.

Mais ça ne fait rien. Dès qu'on ne se prosterne pas devant lui, dès qu'on conteste un tant soit peu sa vision du monde et des choses, ses droizacquis et ses subventions, il se promet d'affamer ses contemporains.

Menace qu'il ne mettra jamais à exécution, naturellement.

Quand bien même il le ferait, les “connards” continueraient, bien évidemment, à “bouffer” sans s'apercevoir de rien. Car il y a des centaines de millions de “connards”, à travers le monde, qui ne demandent pas mieux que de “nourrir ces connards de Français”.

Et c'est bien ce qui emmerde le p'tit paysan qui est si sympa, si altruiste, si dévoué, si généreux de son temps et de sa peine, si respectueux des hommes et de la nature.

On peut se passer de lui.

Le monde ne tourne pas autour de son nombril et de son lopin de terre. Il serait même légèrement en surnombre que ça ne m'étonnerait pas.

C'est bien pour cela qu'il dit : « Vous êtes des connards, vous n'êtes rien sans nous. »

On voit bien quel est son rêve secret. Être un petit Hitler, un petit Staline, un petit Pol Pot. Tenir tous ces “connards” sous sa botte.

Et c'est bien pourquoi il est anti-libéral : il est contre la liberté.

D'ailleurs, un fonctionnaire ne peut qu'être anti-libéral. Il sait très bien où est son intérêt. Une profession dont la moitié des revenus provient de subventions est composée de fonctionnaires. Une profession dont l'outil de travail, la terre, est nationalisé, puisqu'il ne se vend qu'avec l'autorisation d'un organisme monopolistique et para-public, est naturellement portée à être socialiste.

Tout en cultivant son image d'individualisme buté et hargneux, comme le montrent à l'évidence les réflexions ci-dessus.

Les pires vices de l'individualisme alliés aux pires vices du socialisme : voilà le profil du pitit paysan franchouille, que le monde entier nous envie.

Et le pitit paysan franchouille, observant la crise financière mondiale, se frotte les mains en espérant le retour de l'Occupation : « Ne rêvez pas la famine vous pend au nez, et ce jour la on vous verra dégueuler dans les campagnes quémander de quoi bouffer. »

Ça, ça le fait positivement bander, le pitit paysan français. Il l’a vu dans les films, à la télé : les expéditions à la campagne pour le ravitaillement, le marché noir… Vivement que tout ça se casse la gueule, qu'on puisse enfin se faire des couilles en or sur le dos de ces “connards”.

Un grand humaniste, on vous le dit, contrairement à ces salopards de “rats des villes”. Le cœur sur la main, toujours prêt à rendre service. Le genre de type auquel on a envie de vouer une gratitude infinie, en temps normal, de bien vouloir être assez bon pour nous “nourrir”, nous autres les “connards”.

Évidemment, là aussi, le zentil pitit producteur se fourre le doigt dans l'œil, et nous raconte des histoires : l'agriculture française de 2011 n'est pas celle de 1940. Dans leur immense majorité, les agriculteurs seraient autant aux abois que les citadins, si le fameux cataclysme que certains ont la bêtise d'appeler de leurs vœux se produisait.

En 1940, le tracteur ou la voiture s'appelaient cheval, le congélateur n'existait pas, le cours des denrées n'était pas sur Internet… et il n'y avait pas de subventions.

Toutes ces menaces, ces insultes et ces rodomontades expliquent, rétrospectivement, bien des choses. On en comprend un peu plus sur les HLPSDNH, la collaboration, la permanence d'une certaine mentalité française : toute de “solidarité” et “d'humanisme” en façade, mais rêvant au jour où, enfin, surviendra l'occasion d'escroquer son prochain dans les grandes largeurs.

Bref : le socialisme, issu en droite ligne de la Révolution. La guerre civile de 1789 n'est pas terminée.

Remarquez que cette mentalité n'est pas circonscrite aux paysans. Les membres de toutes les professions s'imaginent qu'ils sont indispensables.

Cette profonde maxime : « Ça me fais bien mal de savoir que je trime pour nourrir des connards dans vôtre genre qui n’ont même pas conscience qu’ils ne sont rien sans nous », devrait être inscrite au fronton des monuments de la République. Elle en est, véritablement, la devise.

