lundi 28 juillet 2014

Chevaucher vers jadis avec Mme de La Guette

Depuis hier, je ne quitte plus Mme de La Guette et ses Mémoires (dans l'édition ci-contre, de 1929). Quelle femme étonnante, que cette petite aristocrate du XVIIe siècle ! Elle serait tout à fait à sa place dans un roman de La Varende ou même chez le Balzac des Chouans, mais avec encore plus de vivacité, de naturel, de force et de grâce qu'on en trouve chez les héroïnes des deux écrivains. Et quel contraste avec nos pleurnicheuses revendicatrices, qui exigent tout, simplement parce qu'elles sont incapables de rien prendre par elles-mêmes. (L'honnêteté oblige néanmoins à reconnaître que le contraste est tout aussi vif entre les hommes que l'on croise en ces pages et les petits ludions raisonneurs et pleutres que nous sommes devenus…) Il faut la voir, la Fronde battant son plein, tenir tête aux hommes en armes du parti des princes surgissant en ses domaines, alors que son mari est absent, parti guerroyer en Catalogne ! Rien ne la démonte ni ne l'impressionne. Et c'est presque seule qu'elle va rouler le duc de Lorraine dans la farine, permettant ainsi à Turenne, l'homme du roi, d'éviter un choc frontal entre son armée et celle du duc, qui lui aurait probablement été fatal. On sent que c'est là le haut fait de son existence presque toute provinciale – mais d'une province point trop éloignée de Paris et de la Cour, puisque les terres de M. de La Guette sont situées quelque part entre Yerres et Villeneuve-Saint-Georges – ; cependant, les petits épisodes plus domestiques qu'elle relate sont, en leurs genres, tout aussi savoureux. Il faudrait prendre le temps d'en narrer un ou deux, ce serait mieux ; mais on ne pourrait pas le faire en son français à elle, qui possède à la fois sa vivacité et son élégance ; ce serait dénaturer. Enfin, je trouve très favorable au vagabondage imaginaire le fait que personne ne sache où ni quand Mme de La Guette a finalement rendu son âme à Dieu.

18 commentaires:

  1. Je ne connaissais pas cette dame, mais ce que vous nous en dites m'allèche. Hélas, tant à lire et si peu de temps !

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    1. Les mémoires en question font à peine deux cents pages…

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  2. Mais qu'est-ce que vous avez à faire l'hommage d'une gonzesse ? Je vais appeler Catherine pour précipiter votre internement.

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  3. Enfin, vous vous êtes décidé à la lire!
    Félicitations.

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    1. J'étais déjà plus ou moins dans l'époque grâce à Tristan L'Hermitte : c'était la suite logique. Du coup, j'ai ressorti Tallemant des Réaux de son étagère, ainsi que le prince de Ligne. On n'en aura jamais fini…

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  4. "qu'elle relatent" ? Dieu du ciel !

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    1. Il y en avait une autre, aussi grosse, qui vous a échappé !

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    2. Si vous voulez parler de : "Et c'est presque seul qu'elle...", n'ayez crainte, je l'avais remarqué aussi.

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  5. Si personne ne sait ni où ni quand, elle a rendu son âme à Dieu, ne serait-ce pas une preuve suffisante pour affirmer qu'elle ne la lui a jamais rendue ?

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  6. Merci d'avoir si bien fait l'article. J'achète.

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    1. Je pense que, à vous, Catherine de La Guette ne peut que plaire !

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    2. Notez qu'il n'est pas utile de l'acheter, Koltchak : le livre est gratuitement téléchargeable ou consultable sur Google Books.

      Célestin

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    3. Mais je fais partie de la vieille garde, celle qui aime les livres "à l'ancienne". J'ai bien une liseuse, mais elle me sert uniquement pour les rapports et autres circulaires dont je peux avoir besoin. Dès qu'il s'agit de lire autre chose que des productions à caractère professionnel, je reste un inconditionnel de l'invention de ce cher Gutenberg. J'aime le contact du papier, a fortiori lorsqu'il s'agit d'éditions originales, le plaisir que l'on peut retirer d'une belle police de caractère, la sensualité du cuir ouvragé d'une reliure, même l'odeur a son importance. Un livre, c'est un magnifique objet, vivant et sensuel.

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    4. Je suis bien d'accord avec vous, et je n'ai d'ailleurs jamais lu le moindre livre sur un écran. Ma bibliothèque est aussi composée de livres joliment reliés. Mais notre hôte, lui, n'est pas un bibliophile. Et ses lecteurs peut-ētre pas plus que lui. Ils pourront au moins avoir un aperçu de l'oeuvre de Madame de la Guette.

      Célestin

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  7. Concernant os pleurnicheuses revendicatrices, qui exigent tout, simplement parce qu'elles sont incapables de rien prendre par elles-mêmes, je pense que c'est un peu plus compliqué, ou plus tordu que cela, selon le point de vue que l'on aura choisi. D'un côté, elles refusent les marques de déférence et de respect que les hommes dignes de ce nom leur montrent, au prétexte que ce sont là les traces d'une société patriarcale aliénante moisie qu'il convient de jeter dans la poubelle de l'histoire. De l'autre, elles estiment que leur qualité de femme leur permet de prétendre à tout et il faut bien le dire, surtout à n'importe quoi. Ce faisant, elles ne sont même pas foutues de voir que leur quête imbécile de l'égalité a eu pour résultat de se voir considérées comme des hommes comme les autres; après tout, est-ce que je tiens la porte à mon collègue ? Sans compter que leur rôle est devenu accessoire dans les affaires du monde, la recherche de la transparence absolue ayant réduit les maîtresses des grands au simple rôle de joli bibelot que l'on ne peut même plus arborer sous peine de se retrouver à la une des journaux. Quant aux femmes d'Etat, sortant du même moule que leurs collègues du sexe fort, elles n'ont rien à leur envier, elles sont aussi ternes, dénuées de courage et désolantes qu'eux.

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  8. En effet, ça contraste avec les chevaliers modernes du progrès.

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  9. "après tout, est-ce que je tiens la porte à mon collègue" ?

    Vous la lui balancez dans la figure, sans doute ?

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