mercredi 9 juillet 2014

Les saisons



Le temps, ici, semble toujours un peu se moquer ; de lui-même et de nous. Il le fait surtout dans les saisons qui sont ailleurs assez franches, l'hiver et l'été. Reconnaissons-le : il nous arrive fréquemment, à nous autres de l'entre-deux, d'envier nos lointains comparses, dont nous croyons savoir qu'ils connaissent chaque année ce prodige : un hiver froid et un été chaud. Il nous semble souvent, notamment dans les premières semaines de juillet ou dans les arrières-fonds de décembre, qu'ils doivent avoir une vision plus claire du monde, une assise plus solide dans le sol, des regards plus directs vers les choses, que les grisailleux incertains que nous sommes. (Et je ne parle même pas de ces populations étrangères pour qui le calendrier est assurance pleine et entière du temps qu'il fera : je me cantonne dans ces domaines de l'incertitude que sont nos régions familières.)

Il faisait été hier, il fait automne aujourd'hui ; c'est ainsi. Les rafales de vent chassent les bouffées de chaleur, avant que la ronde ne s'inverse demain matin, peut-être. En bas des nuées crépitantes, les hommes ne lèvent plus la tête qu'à peine : ce théâtre vertical, aux convulsions imprévisibles, ne les empêche plus de vivre depuis lurette ; ni de mourir, encore heureux. Ils accueillent l'eau comme ils recevraient le feu, le soleil comme les ténèbres définitives : avec un fatalisme souriant qui, après un certain nombre d'années vécues, leur fait oublier le calendrier officiel.

Il n'y a pas de calendrier qui tienne, chez nous. Et même, ces formules rutilantes que l'on récite sans y penser dans d'autres régions, parfois voisines (à propos de la verticalité des moissons, de la Saint-Médard, et que sais-je encore), nous ne les comprenons pas du tout. La pluie, chez nous, fait ce qu'elle veut ; le froid s'insinue partout, si tel est son bon vouloir, que le présent soit juillettiste ou aoûtien ; le ciel existe, il pèse et décide.

18 commentaires:

  1. Oui, bon : on a beau être réac, il n'est pas interdit de jeter un œil ici:

    http://www.meteofrance.com/previsions-meteo-france

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'attends avec une certaine impatience que vous m'expliquiez en quoi ce billet est réac…

      Supprimer
    2. D'autant que WindGuru est bien plus fiable. MétéoFrance pffff, raciste !!!!

      Supprimer
  2. Oui mais, apparemment grâce à la pluie, vos vaches sont aussi bien plus rutilantes que les nôtres !

    RépondreSupprimer
  3. « Le ciel, lui, est différent. Différent et supérieur. » (Michaux)

    RépondreSupprimer
  4. Beau billet mais le côté mélancolique fait un peu tafiole.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'irais personnellement jusqu'à tarlouze. Parce que, franchement, un mec qui vient pleurnicher parce qu'il ne fait pas beau dans son jardin (et, franchement, c'est vrai qu'il ne fait pas beau), ce type n,e mérite pas de sabrer des grognasses.

      (Tiens, ça me fait penser qu'il faut que je fasse un billet à propos du film serbe que j'ai vu hier soir : c'était une histoire de pédés, très drôle…)

      Supprimer
    2. Bonjour Monsieur Goux,

      J'attends avec impatience votre billet sur ce film serbe. Votre "teaser" est alléchant... Ca va nous changer des films de série Z avec plein de zombies.

      Supprimer
  5. [complainte du paysan] On envie aux Normands gras pâturages et abondantes récoltes, sans connaître la difficulté à gérer ce climat imprévisible. [/complainte du paysan]

    RépondreSupprimer
  6. A la campagne tout est prévu, un dicton pour toute chose quoi qu'il se passe: l'été en hiver, l'automne en Janvier et les vendanges sous la neige, bref le paysan fait avec et tire moralité de tout. C'est la seule chose immuable qu'il connaisse. Fatalement.

    RépondreSupprimer
  7. C'est la photo récente d'un pré de mon voisin.
    Mon voisin n'est pas réac, il et ce qu'il est, et a probalment toujours été.
    Il a 81 ans et il a aussi une bonne mémoire, lui.
    Il a son certificat d'études, connait et sait toujours appliquer une règle de trois.
    C'est rare comme une photo certes bucolique, mais tellement rétrograde ...

    RépondreSupprimer
  8. Robert Marchenoir10 juillet 2014 à 18:15

    Il fait moche... achetez des livres.

    Amazon/Livres: frais de livraison à... 1 centime

    Le Sénat avait voté en juin une loi visant à rendre obligatoires pour les sites de vente en ligne les frais de livraison des livres achetés sur Internet. Le gouvernement souhaitait ainsi soutenir les librairies indépendantes face aux pratiques d'Amazon. La mesure entrait en vigueur aujourd'hui.

    Face à cette mesure, Amazon a rapidement trouvé une parade. Outre le fait que les frais resteront gratuits pour les utilisateurs Premium, ils coûteront, pour les autres, 1 centime. La loi "anti-Amazon" est donc inefficace à équilibrer la concurrence entre le site et les libraires français. La Fnac.com devrait en faire de même d'ici quelques jours.