C'est ce que pensent, et disent, un nombre incalculable de gens dans toutes les strates de la société, du haut fonctionnaire le plus puissant à l'artisan le plus modeste.

C'est, bien entendu, au premier chef, la mentalité des fonctionnaires. Alors qu'ils devraient être les premiers à se sentir, et à se dire, au service de la population, ils se comportent, et ils le disent, comme si c'était la population qui leur était redevable. De lui fournir l'éducation, la médecine, les transports, de bien vouloir être assez bons pour lui soutirer 56 % de ce qu'elle gagne sous forme d'impôts…

Cette ahurissante inversion des valeurs et des responsabilités a contaminé toute la société, secteur privé compris. Le type qui fournit un bien ou un service sur le marché, en échange d'un paiement, est sincèrement persuadé non pas qu'il devrait remercier, tous les matins que Dieu fait, ses clients de l'avoir choisi, non pas qu'il participe à un échange équilibré où chacun rend service à l'autre, mais qu'il est bien bon “de trimer toute la journée pour rendre service à ces connards de clients” qui n'ont même pas conscience de leur chance que le roi du monde et de ses environs daigne s'intéresser à eux.

En somme, l'argent qui change de mains à cette occasion est une sorte d'impôt. C'est un dû.

Et quand, par le plus grand des hasards, il manque à se matérialiser, cela devient la faute du gouvernement. Ou de l'ultra-libéralisme. Et en général les deux.

La contradiction ne semble pas les gêner. Ils n'en sont plus à ça près.

Remarquez que toute cette construction économico-intellectuelle (il faut le dire vite…) ne tient que grâce à la dette publique, qui, contrairement à ce que prétendent certains à l'esstrêm' drouâte, n'est pas due aux Chouifs, ni aux banksters internationaux, ni à l'ultra-libéralisme, mais bien à l'ultra-étatisme.

En somme, au socialisme.

Rendez-vous compte que tous les Français de moins de 54 ans ont vécu toute leur vie de citoyens, c'est-à-dire à partir de l'âge de 18 ans, sans avoir jamais connu un seul budget public à l'équilibre.

Je répète : depuis 1975, la France a toujours été, année après année, en déficit. Si vous aviez 18 ans en 1975, l'âge auquel on a le droit de s'impliquer dans les affaires publiques aujourd'hui, ou si vous étiez plus jeune, ou si vous n'étiez pas né, eh bien vous n'avez jamais eu le droit de vote à un moment où la France ne dépensait pas davantage qu'elle ne gagnait. Quel que fût le parti au pouvoir.

Autrement dit, tous les Français de moins de 54 ans ont des raisons de trouver normal que l'argent pousse sur un arbre planté dans la cour de l'Élysée, puisqu'ils n'ont jamais connu autre chose de leur vie d'adulte, et que tout leur a semblé fonctionner normalement pendant ce temps.

Évidemment, ça ne peut pas durer.

Certains pensent pouvoir s'en tirer en affamant, le jour venu, leurs “connards” de concitoyens. Et ils s'imaginent que les “aigris”, ce sont les autres. Ils pensent que les insultes et le chantage vont suffire à leur garantir leur petit confort.

Ils se préparent de douloureux lendemains.

mardi 14 juin 2011

La laïcité de Malika Sorel, vue par Robert Marchenoir

Il y a quelques jours, Robert Marchenoir m'a fait parvenir, par des voies mystérieuses parce qu'immatérielles, le texte qu'on va lire. Il y revient sur cette notion rabâchée de laïcité, ce qui, en ce mardi pluvieux, ne peut pas nous faire de mal. Voici :




LA LAÏCITÉ NE DISSOUT PAS LES RACES



Malika Sorel est une chic fille. Non, sérieux. Un membre du Haut Conseil à l’intégration, d’origine musulmane, professant des thèses qui ne dépareraient pas sur Fdesouche, c’est à peu près aussi rare qu’un cégétiste thatchérien. C’est donc quelqu’un qui mérite des égards. Malika Sorel est culturellement musulmane, elle a par conséquent le droit (tout relatif) de dire des choses qui conduiraient qui que ce soit d’autre à la relégation sociale et médiatique, voire judiciaire.

Hélas, Malika Sorel se raccroche aux branches. Plus particulièrement à la grosse branche pourrie de la laïcité, qui serait le remède magique aux maux de l’immigration, du multiculturalisme et de l’islam.

