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mercredi 31 octobre 2012

Autant en emporte le vent


Je ne suis pas fou des cyclones urbains. Ils ont toujours un petit côté trop hollywoodien, on se croirait chaque fois dans un film de ce gros nul d'Emmerich. Je préfère les ouragans campagnards, les tempêtes champêtres, les tsunamis pavillonnaires. Du reste, c'est un goût que doivent partager à peu près tous les blogueurs progressistes car, j'ai eu beau chercher, retourner la blogroll de Nicolas dans tous les sens, je n'en ai pas trouvé un pour faire la moindre allusion à l'ouragan qui s'est abattu sur New York voilà quarante-huit heures. Et j'allais me disant que, si d'aventure Sandy s'était détourné sur Haïti ou sur la Jamaïque, on nous aurait sommé de pleurer à gros bouillons pendant au moins une semaine, et en plus on aurait exigé notre pognon. Mais bon.

Ce que j'aime, moi, dans les ouragans, ce sont les gens qui disent non. Il y en a toujours, on nous les montre à la télévision généralement. Ceux qui refusent obstinément d'être évacués avant la catastrophe pour aller se parquer dans des gymnases de merde avec d'autres gens qu'ils n'ont pas envie de voir, encore moins de côtoyer. Ils disent chaque fois la même chose : « Ici, c'est chez moi, c'est ma maison, j'ai toujours vécu là, j'y suis, j'y reste. Je l'attends, le typhon, je l'attends. À la grâce de Dieu, bon sang de bois ! » Ce ne sont pas des inconscients, ils savent généralement ce qu'ils risquent ; mais ils restent quand même. C'est une forme d'entêtement mêlé d'honneur, augmenté d'un dégoût instinctif du troupeau et des initiatives gouvernementales ; une manière de résistance, absurde et grandiose.

dimanche 25 septembre 2011

Y a-t-il des tilleuls en paradis ?

Comme presque toutes les décisions graves et douloureuses, celle-ci fut prise très vite, un soir du mois dernier : dès qu'il aurait fini de perdre ses dernières feuilles, le tilleul qui occupe désormais tout l'espace entre la maison et la Case serait abattu. Parce qu'il devient trop gros, envahissant, disproportionné à son modeste environnement. Justement, depuis deux ou trois jours, il a commencé de jaunir, sans bien sûr savoir qu'il allait laisser choir sa feuillée pour la dernière fois de son existence. Et voilà que, par ce début d'agonie, je me sens moins assuré du forfait que nous méditons : ces quelques feuilles pâlissantes me sont un reproche ; encore discret, mais on sent bien que la pression va aller s'aggravant. Alors, je m'arme, me cuirasse et me caparaçonne. Lorsque mes yeux se portent vers l'arbre, je ne manque pas de lui adresser les plus vifs reproches quant aux saletés qu'il épand à plaisir sur la terrasse et dans les gouttières, d'un bout du printemps à l'autre de l'automne. Je lui assure que nous serons bien soulagés lorsque, lui disparu, nous pourrons enfin voir un bout de ciel au-dessus du jardin – et je feins de ne pas entendre les protestations piaillées des oiseaux qui comprennent bien que leur restaurant d'hiver est promis à déménagement. Je me comporte comme la Françoise de Proust, qui insultait le poulet du dimanche lorsque celui-ci ne se laissait pas tuer assez facilement à son gré. Et, sachant que le voisin d'en face viendra récupérer et débiter le colosse pour se chauffer de lui cet hiver, je tâche de ne pas trop écouter la petite mirlitonnade de Brassens qui tente de me coloniser la mauvaise conscience :

Comme du bois de caisse, amère destinée,
Il périt dans la cheminée…

mardi 19 janvier 2010

Si tu écris ça et que tu es blanc, t'es mort !

La liberté des Haïtiens n’aura servi à rien sinon à accoucher des régimes tyranniques.

Le terrible séisme qui a détruit la capitale d’Haïti focalise de nouveau l’attention de tous les médias sur la situation catastrophique de ce pays, le plus pauvre des Amériques, un des plus pauvres du monde. Haïti est le premier pays noir, si pas l’unique, à s’être libéré des chaînes de l’esclavage grâce au génie militaire de son leader Toussaint Louverture, il y a 219 ans. Pourtant, loin d’avoir permis le développement de leur pays, la liberté des Haïtiens n’aura servi à rien, pourrait-on dire, sinon à accoucher des régimes tyranniques tout juste aptes à appauvrir leur peuple et, au contraire, à favoriser l’enrichissement des dirigeants.

