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vendredi 22 mars 2019

Il suffira d'un cygne…


En français d'avant, on aurait appelé ça du “financement participatif” ; en français d'apocalypse, on dit plutôt du crowdfunding – bref. Il s'agit aujourd'hui de participer à la création et au lancement du prochain livre de Rémi Usseil et de Nicolas Doucet, le premier au texte, le second aux dessins.  Et, bien entendu, de profiter pleinement du résultat, une chanson de geste – eh oui ! – qui s'annonce superbe, et dont votre serviteur a pu lire naguère le premier chapitre en avant-première, au prix de mille bassesses et de compromissions toutes plus dégradantes les unes que les autres. Donc, le principe est simple : vous payez maintenant et, en octobre prochain, vous recevrez chez vous le somptueux album vous narrant les époustouflantes aventures du CHEVALIER AU CYGNE. Plus d'autres choses encore (cartes postales, dessins originaux, etc.), suivant la somme que vous aurez généreusement allouée aux deux créateurs. Car il y en a pour toutes les bourses, nul ne sera laissé sur le bord du chemin (ni ne pourra dire : « Désolé, c'est trop cher pour moi… ») Pour découvrir le projet, et les différentes façons d'en acquérir dès maintenant le résultat prochain, il suffit de se rendre sur




où le projet a pris forme, consistance et vie. Allez-y nombreux, allez-y enthousiastes, et n'oubliez pas d'emporter  avec vous votre petit cochon rose au dos fendu. Car cochon et cygne seront, en cette occurrence, bienheureusement complémentaires.

lundi 30 juillet 2018

Le vieil homme et le chien

Elstir et Charlus Swann (panne de cerveau !).

Un fort beau texte de M. Lafourcade.

(En espérant compenser ainsi mon manque d'inspiration actuel…)

vendredi 23 mars 2018

Deux bourreaux pour un seul épouvantail


Ce matin, tout à l'heure, à peine déclosant mes paupières, je me suis dit comme ça : « Tiens ! Et si je profitais de cette journée de relatif loisir pour exécuter Nicolas Rey ? L'écarteler en place de Grève avant de disperser les morceaux aux quatre vents du non-esprit ? Oui, oui : faisons cela ! »

J'allais sans barguigner davantage mettre cette promesse intime à exécution, elle aussi, lorsque je me suis aperçu que j'avais été devancé dans cette tâche salutaire ; que j'avais, par conséquent, une sorte de collègue de bourreau. Comme le travail avait été rigoureusement mené, je ne vis guère l'intérêt de m'acharner sur les restes du supplicié, d'éparpiller encore davantage les brins de paille ayant empli l'épouvantail.

Cela m'arrangeait foutrement, n'ayant jamais lu une ligne de Nicolas Rey. Enfin, je crois.

jeudi 16 mars 2017

Soyons portugais, au moins pour un moment

José Saramago, 1922 – 2010
De tous les écrivains dont le Portugal n'a pas manqué de faire offrande au monde et à notre appétit, je ne connaissais que Fernando Pessoa et José Saramago ; encore n'avais-je lu qu'un seul ouvrage de chacun : Le Livre de l'intranquillité pour le premier et L'Aveuglement pour le second. Depuis, je vivais paisiblement dans l'ignorance de tous les autres. Par quel chemin escarpé et ronceux, alors, suis-je arrivé il y a quelque temps jusqu'à Miguel Torga ? Pas moyen de m'en souvenir. Toujours est-il que j'ai fait venir à moi deux de ses livres : La Création du monde, que Wikimachin qualifie assez curieusement de “roman autobiographique”, et En franchise intérieure, extraits de son journal entre 1933 et 1977. Je n'ai pas encore ouvert La Création, mais le journal fait mes délices depuis deux ou trois après-midi (mes matinées sont prises par l'histoire des jésuites…) ; en principe je n'aime pas les journaux d'écrivains autrement que complets ; mais quand on lit “en VF”, il faut savoir se contenter de ce qui a été traduit, surtout si le travail a reçu l'imprimatur de l'auteur, ce qui est le cas. 

