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| Bibliothèque de l'université de Coïmbre, Portugal. |
À Georges-Alain…
J'ai un ami cher, nous l'appellerons Michel D., qui aime fouiller les tréfonds du “politiquement correct” américain et qui, sachant le plaisir que j'y prends, ne manque jamais, lors de nos agapes communes, de me faire part de ses dernières découvertes, toujours juteuses et jouissives, comme le veut le sujet. Aujourd'hui, où nous déjeunâmes, cet épisode porta sur un guide édité outre-Atlantique à l'usage des bibliothécaires universitaires, destiné non pas à leur apprendre leur métier mais les comportements qu'il importe qu'ils aient dans un certain nombre de circonstances particulièrement épineuses. (Sans vouloir me vanter, je dois dire que, dans les deux exemples qui vont suivre, j'ai immédiatement deviné le dessous des cartes, preuve que je commence à parler le modernœud couramment.)
La première consigne était simple et assez évidente, au fond. Elle édicte que, si un lecteur se met à faire du bruit, à déranger ses voisins, à les empêcher de travailler, de lire (voire de dormir, après tout), le bibliothécaire ne doit pas intervenir si le perturbateur est noir. Je suppose que, dans le texte original découvert par Michel D., on ne dit pas “noir”, mais plutôt “african american”, cette construction syntactique ne voulant absolument rien dire.
La deuxième occurrence est plus retorse et, donc, beaucoup plus rigolote. Elle suppose que nous soyons dans une bibliothèque scientifique (mathématiques, physique, chimie…) ou dans le département scientifique d'une grande bibliothèque généraliste. Soudain, arrive un étudiant lambda (mais très probablement blanc) qui cherche un renseignement, un livre, etc. Pour l'obtenir, il se dirige vers un autre étudiant qui, visiblement, se trouve être d'origine asiatique : que doit faire le bon bibliothécaire ? C'est très clair : fondre sur lui et lui demander, courtoisement mais fermement, d'aller chercher son renseignement plus loin. Pourquoi ? Vous l'avez déjà deviné, comme moi, je suppose : parce que les étudiants asiatiques ont la réputation de mieux réussir dans les études scientifiques que “les autres” (ces “autres” ne désignant évidemment pas les étudiants blancs, dont tout le monde se fout qu'ils soient “discriminés” ou non). Le fait que, en effet, les Asiatiques réussissent nettement mieux dans le domaine des sciences exactes que “les autres” ne doit pas entrer en ligne de compte : l'étudiant perdu qui entre dans la bibliothèque et cherche une branche à quoi se raccrocher en vue de son examen prochain, cet étudiant-là doit avant tout se préoccuper de la couleur de la branche vers quoi il va tendre la main. De toute façon, le bibliothécaire veille.