La situation d’Haïti est en tous points semblable à celle de la plupart des pays d’Afrique noire, et ce compris, bien évidemment, sur le plan racial. D’où la pathétique question que tout le monde se pose tout bas mais qui est dans tous les esprits : les Noirs ne seraient-ils que des incapables ? Oser poser publiquement la question me vaudra probablement la remontrance de beaucoup de mes frères de couleur, étant donné l’extrême susceptibilité dont nous faisons généralement montre. En effet, on se rend compte maintenant, après le demi-siècle des indépendances africaines, combien la maxime de Léopold Senghor fut juste : "L’émotion est nègre, la raison hellène".

Beaucoup de cadres africains comprennent aujourd’hui que c’est la difficulté de gérer nos émotions qui nous empêche de prendre les bonnes décisions pour une meilleure gestion de nos pays. En considérant notre allergie à la critique, nos détracteurs concluent à l’infériorité du Noir. Nous sommes bien obligés, même à notre corps défendant, de convaincre qu’on nous juge mal, non pas en proférant des menaces donquichottistes mais en apportant les preuves de notre volonté d’essayer de bien faire. Pour ma part, j’ai tenté de donner réponse à cette question dans un ouvrage (Africains, nous devons changer) paru l’année dernière chez l’Harmattan à Paris.

Pour commencer, il est peut-être nécessaire de rappeler que de nombreuses études scientifiques faites dans le monde ont démontré que tous les êtres humains, abstraction faite de la couleur de leur peau, ont les mêmes aptitudes au point de vue de l’intelligence. En revanche, notre culture apparaît comme un handicap ne favorisant pas un comportement rationnel en matière de gestion d’un Etat moderne. A mon humble avis, notre vision du monde et le rapport au pouvoir qui en découle semblent toujours obéir à la tradition, alors même que nous sommes en charge de gérer des pays modernes que, malheureusement, nous n’avons pas créés mais qui l’ont été par le colonisateur.

Dans nos traditions, le pouvoir du chef (le roi) était absolu, au-delà de ce qui pouvait se concevoir dans d’autres cultures. Les biens (terres et bétail, là où il y avait élevage) et les hommes, donc aussi les femmes, appartenaient au roi, qui en disposait comme bon lui semblait.

A ce jour encore, même bardés de diplômes universitaires, beaucoup de nos dirigeants considèrent le pays comme leur "chose" pour laquelle ils n’ont de compte à rendre à personne, et encore moins à l’étranger. C’est ainsi que pourrait s’expliquer, par exemple, l’extrême susceptibilité des dirigeants congolais, de Mobutu à Kabila. Comment ne pas donner raison à ceux qui accusent nos dirigeants de se moquer des conditions de vie de leur peuple ? Si cette culture a traversé les siècles malgré les bouleversements de l’histoire, c’est certainement parce que nous n’avons pas pu nous approprier la culture du développement économique et technologique ayant accompagné le colonisateur.

C’est simple : jusqu’à ce jour, dans la plupart des pays d’Afrique noire tout comme à Haïti, les instruments de production demeurent la houe et la machette, les déplacements se font à pied, le transport des marchandises à dos d’homme. Or, ce qui contribue à la mutation de la culture, ce sont, essentiellement, les outils et les rapports de production. L’existence d’un secteur économique moderne, bien souvent géré par les étrangers, ne suffit apparemment pas à induire le changement de culture, parce qu’il n’est pas intégré par la population, sinon rien que par la consommation. Il est certain que si les populations acquièrent la possibilité de produire des biens en quantité, d’accéder à des meilleures conditions de vie, elles auraient une autre compréhension de la gestion de la chose publique; seraient par conséquent plus désireuses de se choisir des dirigeants aptes à promouvoir l’intérêt général, et donc éventuellement, à se battre pour sanctionner les dirigeants corrompus et inefficaces.

Le drame de Haïti soulève une autre interrogation, au regard du silence assourdissant des pays africains au moment où le monde entier se précipite au chevet de ce pays éprouvé. Dans leurs fréquents déplacements à l’étranger, les Chefs d’Etat africains voyagent en avion spécial, accompagnés d’une nombreuse délégation pour des coûts onéreux en millions de dollars. Prétendre que c’est un manque de moyens qui les empêche d’aller au secours d’un pays frère éprouvé relève de la pure hypocrisie. Aussi, si l’indépendance a été une chance historique dont il faut absolument se féliciter, il faudrait maintenant que nous ayons le courage de constater que notre culture n’est pas à même de favoriser le développement, voire est antagonique au développement(...)

