dimanche 30 mai 2021

Petit vade mecum carolo-joycien


J'ai réussi à rester en vie, livre de Joyce Carol Oates, s'intitule en anglais : A Widow Story. Le titre original dit fort bien, et sobrement, ce qu'est l'ouvrage – alors que celui choisi par les éditeurs français pourrait aussi bien convenir à une femme ayant réchappé à un accident de voiture, à un cancer du sein, à la projection d'un film français contemporain, etc. 

Elle l'a publié en 2011, soit trois ans après la mort soudaine (une pneumonie et une petite infection dite “nosocomiale” par là-dessus) de Raymond Smith, qui fut son mari durant 47 ans. Car Joyce Carol Oates était Joyce Smith à la ville, et elle explique fort bien, dans son journal publié mais aussi un peu dans ce livre-ci, les différences qui peuvent exister entre ces deux “personnages”. 

J'ai réussi à rester en vie raconte, presque à la manière d'un journal de bord, ce que furent pour elle les premières semaines qui ont suivi la mort de Ray, la manière dont elle a dû endosser son nouveau costume, celui de veuve, les difficultés à y entrer et à l'admettre pour sien, les incompréhensions que cette vêture a entraînées, les tentations suicidaires qui ne devinrent jamais tentatives, les nuits sans sommeil et les journées sans courage, mais aussi la poursuite obstinée de la vie extérieure, sociale. 

C'est un livre qu'on devrait pouvoir offrir à toute femme venant de perdre son mari, comme une sorte de vade mecum, ou de Guide du Routard de la veuve. Mais ce serait peut-être mal pris…

dimanche 23 mai 2021

Mon marronnier du 23 mai

Je suis à droite sur la photographie. À gauche, mon oncle Patrick, plus jeune frère de ma mère, de trois ans mon aîné, et donc camarade de jeux de mon enfance. Nous sommes sur le trottoir du boulevard Fabert, Sedan, Ardennes, à l'époque où nulle voiture n'y passait (début des années soixante), parce que le pont sur la Meuse, au bout, n'avait pas encore été reconstruit : cette impasse nous fut un territoire d'enfance irremplaçable. À gauche de Patrick, le mur du parc de la Chambre de commerce, dont mon grand-père (son père à lui) était le concierge et l'homme à tout faire – vraiment tout. La troublante créature du milieu me demeure inconnue, probablement à jamais.
 

Bien  que très et précocement intelligent, je fus un petit garçon attardé sur le strict plan de l'orthophonie : à quatre ans, un certain nombre de consonnes se montraient encore rétives et ricanaient bêtement à l'instant de sortir de ma bouche. Un jour – c'était à Châlons-sur-Marne, ma ville natale que des modernœuds malfaisants ont depuis pompeusement rebaptisée Châlons-en-Champagne –, alors que nous arrivions de chez ma nourrice (comme je crois bien que l'on ne dit plus), ma très jeune mère et moi, à notre petit appartement de la rue Saint-Éloi, elle sur la selle du vélo et moi dans le petit siège juste derrière, j'annonce fièrement :


« C'est la tête à Didier ! »

Incompréhension de mes parents, pourtant adultes et, donc, omniscients. Leur réaction est en gros la suivante :

« Quoi ta tête, qu'est-ce qu'elle a ta tête ? »

Moi (un peu plus véhémentement) : « C'est la tête à Didier ! »

On examine attentivement le crâne de l'héritier, alors unique, on ne trouve rien de particulièrement alarmant, et même rien du tout. Pourtant l'héritier s'obstine, d'une voix sans doute plus forte et vaguement outrée : « Mais c'est la tête à Didier ! »

On doit probablement finir par me signifier qu'on ne comprend rien à ce que je dis, et qu'il serait bon que je fermasse ma mini-gueule de dauphin putatif : ça se faisait, en ces temps. Et, en effet, je m'écrase. Une demi-heure plus tard, ma mère :

« Tiens, on est le 23 mai, c'est la fête à Didier… »

Et moi : « Aaah, oui : c'est la tête à Didier ! »

Ma grand-mère paternelle (qui était là ce jour) me l'a resservie pendant plus de trente ans, celle-là. Et chaque 23 mai elles me manquent un peu – ma grand-mère et l'histoire.

lundi 17 mai 2021

Stock option

 Le roman de Joyce Carol Oates qui m'est arrivé aujourd'hui – et que j'ai aussitôt commencé à lire – s'intitule en anglais Middle Age: A Romance. L'éditeur français, Stock pour ne pas le nommer, s'est senti obligé de lui donner un titre mieux adapté au lectorat monoglotte qu'il espérait séduire par ici.

