lundi 12 septembre 2011

Art Spiegelman donne une leçon aux blogueurs


Hier, fin de soirée, j'ai attrapé au vol, sur Arte, un documentaire consacré à Art Spiegelman ; émission sagement chronologique, mais faite essentiellement d'un long entretien avec l'auteur, coupé d'interventions souvent pertinentes d'autres personnes – donc intéressante. À un moment, parlant de la renommée planétaire qui a fondu sur lui après la publication de Maus, et de ce qu'elle a pu changer pour lui, Spiegelman a soudain marqué une courte pause avant d'ajouter, moins pour la caméra que pour lui-même, semblait-il :

« Ce dont je suis le plus fier c'est d'avoir résisté à la tentation d'avoir un avis sur tout… »

Puis, regardant de nouveau en direction de son interlocuteur invisble de nous, et avec un sourire :

« Je ne suis pas devenu l'Élie Wiesel de la bande dessinée ! »

15 commentaires:

  1. nous avons un exemplaire de Maus dédicacé (à Sauve) par l'auteur dont Agathe a gardé les enfants un été. Un excellent ouvrage qui se lit comme on lirait un roman, un bon roman à mon humble opinion, parole d'une Christine qui apprécie peu de BD. Depuis la Vendée, un salut à vous deux.

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  2. Pour moi qui n'aime pas la bande dessinée, Maus (lu au moins deux fois), reste en effet une œuvre véritable, d'une grande subtilité narrative et ne tombant dans aucun des écueils qui la guettaient (mièvrerie, grandiloquence, dramatisation outrancière, etc. : Spiegelman c'est l'anti-Spielberg). C'est Kent qui nous avait offert le livre, un jour qu'il passait chez nous, dans le Loiret.

    Sinon, je suppose que la présence de son vieil ami Crumb ne devait pas être étrangère à celle de Spiegelman à Sauve…

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  3. Il serait temps de réhabiliter la bd, qui compte quelques chefs-d'oeuvre et témoigne d'une belle vitalité. Je citerais par exemple "les formidables aventures de Lapinot", de Lewis Trondheim, pleines d'humour fin et d'air du temps joliment croqué.

    Mais Mauss est bien aussi, si on supporte encore l'évocation de la Shoah. En tout cas, la réflexion de l'auteur que vous mettez en exergue montre une lucidité extraordinaire.

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  4. ah, l'humour juif, y'a que ça de vrai!.. visiblement la lucidité est un bien très mal partagé...Geargies

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  5. Didier, une question me taraude:

    Ton ami Kent, tu le connaissais du temps de Starshooter? Par amiié, tu t'es intéressé à sa production de l'époque?

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  6. La BD c'est comme toute production littéraire, un peu comme la SF et ses différents genres.

    Pour moi, Maus est particulier surtout son graphisme qui n'est pas engageant même si le sujet est grave.

    Si la BD n' avait pas existé , je n'aurais peut être jamais apprécié la lecture.

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  7. "Ce dont je suis le plus fier c'est d'avoir résisté à la tentation d'avoir un avis sur tout…"

    ... comme leçon aux blogueurs, ça casse les commentaires.

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  8. Et pas seulement aux blogueurs, vu le crime de lèse majesté asséné à un cadre des HLPNDNH.

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  9. Marco Polo : réhabiliter la bande dessinée ? Mais j'ai l'impression, moi, de n'entendre parler que de ça, sous tous les modes et toutes les coutures depuis 40 ans et plus !

    Geargies : si la lucidité était partagée par tous, on appellerait ça le sens commun. Ou alors on deviendrait tous fous.

    XP : oui, j'ai rencontré Kent pour la première fois en 1978, dans le studio de Boulogne où Starshooter enregistrait son deuxième album. La rencontre s'est faite par le truchement de Philippe Bernalin (mon ami mort, en photo à droite, sur ce blog) qui était son ami depuis leur cinquième ou quatrième commune, à Lyon. Nous sommes restés très liés, ou disons assez liés, durant une vingtaine d'années, avant de nous éloigner, mais sans fâcherie ni brouille. Juste comme ça…

    Et, bien entendu, même si ce n'était pas le genre de choses que j'écoutais naturellement, je connais encore les disques de cette époque à peu près par cœur.

