lundi 15 octobre 2012

Balzac, Simenon, Didier Goux, et autres gâcheurs de plâtre

Me r'garde pas comme ça, merde…
Je crois avoir raison de penser qu'il n'existe pas de passerelle entre ces deux catégories de personnes passant leur vie avec les mots et les phrases : écrivain et écrivain en bâtiment. Néanmoins, je bute sur un roc aux dimensions phénoménales : Balzac. Exemple unique a contrario, énorme dans les deux sens, exception qui confirme-etc. 

Durant environ quatre ans, de 1822 à 1825 approximativement, Balzac n'a été rien d'autre que cela : un écrivain en bâtiment ; et des plus médiocres, des plus vautrés (Vautrin ?) si je me réfère à ce que j'ai pu en lire. Cet écrivain de second rayon, ce romancier-pour-filles, ce rejeton de bourgeois qu'est Stefan Zweig n'a pas, dans sa biographie, par ailleurs précieuse,  de mots assez flétrisseurs pour le Balzac de ces années-là : il réagit comme une chaisière se piquant de délicatesse et qui reproche : « ta bite a un goût ! », au fort des Halles qui vient de lui présenter innocemment et gaillardement la sienne. Et, en effet, les écrits de Balzac (qui signe alors Saint-Aubin…), à cette époque, ont indubitablement un goût. Sweig a raison : il s'enfonce. En principe, il ne devrait jamais en ressortir. Là où Zweig est innocent (au sens moderne de trisomique), c'est qu'il garde le Balzac d'après en ligne de mire et qu'il juge le Balzac-en-bâtiment d'après celui que, tout tranquillement, il a trouvé relié plein cuir dans la bibliothèque de Papa. Il ne voit ni le mystère, ni le miracle.

Le miracle m'est apparu ce matin, lorsque j'ai repris la nouvelle intitulé Adieu, que l'on m'avait, voilà quelques jours, sommé de relire. Elle est en effet parfaite. Et elle date de février 1830. Or, un an et demi plus tôt, Balzac n'avait encore rien écrit de mieux que les méchants romans d'Horace de Saint-Aubin, qui tiennent à peu près le milieu entre Harlequin et Brigade mondaine, en moins bien dans les deux cas. Entre 1829, date des Chouans, et la fin de 1831, ce même homme va écrire près d'une vingtaine de romans ou nouvelles qui, tous, figurent aujourd'hui en bonne place dans La Comédie Humaine. Que s'est-il passé ? Comment Saint-Aubin est devenu Balzac sans la moindre transition connue ? Quelle puissance a transformé le pousseur de brouette en architecte ?

Y réfléchissant, et trouvant qu'il était un exemple unique, il m'a semblé qu'on ne pourrait pas m'opposer de contradiction à cette unicité. Puis, évidemment, le nom de Simenon a surgi. Balzac et Simenon sont faciles à associer, en raison de l'abondance de leur production et aussi d'une certaine ressemblance dans la manière d'émerger au grand jour. C'est du reste ce qui permet de dire beaucoup de sottises à leur endroit. Même Marcel Aymé a trouvé le moyen de dire deux grosses conneries en une seule phrase, courte qui plus est : « Simenon, c'est Balzac sans les longueurs. »

D'une part il n'y a aucune longueur chez Balzac, à moins d'admettre que l'on est tout à fait fermé à Balzac. Comment apprécier Eugénie Grandet sans la description minutieuse de Saumur qui l'ouvre ? Comprendre Beatrix sans celle de Guérande ? Voir Lucien Chardon et Mme de Bargeton sans Angoulême ? Ursule Mirouët si l'on ignore tout de Nemours ? Etc. D'autre part, on peut difficilement imaginer deux romanciers plus éloignés l'un de l'autre que Balzac et Simenon : celui-ci, de son propre aveu, cherche à atteindre “l'homme nu” ; celui-là ne conçoit l'homme que social ; Simenon cherche à atteindre l'invariant, Balzac ne s'intéresse qu'à ce qui est mouvant, pris dans la société et les intérêts du moment.