C'est donc avec une implacable logique qu'après avoir examiné très soigneusement toutes les options qui se présentaient à lui, du moins le suppose-t-on, il a finalement choisi de commercialiser son beau volume tout neuf sous le titre de Hudson River.

Rien à ajouter, je crois.

samedi 15 mai 2021

De la pérennité des mots-vaseline

Curieuse, l'évolution des termes “collaboration” et “collaborateur”, leur changement de tonalité au fil du temps. Aujourd'hui, on ne le sait que trop, traiter un homme de l'époque de collaborateur revient à le frapper d'ignominie pour les siècles des siècles ; dire d'un homme d'aujourd'hui qu'il a un esprit de collaborateur, pis : de collabo, c'est lui faire subir le même sort. 

Or, au départ, en 1940, le terme de “collaboration” a été mis à l'honneur par les partisans français de l'Allemagne nazie pour se définir et se promouvoir eux-mêmes. C'était ce que je serais tenté d'appeler un “mot-vaseline”, destiné à rendre moins douloureuse la réalité que l'on prétendait imposer aux Français avec leur assentiment et, si possible, leur enthousiasme. La couche de sucre enrobant la pastille de cyanure. 

C'était en somme l'équivalent de ce que sont aujourd'hui nos “vivre ensemble”, nos “quartiers populaires”, nos “jeunes”, etc. On n'est pas obligé d'être dupe, on ne l'était pas toujours à l'époque. Comme le prouve Maurice Garçon qui, dès septembre de cette année 40, note dans son journal que cela revient à évoquer la collaboration entre le cochon et le charcutier ! Comparaison qui ne vaut plus de nos jours puisque bientôt, sans doute, ce pauvre cochon sera banni de tous nos étals pour cause d'impureté constitutive. Mais enfin, on voit l'idée.

En revanche, pour suivre jusqu'au bout la comparaison, on peut toujours espérer que, dans un demi-siècle d'ici, le vent de l'histoire ayant tourné, les mots comme “vivre ensemble” susciteront le même dégoût indigné que celui de “collaboration” aujourd'hui. 

Mais il y faut beaucoup d'optimisme.

vendredi 14 mai 2021

In girum imus nocte

Revu hier soir le Monsieur Klein de Joseph Losey, film produit et superbement interprété par Alain Delon : grand film, effrayant et énigmatique, où l'effrayant jaillit directement de l'énigmatique, bien plus que des circonstances extérieures et historiques (statut des Juifs, rafle du Vel' d'Hiv'…). Quant à la composante énigmatique elle-même, elle vient, m'a-t-il semblé, de ce qu'à aucun moment le spectateur ne parvient à en savoir davantage sur ce qui se passe que Robert Klein lui-même. On erre avec lui dans une sorte de labyrinthe enténébré – In girum imus nocte – et on se rue derrière lui vers la seule lumière que l'on croit apercevoir au bout du tunnel. Évidemment c'est une lumière noire, puisqu'elle nous désigne le wagon à bestiaux qui va nous conduire où l'on sait, et que l'on s'empresse d'y grimper à la suite de M. Klein – qui a enfin, au sens propre et terrible de l'expression, réussi à devenir quelqu'un.

jeudi 13 mai 2021

Petit tour de chauffe

Voilà des jours et des jours que la température matinale se situe autour de cinq degrés frileusement celsius, pour ne pas s'élever à plus de quatorze ou quinze dans la journée ; et on ne nous annonce aucun changement pour au moins les huit jours qui viennent. 

Évidemment, il serait tentant d'ironiser à propos de ce satané réchauffement climatique, même pas foutu de faire correctement son boulot : c'est une tentation trop facile pour que nous y succombions. 

Car enfin, il ne peut pas être partout, cet infortuné réchauffement. Songeons qu'il est déjà fort occupé à dessécher l'Afrique subsaharienne, à faire fondre la glace des pôles, à déclencher des raz-de-marée en Asie du Sud-Est, à juguler l'impétuosité du Gulf Stream, à submerger puis engloutir des centaines d'atolls du Pacifique Sud, plus deux ou trois autres tâches urgentes qui ne me viennent pas à l'esprit pour le quart d'heure : on ne pourra guère, sans une mauvaise foi insigne, lui reprocher de ne pas être tout à fait au taquet pour ce qui concerne nos canicules à nous autres. Il est bien normal, et facilement compréhensible, que, comme chacun de nous, le réchauffement ait ses priorités, son cahier des charges. 

À titre d'encouragement réchauffiste actif, de pleine solidarité climatique, je pense que je vais aller un peu faire tourner le diesel, moi…

mardi 11 mai 2021

Billet d'intérêt – deuxième saison

La chose va sans doute paraître à peine croyable à M. Arié, mais je  me dois de la lui révéler dans toute sa brutalité : non seulement nous passons, ici, un nombre assez considérable de soirées à regarder des séries télévisées américaines, mais en outre il nous arrive de plus en plus fréquemment… de les revoir. Si, si, je vous assure.

