dimanche 25 août 2024

Georges, le greffier et son maître


 Dans le volume de Simenon que je relis actuellement est proposé le roman qui s'intitule Le Chat.

Ça tombe bien.

jeudi 22 août 2024

Les Saint-Loup se suivent… (Billet félin)


 


Le pauvre Saint-Loup n'aura eu, selon toute vraisemblance, qu'une existence éphémère ; en tout cas chez nous : à peine avait-il eu le temps d'apprivoiser le jardin, si je puis dire, qu'il a proprement disparu, sans doute en profitant d'un trou de clôture non repéré par les humains approximatifs que nous sommes. Notre cohabitation aura duré huit semaines…

Hier soir, pour remédier à une compréhensible frustration, le voisin d'en face, notre pourvoyeur félin désormais attitré, nous en a apporté un autre. Minuscule : deux mois d'existence en comptant large. Il a été décidé unanimement qu'il s'appellerait lui aussi Saint-Loup, le premier du nom étant devenu trop rapidement fantôme pour prétendre à l'exclusivité du patronyme : il s'agissait de relever la lignée, de perpétuer une grande race. Il est probable qu'il va rapidement devenir Saint-Loup Jr, puis Junior tout court — mais on ne peut être sûr de rien.

La présentation officielle à Charlus a eu lieu ce matin dès l'aube, à l'heure où la campagne n'était pas loin de blanchir. Présentation fugitive et de loin, le rejeton sancto-lupin hébergeant une intéressante et assez nombreuse colonie de puces, dont il devrait, pipette vétérinaire aidant, être rapidement débarrassé. 

En attendant, il vit dans la salle de bain, ce qui est une excellente incitation à la propreté.



lundi 12 août 2024

De la convergence des fantasmes


 Il est curieux et divertissant de constater que les féministes actuelles ont adopté, sans s'en aviser le moins du monde, les façons de “penser” (les guillemets sont de prudence...) des racistes old fashion.

Pour Vanessa et Céleste, en gros, il y a d'un côté les hommes,  groupe nombreux et toujours menaçant, perpétuellement violent et violeur dès que possible, oppresseur et méprisant, bâtisseur de plafonds de verre et consolideur de patriarcat en béton.

De l'autre côté, existent quelques hommes, ceux qu'elles connaissent et fréquentent quotidiennement, dont elles affirmeront fort volontiers que ça n'a rien à voir, qu'ils sont différents  des autres, qu'ils les traitent en parfaites égales, se montrent respectueux, gentils, “à l'écoute”, et jamais ne se risqueraient avec elles à lancer des plaisanteries grossièrement machistes, encore moins à tenter des gestes déplacés — ces gestes déplacés que, pourtant, elles souhaiteraient parfois, confusément, qu'ils fissent.

Bref, on retrouve la même dichotomie tranquille que celle qu'on rencontrait naguère, et qu'on rencontre peut-être encore, chez ce sacré Robert et ce bon vieux Jean-Paul, lesquels ont toujours affirmé une solide détestation des bougnoules et des nègres, mais sont constamment fourrés avec Mohammed et Kofi, parce que, eux, tu comprends, ils ne sont vraiment pas comme les autres.

Les féministes ont leurs bon mâles comme les racistes avaient leurs bons immigrés. 

Et les unes comme les autres doivent parfois se dire que c'est vraiment un sacré coup de bol d'être tombés justement sur ces exceptions, quand l'immense masse de tous les autres persiste à être si répugnante et hostile.

jeudi 1 août 2024

Ma vie dans les palaces


 

Rien de mieux pour des vacances de juillet

mardi 23 juillet 2024

Les dessous de la gastronomie hospitalière


 Durant ces cinq jours où je fus exclusivement nourri de l'incomparable gastronomie hospitalière, j'en suis arrivé à une conclusion que je juge irréfutable. Il doit exister, quelque part en France, probablement en des infrastructures souterraines afin de prévenir d'éventuelles insurrections paysannes contre elle, il doit exister, disais-je, une école particulière de cuisine, dans laquelle on forme les futurs marmitons hospitaliers. Ce n'est pas possible autrement.

