lundi 10 août 2009

Et rien n'est plus délicieux que la pipe d'un mort aimé

À Véronique et Olivier Deprez,
pour avoir regardé ensemble.

C'est ce qu'on lit ; dans l'une des feuilles A4 qui composent la plupart des œuvres de Jean-Paul Marcheschi, nées de la bougie et du feu (la bougie qui agonise en cire liquide, le feu qui nettoie, noircit, annule, annihile, mais n'efface jamais complètement ; le feu qui, en rendant invisible (ou au moins illisible) l'écriture la renforce, lui confère une présence dangereuse, puisque partiellement “pas là”) : celle-ci dans l'une des Morsures de l'aube, celle de la salle des Pierres, Dante et Béatrice.

La phrase nous fait bondir au second étage, à la salle des Vents, sorte de mausolée offert au mort aimé en question, à lui dédiée officiellement. Avec rebondissement dans l'écriture (non brûlée, celle-là) de Renaud Camus, terriblement lisible, et pourtant, quand même, opacifiée par sa propre cire : le mot sida ne sera jamais prononcé, L'inauguration de la salle des Vents se fera sans lui, alors qu'il – le nom, le mot, la maladie, l'innommable – structure le roman, le travaille, le dessoude (au sens argotique du terme) ; ce roman où rien n'est inventé mais où tout est transporté dans le domaine de l'irréel (ou du réel le plus brut, donc indicible tel quel), élevé d'un étage, avec retombée lourde au pied de l'édifice. Des morts lointains, des morts proches dont on s'éloigne pour venir dresser la carte, des vivants qui, chutant, alourdis de tout le passé, auraient dû raisonnablement mourir et qui prefer not to. Et puis cette mort qui, presque contemporaine, n'entre pas dans le livre, forme le centre invisible et attractif, le trou noir, la matière invisible, comme l'œil de Dante dans la Morsure de l'aube du premier étage – le père.

6 commentaires:

  1. Le lieu vous inspire de beaux textes...

    RépondreSupprimer
  2. Merci...

    Hélas, demain, direction Levallois-Plage : méchante retombée dans le réel...

    RépondreSupprimer
  3. Euh.... ce serait plutôt prefer not to.

    RépondreSupprimer
  4. Je récrimine. Je trouve qu'il faut un lien vers le bungalow.

    RépondreSupprimer
  5. Vous avez tout mon soutien pour cette épreuve cher Didier. Mais songez aux retrouvailles...

    @Suzanne : les textes sont superbes, Plieux n'y est pas étranger et nous transforme Didier en écrivain "en monuments historiques" ! ;)

    RépondreSupprimer
  6. Orage : oups ! C'est corrigé...

    Catherine : ah ? Pourquoi ?

    Pluton : je ne songe même qu'à ça !

    RépondreSupprimer

Les commentaires anonymes seront systématiquement supprimés, quel que puisse être leur contenu, voire leur intérêt.