Il n'empêche que, vus de l'extérieur, en effet, Balzac et Simenon ont des points communs, des similitudes de “parcours”. Et notamment le fait que tous les deux ont commencé leur vie en se cachant derrière des pseudonymes afin d'écrire des choses indignes de ce qu'ils allaient devenir, dans le seul but de gagner l'argent dont ils avaient besoin (ce qui est la définition même de l'écrivain en bâtiment).

La différence est que Simenon voulait devenir écrivain, et qu'il a, dès le début, considéré son bâtimanat comme des gammes, un entraînement en vue de ce qu'il ferait plus tard. De la même manière, l'invention de Maigret était, dans son esprit, le simple passage à la marche supérieure, destinée à être abandonnée dès qu'il se sentirait capable de se hisser sur la marche suivante. (Et, en effet, il tente de tuer Maigret, ou au moins de le coller à la retraite, dès le milieu des années trente, lorsqu'il pense, à juste titre, être capable de passer à autre chose : il n'y reviendra que pendant l'Occupation, parce qu'il faut bouffer, ce qui est une manière de redevenir “en bâtiment” mais à un niveau supérieur).

Rien de semblable chez Balzac. Il se passe quatre ou cinq ans, entre la mort de Horace de Saint-Aubin et la naissance d'Honoré de Balzac, durant lesquelles Honoré Balzac ne pense à rien moins qu'à la littérature, son objectif (qui le suivra toute sa vie) étant juste de gagner de l'argent : il devient éditeur, puis imprimeur, puis encore autre chose, se plante partout et, du coup, parce qu'il n'a pas mieux à sa disposition, revient à l'écriture. Là, 1829, il devient Honoré de Balzac. On ne peut pas imaginer plus grande distance entre lui et Horace de Saint-Aubin : il bâclait des murs de cuisine, il pose les pinceaux ; il les reprend, c'est la Naissance de Vénus.

42 commentaires:

  1. "Et elle date de février 1930."
    Un Balzac très moderne, en somme ?

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    1. Oui !!
      Il s'emmêle un peu dans les dates le vieux.
      Il parle de Balzac en pensant à Simenon.
      Demain il va nous affirmer qu'il a très bien connu le Père Goriot.

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    2. Vous pouvez corriger aussi les dates suivantes (1929, date des Chouans, et 1931)...

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  2. Je note que Balzac est devenu pour lui un marronnier, un peu comme les francs-mac ou le palmarès des hopitaux pour le Point.

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  3. Rigolo, aujourd'hui je lisais justement "Frère Gaucher" de Gripari dans lequel il est dit, je cite, 2 points ouvrez les guillemets: "Quant au débuts de Balzac, j'estime qu'ils plaident pour moi. Car Balzac a gardé, pendant toute sa carrière et jusque dans ses chefs-d'oeuvres les moins discutables, des tics de feuilletonniste, dont il n'a jamais pu se défaire. Victor Hugo, malgré sa réputation de démagogue, n'a jamais fait, lui, de littérature alimentaire. Aussi sa prose a-t-elle beaucoup plus de tenue et, s'il se permet des longueurs, vous n'y trouverez pas une négligence!"

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    1. Eh bien, voilà un jugement qui ne m'incite guère à le lire, votre Gripari…

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    2. Merci amiral pour votre citation inattendue... Gripari a développé cela dans "Critiques et autocritique", chez l'Age d'Homme. Sans doute aurait-il fallu dire à M. Goux que dans "Frère Gaucher", roman épistolaire, l'écrivain-personnage Pierre Gripari donne des conseils, très tranchés, à un jeune écrivain "de gauche" qui vient de publier son premier roman ("Pâle Polynésie", je crois)... D'où ce jugement bien tranché. Gripari par ailleurs tient Balzac en très haute estime.

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  4. "Victor Hugo, malgré sa réputation de démagogue, n'a jamais fait, lui, de littérature alimentaire. Aussi sa prose a-t-elle beaucoup plus de tenue et, s'il se permet des longueurs, vous n'y trouverez pas une négligence!"

    A part que ce bon Victor n'a jamais été capable de se défaire d'une rhétorique pompeuse dont les grosses ficelles continueraient de faire le régal des professeurs de français en mal d'exemples s'ils s'en préoccupaient encore et de défendre, avec des grâces de pachyderme, toutes les balançoires éculées d'un "humanisme" proclamé de gauche. Surtout à la fin d'une vie entièrement consacrée à la poursuite de la fortune et de la gloire. Triste connard !

