jeudi 22 août 2013

La vraie vie du baron Metastaße Von Scanner



Le jeune baron Von Scanner (1917 – 2005) vint au monde en Bavière, ce qui n'est pas donné à tout le monde, juste avant la guerre de 14, à laquelle il échappa en raison de son jeune âge. Il en conçut, durant toute son enfance, une frustration sourde : le casque à pointe l'attirait, le fracas des combats et le silence des morts également – on le disait généralement, notamment Friedrich Glockengumpen, son percepteur acnéique et pédé rentré, très en avance pour son âge. En avance, il le fut pour son adhésion au parti nazi, puisqu'il n'avait que 18 ans lorsque la commotion de ces parades en uniformes lui fit prendre sa carte. Peu de temps après, il rejeta violemment son père, à qui il reprocha, en des termes que nous ne rapporterons pas ici, de lui avoir donné ce prénom de Metastaße, par référence déliquescente à un pseudo-poète d'un siècle oublié et décadent. Il se rebaptisa lui-même Ernst, par déférence envers Röhm, dont il admirait le côté guerrier, la moustache hitlérienne, et cette énorme bite qui circulait sur certaines photos que l'on se passait de main en main, à une époque.

Lorsque le vieux baron Dietrich Von Scanner mourut, en 1938, d'une fistule particulièrement pénible et lente à le tuer, Metastaße comprit qu'il lui revenait de relever sa maison, laquelle, tout de même, avait été distinguée par Frédéric, le grand Hohenstaufen, juste après je ne sais plus quelle reconquête de la Sicile. C'est à ce moment qu'il opta pour les études de médecine, le Reich tout neuf voyant d'un bon œil, et se montrant généreux en bourses pour eux, les jeunes espoirs de la chirurgie de demain.

Metastaße Von Scanner déchanta assez vite. Lorsqu'il fut nommé médecin-chef du camp de Treblinka, il comprit presque tout suite que la chirurgie outrancièrement intrusive telle que la pratiquait un peu plus loin son camarade d'université, Josef Mengele, était vouée à l'échec. Von Scanner reconnaissait qu'il était intéressant et instructif de séparer des frères siamois à vif, mais il voyait bien que ça ne menait à rien, d'un strict point de vue médical. Malgré les consignes aboyées de Heinrich Himmler, son saint patron à lunettes, il prit sur lui – car la science l'exigeait – de ne plus découper les siamois, mais de les envoyer au four tels que la nature aberrante les avait créés. Il s'en sentit beaucoup mieux.

Lorsque la clinique de Treblinka fut brusquement fermée, sur ordre suprême et pour des raisons de politique assez incompréhensibles, Von Scanner se retrouva marri, craignit la disgrâce, trembla pour Else, sa femme, et pour Tennis et Elbo, leurs deux enfants, crut que l'Allemagne allait s'écrouler ; connaissant le régime qu'il servait, il se vit mort et s'y résigna. Or, errance de l'administration, au lieu de l'éviscérer dans une arrière-cour de la gestapo, on lui confia la direction d'un laboratoire secondaire de Düsseldorf, ce qui l'humilia et le rassura tout à la fois.

À ce moment, et on peut le comprendre, la période était rude, le baron avait tout à fait perdu de vue le fait que sa famille avait surgi de l'anonymat à l'époque du Hohenstaufen : il songeait à survivre au régime en place et, croyez-moi, ce n'était pas si facile. En plus, ses enfants étaient entrés dans l'adolescence et avaient tendance à raconter n'importe quoi à voix trop haute. Malgré les éclatantes victoires sur le font de l'est, qui remplissaient chaque jour les communiqués, il lui semblait qu'il allait devenir urgent de trouver un moyen de se tirer de ce merdier vociférant qu'était le IIIème Reich. Il comprit très vite qu'il n'avait qu'une seule alternative : disparaître dans les pampas lointaines, ou devenir un génie.

C'est alors, poussé au cerveau par la trouille, dans les bombes russes et alliées ensevelissant Berlin, que le baron Metastaße Von Scanner eut l'illumination. Mengele, ce génie, s'était trompé : l'avenir était à l'observation externe. il fallait se diriger vers l'étude du corps humain de l'extérieur. Ce qui, en plus, aurait l'énorme avantage de ne plus impliquer la vivisection de tous ces juifs qui encombraient les parloirs, et dont le baron sentait bien qu'elle n'était pas très populaire.

Il commença à y réfléchir, dans les fracas d'avril ; il prit quelques notes, à propos d'un appareil circulaire dans lequel on introduirait le corps entier du malade pour le découper tranche à tranche, mais sans lui faire de mal (lors de leur dernière entrevue, le baron s'ouvrit à Josef Mengele de son idée ; celui-ci le regarda comme s'il était fou et courut tout aussitôt voir si son billet pour Montevideo était prêt) : on le prendrait en photo tranche à tranche et on verrait bien ce qui se passerait, là-dedans, de pas normal.

Le baron Metastaße Von Scanner ne vit jamais l'invention qui porte finalement son nom. Le lendemain du suicide d'Hitler – qu'il ignora –, trois nègres américains armés et en uniforme pénétrèrent dans sa chambre. Il se leva pour les accueillir, avec cette raideur prussienne qui était celle de son enfance. Pensant qu'il était animé de mauvaises intentions, ou ne pensant rien du tout, les trois nègres tirèrent en même temps.