À partir de là, une certaine contagion a gagné, dont je pense avoir perdu le contrôle, puisque je viens de commander des livres de deux autres polygraphes lusitaniens (qu'est-ce qu'on n'irait pas écrire pour éviter une répétition !), dont c'est à peine si les patronymes s'étaient déjà frayés un chemin au travers du rideau de poils que j'ai dans les oreilles (ça, c'était pour conforter Nicolas dans ses préjugés à propos des réactionnaires authentiques) : La Capitale d'Eça de Queiròs (l'accent sur l'o est dans le mauvais sens, mais pas moyen de me rappeler la façon de faire ; et puis, ils n'ont qu'à écrire comme tout le monde, ces traîne-savates), Amour de perdition de Camilo Castelo Branco ; à quoi j'ai ajouté En chair vive, le second volume du journal de Torga, qui va de 1977 à sa mort, ou presque. Si, avec tout ça, il ne me vient pas des envies irrépressibles de gambas a la plancha généreusement arrosées de vinho verde, ce sera à désespérer de l'influence de la littérature sur les centres gustatifs.

dimanche 18 mai 2014

Une journée avec… Cette semaine : Michel Desgranges


 Il y a toujours de belles découvertes à faire, quand on se trouve invité chez Agnès et Michel Desgranges. Les deux ânes, pour commencer : Jupiter et Lazare ; on ne sait si on se retrouvera au paradis avec eux (il avait été question de Francis Jammes, durant le déjeuner qui venait de se terminer), mais pour l'instant, nous partageons bien la même portion de Terre.

Ensuite viennent les trois chats : deux que je n'ai encore jamais réussi à voir, tant ils se méfient – et ils ont probablement raison – des étrangers, et le troisième, Visiteur, qui a passé l'essentiel de la journée à s'approcher au plus près de Bergotte en
soufflant, crachant et grondant à qui mieux mieux, sans provoquer autre chose chez le chien qu'une totale indifférence à ses simagrées, qu'il a probablement dû trouver assez vexante à la longue.

De retour à la maison, il est temps de passer à des contemplations plus intellectuelles. Cependant que les deux femmes ont mystérieusement disparu je ne sais où, Michel me montre les quelques lettres autographes qui sont en sa possession. C'est à peine si j'ose poser mes gros doigts contemporains sur une courte missive de Chateaubriand, datée de 1822. La
seconde est de Barbey d'Aurevilly, je crois bien me souvenir qu'elle est non datée, mais sans en être sûr tout à fait. Quant à la troisième, elle a été adressée par Villiers de L'Isle-Adam à Léon Bloy, puis intégralement recopiée par celui-ci ; il s'agit donc d'une lettre de Villiers exprimée par la l'écriture de Bloy. Nous en verrons une autre un peu plus tard – j'ai oublié de qui : je ferais décidément un bien piètre mémorialiste –, à l'écriture fort élégante vue à cinquante centimètres, mais à peu près illisible lorsqu'on s'en rapproche.

Enfin, il m'a été donné de lire le début du premier chapitre du prochain roman (s'il se montre moins fainéant que moi et parvient au bout de son ouvrage…) du maître des lieux. Il s'agit du second volume de ses Mœurs contemporaines, venant à la suite d'Une femme d'État. Dans les deux pages que j'ai lues, on découvre un éminent ontologue (oui, je crois bien que c'est ça) aux prises avec le délicat problème que son épouse l'a sommé de prendre en charge, à savoir l'achat d'un flacon d'assouplissant textile à la supérette locale. Je sais d'ores et déjà que je ne pourrai jamais plus entendre le mot Soupline sans être pris d'un léger frisson de crainte.

Pendant ce temps, Visiteur continuait de tourner autour de Bergotte, par cercles centripètes, en essayant de faire le chat méchant.

vendredi 9 mai 2014

Bienvenue au métèque !


Le Causeur de ce mois de mai n'est pas excellent seulement parce qu'il signale l'existence de quelques ouvrages littéraires particulièrement remarquables. Il l'est aussi en raison du mini-dossier qu'il consacre à Alain Finkielkraut, à l'occasion de cette élection triomphale dont je ne fus pas le dernier à me doublement réjouir. Il s'ouvre sur un article de Dame Lévy au titre tendrement ironique : Habemus papam ! Si la première partie de mon “doublement” vient du fait que nul, à mon sens, n'était plus digne de l'Académie que ce pontife-là, la seconde est bien exprimée dans le chapeau qui coiffe (c'est dire s'il fait bien son métier de chapeau) cet article :

« Ses ennemis ne le critiquent pas, ils le calomnient. Ils ne réfutent pas sa vision du monde, ils la caricaturent. Ils ne contestent pas ses idées, ils insultent sa personne. Leur défaite a comme un goût de miel. »