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    1. ... Des tristes connards comme ça, j'en redemande moi.

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    2. Nous en avons plein, plus qu'il n'en faut soyez rassurée.
      L'une d'elle vient de se faire épinglée pour blanchiment d'argent de la drogue.
      Son côté "commerce équitable" avec le Maroc était sa façon à elle de faire dans l'humanisme.

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    3. Je serais moins sévère que vous avec Hugo, mais enfin je n'en pense pas beaucoup moins. Balzac le dépasse de cent coudées – et des coudées franches, encore !

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    4. On trouve toujours Balzac meilleur que Hugo, sauf pendant la lecture de Hugo : nous apparait alors tout ce qu'Hugo a et que Balzac n'a pas (non pas parce qu'il est supérieur à Balzac mais parce qu'il est unique comme tout écrivain, il a des choses rien qu'à lui).

      Le peuple chez Hugo, l'Histoire, le souffle, les personnages réalisant de belles idées (jamais Balzac n'a créé un personnage aussi beau que Fantine, ni fait penser d'aussi belles choses que celles que pense Mgr Bienvenue), les personnages réalisant des idées laides mais acérées par rapport à la société de l'époque, le politiquement engagé.

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  5. Après tout, Balzac est un homme de tous les temps. Il publie dans les années 30 et, aux dernières nouvelles, on dit l'avoir aperçu du côté de Paimpol, attablé dans un bistrot, griffonnant des notes sur les cap-horniers...

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  6. Merci , c'est très intéressant et éclairant.

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  7. Relisez cette nouvelle (Adieu) phrase après phrase. Vous constaterez que c'est atrocement mal écrit. Clichés, adjectifs inutiles ou trop vagues, descriptions incohérentes, structures syntaxiques confuses, inélégances, verbes inappropriés (ah, cette prairie qui règne et ce feuillage qui retentit....)... Flaubert avait raison, comme presque toujours : "Quel homme eût été Balzac, s'il eût su écrire ! "...

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    1. "Quel homme eût été Balzac, s'il eût su écrire ! "
      Il n'eut pas été Balzac.

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  8. Puisque vous vous êtes associé à Balzac (et Simenon) en termes de titre de billet et de début de parcours, on ne peut s'empêcher de se poser la question suivante : Didier Goux envisage t'il de se transformer en Didier du Plessis à court ou moyen terme ? S'y prépare t' il ? A t' il un projet ? A t' il l'ambition ?
    Il a déjà le style, le vocabulaire, l'inventivité, la variété, un grand sens du second degré etc...
    Yapluka.

    Duga

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  9. M.Etienne,
    Il est amusant de constater que vous offrez une figure en miroir de ceux que vous condamnez. Celui-ci attaquera certains auteurs en raison de leur mal-pensance, vous vous le faites en raison de leur bien pensance. Mais tous deux vous participez du même mouvement, et chaussez ses lorgnons idéologiques n'est pas la meilleure des façon pour aborder les rivages de la littérature.
    "Il (Victor Hugo)exprime avec l'obscurité indispensable, ce qui est obscur et confusément révélé.
    C. Baudelaire
    Et Dieu sait la détestation qu'éprouvait Baudelaire pour Hugo.
    Pour conclure :
    "Mon âme s'envole dans les forêts vierges et dans les savanes.Tout est beau.Les mouches bourdonnent dans les rayons.Le soleil a éternué le colibri." Hugo, Les misérables.
    Le soleil a éternué le colibri...Je vous laisse apprécier la beauté de cette phrase.
    "Peu à peu ma rétine fit ce qu’elle avait à faire, les obscurs mouvements de machine nécessaires s’opérèrent dans ma prunelle, ma pupille se dilata, mon œil s’habitua, comme on dit, et cette noirceur que je regardais commença à blêmir. Je distinguai, quoi ? impossible de le dire. C’était trouble, fugace, impalpable à l’œil, pour ainsi parler. Si rien avait une forme, ce serait cela." Hugo, Promontorium Somnii.
    Si rien avait une forme, ce serait cela...Que valent M.Etienne vos critiques face à une phrase pareil.
    Ps : Les personnes intéressés peuvent consulter ce très curieux texte (relativement court) dont est extrait le passage ci-dessus.

    http://fr.wikisource.org/wiki/Proses_philosophiques/Promontorium_somnii

    "Tu rêves donc aussi, ô Toi ! Pardonne-nous nos songes alors."

