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jeudi 21 novembre 2024

La yourte au chat


 Autant l'avouer : quand Catherine a fait l'acquisition de cette espèce d'abri pour félins sans-papiers, j'étais un peu sceptique quant à son attrait sur Petit Loup. Comme pour me donner raison, il l'a d'abord ostensiblement négligé, en ressortant en toute hâte dès que Catherine l'y installait, dédaignant ostensiblement les pièges qu'elle ourdissait pour l'y attirer.

Finalement, sur un coup de tête dont il serait vain de chercher à déterminer les puissants ressorts, le chat a décidé que cette sorte de yourte mongole serait dorénavant à lui, chez lui, et il est allé s'y installer sans que l'on ait besoin de l'en prier.

C'est moi qui ai décidé que ce cocon pelucheux serait une yourte. J'ai bien fait : depuis neuf heures ce matin, il neige sur le Plessis ; assez dru, même s'il serait sans doute exagéré de parler de “peaux de lapins”. Disons des peaux de hamsters et n'en parlons plus. En tout cas, ce n'est pas ce temps ouaté qui risque d'inciter Petit Loup à mettre le museau dehors.

dimanche 27 octobre 2024

Préparez vos mouchoirs !

 

Catherine a beau disposer à l'envers ses boîtes de kleenex, Petit Loup a très vite compris qu'il était facile de les retourner d'un coup de patte pour, ensuite, se livrer à sa passion dominante : en extraire un voire plusieurs tire-jus et les emporter entre ses mâchoires pour aller les déchiqueter un peu partout dans la maison.

C'est sans doute pour cela que j'ai moins la cote que Catherine auprès de lui : je n'utilise que des mouchoirs en tissu…

jeudi 19 septembre 2024

Recette de la pintade au chat


Prenez deux bestioles de plusieurs livres.

Une fois que vous avez les ingrédients de base, 

le plus dur est fait.

Pour les proportions et les temps de cuisson… 

débrouillez-vous.

 

jeudi 12 septembre 2024

Revenons à l'essentiel…

Petit Loup sur son pouf : un mois et demi d'existence…

 Non, parce que ça va un moment, les billets consacrés aux malfaisants laïques ou aux monstres cathos !

Le chat lui-même, malgré son âge tendre, semble se demander quel petit démon pervers a bien pu me pousser, ces jours derniers, à parler des deux bipèdes en question.

Je n'ai aucune réponse convaincante à lui fournir.

dimanche 25 août 2024

Georges, le greffier et son maître


 Dans le volume de Simenon que je relis actuellement est proposé le roman qui s'intitule Le Chat.

Ça tombe bien.

jeudi 22 août 2024

Les Saint-Loup se suivent… (Billet félin)


 


Le pauvre Saint-Loup n'aura eu, selon toute vraisemblance, qu'une existence éphémère ; en tout cas chez nous : à peine avait-il eu le temps d'apprivoiser le jardin, si je puis dire, qu'il a proprement disparu, sans doute en profitant d'un trou de clôture non repéré par les humains approximatifs que nous sommes. Notre cohabitation aura duré huit semaines…

Hier soir, pour remédier à une compréhensible frustration, le voisin d'en face, notre pourvoyeur félin désormais attitré, nous en a apporté un autre. Minuscule : deux mois d'existence en comptant large. Il a été décidé unanimement qu'il s'appellerait lui aussi Saint-Loup, le premier du nom étant devenu trop rapidement fantôme pour prétendre à l'exclusivité du patronyme : il s'agissait de relever la lignée, de perpétuer une grande race. Il est probable qu'il va rapidement devenir Saint-Loup Jr, puis Junior tout court — mais on ne peut être sûr de rien.

La présentation officielle à Charlus a eu lieu ce matin dès l'aube, à l'heure où la campagne n'était pas loin de blanchir. Présentation fugitive et de loin, le rejeton sancto-lupin hébergeant une intéressante et assez nombreuse colonie de puces, dont il devrait, pipette vétérinaire aidant, être rapidement débarrassé. 

En attendant, il vit dans la salle de bain, ce qui est une excellente incitation à la propreté.



lundi 15 juillet 2024

Patience, patience dans l'azur…

 

 
Une phrase de Simenon, dans le premier chapitre de son roman Le Train : « Il avait aussi des pigeons voyageurs et, les dimanches de concours, restait des heures immobile au fond de son jardin à guetter le retour de ses bêtes au colombier. »

Je cesse aussitôt de lire, brusquement transporté dans l'espace et le temps. Me voilà revenu au début des années soixante et dans le parc de la Chambre de commerce de Sedan. René, mon grand-père paternel, et moi sommes assis chacun sur une chaise paillée ; ses pieds raclent les gravillons du sol, les miens battent l'air. La Chambre de commerce élève sa masse formidable juste dans notre dos, nous avons tous les deux les yeux braqués sur le pigeonnier auquel nous faisons face. 