Malika Sorel défend l’identité française avec l’énergie du désespoir, contre une grande partie de sa communauté et bien davantage que de nombreux Français d’origine. Elle fait preuve en cela d’un courage certain.

Mais tout se passe comme si ses origines ethniques l’empêchaient d’aller jusqu’au bout, de tirer les dernières conclusions qui menaceraient de trop près sa propre identité et sa propre situation. Elle croit au laïcisme à la française, dissolvant radical des antagonismes ethniques, rédempteur du racisme comme de l’anti-racisme.

« Le peuple français possède sa propre identité. Le comparer au peuple américain sur cette question de la laïcité n’a aucun sens. Les Américains ne possèdent pas la même notion de vivre-ensemble. Le séparatisme est poussé à l’extrême sur leur propre sol. Les sourires sont de façade dans la vie publique, mais sitôt quitté l’espace public, les gens ne se mélangent quasiment jamais. Barack Obama a lui-même fustigé ce séparatisme et ce qu’il appelle l’impasse raciale. »

« Il vous faut également savoir que dans nos ministères se trouvent certaines personnalités très catholiques qui, pour certaines, n’ont toujours pas compris que la laïcité protégeait aussi les catholiques. Aujourd’hui, ces hommes et ces femmes parfois très influents empêchent d’agir au service de la laïcité et participent de ce fait à mettre le peuple français en danger. »

Malika Sorel


Certes, comme vous le dites, aux Etats-Unis, les gens ne se mélangent pas. Mais que veut dire exactement “les gens” ? Cela veut dire les ethnies, et notamment (mais pas seulement) les blancs et les noirs. Il est utile de dire clairement de quoi on parle.

Et pourquoi ne se mélangent-ils pas, à votre avis ? Est-ce dû à une histoire particulière des États-Unis, à une culture politique spécifique, qui n'existerait pas chez nous ? Ou pas ailleurs dans le monde ?

Qu'est-ce qui vous fait croire que la “laïcité” à la française permettrait, miraculeusement, ce mélange qui n'existe pas aux États-Unis ? Je veux dire : un mélange harmonieux, pacifique et mutuellement consenti, bien entendu ? Car c'est bien ce que vous souhaitez, n'est-ce pas ? Nous sommes bien d'accord que si ce mélange conduit à la guerre civile permanente, à la haine mutuelle et à des bains de sang, il n'est pas souhaitable, n'est-ce pas ?

Or, est-ce que la “laïcité” a jamais, en France, permis la coexistence pacifique d'ethnies différentes ? Quand ? Où ?

Est-ce que la “laïcité”, ou tout autre concept politico-social, a permis, où que ce soit dans le monde, la coexistence pacifique, à égalité, sur un même territoire, d'ethnies différentes ? De musulmans et de non musulmans ? De blancs et de noirs ? Où ? Quand ?

Avez-vous un seul exemple à nous donner d'une miraculeuse cohabitation de ce type ?

La laïcité à la française, ce n'est pas, cela n'a jamais été, contrairement à ce que nous disent aujourd'hui les “républicains”, une recette magique qui permettrait de mélanger harmonieusement n'importe quelles ethnies et n'importe quelles religions sur un même territoire, au sein d'une même entité politique.

La laïcité à la française, c'est un armistice politique entre, d'une part, les catholiques de droite et, d'autre part, les athées de gauche, en 1905, dans un contexte historique très précis, hérité de la Révolution.

Les gens qu'il s'agissait de faire cohabiter étaient de la même nationalité, de la même ethnie, de la même race. C'étaient des Français de souche, blancs européens, qui n'étaient séparés “que” par la croyance en Dieu et les opinions politiques. Mais ils étaient tous blancs, et tous issus de la civilisation gréco-judéo-chrétienne, qu'ils soient catholiques ou athées convaincus.

Encore cet armistice politico-social n'a-t-il été obtenu qu'au prix de tensions persistantes. Ce ne fut nullement, contrairement à ce que l'on essaie de nous faire croire aujourd'hui, un état de paix paradisiaque et fraternel. Ce fut un moindre mal. Une cote mal taillée. Un couvercle appliqué sur une cocotte-minute bouillonnante.