Le scanner devrait attendre encore un peu.

20 commentaires:

  1. c'est la première fois qu'il y a une phrase positive sur un Röhm sur ce blog

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    1. Ben quoi ? Ça ne vous intéresse pas, la vie du baron von Scanner ? Pour une fois que je pouvais vous cultiver un peu…

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  3. Voilà une histoire criante de vérité !

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  4. Pendant que herr von Scanner se livrait à de joyeuses expérimentations fut tourné le film "les visiteurs du soir" dont il me fut dit qu'il était fort ennuyeux.
    Si l'auteur de cette critique avait vu "Marguerite de la nuit", il saurait ce qu'est un film véritablement très ennuyeux ( et raté, grotesque, ridicule, misérable).

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  5. Felizitazion. Vous avez même récupéré un clavier nazional sozialist pour faire vos "esse-tzet"

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  6. Un personnage hautement important du panthéon National Socialiste sort de l' anonymat grâce vous, félicitations mais sait on quand même invente ce truc que l'on appelle scanner.

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  7. Ach, choyeux pillet que foilà!

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  8. Ah je me disais bien aussi que ce ne pouvait pas être un hippie adepte de la méditation transcendentale qui avait pu inventer un ap' pareil. Merci pour cet éclairage histoiroïde.

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  9. C'est de là que vient la méta STASI ?

    Désolé
    Duga

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  10. Le panache feuillu au dessus du profil baronesque hilare m'a demandé une mise au point, et le jeune gradé penché obséquieusement à son côté a bénéficié du même ornement en plus modeste. Henri C.-B.

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  11. Mais l'histoire ne dit pas que c'est un écossais, Tom O'Densitrom qui lui piqua finalement l'idée.

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  12. Je suis particulièrement atterré et outré par les inexactitudes qui apparaissent dans cette soi-disant biographie du Baron.
    A se lancer dans ce genre d'exercice, le minimum eût été de vérifier ses sources et de fournir un travail un tant soit peu professionnel.
    C'est en effet bien en Avril que Mangele et le Baron eurent un entretien à propos d'un projet de scanner. Mais il ne s'agissait pas, comme voudrait nous le faire croire Monsieur Goux, d'un scanner médical tuboïde (merci de bien vouloir alerter nos amis de l’académie française de ce nouveau terme afin qu’il apparaisse dans la prochaine édition du dictionnaire).
    Dans les faits, Mangele, intéressé par le projet du Baron Van Scanner lui demanda d'adapter son idée à un nouvel outil de torture utilisant cette technologie. Van Scanner repartit à sa planche à dessin et revint quelques jours plus tard avec une esquisse de scanner dit "de bourreau".
    Cet appareil se composait d'une partie inférieure sur lequel le supplicié devait s'allonger, comportant le scanner à proprement parler, dont l'utilité était de connaître effectivement les secrets les plus intimes du malheureux condamné, par numérisation de ses données internes.
    La partie supérieure quant à elle était formée d'un couvercle amovible devant aplatir les omo (déjà) plates de la victime jusqu'à ce qu'elle perde son souffle et expulse ainsi par les poumons les vérités les plus inavouées et jusqu’alors enfouies dans sa sale carcasse d’ordure.
    Après avoir vu les esquisses, Mangele qui était volontiers joueur demanda à ce qu'il existe un système permettant à l'infortuné pratiquant de mettre lui-même fin au supplice au cas où il souhaiterait se « mettre à table » plus rapidement et de façon classique.
    Il s'agissait d'une simple sonnette actionnée par un bouton poussoir. Mais en réalité la pauvre victime de l'épouvantable docteur ne pouvait bien sûr pas elle-même actionner cette sonnette, ayant son corps parfaitement immobilisé par la diabolique invention de Van Scanner.
    Il fût donc demandé à un aide de camp (de concentration) d'actionner le précieux bouton libérateur sur simple appel vocal de la victime.
    C'est ainsi qu'un premier test eût lieu.
    Après quelques numérisations du thorax et de l'estomac n'ayant rien donné de spécial, le docteur Mangele décida d'accentuer la pression du couvercle du "scanner de bourreau" ce qui provoqua instantanément des douleurs intenses au malheureux usager. Celui-ci n'eut qu'un seul cri à l'adresse de l'aide de camp : "Hep ! sonne !!!).
    Déçu des performances de l'engin, Mangele décida d'abandonner le projet et tua d'une seule balle le Baron sur le champ. La fable des trois officiers Américains est donc toute droit sortie de l'imagination de M. Goux.

    Depuis certains anciens disciples du baron, plus mal intentionnés et cupides les uns que les autres, ont récupéré les plans et ont cherché à faire de l’argent facile en utilisant son œuvre. Ils ont partiellement réussi à pérenniser l’invention mais la seule utilité qu’il en reste aujourd’hui est celle, banale, d’un scanner simple de documents. Du scanner de bourreau on en retint l’appellation politiquement plus correcte « scanner de bureau - Hep ! Sonne !! » en souvenir de cet épisode d’histoire mémorable.
    (oui je sais, ça a été un peu long et laborieux mais on est arrivé à la sortir….)

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    1. Merde ! mon côté “historien du dimanche” est découvert !

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  13. Chez Didier Goux, tous les chemins mènent à Röhm.

    Sniper

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