    Les hommes politiques français semblent croire que leur métier consiste à jouer au con. L'expérience montre que lorsqu'on se lance dans ce petit jeu, on trouve toujours plus con que soi.

    Quand je pense à l'usine à gaz que le parlement avait montée pour coincer Amazon... Les règles imbitables combinant les frais de porc et la réduction de 5 %, adoptées après moult amendements et tripatouillages... (Admirez ce chef-d'oeuvre d'énarque : Lorsque le livre est expédié à l'acheteur et n'est pas retiré dans un commerce de vente au détail de livres, le prix de vente est celui fixé par l'éditeur ou l'importateur. Le détaillant peut pratiquer une décote à hauteur de 5 % de ce prix sur le tarif du service de livraison qu'il établit, sans pouvoir offrir ce service à titre gratuit.)

    Et voilà : Amazon est obéissante, Amazon facture les frais de porc, Amazon met les frais de cochon à un centime.

    Et le plus drôle : la Fnac suit Amazon, comme un toutou à sa mémère. La Fnac avait supprimé les frais de porc quand Amazon les avait supprimés, elle les rétablit quand Amazon les rétablit. Mais à part ça, le gouvernement, grâce à ses lois, assure la souveraineté économique de la Frônce !

    Encore mieux : Amazon met le petit doigt sur la couture du pantalon, et se met immédiatement en règle avec les ordres du national-socialisme français ; la Fnac, cherchant à illustrer à tout prix les "stéréotypes" et les "préjugés" sur l'inefficacité et la paresse françaises, tarde à obéir à la loi qu'elle a elle-même réclamée, et combine toujours, à cet instant, la gratuité des frais de porc et la réduction de 5 %, cumul désormais interdit !

    Du coup, ça lui permet d'être moins chère qu'Amazon l'espace de quelques journées, le temps de se sortir les doigts et de corriger son site ! Il n'y a pas de petites arnaques ! Tout est bon à prendre pour la librairie franchouillarde !

    RépondreSupprimer
  9. Robert Marchenoir10 juillet 2014 à 18:20

    Bilan :

    1. Amazon passe les frais de porc de zéro à un centime, augmentation négligeable qui ne changera pas un poil de cul à sa compétitivité, et constitue au contraire une publicité en sa faveur : annoncer des frais de porc à un centime, c'est un manifeste marketing aussi efficace que d'annoncer le port gratuit. Merci au gouvernement français pour avoir fourni gratuitement un nouveau slogan à Amazon !

    2. Avant la loi, la principale librairie en ligne française s'était alignée sur les prix d'Amazon. Après la loi, la principale librairie en ligne française va s'aligner sur les prix d'Amazon. C'était bien la peine de nous en chier une pendule...

    3. Amazon a certes été contrainte d'augmenter ses prix de 5 % (environ), en abandonnant la réduction légale de 5 %. Mais la Fnac.com va être contrainte d'en faire autant, tandis que les pitites (ou grandes) librairies physiques di proximiti indépendantes di gôche avaient abandonné cette remise depuis longtemps, sauf dans certains cas très limités : les magasins Fnac font cette remise à ceux qui achètent sa carte d'adhérent (elle est payante), certaines librairies l'accordent aux fonctionnaires-professeurs qui la réclament, beaucoup ont abandonné le système des cartes de fidélité offrant un avoir de 5 % au bout d'un certain nombre d'achats, ou ont cessé d'en faire la publicité, préférant gratter discrètement cette marge pour leur compte, après s'en être abondamment prévalu pour réclamer le prix unique.

    4. Bref, pour l'essentiel du marché, la grrrrrrande loi de souveraineté économique et d'indépendance culturelle sur le prix du livre (ici, mouvements de menton mussoliniens coordonnés d'Arnaud Montebourg, Manuel Valls et Florian Phillipot) vient de permettre à Amazon d'augmenter ses marges de 5 %, sans pour autant permettre aux librairies françaises, physiques ou en ligne, de concurrencer le monstre américain en offrant des prix plus bas à leurs clients -- ce qui était le but de la loi. Pour l'immense majorité des clients, le prix en ligne et le prix chez le libraire politiquement correct seront exactement le même -- à un centime près.

    Qu'est-ce que dit Amazon ? Amazon dit : merci la Frônce !

    Tout ça pour ça ! Tant d'énergie, de débats, de plantureux salaires de députés, d'assistants parlementaires et de fonctionnaires, tant de billets de train gratuits barrés de tricolore pour... rien.

    Mais à part ça, l'urgent est d'interrompre la "casse du service public", de "mettre fin à l'austérité" et de rétablir "l'Etat fort et stratège".

    RépondreSupprimer
  10. J'allais dire qu'il est très agréable, pour ne pas dire crapuleux, de regarder tomber la pluie depuis un hamac, été comme hiver, mais Robert m'a plombé, là.

    Ceci dit, merci Robert pour votre exposé ;)

    RépondreSupprimer
  11. Des "noires" et des normandes :bel exemple de mixité.

    RépondreSupprimer

Les commentaires anonymes seront systématiquement supprimés, quel que puisse être leur contenu, voire leur intérêt.