Ainsi, depuis quelque temps, sommes-nous plongés dans la revision (qu'on ne confondra pas avec une révision) de Person of interest, dont nous nous étions pourtant avalé les cinq saisons il n'y a pas plus de quatre ou cinq ans.  (Aparté pour Nicolas : ne la cherchez pas dans les greniers de Netflisque : elle n'y est pas.) C'est le gros avantage d'être partiellement alzheimerisé : tout reprend l'éclat du neuf à une vitesse réjouissante. Nous nous en souvenons assez, cependant, pour savoir que nous “zapperons” probablement la dernière saison, voire les deux dernières, c'est-à-dire quand l'intrigue récurrente se ramifie, complique et embrouille de façon peu convaincante. 

Comme la série m'avait à l'époque, en 2016, inspiré un billet ici même, je me permets de le reproposer à l'aimable clientèle, après l'avoir dûment épousseté. L'original se trouve là, je le signale pour ceux qui souhaiteraient aller consulter les commentaires “d'époque”. Donc, voici :

 
 
On peut toujours se moquer, et de fait on ne s'en prive guère, du fameux Deus ex machina qui, voilà quelques siècles, permettait aux dramaturges ayant du mal, à la fin de leurs pièces, à “poser leur bombardier”, pour parler comme Frédéric Dard, leur permettait, donc, de boucler leur intrigue en faisant descendre des cintres une divinité bien arrangeante qui, de son souffle divin, remettait tout dans l'ordre et autorisait ainsi les spectateurs à quitter la salle avant l'heure du dernier métro. Il arrivait que l'habitant de l'Olympe fût remplacé par le roi terrestre régnant, et c'est une chose que l'on a suffisamment reproché à Molière.

On devrait pourtant en rabattre, de nos lazzis et de nos petits airs supérieurs, puisque nos “créateurs” se sont gaillardement remis à faire la même chose, au cinéma principalement mais aussi dans les mauvais romans – comme Millenium par exemple. Ce nouveau Deus ex machina, cette ficelle bien commode qui dispense de toute explication, puisqu'elle est elle-même l'explication, c'est désormais ce que nous appellerons “le petit génie informatique”, c'est-à-dire ce personnage – généralement jeune, mi-rigolo, mi-marginal, dont l'unique fonction est de promener ses doigts agiles sur les divers claviers disposés devant lui (dans son gourbi d'où il ne sort que contraint et forcé, ce qui ne se produit jamais avant le troisième tiers du film), afin de faire défiler sur ses écrans des colonnes de lettres et de chiffres, lesquels dispensent le scénariste de trouver une explication cohérente à ce qu'il entend nous faire avaler ; et que nous avalons en effet, puisque nous-mêmes semblons avoir admis le fait que tout ce qui passe par le filtre de l'ordinateur, aussi absurde ou hasardeux que ce soit, devient immédiatement recevable, de même qu'un aliment ayant transité par l'estomac et l'intestin est ensuite assimilé sans difficulté par l'organisme.

Un nouveau pas a été franchi il y a peu, notamment dans cette très intéressante série, américaine bien entendu, qui s'appelle Person of interest (au Québec : Personne d'intérêt, ce qui ne veut à peu près rien dire ; traduire en français est louable, à condition de savoir le français…). On y voit le Deus passer au second plan, au profit de la machina elle-même ; laquelle, par cette autonomie, acquiert une puissance formidable, et même des sortes de dons divinatoires dignes des Dei ex machina d'antique école. Ayant compris que, désormais, nul n'aurait plus le front de mettre en doute ce qui émane de la machine, si timidement que ce soit, les scénaristes ont choisi – judicieusement je pense – de ne plus rien nous expliquer du tout de son fonctionnement, ni même de nous montrer la dite machine qui, fort commodément, comme un dieu justement, est aussi bien partout que nulle part. Comment un assemblage de circuits électroniques peut-il prévoir l'avenir et repérer, à l'intérieur de l'entière population de New York, les individus qui vont être prochainement mêlés à un meurtre, soit comme victime soit comme auteur ? On ne nous en dira rien, nous sommant de nous contenter de l'affirmation, faite sur le ton de l'évidence tranquille, qu'elle le peut. Le plus étrange est que, tels des primitifs autour de leur totem, nous nous en contentons en effet.

vendredi 7 mai 2021

Bodyguard aussi (yapadréson…)

Depuis qu'il est devenu un éminent netflicard, Nicolas nous gratifie de billets parlant des séries qu'il enfourne tel un goinfre compulsif (et en V.F., ce qui est un péché quasi mortel, mais bon). Tout récemment, il en a pondu un sur une série anglaise intitulée Bodyguard.