Albert Kisonga Mazakala, ancien ambassadeur de la République démocratique du Congo en Belgique.

Texte paru dans La Libre Belgique.

samedi 30 mai 2009

Mon mal vient de plus loin

Un jour, quand je serai bien vieux, si le cancer et la crise cardiaque m'oublient, je repenserai à cette France d'avant, que plus personne ne connaîtra que moi – et quelques autres, aussi immobiles et silencieux que je le serai alors. Des images passeront, fugitives ; un peu pâlies probablement. Je ne bougerai plus de ce fauteuil, je m'astreindrai à une rigidité minérale ; ma femme sera morte, ou bien elle prendra soin de moi, de ce souvenir de mari que je serai devenu, à force d'application têtue.

Dans la glace de la salle de bain, si je puis encore m'y traîner, je croiserai un visage étrange, ridicule, grimaçant et funeste : ce sera moi, le moi d'alors. Ma main – que je vois m'échapper presque chaque jour, se transformer, bleuir, se montuer de veines inconnues – cette main tentera d'être ferme sur le manche de la brosse à dents. – Des dents que je n'aurai peut-être plus, ou alors des fausses, ridiculement blanches et régulières.

Mes chiens seront morts, j'en aurai d'autres, affublés de noms bizarres que je n'aurai pas choisis – ou alors j'aurai oublié. Ils s'efforceront de se comporter avec moi de manière naturelle – des manières de chiens : regard levé, attentif, et langue pendant sur le côté de la gueule. Catherine sera bien vieille, elle aussi, mais moins que moi, en dépit de nos états civils. Du reste, nous n'aurons plus d'états civils, rien que des états à demi sauvages, une courte période d'attente. On fera semblant de sourire encore, mais le cœur n'y sera plus – je le sais.

Un jour – sans doute très tôt le matin –, l'un de nous deux mourra. L'autre fera les gestes que l'on attend de lui, tout le monde sera parfait dans son rôle. La musique sera digne, et le cimetière est à deux pas (juste après la mare). Puis, le survivant rentrera à la maison, et se fera certainement des pâtes, parce que c'est le plus simple – dans ces cas-là. Si c'est Catherine la survivante, elle pleurera sans doute ; si c'est moi, on peut imaginer que je me bourrerai la gueule – et pleurerai pour finir ; mais des larmes d'ivrogne : pour un homme c'est plus digne.

Et, le lendemain, il faudra bien nourrir les chiens.

Des soucis à n'en plus finir

Il se met à faire chaud et la clim' de ma bagnole est en rideau, alors qu'on file vers le sud dans une semaine. Je sais bien que tout le monde s'en fout, mais moi, ça m'agace.

En plus, il faudrait aller chercher du pain, or je n'ai envie ni de prendre ma douche ni de m'habiller.

Et la pelouse demande à être tondue, cette conne.

mercredi 29 avril 2009

dimanche 26 avril 2009

Torturons-nous les méninges

Il y a peut-être pis que les fameux “sujets qui fâchent”, ce sont ceux qui ne fâchent pas ; ou plus – parce que tout le monde est d'accord en ce qui les concerne, au moins parmi les catégories de personnes qu'il nous est donné de fréquenter dans notre vie courante. Ainsi de la torture.

Si vous y réfléchissez une seconde, vous constaterez comme moi que vous n'avez eu que très rarement , avec vos amis, vos collègues de travail, etc., une vraie discussion sur la torture – voire jamais. Pour la simple raison qu'en général, tout le monde est d'accord pour condamner fermement, rejeter avec indignation, repousser avec horreur de telles pratiques, au nom de principes que l'on pourrait, pour faire très bref, qualifier d'humanistes, et que je partage pleinement. Le plus souvent, la discussion se clôt très rapidement, lorsque l'un des participants déclare avec solennité quelque chose comme : « La torture est moralement injustifiable, quelles que soient les circonstances. » Formule qui suffit à faire taire tout le monde, chacun se trouvant entièrement d'accord avec cette proclamation.