Il suffit de voir la hargne renouvelée avec laquelle les laïcistes de 2011 s'attaquent aux catholiques.

Le “pacte laïc” de 1905 n'est même pas capable de faire régner l'harmonie au sein d'un peuple qui vit ensemble depuis plus d'un millénaire, qui est de la même race et qui partage le même héritage culturel chrétien, et l'on prétendrait que, par de simples incantations à l'Assemblée nationale ou à l'Élysée, il serait capable de souder ensemble des races, des peuples et des religions qui n'ont jamais été capables de vivre en paix entre eux, où que ce soit dans le monde ?

À moins, bien sûr, d'une domination de l'un de ces peuples, races ou religions sur tous les autres, qui aurait pour contrepartie l'asservissement des autres aux premiers, et l'emploi de moyens de coercition violents qui ne sont, j'en suis sûr, pas dans votre esprit quand vous parlez de coexistence.

Ce n'est pas sérieux. Nous sommes dans l'incantation, le fantasme politique et historique, le racontage de belles histoires ; mais sûrement pas dans la réalité.

Le “mélange” a existé quand la France ou l'Angleterre ont bâti leur empire. Mais il y avait alors un maître, et des dominés. Est-ce cela que vous souhaitez ? Le “mélange” a existé quand les Américains ont importé les noirs comme esclaves. Mais il y avait alors un maître, et des dominés. Est-ce cela que vous souhaitez ? Le “mélange” a existé quand les Arabes musulmans, puis les Turcs, ont bâti leur empire. Mais il y avait alors un maître, et des dominés. Est-ce cela que vous souhaitez ?

Robert Marchenoir

vendredi 22 avril 2011

De la bergère Bouchard au berger Marchenoir…

Lorsque j'ai proposé à Marie-Thérèse Bouchard de répondre si elle le souhaitait au texte de Robert Marchenoir publié hier ici même elle a dit oui tout de suite. Et en plus elle l'a fait : Marie-Thèse Bouchard est une femme de parole. Donc, voilà :


« Ces jeunes qui
feraient mieux
de fermer leur gueule »

Robert Marchenoir qui a des yeux de lynx, une plume acide, mais pas de blog, a pensé nécessaire de venir remonter les bretelles de la petite Marion, qui décidément file un mauvais coton. La sentence de son jugement est implacable : la Bouchard fait fausse route. Rebroussons donc chemin pour éclaircir quelques points avec Bob, doué pour critiquer et lire de travers.

En venant au monde, un enfant n'a rien à réclamer des adultes, il a au contraire tout à prouver. Pour cela, il dispose de l'éducation de ses parents, la seule qui vaille et qui n'est pas un caprice d'ado mais une nécessité pour la bonne santé d'une civilisation. Il dispose ensuite de l'école, de bibliothèques, de musées, de monuments, de l'influence de ceux qui l'ont précédé pour grandir, se forger un univers, et pour que ses prédispositions prennent un sens. Mon billet constate simplement que tout cela ne peut aujourd'hui que difficilement avoir lieu, avec un système scolaire en pleine déliquescence, des bibliothèques qui ressemblent davantage à des lieux d'apprentissage du tri sélectif et de la formation sur Excel, des musées rarissimes aux collections ridicules et aux expositions partisanes (puisque l'on parle ici de la jeunesse de province, pas du Ve arrondissement) et des monuments qui tombent en ruine (comme la magnifique église Saint-André de Grenoble, dont les murs sont devenus d'admirables pissotières, ou le château de Loches, lieu historique qui s'écroule et dont les remparts accueillent les culs des pré-pubères tabagistes du coin). Je ne fais ici que ce que la réacosphère aime le plus : admirer mon passé et déplorer ce que devient mon pays. Marchenoir me reproche de faire ma petite fille quand je joue en réalité à la vieille conne.

Il s'agit donc d'un caprice que de vouloir avoir les mêmes chances que ses parents pour pouvoir comme eux, assurer à son pays un avenir qui ressemble à autre chose qu'une gigantesque confrérie de fonctionnaires idiots et d'employés de centres commerciaux, identiques de la Touraine à la Camargue. Demander à assurer une continuité est une lubie, non pas ce qui a permis à la civilisation de se perpétuer siècle après siècle. Pour Marchenoir, tout est à recommencer à chaque naissance, rien n'est à exiger, je penserai donc à bien remercier ma mère d'avoir eu l'extrême obligeance d'apposer du talc il y a vingt et un ans sur mon divin postérieur.