Voilà des mois, nous avions, Catherine et moi, commencé à regardER cette chose, que nous avions abandonnée au seuil du deuxième épisode. Nous avons donc, subissant l'influence délétère de l'ogre du Kremlin, décidé de repiquer au truc et, cette fois, nous avons avalé les six parties de l'œuvre…

… À mon corps et mon esprit défendant ! Toute britannique qu'elle soit, Bodyguard est presque aussi ratée qu'une série française de modèle courant : scénario à la fois embrouillé et ennuyeux, rythme à peu près inexistant, acteurs approximatifs – notamment celui qui campe le personnage central de l'histoire, un transfuge de Game of Thrones et d'une série consacrée aux Médicis, pas terrible elle non plus malgré la présence de Dustin Hoffman.

Mais tout cela est compensé par un respect scrupuleux, tatillon même, du politiquement correct le plus exigeant. (Je pense d'ailleurs que l'expression n'est plus adaptée : il me semble qu'on devrait plutôt parler, désormais, de “politiquement forcé” ou de “politiquement contraint”. Passons.) Ayant rapidement cessé de suivre les piteux méandres d'une histoire sans intérêt, j'ai commencé à m'intéresser aux à-côtés. Et j'ai alors appris des choses que j'ignorais totalement.

Par exemple que, si l'on en croit ce que nous montrent les réalisateurs, la police anglaise est désormais composée à 50 % au moins de femmes, y compris les unités d'intervention armée – genre BAC ou GIGN – ce qui est bien sûr hautement crédible. Bref : une parité impeccable.

D'autre part, il apparaît, toujours si l'on se base sur ce qu'on voit, que la société anglaise comprend aujourd'hui environ 50% de noirs et d'Indiens, plus quelques Extrêmes-Orientaux pour faire bonne mesure. Et c'est un “dosage” qui est strictement respecté, y compris parmi les figurants les plus fugitifs (scènes de rue, passage dans une salle d'attente d'hôpital, etc. : à chaque fois, on est sûr de voir une moitié d'individus négro-indiens et une moitié de femmes – certains figurants ayant évidemment la chance de cumuler ces avantages).

L'affaire se retourne un peu contre les scénaristes. Car lorsqu'ils essaient de nous faire croire que tel assistant de LA ministre est bel et bien le méchant poseur de bombes, le téléspectateur avachi et plus ou moins somnolent n'y croit pas une seconde. Pourquoi ? Parce que ce personnage est joué par un acteur indien ! Or, le politiquement contraint exige que les méchants, les tordus, les traîtres, etc. soient des Anglais de souche, des blancs. Ce qui, bien entendu, se vérifiera dans le dernier épisode.

Finalement, je ne regrette pas d'avoir regardé Bodyguard : on se divertit comme on peut.

vendredi 30 avril 2021

Joyce et moi

 

Une idylle qui commence en avril…

… et aucune rupture en vue pour l'instant !

mercredi 28 avril 2021

L'Arche de Noëlle


 Féminiser les noms de métiers est évidemment une très-excellente chose : qui aurait le front d'en douter ? Quelle cervelle (féminisation de l'antique et rébarbatif “cerveau”) dégagerait des vapeurs assez méphitiques pour oser remettre en cause une si formidable avancée, égalitaire et citoyenne à s'en pisser parmi ?

Seulement, le travail ne sera qu'à demi fait si l'on s'en tient là. Il est grand temps, frères bipèdes, d'étendre  cette bienheureuse mesure à tout le champ du vivant, de répandre sur tout le règne animal – on verra dans un troisième temps pour les végétaux, les champignons et les cailloux – les rafraîchissants bienfaits de cette onde égalitaire.

Que Dame rhinocéros se transforme donc dès aujourd'hui en une superbe rhinocérosse, pendant que, sous les mers, demoiselle calamar deviendra une fière calamare et que, sous la ramée, la promise du corbeau se métamorphosera en corbelle – et ainsi de suite. Bien entendu,  pour ne pas risquer une accusation de gynocentrisme, il conviendra de faire de même dans l'autre sens.

Ainsi, que l'otarie mâle qui fait tourner des ballons sur son nez devienne illico un otari, que le mari de la baleine massive se fasse balein et celui de la noire panthère panther (je laisse aux linguistes le soin de déterminer si l'on devra prononcer ce nouveau vocable panté ou si l'on gardera l'ancienne prononciation).