Or, c'est précisément ce “quelles que soient les circonstances” qui, me semble-t-il, devrait faire naître la vraie discussion, surgir les questions les plus désagréables et déstabilisantes pour celui qui se les pose. Bien entendu, si l'on se cantonne prudemment dans le domaine des idées générales, la proposition en question demeure inattaquable, au moins en apparence ; et chacun, moi le premier, aura à coeur d'y souscrire en toute bonne foi. Il risque d'en aller différemment si l'on sort du champ des Idées et des Principes, pour entrer dans celui du Réel – fût-ce un réel purement imaginaire.

Le réel imaginaire que j'ai choisi est celui-ci. Je suis le chef d'une cellule de lutte antiterroriste. Mes hommes et moi savons de source sûre que telle organisation a prévu, en utilisant un camion bourré d'explosifs piloté par un kamikaze, de faire sauter le tunnel sous la Manche dans les jours ou les semaines qui viennent. La charge prévue est telement importante que le tunnel va s'écrouler, engloutissant des centaines, voire des milliers de personnes.

Or, nous venons de mettre la main sur l'un des membres de cette organisation, dont nous sommes certains qu'il est au courant des détails de l'opération (Où ? Quand ? Comment ? Qui ? Etc.). Nous le détenons au secret ; nul, parmi les autorités légales du pays, n'est encore au courant de ce que nous avons mis la main sur lui. Et cet homme refuse obstinément de parler.

C'est à ce point précis qu'il s'agit de se reposer la question de la torture. Ce que je fais, bien entendu. Je suis sincèrement opposé à ces pratiques dont l'idée même me révolte ; probablement révolte-t-elle aussi l'ensemble des hommes oeuvrant sous mon commandement. Quelle réponse vais-je me donner à moi-même ? Quelle décision vais-je prendre, connaissant parfaitement les conséquences de l'alternative qui me tombe dessus ?

Deuxième question, encore plus pénible, presque inimaginable : en admettant que je me résigne à un interrogatoire “musclé”, vais-je me défausser de ses “modalités pratiques” sur l'un de mes subordonnés, en me contentant de le couvrir de mon autorité ? Ou bien, assumant jusqu'au bout la décision qui est la mienne, et la mienne seule, vais-je mener moi-même cet interrogatoire ? Tout cela en devinant les conséquences personnelles de mon choix : si de telles pratiques viennent à être découvertes, je ferai figure de monstre pour l'ensemble des gens (tout au moins en Europe occidentale...), et peut-être même à mes propres yeux.

J'en suis là, installé derrière mon bureau. Face à cet homme, assis sur une chaise métallique, les mains liés dans le dos et les pieds entravés. Qui attend et me regarde.

mercredi 22 avril 2009

L'aube se lève grise et sale

Vous avouerez que s'éveiller à l'aurore avec, dans la tête, un “vers” de Jean Ferrat, artiste que je tiens pour fort médiocre et n'ai pas écouté depuis plusieurs décennies, cela n'incite guère à l'optimisme.

Or, ouvrant les yeux et les tournant vers la fenêtre, j'ai pu constater qu'un épais brouillard amoindrissait la terre. Et je me suis demandé si le cerveau du dormeur était capable, avant même d'émerger de nouveau à la conscience, de deviner le temps qu'il faisait dehors, puis de rechercher dans sa mémoire vive un vers, ou une phrase, ou tout un poème y correspondant.

Comme je n'ai pas trouvé la réponse, je me suis levé faire le café.

mercredi 15 avril 2009

mardi 7 avril 2009

Le déclin ne devrait pas tarder à se redresser

Barack Obama face au roi d'Arabie saoudite. God bless America.
Pendant ce temps, Nicolas S. a le sourire : il domine d'une tête.

dimanche 15 février 2009

Ils se pacsèrent et eurent beaucoup d'enfants, ces cons

Aujourd'hui, çà et là sur les blogs, on s'est beaucoup inquiété de l'avenir de la planète (les OGM, le réchauffement, les marronniers classiques) – manière d'avouer qu'on n'avait rien de bien passionnant à raconter ; on s'est aussi hautement indigné du très éventuel raccourcissement du congé dit "parental". Sans que personne ne songe à lier ces deux sujets de babillage. Et pourtant.