Le but principal de l'enseignement qui leur est dispensé, leur Premier Commandement en quelque sorte, est de leur apprendre à surtout ne jamais réussir un plat, ni même à ne le rater qu'à demi. Un plat mangeable, c'est l'avertissement ; deux, le blâme ; trois, le renvoi définitif. C'est moins facile qu'un vain peuple pourrait le penser. 

Essayez par exemple, en dehors de toute formation rigoureuse, de transformer un honnête steak haché en une sorte de feuilleté de contreplaqué, à peine entamable au couteau : seuls les plus inspirés y parviendront peut-être. Ou bien, prenez un filet de poisson parfaitement frais (les services sanitaires sont au taquet 24 heures sur 24) et concoctez-lui une sauce qui puisse faire croire qu'il a été pêché il y a trois mois et conservé ensuite dans une remise bien chauffée : humiliant échec garanti.

Il reste maintenant à déterminer à quels signes aussi discrets que mystérieux ces gâte-sauces démoniaques se reconnaissent entre eux.

Et si, parfois, une puisssnce encore plus diabolique qu'eux-mêmes les contraint à ingérer ce qui sort de leurs chaudrons.

lundi 15 juillet 2024

Patience, patience dans l'azur…

 

 
Une phrase de Simenon, dans le premier chapitre de son roman Le Train : « Il avait aussi des pigeons voyageurs et, les dimanches de concours, restait des heures immobile au fond de son jardin à guetter le retour de ses bêtes au colombier. »

Je cesse aussitôt de lire, brusquement transporté dans l'espace et le temps. Me voilà revenu au début des années soixante et dans le parc de la Chambre de commerce de Sedan. René, mon grand-père paternel, et moi sommes assis chacun sur une chaise paillée ; ses pieds raclent les gravillons du sol, les miens battent l'air. La Chambre de commerce élève sa masse formidable juste dans notre dos, nous avons tous les deux les yeux braqués sur le pigeonnier auquel nous faisons face. 

C'est dimanche ; transportés dans de grandes malles d'osier, les pigeons ont été lâchés je ne sais où il y a déjà plusieurs heures. Et, maintenant, ils devraient arriver, bon sang ! Qu'est-ce qu'ils foutent, ces fainéants volatiles ? Patience, patience dans l'azur, comme disait Paul le Sétois… La récompense arrive finalement : un premier pigeon vient de se poser sur le rebord de la gouttière ! À présent, il s'agit qu'il rentre au bercail...

La colombophilie, dans ces moments-là, est une école de zénitude et d'endurance. Car, pour que le retour d'un oiseau soit homologué, il faut — en tout cas à cette époque dont je parle — s'en saisir et introduire la bague de sa patte dans une grosse (grosse aux yeux de l'enfant) horloge lourde et cubique. Mais comment l'attraper si cet imbécile s'obstine à musarder sur les tuiles du toit ? C'est ainsi que l'on perd de précieuses minutes...

René écrase les gravillons sous ses semelles, à force de trépigner d'impatience — et je trépignerais avec lui si mes jambes étaient assez longues. Heureusement,  après avoir volé durant deux cents ou trois cents kilomètres, les voyageurs sont généralement affamés et s'empressent de rentrer au colombier pour se diriger en dandinant du croupion vers les grains de blé reconstituants. Mais il y a toujours des distraits, des flâneurs, des têtes dures, des ascètes, des provocateurs, des oiseaux de carême...

Cela, ce musardage faîtier, n'a pas empêché René, au fil des années, de grimper régulièrement sur la première marche du podium colombophile, comme en attestent les coupes dorées ou argentées alignées sur le buffet de la salle à manger.

Du moins en font-elles foi dans ma mémoire ; car, dans le monde matériel où nous traînons encore, nul ne sait ce que sont ces trophées devenus.

