mercredi 21 août 2013

Sous l'œil des barbares


Le nouveau roman de François Taillandier – dont je recommande vivement, par ailleurs, la pentalogie intitulée La Grande Intrigue – s'appelle L'Écriture du monde. Si j'ai bien compris ce que j'ai lu ici et là, il s'agit du premier volet d'une trilogie dont les différentes actions se dérouleront entre la déposition du dernier empereur de Rome, Romulus Augustus (rebaptisé par le peuple Augustulus…), en 476, et l'avènement d'Hugues Capet en 987. Dans ce premier volume, en effet, nous suivons Cassiodore, Romain de vieille souche, intellectuel et homme d'État passé au service du roi ostrogoth Théodoric. Le présent de l'action, si l'on peut parler d'action pour le moment, est daté de 550, Anno Domini. Je n'en ai encore lu que 90 pages, néanmoins je pressens que la retraite prise par Cassiodore dans ses terres italiennes, au moment où s'ouvre le livre, va être moins reposante et méditative que ce qu'il croit – mais je peux être surpris. Du reste, il serait sans doute prudent, avant d'émettre un avis sur le roman, d'en savoir un peu plus sur son personnage principal. Donc, en place d'une critique, un court extrait :

« Il approfondit vers ce temps-là une intuition ancienne, au point qu'elle prit en lui les caractères d'une conviction, et même d'une évidence : il est des intérêts humains trop décisifs pour être subordonnés à l'idiotie politique. Le mot “intérêt” était faible : c'est de l'homme qu'il s'agissait. Le devenir moral d'une société, le sens qu'elle fournit au simple fait de vivre, la place qu'elle attribue aux actes de chacun, les notions qu'elle implante en chaque conscience, les lois par lesquelles elle s'oriente et cherche le salut commun, tout cela requérait d'autres soins que ceux de l'administration et de la guerre, et le cheptel humain avait besoin d'autres bergers que des monarques, des sénateurs, des généraux et des logothètes. »

François Taillandier, L'Écriture du monde, Stock, p. 86.

3 commentaires:

  1. Taillandier est quelqu'un de très bien, et un bon écrivain, mais les pensées qu'il prête à ce personnage sont fort anachroniques pour l'époque...

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    1. Cela me paraît à peu près inévitable, sous peine de devenir inintelligible, et en admettant même qu'il soit possible de restituer correctement les modes de pensée de cette très lointaine époque.

      Au point où j'en suis de ma lecture, il me semble que son but est surtout de nous parler de nous, de notre monde.

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  2. J'ai bien aimé ce roman historique, moi aussi. Je ne sais pas si l'anachronisme est inévitable (cela dépend du soin que met le romancier à l'éviter, comme en témoignent les carnets de travail de Marguerite Yourcenar). En tous cas, ici l'anachronisme n'est pas au service de la propagande bête, c'est déjà quelque chose.

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