C'est exactement cela. Il est peut-être puéril, ce plaisir que nous ressentons à voir s'affaisser les crêtes et pâlir les ergots de la volaille modernœuse, mais il est trop rare pour que l'on se prive de lui. On le prolongera, l'intensifiera, l'approfondira en lisant l'article de Jean Clair (académicien saluant son nouveau confrère) à qui j'ai emprunté son titre pour ce billet. Il y est question d'un instituteur communiste, d'un juif polonais naturalisé, d'un Flamand homosexuel, de Picasso et des foires de Champagne, entre autres choses. On y croisera Pierre Dumayet et Jean Amrouche, mais aussi Manuel Valls, L'Homme qui rit ou le Joker de Batman ; et, bien sûr, Finkielkraut, avec qui, deux pages plus loin, Natacha Polony se reconnaît des liens de filiation ancienne.

Par contraste, lorsqu'on aborde, ensuite, le dossier principal de ce numéro, Les jeunes sont-ils vieux ?, on acquiert cette certitude jubilatoire, que c'est bien un authentique jeune homme qui vient d'être ennobli d'immortalité.

samedi 5 avril 2014

Dans lequel j'approuve ceux qui désapprouvent

Le Quai d'Orsay fait peau neuve.

« Le parti de l’In-nocence désapprouve totalement le rattachement du ministère du Commerce extérieur à celui des Affaires étrangères. La diplomatie de la France n’a déjà que trop tendance a être étroitement soumise aux intérêts commerciaux prétendus du pays. En soulignant une sujétion qui porte gravement atteinte à la dignité et même à l’indépendance de notre patrie, le rapprochement des deux ministères risque fort de consacrer officiellement, en fait, le rattachement du ministère des Affaires étrangères à celui du Commerce extérieur et à réduire notre présence dans le monde à celle d’une entreprise cherchant sans grand succès à s’attirer des clients. »

mercredi 26 février 2014

Ukraine et Russie : ce que dit Matzneff


« […] Un désespoir civique, une souffrance morale. Ces jours derniers, passant boulevard Saint-Germain devant les kiosques à journaux, je baissais les yeux pour ne pas lire les titres qui me révulsaient, ces cinq colonnes à la une opposant les Ukrainiens pro-européens aux Ukrainiens pro-russes, célébrant la "victoire de l'Europe contre la Russie".
En ce moment, je ne puis ni lire les journaux, ni écouter la radio, ni regarder la télévision, car cette formule indécente, ignoble, est partout ; elle est l'unique son de cloche que font entendre nos médias. J'ignore si les événements ukrainiens de ces derniers jours sont une défaite pour la Russie. Ce dont, en revanche, je suis certain est qu'ils ne sont pas une victoire pour l'Europe. Si victoire il y a, c'est celle des États-Unis qui ont injecté des millions de dollars pour arriver à ce résultat, et je suis prêt à parier que si un jour l'Ukraine intègre l'Union européenne elle demandera aussitôt à faire partie de l'Otan, cet instrument de l'impérialisme américain sur notre vieux continent. Les amis de Mme Timochenko, que l'aveugle presse française baptise "pro-européens", se fichent de l'Europe comme d'une guigne. Ce qu'ils veulent, c'est l'argent américain, le style de vie américain, les lance-missiles américains.
Que les États-Unis se battent avec cynisme pour ce qu'à tort ou à raison ils considèrent être la défense de leurs intérêts, c'est déplaisant, mais naturel. En revanche, cette Union européenne de Bruxelles disciplinée servante des intérêts américains, cette France qui, après avoir trahi l'amitié franco-serbe, trahit l'amitié franco-russe, pourtant si nécessaire à l'équilibre européen, quelle pitoyable dégringolade ! Quelle erreur ! […] »


L'article entier est ici.

mardi 25 juin 2013

Les iconoréacs ont de bien saines lectures


Sur son tout jeune blog, presque encore emmailloté, Michel Desgranges écrit ceci, qui est très mauvais pour mes chevilles :

« Dans Mémoire d'en France , ouvrage où la critique littéraire égale en excellence et pertinence la peinture  de la société et de nos mœurs, M. Didier Goux appelle Lucien de Rubempré "ce petit con". La formule est violente, et la pensée juste, mais, à cette aune, quel qualificatif devrait-on appliquer à cette larve de Frédéric Moreau ? » Je vous laisse le temps de lire le développement qui suit cette question…