Ni les chaises paillées qui, à René et à moi, tenaient lieu de perchoirs jumeaux.

vendredi 12 juillet 2024

Jeu, câlin… et dodo ! (Billet "spécial gâteux")



 
Les séances de jeu ont plus souvent lieu le matin, selon des modalités apparemment précises, dûment codifiées. Il s'agit de faire semblant de s'entr'agresser. C'est généralement Charlus qui attrape Saint-Loup, par la tête comme ici, ou bien en plongeant ses mâchoires dans son ventre, ou encore en lui happant les pattes arrière, comme s'il avait dans l'idée de le démembrer une bonne fois pour toutes.
 
Mais dès que le chien fait mine de cesser le combat et qu'il se redresse pour rejoindre son coin du ring, c'est au tour du chat de lui sauter à la tête en bondissant des quatre pattes, lui agrippant les oreilles et lui boxant la truffe.

La différence le plus immédiatement perceptible entre les deux belligérants est que le félin se bat dans un complet silence, tandis que le canin halète et grogne comme s'il avait été pitbull dans une existence antérieure et que ça lui revenait brusquement.

 
Lorsque les deux bestiaux sont parvenus au bout de leur agressivité en trompe-l'œil, ils éprouvent généralement un soudain besoin de tendresse. C'est alors que s'inverse les différences sonores : Saint-Loup se met à ronronner bruyamment, cependant que Charlus se tait ; il laisse le chat se frotter et se refrotter contre lui, avec une bienveillance qui a quelque chose de momentanément maternel.


Comme tout cela est finalement assez fatigant, la dernière phase se passe d'explication…

jeudi 11 juillet 2024

Simenon en question

L'une des caractéristiques de Simenon est son utilisation fréquente des phrases interrogatives. Un exemple, pris au début de la seconde partie du Veuf, roman de 1960 (mais on en trouverait cent autres dans l'ensemble de l'œuvre). Simenon commence ainsi : 

« Sa nouvelle vie n'était pas très différente de l'ancienne, dont elle avait conservé à peu près le rythme. » 

Suit une description en sept ou huit lignes de la routine en question , du veuf de fraîche date. Soudain, changement de paragraphe, et vient ceci, comme isolé , presque indépendant de ce qui précède et de ce qui va suivre :

« Peut-être passait-il plus de temps dans son fauteuil que du vivant de Jeanne et lui arrivait-il d'y perdre conscience de la fuite du temps ? »

Ensuite, le récit reprend son cours précédent : « Les jours se suivaient, calmes et vides en apparence, etc. »

Mais cette courte phrase interrogative, insérée là, suffit à créer quelque chose comme une menace encore très floue mais bien réelle ; un commencement de faille si minuscule que l'auteur lui-même ne paraît pas assuré tout à fait de son existence. Il se pourrait que l'idée, le soupçon d'un possible “glissement de terrain” psychique chez son personnage lui soit venue au moment même où sa main commençait à tracer la phrase. 

Devant la forme interrogative que prend alors celle-ci, on s'attendrait presque à le voir ajouter, relevant la tête et se tournant vers son lecteur : « Qu'est-ce que vous en pensez, vous ? »

Mais le lecteur, c'est bien connu, n'est nullement là pour penser.


 

mercredi 3 juillet 2024

Attention, Guignol : le méchant fasciste !


 Que les marionnettistes en chef agitent sans relâche leurs figurines fascistes, voire nazies, histoire de maintenir plus ou moins éveillées les poupées dont ils tirent les ficelles mentales, soit : ils sont dans leur rôle. Où l'affaire cesse d'être risible pour devenir un peu déprimante, c'est quand le spectateur-malgré-lui s'aperçoit que tous ces petits personnages de chiffons — parfois appelés militants — semblent réellement croire  que l'hydre fasciste ne va pas tarder à faire irruption dans leurs deux-pièces-cuisine, et que plusieurs détachements de la Waffen-SS sont massés aux bois de Vincennes et de Boulogne, prêts à prendre Paris en tenaille pour y égorger nos filles et nos compagnes, et pendre les LGBT à tous les réverbères disponibles, en chantant le Horst Wessel Lied.

lundi 1 juillet 2024

Le mois de la grande parité félino-canine


En juin… fais gaffe au chien !

