lundi 19 août 2013

L'Automne viendra


Il viendra et sera accueilli comme il le mérite. Nous le saluerons et nous inclinerons devant lui avec une reconnaissance teintée d'un peu d'humilité. Nous aurons soin de laisser un peu pétiller nos yeux, afin qu'il ne se prenne pas trop pour le dieu sauveur, tout de même, l'inca stupide et fat et cruel. Mais le risque est faible : l'automne par nature, par décret de nature, est doux, humide et lentement mordoré, comme une femme découverte.

Il viendra, sois-en sûr, il nous attend ; avec le calme qui est sa marque et qu'il camoufle par pudeur, crainte de n'être pas assez aimé, sous des bourrasques peu sérieuses. L'été sera balayé avant même de se rendre compte de quoi que ce soit, avec ses imprégnations huileuses et malodorantes : l'été est aussi imbécile que ses sectataires, peut-être davantage ; mais cessons de penser à lui : il est plus mort que nous ne le serons jamais. Et revenons à la saison bénie qui s'avance. Déjà le violoncelle point sous la guitare, les accords se font moins souriants ; l'architecture prend le pas sur la mélodie, le sud alangui se rétracte – la pluie nourricière est là, toute proche.

L'automne viendra, c'est écrit ; il n'y a qu'à patienter, serrer les dents, tenir.

13 commentaires:

  1. L'automne, ce n'est pas encore l'hiver.

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  2. Magnifique, mon cher Didier, magnifique.

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  3. Vénérer l'automne, c'est bien un truc de vieux réactionnaire ronchon. L'automne a deux avantages : les champignons et les forêts qui sont très jolies avec toutes ces feuilles qui crèvent. A part ça, les jours raccourcissent, ça caille, ça mouille,... Traverser le parvi de la Défense en automne vous donne des envies de suicide, surtout avec ses connards de cadre qui, dès octobre, ne pensent qu'à leurs prochaines vacances.

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  4. Ce matin, en pensant à vous, et bien avant que de lire ce billet, je chantonnais :

    "Que j'ai de peine à quitter tout ça
    Tous ceux que j'aime, que j'aime ici-bas
    Ma tendre amie et tous mes rêves
    Le goût de ses lèvres
    Cloche qui sonne au loin tout là-bas
    Feuilles d'automne craquant sous nos pas
    Que j'ai de peine à quitter tout ça !"

    Je ne sais pas si vous y trouverez une consolation mais sachez que pour des raisons personnelles, je me sens tout à fait sur la même longueur d'ondes que vous, parrain.

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  5. Beau texte et très jolie photographie, je me demande si la photographie n'est encore plus émouvante que le texte, soupirs!

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    1. On dirait le parc d'une maison de retraite.

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  6. Maître Goux, votre plume est alerte, comme toujours. Quel délice de vous lire, j'allais presque dire, vous entendre, car votre prose est musicale.

    Bien à vous.

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  7. Dites patron, ce n'est pas mon genre de cafter, mais il me semble que dans son dernier billet, Georges paraît se gausser au lieu de servir la soupe.
    Sans doute la jalousie de votre récente Proustienne intrônisation par une majorité de lecteurs et lectrices enthousiastes, ou alors le désoeuvrement dû à la fin de la parution gratuite du journal de Renaud Camus sur Boulevard Voltaire, l'Histoire nous le dira.

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    1. Bien sûr que j'ai vu : je lis tous les billets de Georges.

      [Mode prétentieux on :] C'est la tradition, les bons écrivains ont toujours été parodiés par les boulevardiers. C'est la rançon de leur talent, la petite monnaie de leur gloire. [Mode prétentieux off.]

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    2. J'ai remplacé le signifiant "soupe" par Georges Moustaki et bon, ça n'a pas donné grand chose. Faut que je trouve un autre truc.

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  8. Littérairement, ce texte est superbe.
    Mais nous souhaitons que le prochain billet soit plus léger, et orné de mauvais calembours (si manque d'inspiration, chercher chez M. Vermot).

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    1. On va voir ce qu'on peut faire demain. Peut-être un portrait en pied du baron von Scanner, ce grand sondeur des reins et des éponges ?

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