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    1. "Les misérables sont un vrai poème" Rimbaud

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    2. Hugo, c'est pas le prophète qui a dit : "ouvrez une école, vous fermerez une prison" ?

      Quelque chose a dû lui échapper.

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  10. Les comparaisons entre écrivains sont un exercice assez traditionnel, parfois vain, tous les auteurs ont quelque chose de commun et quelque chose qui les oppose ou les sépare, cela ne veut pas dire qu'elles sont inintéressantes, en l’occurrence ici, la comparaison entre Balzac et Simenon est plutôt bienvenue.
    C'est leur alternance sur ce blog avec des billets politiques contestables quant à eux, simplistes ou caricaturaux quand ils ne sont pas racistes, le plus souvent destinés à entretenir des commentateurs alléchés se précipitant ici pour trouver de quoi assouvir leur haine d'autrui, du dissemblable, de l'étranger, qui me rend perplexe, tout se passe comme si la littérature et la la profondeur des billets sur des considérations esthétiques servaient à crédibiliser la faiblesse et l'injustice flagrante des notes politiques ou sociétales.

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    1. Moi, ce serait plutôt la profonde sottise de ce commentaire, qui me laisserait perplexe.

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    2. Peut-être essayais-je de me tenir au niveau?

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    3. Moi je trouve que Ludo a raison. Vous gagneriez beaucoup, Didier, à écrire des billets vantant la diversité, le mariage gay et l'ouverture à l'autre d'une manière générale.
      Comme Ludo, ce qui m'emmerde, c'est de ne pas trouver chez vous la même chose qu'au journal télé, qu'à Libé ou France Inter. J'aime les platitudes, le conformisme et la bienpensance. Et puis on est tous des frères, quoi, faudrait pas l'oublier.

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    4. Oui c'est vrai ça; on attends avec impatience le prochain billet anti-truc ou anti-machin pour pouvoir dire du mal, faire de la machinphobie et du racisme anti-truc. Sinon l'on devra se contenter de Ludovic667 pour lui dire que c'est un crétin et pour pourvoir continuer à vous lécher les bottes et satisfaire nos plus bas instincts, qui sont nombreux of course.
      Pour le coup, mon commentaire est plus proche de l'univers Simenoesque que de l'univers Balzacien, mais il est en est loin quand même. Je dis ça pour faire remarquer à cette fesse d'huitre de Ludo 341 que son commentaire est hors sujet et que c'est lui qui bave ses petites haines d'ici. Il devrait faire comme moi, se taire lorsque l'on à rien à dire…

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  11. "Quel homme eût été Goux, s'il n'eût été réactionnaire ?"
    Il n'eut pas été Goux.

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  12. Il se trouve dans certaines villes de province des maisons dont la vue inspire une mélancolie égale à celle que provoquent les cloîtres les plus sombres, les landes les plus ternes ou les ruines les plus tristes. Peut-être y a-t-il à la fois dans ces maisons et le silence du cloître et l'aridité des landes et les ossements des ruines : la vie et le mouvement y sont si tranquilles qu'un étranger les croirait inhabitées, s'il ne rencontrait tout à coup le regard pâle et froid d'une personne immobile dont la figure à demi monastique dépasse l'appui de la croisée, au bruit d'un pas inconnu.
    ***
    C'est le début d'Eugénie Grandet.
    Lisez le une fois, deux fois, et lisez le à voix haute, d'un ton égal, en mesurant votre souffle.
    Faites l'expérience de le lire à voix haute dans une librairie, quand il y a du monde. Vous verrez.

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  13. Pas mal... Il y a de jolies périodes  ciceroniennes, mais  la deuxième phrase n'apporte rien par rapport à la première , elle est même en retrait à cause du "peut-être", ce qui est gênant. Je n'aime pas trop non plus le verbe dépasser, qui est un verbe d'état, qui n'implique aucune action, et qui pourtant, dans le contexte semble indiquer une action provoquée par un bruit... C'est un peu bâclé, quand même...