Le cas de la fourmi est un peu particulier. Il conviendrait, je pense, de parler désormais d'un fourmi et d'une fourmie, afin que les deux membres du couple soit correctement genrés. Et puisqu'on parle de la fourmie, il va de soi que le mâle de sa partenaire de fable devra se muer en un cigal.

Une fois ces indispensables réformes langagières admises et utilisées par tous-z'et-toutes, on peut être assuré que les relations entre les différentes espèces animales s'en trouveront délicieusement et définitivement apaisées, ainsi qu'on le constate déjà entre les diverses races humaines-qui-n'existent-pas, depuis qu'elles ont découvert le baume féminisant et se l'appliquent sur les muqueuses tous les matins après la douche.

Et demain, si nous ne le voyons pas nos enfants le verront, on s'émerveillera de ce que la guéparde et l'antilop pourront se croiser dans la savane sans plus jamais se regarder en chiennes de faïence.

lundi 26 avril 2021

Faux Amis


 J'ai reçu ce matin l'un des livres les plus connus, paraît-il, de Martin Amis, écrivain anglais dont je n'ai encore jamais rien lu. Dans sa version originale, le roman s'intitule Money. En français, il est devenu… Money, money.

Qui a bien pu avoir une idée aussi stupidement absurde ? Un traducteur saisi de démence ? Un éditeur sous acide ? Un commercial à tendances suicidaires ? N'importe : s'il est toujours de ce monde – l'édition française date de 1987 –, je donnerais cher pour entendre de sa propre bouche les justifications de l'hurluberlu ayant eu une aussi mirobolante inspiration, tenter de comprendre par quel tortueux chemin psychique il en est arrivé à cet énigmatique redoublement, et aussi par quel tour de force il a réussi à l'imposer aux dirigeants des éditions Mazarine autrement qu'en les saoulant abominablement juste avant le brain storming fatidique.

Il me reste à espérer que l'ensemble de la traduction du roman ne sera pas à l'image de celle du titre. Sinon, il va m'être, je le crains, bien difficile de faire Amis-Amis avec ce Money, money.

vendredi 23 avril 2021

Pour Élie Arié (mais les autres peuvent entrer aussi)

 

M. Arié, rendu quasiment fou par le racisme viscéral qui est le sien de notoriété publique, M. Arié s'est plaint en commentaire de la meringue chocolatée (je crois savoir qu'on ne peut plus parler de “tête de nègre”) qui illustre le billet précédent. Comme je suis prêt à tous les sacrifices pour conserver la maigre clientèle qui me demeure, je lui offre cette photo de Joyce Carol Oates, prise il y a déjà quelques décennies, l'écrivain étant désormais confortablement installé dans l'octogénariat.

Je l'ai choisie pour son côté irrésistiblement désuet, étrangement hors du temps, et aussi parce que Mrs Oates y semble le résultat d'un curieux mix de Virginia Woolf et de Joan Baez, sans qu'on puisse décider avec certitude si elle va se mettre à gratter de la plume ou de la guitare. Malheureusement, les années passant, la dame a assez rapidement pris l'apparence d'une sorte de “féministe foldingue”, ce que pourtant elle n'est nullement, si on en juge par ses écrits.

Mais la vraie raison de son apparition en ces lieux est que je suis, depuis deux jours, occupé à relire cette très prolifique romancière américaine : pour partie son journal (1973 – 1982), pour partie son superbe roman intitulé Nous étions les Mulvaney, dont il se trouve que j'ai déjà parlé ici même.

J'espère que M. Arié sera satisfait et abandonnera toute idée de désertion de ce blog : je me verrais très mal en train de brailler des Élie ! Élie ! Lama Sabachtani ! à tous les vents de la blogoboule…

mardi 20 avril 2021

L'énigme de l'écrivain fantôme (et noir)


 Mon regard balayait paresseusement le rayon des Américains – juste en dessous des Anglais et à gauche des Hispano-Portugais : pouvez pas vous tromper –, quand il est tombé sur lui. 

Percival Everett. 

En dépit de mon crypto-alzheimerisme, je conserve toujours un vague souvenir des écrivains qui dorment debout dans mes rayons, même si le contenu de leurs livres m'est redevenu opaque.

Là, rien.

J'ignorais totalement, il fallait se rendre à l'évidence, qui pouvait bien être ce Percival-là. Pourtant, avec un prénom pareil, j'aurais dû en garder au moins un semblant de trace mémorielle… Mais non, rien. Et ce n'était pas un mais bien deux romans de lui qui se trouvaient là.

Qui avait bien pu signaler ce garçon à mon attention ? Les gens dont j'incline à suivre les recommandations littéraires sont fort peu nombreux , et je n'en voyais aucun qui pût m'avoir aiguillé vers cet écrivain-là.

