dimanche 26 mai 2013

Abroger des lois, l'histoire fait ça tous les jours


On nous affirme péremptoirement, ici et là, que continuer de s'agiter contre le mariage guignol est inutile et absurde, puisque la loi a été votée, promulguée, et qu'il sera impossible de l'abroger dans les temps à venir. Je pense moi aussi que personne ne prendra la peine de revenir sur elle, ne serait-ce que pour la raison qu'elle est destinée à rester à peu près lettre morte, sans objet. Cela étant, j'en suis d'accord à une importante restriction près : nul ne reviendra sur cette loi, dans le cadre du régime politique actuel ; c'est-à-dire de notre démocratie parlementaire, égalitaire et maternante. Or, rien n'est moins assuré de pérennité qu'un régime politique, quel qu'il soit, et la démocratie moins que tout autre. Que demain la Cinquième République soit remplacée par un régime autoritaire, voire dictatorial, et rien ne deviendra plus facile que d'abroger cette loi (ou d'autres) : il suffira que le pouvoir le décrète, et il le décrètera d'autant plus facilement que personne ne se lèvera pour la défendre, puisqu'elle ne concerne à peu près personne. Ceux qui auront été mariés par le truchement de la loi provisoire cesseront à l'instant de l'être, ou plus exactement on leur signifiera qu'ils ne l'ont en réalité jamais été. Je ne dis pas que ce sera juste, ni encore moins facile et agréable pour eux ; mais si les dictatures se souciaient de justice, cela se saurait, depuis le temps que l'histoire en sécrète.

On pourra toujours considérer l'hypothèse d'un “retour” (il n'y a, en histoire, ni avancée, ni retour) à ce type de régime comme une pure élucubration de ma part ; c'est ce que feront tous ceux qui croient que la démocratie constitue le devenir ultime de l'homme. De fait, il y a encore une vingtaine d'années, voire moins, le risque restait fort improbable. Mais si l'on essaie de considérer ensemble la crise économique actuelle, le naufrage de l'Europe et sa tension vers une bureaucratie soviétoïde, ainsi que l'immigration massive de populations aux leaders violemment hostiles à leurs hôtes contraints et tout à fait étrangers à l'idée même de démocratie, il devient déjà plus raisonnable, même si inquiétant, de se mettre à envisager une telle perspective, non dans un lointain avenir orwellien, mais pour les lendemains immédiats des plus jeunes générations actuelles. Si les démocraties européennes venaient à s'effondrer sous ces coups de boutoirs convergents, les lois impossibles-à-abroger auraient autant de souci à se faire que les acquis sociaux réputés intangibles.

21 commentaires:

  1. Je pense que d'ores et déjà les acquis sociaux ont des soucis à se faire, et sans attendre que les démocraties européennes ne s'effondrent.
    Et quant à l'immigration, c'est peut-être parce qu'elle est étrangère à toute idée de démocratie, comme vous le dites, qu'on va - incessamment sous peu - lui donner le droit de vote.

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    1. Pour le droit de vote (aux étrangers), je crois que c'est un leurre. Mais il ne sera pas nécessaire, de toute façon, puisque – paradoxe si joliment et si savoureusement moderne – la majorité de “nos” étrangers sont français…

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    2. Le droit de vote aux étrangers n'est pas qu'un leurre. Il permet, par le jeu de la réciprocité, à tous les propriétaires d'une villa au Maroc d'aller y voter pour les élections locales, ce qui fait qu'il ne manque pas de soutiens convaincus. Une version édulcorée peut très bien être validée par le centre droit. Le sympathisant de droite sans pied-à-terre à Marrakech devrait remercier Mélenchon et Duflot, qui, en remettant la question sur le tapis, réussissent à la fois à déstabiliser Hollande (qui ne rêve que d'enterrer le projet discrètement), à garder le militant de droite mobilisé, à empêcher le sympathisant de droite avec villa à Marrakech de faire du lobbying en douce, et à présenter la gauche non-PS comme le parti de l'étranger.

      Yis

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  2. Donc on ne fait plus de lois dans l'hypothèse qu'elles seraient abrogées s'il y a un changement de régime ? On se débarrasse des parlementaires. Hum...une fois les parlementaires à la trappe, on se dit, tiens, mais à quoi servent les ministres ? Hop ! On les vire. Et là ! Ô ! Miracle...nous aurons changé de régime...Mais nous n'aurons plus de lois à abroger...C'est ballot...