Que puis-je répondre ? D'abord, peut-être, que l'on ne s'attend jamais à beaucoup d'empathie pour ses personnages, de la part de Flaubert (non plus que de celle de Desgranges envers les siens, du reste ! Mais j'y reviendrai un jour prochain). La satire et la caricature ne sont jamais bien loin, si l'on songe au Homais de Madame Bovary, tandis que Balzac me semble échapper toujours à cette tendance-là. De fait, il ne “charge” nullement Rubempré, se contentant de nous le montrer tel qu'il est, avec ses faiblesses, ses rêves, ses appétits et ses candeurs, et de dérouler les conséquences inéluctables de ses traits de caractère. C'est ce qui le rend extraordinairement vivant, condition nécessaire pour qu'il puisse être profondément aimé par un lecteur (Oscar Wilde, par exemple) et violemment détesté par un autre (votre serviteur). Frédéric Moreau, lui, nous est “vendu” comme médiocre et velléitaire, l'auteur l'a voulu ainsi, on le sent pratiquement dès la scène d'ouverture, sur le navire fluvial Ville-de-Montereau ; c'est ce qui empêche chez moi l'animosité envers lui : l'impression d'avoir la main forcée, le jugement par trop sollicité.

Puis, il y a tout de même autre chose. Frédéric Moreau est certes une “larve”, pour reprendre le terme de Michel Desgranges, mais il n'est jamais malfaisant, alors que l'égoïsme de Rubempré est destructeur : demandez donc à la pauvre Coralie ce qu'elle en pense ; également à l'infortunée Esther des Splendeurs et Misères des courtisanes – et même à Vautrin, d'ailleurs.

Frédéric Moreau est quelque chose comme un gros mollusque inoffensif, quand Lucien Chardon est tout entier du côté des espèces nuisibles. 

(Je parlais plus haut du manque d'empathie de Flaubert : à la réflexion, on doit pouvoir, peut-être, faire une exception pour Bouvard et Pécuchet, qui me paraissent bénéficier d'une certaine tendresse de leur créateur. Attendons quelques jours pour voir ce qu'en pense le relecteur actuel…)

mardi 4 juin 2013

Un nouveau blogueur réactionnaire sur orbite


Il ne s'agit nullement de Guillaume Budé (mille quatre cent quelque chose – mille cinq cent à peine moins), mais enfin l'illustration n'est pas sans quelque rapport avec cet Iconoclaste réactionnaire qui vient de faire son apparition dans la galaxie. Amis trolls de gauche et autres modernœuds volants, laissez-lui le temps de souffler et de s'installer dans ses meubles avant de vous déchaîner en meute. 

samedi 20 octobre 2012

Si vous passez par Saint-Malo…


Une exposition à ne manquer sous aucun prétexte, qu'il soit mauvais ou bon ! 

vendredi 12 octobre 2012

Le Nobel des ravis de la crèche est attribué à Dame Doudette


J'avais juré, c'est vrai, que je ne me moquerais plus jamais des pauvres filles. Mais là… mais là… comment résister à ces premières phrases, à propos de la réjouissante mascarade qu'est le prix Nobel de la paix ? Tenez :

« Je n'ai pas pu retenir mes larmes. Elles ont coulé, tranquilles, sur mes joues rebondies par un sourire que je n'arrivais pas effacer. Un sourire de soulagement. Un sourire de bonheur. Parce que cette Union Européenne que j'aime tant était enfin reconnue pour ce qu'elle est d'abord et avant tout : un facteur de paix.

« Parce qu'aussi en lui remettant le prix, le comité Nobel reconnait qu'elle est autre chose qu'une simple communauté économique, qu'elle a une force qui va au delà d'alliances de circonstances destinées à faire progresser uniquement des intérêts nationaux.

« Je vous recommande la lecture du communiqué de presse : le comité Nobel récompense plus de six décennies où l'Union Européenne a contribué l'avancement de la paix, de la réconciliation, de la démocratie et des droits de l'Homme en Europe. (…) »

La suite est à l'aune, le “profil” à la hauteur. Grâce soit rendue à Nicolas, ce prodigieux dénicheur de talents blogosphériques.

mardi 25 septembre 2012

Sur une proposition de Mme Marine Le Pen


Communiqué n° 1441, lundi 24 septembre 2012
Sur une proposition de Mme Marine Le Pen

Le parti de l’In-nocence remarque que Mme Marine Le Pen, au motif qu’il faudrait interdire le voile islamique dans l’espace public, juge qu'il conviendrait pareillement, par symétrie en quelque sorte, et en gage d’impartialité, d’interdire le port de la kippa. Il estime que c’est là s'engager dans une voie extrêmement dangereuse, qui fait de l’islam et de la colonisation islamique l’aune à laquelle devraient être jugés désormais nos traditions, nos habitudes et les traits traditionnels de notre civilisation. Si l’on lutte contre les minarets, faudra-t-il abattre nos clochers ? Faudra-t-il renoncer à notre calendrier d'origine chrétienne, sous prétexte que nous ne tenons pas à fêter l’Aïd ?