Car, a priori, après une rapide visite à Dame Ternette, je voyais bien qu'il avait toutes les raisons de me déplaire. (Et, non, sa couleur de peau n'entrait pas dans les dites raisons : que mesdames et messieurs les vigilants veuillent bien rengainer leurs assignations à comparaître, au moins pour le moment.) Songez donc : un directeur du département de littérature dans une université californienne ! Et, facteur aggravant, marié avec une essayiste, spécialiste des questions de genre, de race et de maternité : le fond de l'horreur, l'alpha et l'oméga de la guignolerie post-moderne.

Pourtant, à un certain moment de ma piteuse existence, j'avais bel et bien acheté deux romans de Percival Everett. Ensemble ? Le second après avoir lu – et donc aimé – le premier ? Dans l'ordre de leur parution première, ils s'intitulent Effacement et Blessés.

Hier, j'ai relu le premier des deux (350 pages chez Actes Sud). Sans que, jamais, le moindre lumignon ne se mette à clignoter dans mon cerveau pour me dire que, oui, en effet, ce roman avait déjà été lu. 

Il y a du bon et du moins bon, dans l'histoire de ce professeur d'université, aussi noir que son créateur, auteur de romans très intellectuels et invendus (sa marotte est de réécrire les tragédies grecques antiques, ce qui m'a fait penser à quelqu'un…), et qui, un jour, par dépit, “pond” un court roman ressortissant à ce qu'on pourrait appeler la “littérature-de-ghetto”, dans ce qu'elle peut avoir de plus frelatée et clichesque. Naturellement, ce roman qui le dégoûte profondément se met à marcher du feu de Dieu, ou du diable. 

Le bon côté est que Mr Everett n'hésite pas à enfoncer les portes du politiquement correct, de l'antiracisme de convenance, en profitant assez malicieusement de sa propre couleur de peau, qui agit ici à la façon d'un pare-feu ou d'un gilet pare-balles : un romancier blanc écrivant le tiers de ce qu'il se permet aurait déjà été poussé au suicide par les ligues de vertu idoines, ou au moins à la démission de son poste universitaire.

Le mauvais côté vient de ce que le romancier ne parvient pas tout à fait à oublier qu'il est professeur de littérature et qu'il se croit obligé de nous montrer qu'il connaît et possède toutes les ficelles avant-gardistes. En bref, il fait un peu trop le malin. Mais enfin, comme on dit : “ça se lit”.

J'ai ouvert Blessés ce matin, entre le premier et le deuxième café. Celui-là, je suis certain de l'avoir lu, même s'il ne me dit absolument rien. Parce que j'ai pris des notes sur la page de garde. Notes qui, relues avant le roman lui-même, ne font qu'épaissir un peu plus le mystère, dans la mesure où elles me demeurent totalement opaques. Les voici telles que rédigées à l'époque (mais quand, bon sang de bois, quand ?) :

Cruauté ––––> tj humaine, tj inconsciente. (Sinon : barrières)

Animal le + humain : le chat.

Pourquoi le chien n'est-il jamais cruel ?

––––> Scène du Coyotte (––> Zoé)

––––> Recueillir 1 animal

––––> Végétariens

Après vingt pages du roman, la seule chose que je suis en mesure d'affirmer, c'est que Zoe (sans accent) est un chien. 

Pour le reste, on verra en cours de route. Ou bien on ne verra rien.


(Ceux qui voudraient savoir à quoi ressemble Percival Everett iront frapper à la porte de Dame Ternette, Blogger me refusant toujours la moindre possibilité photographique. Et comme je n'ai pas l'intention de le supplier à genoux…)

mercredi 14 avril 2021

À hue et à dia

 


« Entre la droite et la gauche, il y a la différence qu'il y a entre ce qu'on dit de moi et ce que je dis de moi. L'homme de droite, en général, est dit de droite.  On le parle. On l'accuse. On le définit. Être de droite, c'est être dans une attitude passive, une situation de défini. Masochisme. L'homme de gauche, en revanche, se dit de gauche. C'est de lui-même que vient sa propre définition. Quand il le dit, il manifeste en même temps une immense satisfaction de son être. Il faut entendre ce qu'il dit de lui-même comme un soupir de satisfaction. »

Philippe Muray, Ultima necat II, Les Belles Lettres, p. 15.

mardi 13 avril 2021

La femme syndicale


 « On n'est jamais traité de misogyne par celles à qui on plaît, comme c'est curieux. Ce sont toujours les autres, celles qu'on ne désire pas, qui parlent au nom de celles qu'on désire. Technique syndicale, elles se sont elles-mêmes nommées déléguées, elles revendiquent la place des employées. En se plaignant au nom de celles-ci, elles se donnent l'illusion d'être celles que vous désirez ; mais elles savent bien que ce n'est pas vrai, elles vous injurient donc avec une énergie redoublée. »

Philippe Muray, Ultima necat III, Les Belles Lettres, p. 306.