Bon. Une fois que Bob a critiqué le fait qu'une gamine constate l'effondrement du niveau scolaire alors que cela doit être un de ses hobbies favoris, il lui reste à asséner l'ultime coup de massue sur le crâne de l'impétueuse : les autres aussi en ont chié, ma cocotte. Certes. Je ne doute pas un instant, mon cher maître, qu'avoir 20 ans en 1929 devait être autrement plus presse-gonades qu'en 2010. Dans un cas il n'y a plus d'argent, dans l'autre on a retardé une crise inévitable en s'endettant et en donnant l'illusion que les caisses sont pleines tandis que la monnaie dont on dispose s'apparente à une masse de papier hygiénique et de pièces en plastique. Il y a aussi eu les martyrs de 1945 qui avaient tout à refaire, les gamins du bolchevisme, les trois-poils-au-menton envoyés à Verdun, les Titis de la Commune, et les victimes de Henri V en Normandie. Loin de dire que ma souffrance est supérieure à la leur, je note néanmoins qu'elle est différente. La génération de la Zone grise n'a pas à souffrir de frigos vides, mais elle a une autre définition de l'invasion d'armées étrangères, une autre vision du conflit armé, une autre angoisse. La génération de la Zone grise à qui est dédié le billet incriminé, en chie de manière imperceptible, elle bave de ne pouvoir rencontrer des personnes avec qui avoir une conversation sans jugement au bout de cinq minutes, elle déplore de n'avoir pas de chanteurs dignes de ce nom, elle écoute Brel en se demandant ce qui s'est passé pour qu'elle ait droit à Vitaa, et quand bien même elle voudrait apprendre la musique pour pallier le manque, qui peut prétendre avoir accès à une instruction classique sans devoir débourser des sommes folles ? Quel gamin de la banlieue grenobloise peut monter à Paris pour étudier au conservatoire ? Qui oserait le regarder dans les yeux en lui disant que l'UFR de musico' de Saint-Étienne est un équivalent ? Le gamin de la Zone grise est condamné à la médiocrité, à l'incompréhension, à l'ennui, à la mort intellectuelle, ce que ne peut comprendre Papie 68 qui, bien que né dans une famille de paysans, a pu devenir docteur en socio grâce à une fac de province.

Il ne suffit pas d'avoir un frigo plein pour faire une civilisation. Les rares qui constatent ce fait sont perçus au mieux comme des ados, au pire comme des bipolaires.

Il est évident, Monsieur Marchenoir, que de tous temps les jeunes ont critiqué leurs vieux, et réciproquement. Mais mon billet a pour but de parler d'UNE génération en particulier, et je ne peux donc comme vous, me plaire à publier chez l'ami Goux une encyclopédie des idées politiques du Big Bang à nos jours. J'attaque tout particulièrement la génération 68 parce qu'elle a brûlé le grenier.

Votre volonté à m'expliquer que je fais un caprice me fait rire. Puisqu'à travers toutes les époques les p'tits jeunes ont eu à traverser des crises, pourquoi aujourd'hui porter aux nues ceux qui ont toujours tenu à protester ? Loin de moi ensuite l'idée de critiquer tous les p'tits vieux de la place Maisonnat (l'avez-vous donc pris pour vous ?), il s'agissait là d'une description, la première du billet, c'est un exercice de style. Vous savez, le genre de choses qui arrive quand on tient un blog bien à soi.


Marion Messina

jeudi 21 avril 2011

Robert Marchenoir a lu Marie-Thérèse Bouchard… et il répond, l'insolent !


L'histoire ne dit pas si Marchenoir a lu tout Bouchard, mais son dernier billet paru lui a en tout cas inspiré quelques commentaires, que j'ai trouvés en me levant (ou plutôt juste après) dans ma boitamel. Et que je vous livre tels quels, tout chauds.


« Ce monde de merde que nous laissent nos parents »

Marion fait fausse route. Une route qui ne la mènera nulle part. C'est la névrose mille fois racontée, ces temps-ci, du “monde de merde que nous laissent nos parents”. Racontée aussi bien, d’ailleurs, par les enfants que par les parents. Que de lamentations démagogiques de “vieux”, se tordant les mains à l’évocation navrée du “monde que nous laissons à nos enfants” !