Le parti de l’In-nocence estime pour sa part que cet équilibre entre ce qui est notre civilisation et ce qui manifestement ne l’est pas n’est pas acceptable ; qu’il est un piège qui accélère la marche vers la dhimmitude ; que l’égalité républicaine n’a pas lieu de s’appliquer entre ce qui est français et ce qui ne l'est pas ; que c’est du côté des indépendantistes québécois qu’il faut chercher un modèle et une inspiration, eux qui n‘ont pas hésité à assumer une stricte discrimination entre ce qui relève de leurs traditions nationales et ce qui, sur leur territoire, y porte atteinte.

La discussion – si discussion s'amorce… – sera à suivre ici…
 

mercredi 21 mars 2012

Les tabous de la gauche renforcent-ils le Front national ?

Laurent Bouvet est professeur de sciences politiques. (Il est aussi blogueur, ce qui montre bien que personne n'est parfait.) Il vient d'accorder une très bonne interview (en deux parties) à la précieuse Coralie Delaume. En voici un extrait, pour vous donner envie de lire l'ensemble :

« L’immigration n’est ni une chance, ni une menace. Elle n’est qu’une question politique, économique, sociale, culturelle… qui se pose à toute grande société ouverte. Et doit être traitée comme telle, en fonction des intérêts du pays, de la zone (l’Europe en l’occurrence pour la France), et non de manière idéologique. Hélas, à gauche, on trouve en la matière encore beaucoup d’idéologie sur ce sujet. Beaucoup d’impensés et de tabous, dont le seul résultat tangible n’a pas été d’améliorer le sort de ceux que la gauche prétend défendre et aider mais plutôt de renforcer leur stigmatisation – notamment en aidant à croître les idées du Front national – et, au sein de ces populations, certaines parties radicalisées, peu enclines à l’intégration et au vivre ensemble.

« Ce qui est valable ici pour l’immigration vaut bien entendu avant tout pour l’islam compte tenu des crispations suscitées ces dernières années autour de cette religion. En bref, il me semble que l’attitude excessivement multiculturaliste d’une partie de la gauche a favorisé davantage que combattu l’influence parallèle du Front national et des extrémistes musulmans dans notre pays. Si la gauche revient au pouvoir en 2012, il faudra sortir de cette impasse et des faux débats qui y ont conduit. »

vendredi 10 février 2012

Au bout du monde, mais pas trop loin de chez soi


J'avoue, à ma grande et courte honte, n'avoir avant ce matin jamais entendu parler de Sylvain Tesson. Mais je viens de trouver, sur un excellent blog – probablement éphémère –, ce court texte de lui, qui semble extrait d'un livre intitulé Les Forêts de Sibérie :

« Assez tôt, j'ai compris que je n'allais pas pouvoir faire grand-chose pour changer le monde. Je me suis alors promis de m'installer quelque temps, seul, dans une cabane. Dans les forêts de Sibérie. J'ai acquis une isba de bois, loin de tout, sur les bords du lac Baïkal. Là, pendant six mois, à cinq jours de marche du premier village, perdu dans une nature démesurée, j'ai tâché d'être heureux. Je crois y être parvenu. Deux chiens, un poêle à bois, une fenêtre ouverte sur un lac suffisent à la vie. Et si la liberté consistait à posséder le temps ? Et si le bonheur revenait à disposer de solitude, d'espace et de silence – toutes choses dont manqueront les générations futures ? Tant qu'il y aura des cabanes au fond des bois, rien ne sera tout à fait perdu. »