 

mardi 25 juin 2024

N'abandonnons pas la syntaxe aux fascistes !


 M. Charles Fournier est député sortant écolo de Tours (depuis une semaine, notre irremplaçable professeur Saint-Graal et autres ravagés de la coiffe du même acabit s'agitent beaucoup, entre Cher et Loire, pour le faire réélire dimanche). Quand il n'agit pas pour les animaux, ce qui est fort louable, M. Fournier écrit sous X. Voici comment s'exprime un député écolo de nos jours :

« À tous ceux qui répètent à longueur de journée des amalgames sur les plateaux télé, dans la presse ou dans vos meetings : vous alimentez les fractures et servez de marche pied à l’extrême-droite. »

Alors, voilà. D'après notre élu zoophile, il est possible non seulement de répéter des amalgames, mais aussi d'alimenter des fractures dans le but de se transformer en marchepied — ou bien serait-ce en “marche à pied” ? Le doute subsiste. 

On choperait le tournis pour moins que ça. Et en dépit de toutes les mesures prises par M. Fournier en faveur des bébêtes tourangelles, gageons qu'une chatte aurait du mal à y retrouver ses petits.

samedi 22 juin 2024

mardi 18 juin 2024

La tablette du iGreffier

On pourra dire ce qu'on veut, les faits sont là :

Les nouvelles générations s'initient à l'informatique 

bien plus jeunes que nous autres…

 

samedi 15 juin 2024

Normalisation des relations Est-Ouest

 

Une ébauche de dialogue a même eu lieu,

en présence d'un observateur dûment accrédité.



vendredi 14 juin 2024

La meute s'agrandit


On l'a récupéré chez les voisins d'en face ; qui nous l'ont “vendu” pour un chaton de deux mois, mais qui doit plutôt en avoir entre trois et quatre, si l'on tient à mon avis sur la question. Toujours d'après le voisin, ce serait un mâle, mais le doute est largement permis. Disons que, en attendant le verdict de notre vétérinaire, mardi, il s'agit d'un félin gender fluid, ce qui nous fait sauter à pattes jointes dans la plus échevelée des modernités. Iel a bon appétit… et la chiasse, ce qui est dans l'ordre des choses.

Le premier contact avec Charlus s'est déroulé au mieux. Étrangement, le chien a semblé plus impressionné qu'excité par le nouvel arrivant. Finalement, il a tout de même risqué une truffe dans sa direction, lui a donné deux petits coups de langue sur la calotte crânienne, histoire d'officialiser la rencontre, sans que le chat en prenne ombrage, en tout cas de façon feularde et griffue.

Restait la question du nom. Notre snobisme littéraire ne s'étant nullement calmé avec les années, il nous en fallait un glané du côté de chez Proust. Moins facile que c'en a l'air, car la majorité des noms que l'on trouve dans La Recherche ne sauraient convenir à un greffier, même pré-genré : je me voyais mal, par exemple, appeler cette pauvre bête Bréauté-Consalvi ou Princesse-de-Parme.

Nous nous sommes finalement arrêté sur Saint-Loup. Deux syllabes assez sonores pour être vite assimilables par un cerveau de matou, faciles à prononcer pour nous, voire à hurler s'il fait une connerie sous nos yeux. De plus, tout le monde se souvient que, chez Proust, le marquis de Saint-Loup-en-Bray est le neveu du baron de Charlus.

L'onomastique venait donc à point pour renforcer des liens familiaux encore à peine esquissés.

mercredi 12 juin 2024

Au bûcher, Donald !