Mais, Marion, vous n'avez aucun droit à quoi que ce soit en venant au monde. Il n'y a pas de drouadlôm à recevoir, à sa majorité, un joli paquet-cadeau avec un monde tout propre à l'intérieur, en parfait état de fonctionnement, amoureusement mitonné par vos parents et leur génération, de sorte que vous n'auriez plus qu'à glisser vos mignons petits pieds dans les pantoufles de “l'ascenseur social” ; lequel vous amènerait, en quelques années et dans un merveilleux chuintement d'efficacité technologico-étatique, au restaurant panoramique de la réussite du même nom.

D’ailleurs, cela n’a jamais existé. La génération de vos parents vous l’a raconté, et vous l’avez crue. Mais c’est là votre erreur, et celle de votre génération. Rien que l’expression est grotesque, quand on y pense : ascenseur social ! Il faut vraiment être français, pour inventer un concept aussi immoral et mensonger que celui-là !

Vous dites beaucoup de choses justes sur la laideur du monde, mais c’est votre ton et votre désespoir qui sonnent faux. C’est votre point de vue qui est aberrant. Vous avez vingt-et-un ans, et vous avez un point de vue de vieux. Vous usurpez un rôle qui n’est pas le vôtre. C’est aux vieux de se lamenter que c’était mieux avant, que de leur temps le monde était mieux fait, que désormais tout part à vau-l’eau, etc.

Le rôle des jeunes est de le changer, ce monde. Et cela a toujours été comme ça. Le rôle des jeunes a toujours été de ne pas tenir compte de “ce monde que leur ont laissé leurs parents”, de tirer un trait dessus par principe, et d’en faire… ce qu’ils arriveront à en faire, avant de se lamenter, à leur tour, que tout se barre en couille, etc.

Vous, vous mettez en cause la génération de 1968. XP met en cause celle d’avant. Peut-être. Si on veut. Je n’ai aucune estime particulière, ni pour les valeurs de 1968, ni pour les valeurs stato-gauchistes de 1945.

Mais si vous vous plaignez de “l’héritage” que vous recevez en 2011, qu’auraient pu dire ceux qui avaient vingt ans en 1940 ? Ou ceux qui avaient vingt ans en 1929 ?

Avez-vous entendu, à la Libération, une génération entière se plaindre « du monde de merde que nous ont laissé nos parents, en nous entraînant dans le communisme, le nazisme et la Seconde guerre mondiale » ? Avez-vous entendu, en 1929, une génération entière se plaindre « du monde de merde que nous ont laissé nos parents, en ruinant l’économie après nous avoir entraînés dans l’innommable boucherie de la Première guerre mondiale, et en semant les graines de la Seconde avec le traité de Versailles » ?

Il me semble pourtant que l’une et l’autre génération auraient eu bien davantage de motifs à se plaindre que la vôtre ! C’est quoi, votre problème ? Vous n’arrivez pas à trouver un logement correct à un prix décent ? Sans blague ? Parce que vous croyez qu’en 1945, les jeunes de votre âge, en France, se voyaient remettre, en paquet-cadeau, par le Conseil national de la Résistance, un deux-pièces cuisine en centre-ville à prix modique, avec tout le confort ?

En 1945, une bonne partie des villes françaises étaient à moitié détruites, et les logements qui tenaient debout n’avaient ni salle de bains ni WC. La crise du logement était autrement plus vive qu’aujourd’hui. Elle n’avait d’ailleurs pas cessé depuis 1918 – et n’a, en fait, jamais cessé jusqu’à ce jour, à l’exception d’une brève parenthèse qui doit se situer aux alentours des années 1960-1970, âge d’or de la construction de ces fameux “grands ensembles”, voués aux gémonies aujourd’hui.

C’est quoi, votre problème ? Le matérialisme de la société contemporaine ? Vous avez raison. Mais, attendez… Les mêmes qui déplorent « le monde de merde que nous a laissé la génération d’avant », au nom du chômage de masse et de l’avenir incertain qui est le leur, sont les premiers à exprimer leur nostalgie des Trente glorieuses, où, nous rappellent-ils, les ouvriers accédaient au réfrigérateur, à la télévision et à la voiture… Je me trompe ou c’est furieusement matérialiste, comme mètre-étalon de la société heureuse ?

