samedi 3 août 2013

La chute du papillon



Il faudrait bien, et rapidement, en finir avec cette supposée légèreté du papillon. Le papillon n'est pas léger ; il traîne derrière lui un lourd passé, dont il n'aime guère qu'on l'entretienne avec trop d'insistance, en particulier si l'on y met un peu de cette ironie qu'il déteste par-dessus tout. De ce point de vue, les diurnes et les nocturnes sont unis par le même péché originel, même si chacun ignore placidement l'existence de l'autre pour cause d'horaires incompatibles. Des petits grisâtres de lampadaires publics aux splendides vaniteux qui se cocardisent les ailes aux couleurs nationales, tous conservent la mémoire de la souillure primordiale, de ce corps tortillard et plombé qui fut le leur dans les premiers instants du monde (car le papillon – et c'est peut-être par là qu'il peut être taxé de légèreté – ignore généralement que le monde existait avant lui ; d'ailleurs, comment pourrait-on le lui prouver ?). Le papillon a été chenille, et c'est une douleur qui ne finira qu'avec lui. Il pourra tant qu'il voudra s'épuiser à nous charmer de ces voletis en arabesques, de ces duos d'amour au-dessus des lavandes, il lira toujours dans nos yeux le discret reproche teinté de dégoût des torses reptations de son enfance chenillarde ; toute sa grâce n'y changera rien. Et l'on en vient à se demander quelle terrible faute le premier papillon a pu commettre, en Éden, pour que le Créateur, qui n'est pas particulièrement vindicatif d'ordinaire, hormis avec nous, lui impose désormais la torture du cocon, l'humiliation de la métamorphose. 

15 commentaires:

  1. Si l'on se souvient que Notre Seigneur a châtié le serpent pour la part qu'il a prise dans notre chute, on peut penser qu'il aura puni le premier papillon pour une raison similaire. Sans doute a-t-il entraîné Ève en papillonnant jusqu'à l'arbre interdit.

    Il faudrait voir si Robert-Tugdual Le Squirniec (philosophe breton) aborde cette grave question quelque part.

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  2. Discrètement vous critiquez la création donc dieu. Seriez pas un peu islamophobe, antisémite ou un truc comme ça ?

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  3. J'ai pigé !

    Il y avait "Chevillard" dans le précédent, il appelle "chenillard" et hop, le papillon !

    Alors, je tente…

    "Lampadaire" entraînera "lamproie" ? Hum… non, manque un degré.

    Ah ! "Tortillard" évoque "tortue" et donc… ah merde, encore un degré qui fait défaut… Si ! De "tortue" on passe à "soupe" ! Vous allez nous parler de soupe la prochaine fois !

    Hein ? Non ? C'est vrai que vous êtes animalier, ces temps-ci.

    Ah, bah, je saurai attendre.

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    1. Tout faux ! le prochain sera vraisemblablement l'hippopotame. (Même que je me suis relevé cette nuit pour commencer à l'écrire, car j'avais peur que ce gros machin se soit envolé à mon réveil.)

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  4. Votre bonté naturelle vous pousse à attribuer au papillon une délicatesse de sentiments que sa nature profondément mauvaise ne saurait lui inspirer. Car en fait, il y a continuité entre l'immonde larve ravageuse et le joli lépidoptère dont les esprits futiles admirent les virevoltes et les chatoyantes couleurs.

    La vérité du papillon est assez comparable à celle d'un mafieux qui, dans une première phase, se serait enrichi dans les trafics les plus infâmes pour reparaître, après une période de latence destinée à faire oublier ses méfaits, sous l'apparence d'un homme du monde beau, charmant, riche et estimé afin de vivre une vie tourbillonnante entièrement dédiée à l'ivresse et à la débauche sexuelle.

    Loin d'être victime d'une quelconque vindicte divine, le papillon est une créature du diable, une sorte de Monte-Cristo dont rien n'excuserait les turpitudes.

    Quant au terne papillon de nuit, ce n'est qu'un raté que la honte de son échec et un surcroît de vice poussent à n'oser sortir que le soir tombé afin de continuer à importuner l'homme.

    Je n'ai que mépris pour le papillon.

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    1. Je reconnais bien là votre nature profondément discriminante.

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  5. C'est super, 30 millions d'amis a un concurrent au moins cela nous change des bisbilles politico-politiciennes par contre il manque un animal d'eau dans votre animalerie littéraire.

    Votre description m'a fait pensé à une BD, Ergün l'errant avec les hommes papillons et des femmes fleurs.

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    1. L'hippopotame est prêt : il sera publié dans la journée.

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    2. La pire chose qui puisse arriver à un hippopotame est bien d'être publié. En revanche c'est avec impatience que j'attends votre billet sur ce bel animal.

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    3. Robert Marchenoir4 août 2013 à 16:23

      L'hippopotame ? Il y a des hippopotames dans le jardin des Goux ? Soit il y en a un qui se paye sérieusement notre binette, soit il faut arrêter le pastis.

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    4. Putain mais arrêtez de stigmatiser cette bestiole à légère surcharge pondérale.

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  6. "L'humiliation de la métamorphose" écrivez-vous... On reconnait là une peur bien réactionnaire.

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