 Bon, l'affaire est entendue : Donald Westlake est un infréquentable méritant la roue, l'estrapade, le pilori et le gibet ; il a beaucoup de chance d'être déjà mort. Voici ce qu'il écrit à propos d'un des flics qui viennent d'apparaître au chapitre 8 de Pourquoi moi ? :

« C'était un Nègre de vingt-huit ans, une foutue tapette à la langue bien pendue : le sergent Léon Windrift. Si Léon avait simplement été homosexuel, il y a longtemps qu'il aurait été viré de ce corps d'élite qu'était la police new-yorkaise. S'il avait simplement été noir, il serait resté flic des rues sa vie durant. Mais comme il était à la fois nègre et pédé, on ne pouvait ni le virer ni le garder dans un commissariat de quartier, ce qui expliquait l'ascension rapide qui l'avait conduit au grade de sergent et à un boulot au quartier général. »

À fin d'exemplarité, je propose que le cadavre de cet ignoble homonégrophobe soit promptement déterré et publiquement écartelé puis brûlé lors d'une grande cérémonie expiatoire, citoyenne, inclusive, éco-responsable et, bien sûr, aussi dérangeante que décalée.

 

dimanche 9 juin 2024

Sombre éclaircie

 
 
Le français du Señor Météo. Pour aujourd'hui, l'iBigo m'annonce de “belles éclaircies à partir de 13 h”. Or, depuis ce matin, le ciel est implacablement azuréen : comment va-t-il s'y prendre pour s'éclaircir ?

En regardant les petites icônes, celles qui permettent aux illettrés de savoir eux aussi le temps qu'il va faire, je constate que quelques nuages sont prévus d'arriver à partir d'une heure de l'après-midi, mais sans doute pas assez compacts pour masquer totalement le soleil.

Donc, pour le Señor Météo, une arrivée de nuages dans un ciel pur s'appelle une éclaircie ; qu'il n'hésite pas, en outre, à trouver belle. J'ai commencé par me moquer — évidemment.

Puis, je me suis demandé comment, moi, brusquement investi des pouvoirs et de l'autorité du Señor, je qualifierais en une courte formule le phénomène en question.

Je dois bien reconnaître n'avoir rien trouvé de tout à fait satisfaisant. “Vilain assombrissement” serait évidemment ridicule. “Moche ennuagement” est encore pire. “Soleil partiellement offusqué” sonne par trop prétentieux. 

Pour l'instant, j'en suis là. 

Et il fait toujours beau.

samedi 8 juin 2024

Comme sur des roulettes

Non parce que, quand même : on ne peut pas passer toutes ses journées uniquement entre Chateaubriand et Proust, même si on est un intellectuel dûment barbelé de références littéraires. Il faut savoir se détendre un peu. Prendre durant une heure ou deux la vie par ses côtés improbables.

Pour cela, rien de mieux que d'aller piocher dans la pile des romans déjà lus de Donald Westlake, spécialement la série des Dortmunder, du nom du personnage principal de cette épopée du cambriolage moderne en une quinzaine de volumes. On peut les lire dans n'importe quel ordre, mais pourquoi ne pas commencer par le premier, loin d'être le moins réjouissant ?

C'est ce que j'ai fait hier. Pierre qui brûle est l'histoire d'une émeraude que se disputent deux pays africains imaginaires, et qui se trouve présentement — vrai coup de chance — au Coliseum de New York. Quoi de plus évident, pour Dortmunder et sa petite bande de branquignols d'anthologie, que de mettre la main dessus ? Évidemment, tout va se mettre à mal marcher, à barrer en implacables sucettes. (Ce disant, je ne casse aucun suspense : tous les “coups” montés par les Dortmunder's Boys échouent systématiquement ; c'est presque leur marque de fabrique.)

Ce matin, ayant fini de brûler ma pierre, j'ai rouvert Comment voler une banque. À ce sujet, une remarque. Pour je ne sais quelle obscure et tortueuse raison, les éditeurs français de romans policiers américains ont longtemps eu à cœur de donner à leurs livres des titres absurdes, si possible n'ayant rien à voir avec l'original, même quand il était aisément traduisible tel quel — les plus acharnés en ce domaine étant la consternante Série noire de Gallimard. 

Tel n'est pas le cas ici. Westlake a appelé son roman Bank Shot. Le titre français, Comment voler une banque, est certes différent, mais il est judicieux. En effet, il ne s'agit nullement, pour Dortmunder et ses pieds nickelés, de simplement dévaliser cette banque de Long Island, mais bel et bien de la voler, après l'avoir équipée nuitamment de roues et d'essieux.