 

Quelques pages plus loin, ce très bref dialogue, qui n'a rien à voir avec ce qui précède, mais bon je fais ce que je veux :

« – Quand je n'aurai plus que quatre ou cinq ans à vivre, j'écrirai une biographie de Balzac, ce sera mon dernier livre.

– Comment sauras-tu que tu n'as plus que quatre ou cinq ans à vivre ?

– Je le saurai. »

 

Ben non…


P.S. : Si ce billet-de-feignasse est en outre dénué d'illustration, c'est que Blogger, assez mystérieusement, me refuse la possibilité d'en “importer” la moindre.

mardi 6 avril 2021

Merci Bernard

 Douze minutes de bonheur…

lundi 5 avril 2021

Summa cum glaude

Joseph de Maistre, 1753 – 1821.

Les cuistres à diplôme ne sont hélas pas l'apanage de la Bibliothèque de la Pléiade : on en trouve aussi pour sévir entre les pages des “Bouquins” de Robert Laffont. Celui qui s'est occupé de régler son compte à Joseph de Maistre, qui n'en demandait pas tant, se nomme Pierre Glaudes. D'après la quatrième de couverture du volume, il serait professeur de littérature française à l'université de Toulouse II, alors que d'après Dame Wiki, il enseignerait à Paris IV après avoir fait la même chose à Grenoble : louche d'emblée, donc. Toujours d'après Dame Wiki, M. Glaudes ferait “ savamment dialoguer la critique littéraire et la psychanalyse post-freudienne ”, ce qui est quand même limite fout-la-trouille. On a raison d'avoir peur, car voici les trois lignes qui suivent : 

« L’assimilation qu’il propose entre la forêt d’Atala et un « sein immense » reste exemplaire : ce sein « excite la convoitise » de l’enfant-Chateaubriand, « puisqu’il contient à ses yeux toutes les “richesses” du monde, tous les “trésors” imaginables : des bébés, des excréments, et surtout le pénis que le Père y a laissé. » De manière complémentaire, Pierre Glaudes repère dans l’Empereur du roman de Victor Segalen, René Leys, une « figure du pénis maternel ».

C'est dire si j'ai abordé au continent glaudien avec un maximum de précautions réticentes : muselière à élastiques auriculaires, gestes barrières, vaccin dûment homologué et tout le tremblement. Une combinaison de savant atomiste serait-elle passée à ma portée qu'on m'aurais vu sauter dedans à pieds joints. De fait, je n'ai nullement été déçu. Afin de rendre ce billet plus vivant, je m'en vais prendre un exemple de ce que je me suis infligé en lisant l'introduction glaudienne (glaudicante ?) aux Six Paradoxes à Madame la marquise de Nav… de M. de Maistre.

M. Glaudes en vient rapidement à s'interroger sur l'identité de cette mystérieuse marquise destinataire, et même à se demander si elle existe vraiment. Il conclut d'abord par l'affirmative, notamment en raison de “certains détails trop précis apparemment pour avoir été inventés”. Le lecteur, moi pour l'heure, peut déjà tirer une première conclusion : M. Glaudes juge Joseph de Maistre trop limité, trop bête, trop je-ne-sais-quoi, pour, ayant créé un personnage fictif, lui donner deux ou trois caractéristiques précises destinées à rendre sa création  crédible.

Quels sont donc ces détails “trop précis apparemment pour avoir été inventés” ? M. Glaudes nous les rappelle en une essentielle note de bas de page : la marquise “cultive la langue anglaise” et a “les nerfs délicats”. En effet, personne n'aurait l'imagination assez débridée, proche de la démence à dire vrai, pour inventer deux choses aussi ébouriffantes ! Il faut donc bien que la marquise existe… ou pas. M. Glaudes n'est finalement pas très sûr… il y a du pour et du contre… faudrait voir…

Ce “un coup je te vois, un coup je ne te vois pas”, M. Glaudes, toujours dans sa note de bas de page capitalissime, l'exprime de la manière la plus involontairement savoureuse qui soit : « Ces détails semblent aller dans le sens de la référentialité. Mais ils peuvent être interprétés, contradictoirement, comme un “effet de réel” dans un contexte fictionnel. » En langage de tous les jours : « J'en sais rien, pensez ce que vous voulez. »

