vendredi 28 août 2009

Madame se meurt, Madame est morte !

Donc, c'était le 20 août dernier. La veille, il avait fait une chaleur de bête. Le soir, au moment de l'apéritif (pris à l'intérieur, car le jardin lui-même était très inhospitalier), l'Irremplaçable et moi-même nous laissons aller à de l'humour douteux. En gros, la chaleur étant ce qu'elle est, nous nous disons que, peut-être, le thermomètre va débarrasser le monde de ma grand-mère (99,5 ans) ou de Mme Camus (98,5 ans).

Le lendemain, vers midi, une dame m'appelle de Royat, pour m'informer de la mort de la mère de Renaud Camus. Elle ne sait où le joindre, sa voix trahit la vieille dame qu'elle est, elle est tellement perdue qu'elle commence à me raconter la moitié de sa vie, ses rapports avec Mme Camus, etc. Tout en lui répondant, je réfléchis à ce que je vais devoir faire. Peu de solutions, en fait une seule : j'ai le numéro de portable de Camus, il va donc bien falloir que je lui apprenne la triste nouvelle. Vachement réjouissante perspective, isn'it ?

Ayant enfin réussi à rompre le contact avec Mme XXX de Royat, j'annonce la nouvelle à Catherine, qui, bien entendu, me laisse me démerder avec mon annonce. Genre : c'est une histoire entre mecs. Elle n'a pas tort. Je compose le numéro, avec le vague espoir que la communication ne passe pas – elle passe. Je suis tellement secoué que j'appelle Renaud Camus “Renaud” (ce qui ne semble pas le surprendre outre mesure) et lui annonce sobrement (j'espère) la nouvelle. Coup de bol, si je puis me permettre, il est déjà au courant. Je manque de très près – soulagement tel – lui dire que “ouf !”, quel bonheur qu'il soit déjà au parfum ; je ferme ma gueule in extremis.

Catherine, juste après, me dit : « Tu ne vas pas le dire sur le blog, j'espère ? ». Moi : « Ben non, évidemment ! » Et, deux heures plus tard, un visiteur (lecteur de Camus) me balance la question que personne encore, depuis trois semaines, n'a eu l'idée de poser : « Au fait, elle est toujours vivante, la mère de Renaud Camus ?» Moi, silence, semi-borborygme, puis : « Ben... j'en sais rien, hein... Elle l'était encore dans le Journal 2006... »

Et nous attendons des gens, ce même jour, qui vont dormir dans le lit de... Enfin, dans le lit des personnes qui passent par ici, quoi...


(La photo de Pierre est de Renaud Camus, et elle est toute récente. Life goes on, si on veut...)

29 commentaires:

  1. Monsieur Goux est un acrobate admirable mais est-ce bien prudent du haut d'un tel échafaudage?

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  2. Merci, cher Didier, pour ce billet plein de délicatesse. Vous êtes quelqu'un de bien.
    Henri Bès

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  3. Merci cher Didier. Henri Bès vient à l'instant d'exprimer mon sentiment.

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  4. Une de mes aïeules nous avait raconté qu'une seule fois (ce n'était pas parce qu'elle est morte à 103 ans qu'elle perdait la tête), « je déteste qu'on me demande des nouvelles de ma santé, comment voulez-vous qu'une femme comme moi aille ? les idiots ! ». N'empêche qu'elle était formidablement intelligente, et belle, et tout, je la regrette beaucoup.

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  5. « En gros, la chaleur étant ce qu'elle est, nous nous disons que, peut-être, le thermomètre va débarrasser le monde de ma grand-mère (99,5 ans) ou de Mme Camus (98,5 ans). »
    Bien sûr, vous allez dire que c'est de l'humour, du second degré, le parti pris de la sincérité, une preuve de votre attitude anti-politiquement-correct. On connaît la chanson.
    Il n'empêche que je trouve cela obscène.
    Vous me semblez, ici et ailleurs, perdre toute retenue, Didier.
    Je ne sais pas si vous êtes quelqu'un de bien ou de pas bien, mais je constate, non sans surprise, que vous vous montrez de plus en plus ostentatoire, arrogant, débridé, comme si vous vous sentiez intouchable.
    Oh, bien sûr, vous vous foutez de ce que peut dire Labeuche. Mais je vous l'aurai dit.

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  6. On devrait presque adresser des condoléances à tous les lecteurs du Journal de Camus. C'est un peu étrange que ce soit vous qui nous l'appreniez. Elle dort pour toujours dans le Journal.

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  7. Pascal labeuche: vous n'arriverez jamais à écrire un commentaire, sur quelque sujet que ce soit sans y mettre une petite note geignarde et tête à claques ?
    "moi, je pense que le chocolat noir est supérieur au chocolat au lait. Oh, bien sûr, c'est un fils de femme de ménage et d'ouvrier sourd-muet qui vous le dit, et je sais que vous allez vous moquer de moi avec votre style bien plus beau que le mien, mais..."

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  8. Suzanne : il n'y a là, justement, aucune note geignarde : juste l'anticipation de ce que Didier peut dire.

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  9. "Oh, bien sûr, vous vous foutez de ce que peut dire Labeuche. Mais je vous l'aurai dit."

    Mais si, mais si ! Et si vous faites les remarques, les questions et les anticipations, on ne parle plus que de vous, de vous, de vous... pauvre malheureux, qu'on comprendra toujours de travers, qu'on regardera de haut.

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  10. Pascale Labeuche, il vous sera beaucoup pardonné.

    Moi non plus je n'aime pas Formica.

    Marcel

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  11. Mais non, Suzanne, mais non...
    C'est votre interprétation, votre point de vue. Mais ce n'est pas mon intention. Et vous comprendrez que j'ai autre chose à foutre qu'à vous en convaincre.