Quant au fameux congé, mon opinion est qu'il devrait être ramené au strict minimum, c'est-à-dire au temps nécessaire à la mère pour se relever de couches, ainsi que l'on a longtemps dit. Le reste n'est que confort et vacances maquillées, payées par le contribuable. À toutes les futures engendreuses de France : Rachida Dati doit désormais être votre unique modèle, au moins en ce domaine. Ou alors, que les parents prennent le congé qu'ils souhaitent, mais que cela se traduise par un surcroît de prélèvements sociaux individuels. Un salarié qui décide de prendre un congé sabbatique de 11 mois (cela m'est arrivé) doit se débrouiller pour vivre durant cette période avec l'argent qu'il possède déjà : que les parents fassent la même chose ; qu'ils économisent avant ou soient taxés ensuite.

On va bien sûr m'objecter deux choses (je vous vois venir). La première est que, dans ces conditions, seuls les "riches" pourront de fait se reproduire. À cela, je réponds qu'il vaut mieux reproduire de la richesse que de la pauvreté, voire de la misère et de l'alcoolisme congénital. Ensuite, après m'avoir traité de connard abject (vous voyez : j'ai tout prévu), on me dira que, dans ces conditions, la population ne pourra qu'aller en diminuant. Je répondrai : tant mieux, c'est le but avoué. Et c'est là que nos deux sujets de conversation du début se rejoignent et se complètent.

Car toutes nos petites simagrées écolos ne pèseront absolument plus rien (elle ne pèsent déjà pas gros), lorsqu'il s'agira de nourrir huit, douze, quinze milliards d'individus. Au moment – pas si lointain – où ceux qui ne mangent déjà à peu près rien se soulèveront, machette en main, parce qu'ils en auront un peu assez de voir leurs enfants crever de faim sous leurs yeux pleins de mouches, vous aurez bonne mine à venir leur expliquer que les OGM c'est caca et qu'il devraient plutôt penser à préserver la planète, en passant à la culture extensive du sorgho bio, plus respectueuse de l'environnement, et en remplaçant leurs troupeaux de bovins par des élevages de lapins nains qui, eux, ne niquent pas la couche d'ozone chaque fois qu'ils lâchent une louise.

Là, je sens poindre une troisième objection, celle qui est censée me terrasser : si on suit mon idée, les Françaises vont arrêter de faire des enfants, ou du moins considérablement ralentir le rythme de production ; et, à terme, les petits Kevin et Jessica seront remplacés par des petits Mamadou et Aïcha – justement le genre de scénario contre lequel le connard abject ne cesse de s'époumonner, au risque de fatiguer l'auditoire.

Je réponds non. Ca c'est là qu'interviennent ce que j'appellerais les allocations familiales à rétro-pédalage. Le principe est simple : au premier enfant, on alloue aux parents une somme mensuelle très confortable (ce qui, par ailleurs, leur permet de se payer une nounou et de retourner bosser fissa) ; au deuxième héritier, une somme déjà beaucoup plus modeste, mais restant plus ou moins attractive ; à la troisième naissance, rien ; au quatrième enfant, suspension de l'allocation du deuxième ; enfin, si ces crétins s'obstinent, suppression de toute aide dès le lendemain du cinquième accouchement. Vous verriez, dans ces conditions, les Mamadou et les Aïcha se clairsemer aussi rapidement que les Kevin et les Jessica.

Au bout d'une génération à peine, seuls les cathos tradis se risqueraient encore sur la famille pléthorique, poussés par l'action conjointe de leur foi et de leur surface financière, et l'on verrait un fort mouvement d'embauche se dessiner dans le textile, plus précisément dans le secteur des cols claudine et des jupes plissées, ce qui enrichirait le pays tout entier.

Mais, je ne sais pourquoi, on ne me demande jamais rien, à moi.


[Rajout de ce lundi matin : on me signale en commentaires que j'ai sottement confondu le "congé maternité" avec son petit frère "parental". C'est exact, mais cela ne m'embarrasse pas plus que cela, ni ne ruine mon implacable démonstration. Le congé de maternité sera maintenu, bien entendu, bien que tendant à des proportions rachidesques, cependant que le congé parental sera totalement supprimé ou, pour reprendre ma comparaison, assimilé à un congé sabbatique. Voilà, bonne bourre quand même. ]

mercredi 7 janvier 2009

Interlude à 38°2

Bon, la suite des aventures de GI Joe sera pour plus tard, vu que son immortel créateur est rentré du travail avec deux heures d'avance et grelottant plus ou moins de fièvre derrière son volant. Je compte beaucoup sur le bouillon de poulet aux vermicelles de l'Irremplaçable, celui dont je viens d'engloutir deux assiettes ras bord.

Donc, voilà : douce nuit aux bien-portants, excellente sudation aigre aux autres.