    Grandpas : je ne pense pas qu'on puisse dire que la bande dessinée est une “production littéraire”. Mais, là, on risque de retomber dans un interminable dialogue de sourds, comme il s'est déjà produit plusieurs fois ici même…

    Suzanne : ça casse surtout le blogueur !

    Trepel : il a recité Élie Wiesel quelques minutes plus tard, et avec la même ironie non appuyée. Visiblement il ne le porte pas trop dans son cœur.

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  10. Oui, Didier, on en parle beaucoup, évidemment, mais pas forcément de la bonne, et puis il s'agirait surtout de réhabiliter la bd auprès de ceux qui ne l'ont jamais aimée ou qui ne la connaissent pas (du coup, je me demande si le mot "réhabiliter" est idoine). Il se trouve que je suis aussi un très grand fan de Rock, pop et autres styles musicaux qui passent auprès des zélites pour de la merde, alors je mesure le décalage et le chemin à parcourir. C'est une question d'habitude, de familiarité.
    Mais bon, il faut aussi accepter de passer pour un con auprès des fans de Proust et de Bartok.

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  11. Monsieur Goux ,
    Sans vouloir entamer une polémique interminable, il y a un article très intéressant sur Tintin(page 14 à 16)dans le revue NRH dont il me semble vous êtes abonné.

    La science-fiction fut aussi souvent dénigrée pourtant combien de grands auteurs, Asimov,Brian Aldiss,Ray Bradbury pour ne citer que les plus emblématiques, je vais peut être me faire assassiner par d'autres lecteurs.

    Dans la BD, on trouve mille choses, l'histoire, l'Heroïc-Fantaisy, etc...

    Lisez "Casse-pipe à la Nation" ou "Brouillard au pont de Tolbiac" illustré par Tardi," Idées noires" de Franquin, je vais m'arrêter ici car sinon, je serais encore sur le clavier demain.

    Par contre j' hésite pour le Tintin de Spielberg, j'ai peur d' être déçu.

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  12. J'aime la BD, la SF ET Bartok !
    Très joli article, Didier.

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  13. Mais pourquoi vouloir à tout prix que ce que vous aimez soit "réhabilité", encensé ou que sais-je ? Ne pouvez-vous pas simplement apprécier une oeuvre dans votre coin sans vouloir pour autant faire admettre à tout le monde qu'elle est géniale ? Toujours cette manie de vouloir officialiser la culture, de faire sortir l'art de la sphère privée. Comme s'il n'était possible d'apprécier une oeuvre sans la reconnaissance du groupe. La BD c'est très bien. Et bien lisez-en plutôt que de vouloir évangéliser des gens qui s'en foutent.

    De plus, comme le dit Didier, on la voit déjà partout. Pour ne parler que du cinéma, Persepolis à Cannes, Sfar, Spielberg qui adapte Tintin (ça a l'air très moche), les 200 adaptations annuelles de comics...

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  14. "Ce dont je suis le plus fier c'est d'avoir résisté à la tentation d'avoir un avis sur tout.."
    Ce qui n’empêcha pas ce piètre dessinateur de nous faire part de sa fine analyse politique dans Courrier International au sujet, à l’époque, de WBush en Irak… Bush un nazi évidemment, en uniforme gestapiste, comme de bien entendu.

    Mais c’est pourtant vrai, de nos jours, un juif naufragé sur une île d’éléphants, s’il écrit encore un livre, ne traitera sans doute plus « de la question juive et des éléphants »... exit les éléphants.

    Woody Allen avait, quant à lui, même un avis sur les grille-pains; c’est toute la différence avec la fausse modestie d’un bobobama du Greenwich Village.

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