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  13. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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  14. Dois-je comprendre que j'ai dormi dans le lit de Madame Mère ? Ben, dis sonc ...
    France-Hélène

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  15. @Anonyme, il me reste un strapontin sur" la barque des ombres", ça vous tente ? Et pas de baignade forcée dans le Styx au programme, je vous assure...

    @France-Hélène : le matelas est un peu ferme, excellent pour les fragilisés du rachis !

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  16. Leroux : échafaud d'âge, plutôt.

    Henri Bès et Pluton : cette appréciation, venant de vous deux, me touche plus que je ne saurais le dire.

    Emma : dans le genre con, il y a aussi les gens qui vous disent : "ben, à c't'âge-là, vous vous attendiez à quoi ?"

    Pascal Labeuche : merde.

    Suzanne : je n'ai fait ce billet que parce que Valérie Scigala a reproduit, sur Facebook, l'annonce du décès parue dans le Figaro. Jusque là, je m'étais tu.

    France-Hélène : ben oui...

    (T'as vu ? Y a Pluton qui te traite de fragilisée du rachis ! Mouarf !)

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  17. Emma, pourquoi supprimer vos commentaires ? Ils étaient très bien.
    Et merde à l'anonyme.

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  18. Didier : je ne vous fait aucun reproche. Le Journal de Camus est une galerie de personnages que j'ai du mal à imaginer vivants. Je me suis fait une idée, un portrait de la mère (mais aussi une idée des autres) à partir de mes lectures. C'est de l'autre côté du miroir. Quand on lit ce que R. Camus dit de Catherine et vous dans l'Isolation, vous devenez aussi des personnages, mais quand vous allez habiter chez lui et parlez de son château, votre voix se mêle à la sienne et c'est différent, comme si votre double, votre personnage parlait en même temps que vous, à voix mêlées. Cette impression est renforcée par la photographie inversée, le reflet trompeur. Et c'est vous qui m'annoncez la mort de la mère, évènement que je n'aurais du découvrir que dans deux ans, en toute logique. C'est tout.

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  19. Vous devriez éviter d'écrire aussi tard.
    Etiez-vous sobre? Je n'en reviens pas.

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  20. Didier, votre billet me gêne, pour tout dire il m'insupporte.
    Vous nous faites part ici d'un événement qui concerne au premier chef une personne privée, et une personne privée assez grande et assez brillante, croit-on savoir, pour nous en faire part elle-même dans son journal.

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  21. VS : de quoi ne revenez-vous pas ? Cette conjonction, entre un accès d'humour noir douteux et l'événement qui nous occupe, s'est réellement produit, et je ne l'ai pas ressentie de manière très agréable, y trouvant mon rôle assez piteux : était-ce une raison pour ne pas le dire ? Peut-être, après tout. Mais il m'a semblé que non.

    Chr Bohren : je ne vous fais part de rien du tout : le décès en question avait été annoncé dans le "carnet" du Figaro et relayé ensuite sur Facebook. J'ai du reste tu l'information tant que cela n'a pas été le cas.

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  22. S'écharper au dessus un cercueil est donc bien un sport national.

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  23. Donc, c'était au printemps 2008. A midi, peut-être par la faute de mon arrivé tardive, D. avait repris un ou deux pichets de blanc pour "que je ne boivent pas seule", cet excès le conduisant à son habitude à devenir tout à fait théâtral au moment de l'addition. Plus tard, tandis que nous le regardions s'éloigner en titubant sur le trottoir (après que S. lui eut soutenu le coude sur la partie commune de notre trajet), les deux blogueurs et moi-même nous laissâmes aller à de l'humour douteux. En gros, son imbibation étant ce qu'elle était, nous nous disions que, peut-être, un accident de circulation allait débarrasser le monde de ce blogueur qui avait abandonné son talent pour le portrait et les scènes intimistes au profit de la caricature.

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  24. (boivent=>boive)

    >Cette conjonction, entre un accès d'humour noir douteux et l'événement qui nous occupe, s'est réellement produit,
    >était-ce une raison pour ne pas le dire ? Peut-être, après tout. Mais il m'a semblé que non.

    Mais si, mais si, j'imagine tout à fait ses petits-enfants faire une requête Google, lire cela et se dire: «Mon Dieu, grand-mère a de la chance, son fils a des lecteurs si délicats, si retenus».

    Ou alors Jean-Paul Marcheschi, qui comme vous le savez, avait de longues conversations téléphoniques avec Madame Mère, et se fait lui-même du souci pour sa mère.

    Oui oui, tout à fait raison.

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  25. Alleluia !!!!!
    Voila une nécro spirituelle.
    Et le titre :)
    on dit que la mort est un manque de savoir- vivre ,ce qui l'entoure hum!!!
    je partage en ces circonstances l'avis de Henri Bès.

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  26. Valérie : je trouve curieux que vous rejoigniez Jérôme Vallet, en l'occurence. Lui et vous êtes suffisamment intelligents pour comprendre parfaitement ce que j'ai essayé (peut-être maladroitement) de dire. Lui est un con malfaisant qui fait semblant de ne pas comprendre, mais vous ?

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  27. Mourir à 98,5 ans, voilà qui est parfaitement obscène, il est vrai !

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  28. Didier, on ne publie pas n'importe quoi publiquement sous prétexte qu'on se sent con d'avoir pensé ce qu'on a pensé. Vivez avec votre culpabilité, racontez-la à vos proches, mais épargnez-nous ça.

    Et si vous voulez que je vous passe un savon, écrivez-moi en privé, j'en ai marre de faire la morale en public.

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