La chose est-elle possible, même seulement concevable ? Allez-y voir

mardi 4 juin 2024

Hoy en mi ventana brilla el sol


 Puisque nous en étions aux chansons qui me font un étrange effet, je pourrais aussi parler de Porque te vas, chantée, avec un accent un peu bizarre, un peu “impur”, par la jeune Jeanette — qui est aujourd'hui une bien vieille dame.

J'ai, comme à peu près tout le monde, découvert cette chanson à la fin de 1976 ou au début de la suivante — j'étais parisien de très fraîche date —, en allant voir le film de Carlos Saura, Cría Cuervos, qui, par son retentissement, a fait de cette ritournelle, sortie fort discrètement quelque temps plus tôt, un “tube” quasi mondial. 

(Ma mère étant, sur ces entrefaites, venue passer une semaine dans le deux-pièces de la rue de Patay, 21, que je partageais avec Denis Barthès, mon ami orléanais des lycées Pothier puis Benjamin-Franklin, pour je ne sais quelle formation qu'elle devait suivre, j'étais retourné voir le film avec elle, mais probablement, cette fois, en version doublée.)

Presque 50 après, je ne me rappelle à peu près rien de Cría Cuervos, sauf une scène : on y voyait la très jeune Ana Torrent (elle a aujourd'hui 57 ans...) assise dans un canapé, posant le disque de Jeanette sur son petit électrophone et écoutant religieusement Porque te vas.

Pour autant que je comprenne encore un peu l'espagnol, les paroles de cette chanson ne valent pas grand-chose. Si l'on tient à être indulgent, on les dira anodines. Et je ne suis pas sûr que la mélodie soit beaucoup plus relevée. Pourtant, chaque fois que je l'entends, ce qui n'arrive pas tous les jours, ni même tous les ans, elle me plonge dans un état spécial que j'aurais bien de la peine à définir — la preuve : je n'essaie même pas. Mais, comme dans le cas de So far away, c'est un effet qui se prolonge bien au-delà du temps de la chanson ; parfois plusieurs heures.

Effet durable, mais que je pressens fragile, prêt à s'évaporer si j'en venais à trop le solliciter, C'est au point que, si d'aventure l'occasion de revoir le film de Saura m'était un de ces jour donnée, je crois bien que je me défilerais. Par crainte irraisonnée de casser quelque chose. 

De voler sa jeunesse à Jeanette et son enfance à Ana.

lundi 3 juin 2024

I'm no one but a shadow…


 Je viens, chez Toitube, de tomber par hasard sur Nicolas Peyrac chantant So far away from L.A. Je l'ai écouté jusqu'au bout, et j'ai pu constater que cette chanson me plongeait toujours, comme il y a quarante ans et plus, dans la même mélancolie nostalgique, provoquant chez moi une sorte de regret souriant baudelairien aussi inexplicable que tenace.

L'étrangeté de cet effet produit sur moi est augmenté du fait que Peyrac est un chanteur qui ne m'a jamais particulièrement intéressé, et que la petite dizaine de chansons que j'ai pu, dans le temps, connaître de lui m'a toujours laissé à peu près voire complètement froid. Mais entonne-t-il So far away ? Il est sûr de “m'avoir” à tous les coups.

(Autre petit fait curieux : chacun pourra constater, au vu du portrait ci-dessus, que, les années passant, Nicolas Peyrac s'est fait presque la même tête que Jean-Pierre Darroussin.)

Je me souviens aussi d'un soir, vers le milieu des années quatre-vingt, dans l'un de ces restaurants japonais où les client sont assis le long d'un comptoir plus ou moins circulaire autour du faiseur de sushis, je me souviens d'avoir dîné à côté de ce Nicolas-là. Il était en compagnie d'une femme ; je n'étais pas seul non plus, mais du diable si, les décennies ayant passé, je me rappelle avec qui.

So far ago, n'est-ce pas...