Mais, au passage, d'autres questions angoissantes ont surgi, dans l'esprit enfiévré du pauvre lecteur glaudifié.  Comment des détails s'y prennent-ils pour aller dans le sens de la référentialité ? D'ailleurs, y vont-ils réellement, puisqu'on nous dit qu'ils semblent y aller ? Sait-on de source sûre dans quel sens va la référentialité elle-même ? Les détails pourraient-lis décider brusquement d'aller dans un autre sens ? Auquel cas, choisiraient-il le sens exactement contraire ou obliqueraient-ils par un chemin de traverse ? Et, s'ils s'aventurent trop loin dans le contexte fictionnel, s'exposeront-ils alors à un méchant effet de réel ? Je défie qui que ce soit, les âmes les mieux trempées, de sortir indemnes d'un tel labyrinthe, dans lequel, en outre, on est menacé de se retrouver soudainement face à face avec une figure du pénis maternel, ce qui est toujours un choc, on s'en doute.

Que ces consternantes fadaises ne vous dissuadent pas de lire Joseph de Maistre, lequel s'exprimait dans une langue qui n'était pas encore passée dans le mortier et sous le pilon de M. Glaudes. Un pilon que l'on pourrait appeler un “glaudmiché”, lequel, par chance, n'est capable d'inquiéter que les mouches. Et encore.

vendredi 2 avril 2021

Billet garanti mixte et non racisé

Je tombe sur l'information selon laquelle le sénat aurait adopté un amendement permettant de dissoudre les associations qui pratiquent ce qu'on appelle en jargon modernœud des “réunions non mixtes racisées”. De quoi se mêlent-ils, ces sénateurs ? 

Contrairement à mes sympathiques petits camarades néo-nazis, je ne vois rien de scandaleux à ce que des gens aient envie de se réunir entre eux, quel que soit le ou les critères qui président à leurs réunions. Après tout, c'est bien le principe des clubs depuis toujours, non ? 

Pourquoi des noirs, des femmes, des bouchers-charcutiers ou des unijambistes n'auraient-ils pas le droit de se voir entre eux, pour parler de leurs histoires de noirs, de femmes, de bouchers-charcutiers ou d'unijambistes, sans que viennent y mêler leur grain de sel les blancs (ou jaunes), les hommes, les épiciers ou les ingambes ? À ce compte, vais-je bientôt être obligé, quand j'organiserai une réunion de famille, d'y admettre aussi les voisins et les membres du conseil municipal du Plessis-Hébert dans un louable  souci d'équité ?

Évidemment, pour que mon raisonnement tienne, il faudrait que l'exclusive soit permise à tout le monde. Or, je ne sais pourquoi, j'ai dans l'idée qu'une assemblée masculine dont les femmes seraient exclues, ou un meeting de blancs interdit aux noirs auraient plus de mal à passer… en particulier aux yeux des associations noires organisant de leur côté des réunions “racisées” et des groupes féministes mettant sur pieds de petits cénacles “non mixtes”.

On n'est pas sorti du bois…

jeudi 1 avril 2021

Portrait du diariste en agité du buccal


 Je crois bien que je vais garder une dent contre mars.

dimanche 28 mars 2021

Ya pas de lézard… pour l'instant


À propos du petit Chinois, qui visiblement et audiblement continue de passionner le monde, il y a tout de même quelque chose de fort cocasse, à la limite du running gag, c'est la multiplication conjointe, parallèle, concomitante, je ne sais trop, des vaccins et des “variants”.  

Pour ce qui est des vaccins, le temps n'est pas loin où chaque pays aura le sien, sa petite production de proximité, son ampoule artisanale. Les gouvernements et les laboratoires seront bientôt obligés de se lancer dans d'onéreuses campagnes de publicité pour faire connaître leur came, puis d'embaucher crieurs et camelots chargés de refourguer leurs piquouzes aux badauds submergés sous l'offre.

En ce qui concerne les fameux variants, c'est encore mieux puisque nous en sommes déjà au stade des régions, ainsi que le prouve l'entrée en piste du variant breton. Dénomination d'ailleurs trop vague à mon goût : j'aimerais bien savoir si ce nouveau petit Chinois-là nous vient plutôt du Léon ou du pays bigouden : c'est ça, la traçabilité virale !

Mais, bien entendu, Modernœud, touriste dans ce qui lui reste d'âme, donnera toujours sa préférence à des avatars plus exotiques et sentant bon les vacances. De ce point de vue, le brésilien me semble avoir tous les atouts en main pour séduire une vaste clientèle et conquérir d'importants segments de marché.

Personnellement, j'ai décidé de ne pas tomber malade tant que ne serait pas débarqué chez nous un mutant indonésien, de préférence né sous les cieux enchanteurs des îles de la Sonde.

Parce que, tout de même, un variant de Komodo, ça aurait de la gueule.