La solitude et le silence sont en effet les deux luxes dont commencent toujours par nous priver les dictatures, qu'elles soient communiste, nazie ou modernœuse. Cela étant, si on pouvait se trouver un petit havre un peu moins lointain que la Sibérie, je serais preneur. Ce qui nous ramène à cette réponse faite par je ne sais plus quel chef d'orchestre, à qui on demandait où il aimerait habiter : « Pas trop loin de chez moi… »

dimanche 29 janvier 2012

Beau comme le quantique


En 1947, Kurt Gödel, le grand mathématicien d'origine autrichienne, déjà mondialement connu pour ses théorèmes d'incomplétude, dut passer le traditionnel examen en vue de sa naturalisation américaine. Ses deux témoins étant Oskar Morgenstern et surtout Albert Einstein, l'épreuve s'annonçait comme une simple formalité. Néanmoins, assez bilieux de nature, Gödel voulut s'y préparer le plus sérieusement et minutieusement possible. À cette fin, il se plongea dans l'étude de la constitution américaine. Ce fut pour y découvrir une faille logique qui permettait, en toute légalité, de faire basculer la démocratie vers un régime tout à fait dictatorial. Mis au courant de sa découverte, Morgenstern et Einstein supplièrent Gödel de n'en surtout pas faire état devant le juge…

Un hasard malheureux voulut que le magistrat en question commençât par interroger le postulant sur le régime politique de son pays d'origine. Gödel répondit qu'après avoir été une démocratie, il s'était transformé en une dictature. « Ce n'est pas ici qu'une telle chose pourrait arriver ! », s'exclame alors le juge. Et, bien entendu, Gödel lui répond aussitôt que si, c'est très possible, et qu'il se propose de le lui démontrer séance tenante.

Le juge, qui connaissait par ailleurs Albert Einstein – et peut-être sur un signe discret de celui-ci –, préféra sagement remettre la démonstration à une date ultérieure et coupa court à l'entretien en accordant la nationalité américaine à Kurt Gödel.

jeudi 22 décembre 2011

Mais qui a décongelé Pierre Robes-Roule ?

En tout cas, quel qu'il soit il a bien fait, puisque ce nauséabond animal vient de publier, sur son blog en léthargie avancée, un scandaleux et méchant petit conte de Noël, dont je ne suis pas sûr qu'il faille le laisser traîner à portée de tous les yeux – enfin, c'est vous qui décidez.

Il n'empêche que lire des choses pareilles au pays des droits de l'homme et en plein vingt-et-unième siècle, ça fait tout de même un peu mal aux orphelines…

dimanche 18 décembre 2011

Réservons le droit de vote aux étrangers !


C'est ce que propose l'excellent Jacques Étienne (dont on se demande ce qu'il peut bien fumer dès le matin…) dans son billet du jour. On notera que les arguments qu'il développe sont parfaitement rigoureux et sensés, pour peu que l'on pense vivre dans un monde lui-même rigoureux et sensé.

mardi 6 septembre 2011

Je voudrais te consoler du mal que tu m'as fait


Ygor Yanka est de retour. De retour où ? Lui-même ne le sait sans doute pas encore très bien, mais enfin le fait est qu'il est là, quelque part entre les contours de sa propre existence. Et si le mauvais rêve est loin d'avoir perdu ses pouvoirs, du moins a-t-il commencé d'en ressaisir les rênes.

Son tout nouveau blog a bien évidemment pris place dans ma blogroll à peine sorti des limbes. Il l'inaugure par un texte d'une densité noire, mais dans lequel pourtant quelques entrebâillements de lumière se devinent. Enfin, je crois.

jeudi 11 août 2011

Je me souviens d'un coin de rue…

On a parlé de Trenet ici, il y a quelques jours, et l'envie de lui consacrer un billet ne m'a plus guère quitté depuis. Ce matin, j'ai pu constater que Georges m'avait devancé. Et qu'en plus, il en parlait bien mieux que je n'aurais probablement su le faire. Donc, je m'efface et vous donne ceci :

« Pourquoi Trenet ? Pourquoi est-ce le seul ? Pour répondre à cette question, il faut avoir eu la chance de l'entendre accompagné par Albert Lasry, ce merveilleux pianiste qui est sans aucun doute l'accompagnateur idéal pour la chanson de Trenet. Ce n'est pas l'orchestre qu'il faut à Trenet, c'est le piano, l'instrument le plus abstrait qui soit, celui de tous les instruments qui peut les évoquer tous sans en faire entendre un seul, et il faut à ce piano un musicien qui, comme Trenet, ne fait qu'effleurer les choses, les désigner d'un doigt désinvolte et léger, sans jamais les incarner, sans jamais les faire vivre (comme on dit avec la laideur prétentieuse qui caractérise si bien notre époque), mais en leur donnant seulement un contour, une silhouette, et l'amorce d'un parfum. Lasry est idéal. (…) »

La suite est là-bas…