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    1. Pfff... ce n'est plus de l'analyse, c'est de la dissection !

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    2. Moi, ça me gêne, surtout chez un "grand" écrivain... Au début de Adieu, Balzac nous parle d' "un chasseur". Quelques lignes plus tard, il écrit " le chasseur". Mais ce n'est pas le même! Évidemment, avec le contexte, on comprend, mais littérairement parlant, c'est du travail de bougnoule...

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  14. Etre réac, c'est la même chose qu'un très bon élève qui oserait dire quand le prof dit de la merde.
    Celui qui critique le réac n'est autre que le fils du prof.

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  15. "Ludo 341 que son commentaire est hors sujet et que c'est lui qui bave ses petites haines d'ici"

    C'était une remarque d'ordre général, je m'interrogeai seulement sur la pertinence d'un blog littéraro-politique du type de celui de M. Goux, dont les analyses littéraires sont sujettes à des commentaires fructueux, mais que les notes politiques ou sociétales volontiers provocatrices qui les saucissonnent amènent vers des discussions qui finissent très souvent en abjections.

    C'était tout ce que je voulais dire.

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    1. Les abjections, c'est quand on dit qu'il y a trop d'étrangers en France, par exemple, ou que ceux-ci devraient davantage respecter nos lois et nos coutumes ?
      C'est juste pour savoir où vous placez la barre de l'abjection, des fois que je serais un abject moi aussi (ce qui, j'en ai peur, ne fait pas l'ombre d'un doute).

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  16. Marco Polo est un abjectif détribus.

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  17. Comme d'habitude, votre billet est parfait. Et donc Balzac m'a renvoyée à mon épreuve de français du bac en 1971...(le père Goriot) et en vous lisant je vous ai imaginé (nous sommes de la même génération ) remettre votre copie à Monsieur D., notre prof de français-latin-grec (et écrivain renommé sous un pseudo) - ce que nous autres, humbles apprenants pour parler moderne, et jeunes sans culture, quoique en section littéraire, ne savions pas encore...)
    Je crois que lors du retour des copies (c'était un autre temps - très cérémonieux- d'ailleurs je ne sais pas si on doit encore rendre des copies de nos jours et si on a le droit d'avilir en public le celui ou la celle qui est passé à côté du sujet, histoire qu'ensuite il comprennne le but poursuivi par l'équipe éducative) vous auriez obtenu un généraux seize sur vingt (l'humilité s'apprenait aussi dans ce temps-là)
    Une fidèle lectrice

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  18. Là, M. Goux, vous êtes convaincant, alors que, plus haut, en reprochant au même Balzac son adjectif « immobile » pour qualifier une table, dans La cousine Bette, vous faisiez votre correcteur d'imprimerie tatillon et zélé.
    Voyez le contexte : « Le meuble en bois de palissandre sculpté comme on sculpte les ouvrages courants, sans finesse, avait donné pour la fabrique parisienne un juste orgueil à la province lors de l’Exposition des produits de l’Industrie. Les flambeaux, les bras, le garde-cendre, le lustre, la pendule appartenaient au genre rocaille. La table ronde, immobile au milieu du salon, offrait un marbre incrusté de tous les marbres italiens et antiques venus de Rome, où se fabriquent ces espèces de cartes minéralogiques semblables à des échantillons de tailleurs, qui faisait périodiquement l’admiration de tous les bourgeois que recevait Crevel. ». Elle est d'abord immobile par contraste avec les flambeaux, le lustre, la pendule, dont le style « mouvementé » (rocaille) affole le regard ; elle l'est encore, par opposition au meuble de palissandre, d'un travail grossier, que sa sculpture alourdit encore, et auquel elle oppose une identité culturelle de premier ordre : Rome, l'Italie, mais aussi la géologie, l'origine minérale du monde ! Ah, oui, vraiment, quelle belle idée que cette table soit, et demeure, immobile ! Nous la considérons, et nous convenons, après Balzac, que sa présence impressionnante ne peut être mieux rendue que par son immobilité même !
    Je ne vous aurai certes pas convaincu, M. Goux, mais tel n'était pas mon objet, lequel, au fond, était de vous adresser un aimable salut.

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