Et d’ailleurs, qu’est-ce qui vous oblige, vous, à être matérialiste, si vous n’aimez pas ça ? Qu’est-ce qui vous empêche de rechercher la beauté, et de la créer ?

Vous vous plaignez de l’accueil renfrogné et bas du front que vous reçûtes, un soir de réveillon, dans une ville de province française ? Vous avez raison. C’est bovin et insupportable.

Vous croyez vraiment que c’est la faute de vos parents ? Ou celle de leur génération ? Vous êtes-vous jamais penchée sur les campagnes de propagande officielles, destinées à améliorer l’accueil des touristes en France ? Elles n’ont jamais cessé. Elles disent exactement la même chose en 2011 qu’en 1990, en 1970 ou en 1950 : soyez aimables avec les clients ; dites bonjour à la dame ; évitez de cracher à la gueule de ceux qui vous font vivre.

Un film en noir et blanc sur la Seconde Guerre mondiale, dont j’ai oublié le titre, met en scène un groupe de soldats américains prenant pension chez une aubergiste de la France profonde. Celle-ci applique les mêmes principes de la relation-client qui vous ont hérissée soixante ans plus tard. Un scénariste de Hollywood, ça se documente…

Au nom de quoi vous sentez-vous le droit d’attribuer un passé honteux à des vieillards que vous croisez dans l’autobus ? Que connaissez-vous d’eux ? Qu’avez-vous accompli, vous, qui vous rende moralement supérieure à ce point ? Qu’est-ce qui vous rend si sûre d’avoir la moindre légitimité pour les mépriser ? Ce sont des postures adolescentes.

Et puis, tant qu’à tenir une comptabilité de l’héritage parental, vous devriez remplir aussi bien la colonne actif que la colonne passif ; cela vous aiderait à voir les choses de façon plus optimiste. Tenez, au hasard, dans “le monde de merde que vos parents vous ont laissé”, il y a quand même deux énormes paquets-cadeaux, si l’on tient à raisonner comme vous le faites : Internet, et la faculté de se rendre n’importe où en Europe pour 50 euros.

Cela, ni la génération de 1968, ni celle de 1945, ni celle de 1929 ne l’avaient. Ne me dites pas que ce n’est rien. Ne me dites pas que cela ne vous donne pas des possibilités infinies que personne n’a jamais eues avant vous.

Les récriminations des jeunes envers la génération de 1968 sont faussées à la base, car elles s’appuient sur les principes mêmes de mai 68 qu’ils prétendent récuser : j’y ai droit, c’est mon droit, je le prends, donnez-le moi. Le jeunes qui se révoltent ainsi contre les valeurs de mai 68 se font couillonner tout seuls : ils s’enferment de leur propre chef dans la mentalité – effectivement délétère – qu’ils croient attaquer.

Votre rancœur déplacée envers les vieux que vous croisez dans la rue, c’est en réalité un hommage aux soixante-huitards, qui ont été les premiers à revendiquer le droit de cracher sur la tradition et sur leurs prédécesseurs.

La voie que vous avez choisie est une impasse. Vous plaindre que l’auberge n’est pas assez accueillante, le papier peint pas frais, les coussins trop râpeux, ne vous conduira nulle part. Il n’y a pas d’auberge, elle ne prend pas de clients, c’est un décor en carton-pâte sur le bord du chemin. Vous feriez mieux de fixer vos yeux sur la route.

Donc, soyez gentille, laissez les vieux se lamenter que c’était mieux avant, et faites, vous, votre boulot de jeune, qui consiste à bâtir le monde nouveau, et non à vous plaindre de celui que vous auriez reçu ; à bâtir votre propre avenir, et non à déplorer que vous ne l’ayez pas reçu par la poste.

Personne ne vous a rien donné. Personne ne vous doit rien.

Robert Marchenoir


mercredi 16 mars 2011

Les trois grandes religions monothéistes, “croquées” par Robert Marchenoir



Le christianisme est une religion qui se tient à l'écart des idéologies politiques.

L'islam est une idéologie politique qui s'avance masquée sous les oripeaux d'une religion.

Le gauchisme est une religion qui s'avance masquée sous les oripeaux d'une idéologie politique.