À Balmeyer, pour le texte ; à Dorham, pour l'environnement musical
Comment reconnaître un écrivain ? Ou, plus exactement, un possible écrivain ? À ceci qu'il fait (parfois, pas toujours) jaillir des formules qu'à première lecture vous trouvez simplement amusantes, bien trouvées, comme on dit. Ensuite, vous en parlez à votre Irremplaçable (si vous en avez une, ce qui n'est pas donné à tout le monde, loin s'en faut). Et, là, discourant, vous vous apercevez, les phrases se déroulant, que cette image qui vous a d'abord fait sourire présente des étages, des arrière-plans, des tiroirs secrets ; et que, plus vous l'évoquez, plus elle acquiert de richesse. Et, même, au risque du ridicule, de profondeur. Prenons par exemple, puisque c'est d'elle qu'il s'agit, cette image de Balmeyer, parlant d'une banale gueule de bois que, comme chacun l'a fait au moins une fois dans sa vie (ou alors, sortez d'ici : vous n'êtes pas assez franchouillard et je vous envoie la police...), il a soignée "par le mal", le lendemain matin :
On aurait dit une petite voiture compressée par César qui reprenait peu à peu sa forme initiale.
Peu de mots, mais qui, à mesure qu'on se les répète, prennent forme et prolongements, exactement comme ces papiers japonais dont parle Proust, dans Du côté de chez Swann, au moment du célébrissime épisode de la madeleine, qui, d'informes qu'ils sont au départ, deviennent, trempés dans l'eau chaude, des maisons, des jardins, etc.
Cette phrase en gras que je viens de citer a ce genre de pouvoir de déploiement ; elle rend compte, avec une superbe économie de moyens, d'une réalité plus profonde qu'il n'y paraît - et sans quitter le sourire. C'est une phrase d'écrivain. Peut-être.
Une certaine jalousie me point : je vais reprendre une bière, ce sera de sa faute, à ce con.
Consommations : 1/2 bouteille de muscadet sur lie pour l'Irremplaçable ; quatre bières Goudale pour moi.
Environnement musical : Sarah Vaughan (compilation), Louis Armstrong (Good Book et extraits du concert au Town Hall de New York, 1947). Écrivant ce billet et lisant les vôtres : l'oratorio de Pâques, de J.S. Bach.
On aurait dit une petite voiture compressée par César qui reprenait peu à peu sa forme initiale.
Peu de mots, mais qui, à mesure qu'on se les répète, prennent forme et prolongements, exactement comme ces papiers japonais dont parle Proust, dans Du côté de chez Swann, au moment du célébrissime épisode de la madeleine, qui, d'informes qu'ils sont au départ, deviennent, trempés dans l'eau chaude, des maisons, des jardins, etc.
Cette phrase en gras que je viens de citer a ce genre de pouvoir de déploiement ; elle rend compte, avec une superbe économie de moyens, d'une réalité plus profonde qu'il n'y paraît - et sans quitter le sourire. C'est une phrase d'écrivain. Peut-être.
Une certaine jalousie me point : je vais reprendre une bière, ce sera de sa faute, à ce con.
Consommations : 1/2 bouteille de muscadet sur lie pour l'Irremplaçable ; quatre bières Goudale pour moi.
Environnement musical : Sarah Vaughan (compilation), Louis Armstrong (Good Book et extraits du concert au Town Hall de New York, 1947). Écrivant ce billet et lisant les vôtres : l'oratorio de Pâques, de J.S. Bach.