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    1. Mais de quoi parlez-vous, au juste ?

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    2. Ah ! C'était pas un concours de choses stupides et absurdes ? Non, parce que je pensais aussi que cette année, je n'allais pas sortir ma terrasse, puisque je suis sûre qu'après l'été viendront les frimas de l'automne : ça ne servirait donc à rien que je me fatigue à épousseter ma table de jardin et à déplier mes chaises en bois...

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    3. Je sens qu'on progresse, là…

      C'est tout de même curieux que des gens de gauche, qui passent leur temps à hurler que la démocratie est fragile et qu'il faut la défendre (contre Le Pen, contre les cathos, contre les banquiers, contre le GUD, etc.), se retrouve soudain incapable de concevoir qu'elle puisse en effet disparaître sous la pression des événements.

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    4. Se retrouvENT aurait sans doute été mieux…

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    5. Mais c'est tout de même absurde de dire que sous prétexte qu'une chose peut arriver, il faut cesser toute action politique...La gauche met en place des choses qui appartiennent à ses convictions et à ses valeurs, elle le fait démocratiquement, dans le cadre d'une république démocratique, ici et maintenant...Sarko ne s'est pas dit, tiens, je ne vais pas mettre en place telle ou telle loi sous prétexte que la gauche viendra tout foutre en l'air ensuite...Non ?

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    6. Mais enfin, c'est vous qui avez lancé ça ! Moi, j'ai simplement dit que ceux qui décrétaient le retrait de la loi impossible se trompaient, que dans certaines circonstances particulières, il serait au contraire très facile de l'abroger – celle-ci ou d'autres, encore une fois. Et c'est d'ailleurs heureux, que l'on puisse tour à tour promulguer puis abroger des lois, au gré des évolutions du monde et des situations.

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    7. Ben oui...C'est le jeu, ma pauvre Lucette...mais je ne vois pas l'intérêt de votre billet...

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    8. Je le conçois fort bien. Mais, dans ce cas, pourquoi perdre votre temps à le commenter ?

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    9. Je pensais que c'était un concours...

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    10. Ben vous avez gagné alors…

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  3. C'est un constat qui ne concerne que les lois dites "sociétales" (pas les autres, évidemment): parmi les pays qui les ont institués, on n'en a jamais vu aucun abroger le divorce (même le très chrétien Etat pétainiste), la légalisation de l' IVG et de la contraception, le droit de vote des femmes, la majorité à 18 ans, etc.
    Sans doute parce que les lois "sociétales" ne font qu'acter après coup et avec retard une évolution de la société ( bonne ou mauvaise: sans jugement de valeur) qu'un changement de régime -même dictatorial- ne suffit pas à faire revenir en arrière.

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    1. Le divorce a été supprimé en 1816, par la chambre dite introuvable

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  4. Il est assez comique de voir ceux qui, il y a à peine trente ans considéraient le mariage comme une institution ringarde, dépassée, petite-bourgeoise et catho réclamer à corps et à cris aujourd’hui que cette même institution soit inscrite "pour tous" dans la législation. Ces mêmes là, il y a environ trente ans exigeaient le Pacs comme substitut moderne à cette ringardise de mariage. Aujourd’hui, ils ne veulent plus que le mariage. Il se sont Petitbourgeoïsé".
    Il est assez comique de voir ceux qui, il y a à peine trente défendaient l'institution mariage comme étant la seule manière de créer une famille défiler aujourd’hui pour interdire ce mariage à d’autres.
    Ces mêmes là hurlaient contre le Pacs, considérant que seul le mariage avait une légitimité, aujourd’hui réclament qu’on améliore le Pacs. Les voilà devenus "modernes"

    Dans trente il n'est pas impossible que nos quartiers sensibles devenus majoritaires interdisent le mariage pour tous grâce au droit de vote qu'auront bien voulu leurs accorder ceux qui aujourd'hui luttent pour l'égalité pour tous…

    Il y a trente déjà défilaient déjà l'hypocrisie et la mauvaise foi, Il y a trente j’étais déjà mort de rire et aujourd’hui je suis mort de Lol…

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    1. Il va être temps de se trouver une petite thébaïde sans wifi…

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