C'est dimanche ; transportés dans de grandes malles d'osier, les pigeons ont été lâchés je ne sais où il y a déjà plusieurs heures. Et, maintenant, ils devraient arriver, bon sang ! Qu'est-ce qu'ils foutent, ces fainéants volatiles ? Patience, patience dans l'azur, comme disait Paul le Sétois… La récompense arrive finalement : un premier pigeon vient de se poser sur le rebord de la gouttière ! À présent, il s'agit qu'il rentre au bercail...

La colombophilie, dans ces moments-là, est une école de zénitude et d'endurance. Car, pour que le retour d'un oiseau soit homologué, il faut — en tout cas à cette époque dont je parle — s'en saisir et introduire la bague de sa patte dans une grosse (grosse aux yeux de l'enfant) horloge lourde et cubique. Mais comment l'attraper si cet imbécile s'obstine à musarder sur les tuiles du toit ? C'est ainsi que l'on perd de précieuses minutes...

René écrase les gravillons sous ses semelles, à force de trépigner d'impatience — et je trépignerais avec lui si mes jambes étaient assez longues. Heureusement,  après avoir volé durant deux cents ou trois cents kilomètres, les voyageurs sont généralement affamés et s'empressent de rentrer au colombier pour se diriger en dandinant du croupion vers les grains de blé reconstituants. Mais il y a toujours des distraits, des flâneurs, des têtes dures, des ascètes, des provocateurs, des oiseaux de carême...

Cela, ce musardage faîtier, n'a pas empêché René, au fil des années, de grimper régulièrement sur la première marche du podium colombophile, comme en attestent les coupes dorées ou argentées alignées sur le buffet de la salle à manger.

Du moins en font-elles foi dans ma mémoire ; car, dans le monde matériel où nous traînons encore, nul ne sait ce que sont ces trophées devenus.

Ni les chaises paillées qui, à René et à moi, tenaient lieu de perchoirs jumeaux.

vendredi 12 juillet 2024

Jeu, câlin… et dodo ! (Billet "spécial gâteux")



 
Les séances de jeu ont plus souvent lieu le matin, selon des modalités apparemment précises, dûment codifiées. Il s'agit de faire semblant de s'entr'agresser. C'est généralement Charlus qui attrape Saint-Loup, par la tête comme ici, ou bien en plongeant ses mâchoires dans son ventre, ou encore en lui happant les pattes arrière, comme s'il avait dans l'idée de le démembrer une bonne fois pour toutes.
 
Mais dès que le chien fait mine de cesser le combat et qu'il se redresse pour rejoindre son coin du ring, c'est au tour du chat de lui sauter à la tête en bondissant des quatre pattes, lui agrippant les oreilles et lui boxant la truffe.

La différence le plus immédiatement perceptible entre les deux belligérants est que le félin se bat dans un complet silence, tandis que le canin halète et grogne comme s'il avait été pitbull dans une existence antérieure et que ça lui revenait brusquement.

 
Lorsque les deux bestiaux sont parvenus au bout de leur agressivité en trompe-l'œil, ils éprouvent généralement un soudain besoin de tendresse. C'est alors que s'inverse les différences sonores : Saint-Loup se met à ronronner bruyamment, cependant que Charlus se tait ; il laisse le chat se frotter et se refrotter contre lui, avec une bienveillance qui a quelque chose de momentanément maternel.


Comme tout cela est finalement assez fatigant, la dernière phase se passe d'explication…

mardi 18 juin 2024

La tablette du iGreffier

On pourra dire ce qu'on veut, les faits sont là :

Les nouvelles générations s'initient à l'informatique 

bien plus jeunes que nous autres…

 

samedi 15 juin 2024

Normalisation des relations Est-Ouest

 

Une ébauche de dialogue a même eu lieu,

en présence d'un observateur dûment accrédité.



vendredi 14 juin 2024

La meute s'agrandit


On l'a récupéré chez les voisins d'en face ; qui nous l'ont “vendu” pour un chaton de deux mois, mais qui doit plutôt en avoir entre trois et quatre, si l'on tient à mon avis sur la question. Toujours d'après le voisin, ce serait un mâle, mais le doute est largement permis. Disons que, en attendant le verdict de notre vétérinaire, mardi, il s'agit d'un félin gender fluid, ce qui nous fait sauter à pattes jointes dans la plus échevelée des modernités. Iel a bon appétit… et la chiasse, ce qui est dans l'ordre des choses.

Le premier contact avec Charlus s'est déroulé au mieux. Étrangement, le chien a semblé plus impressionné qu'excité par le nouvel arrivant. Finalement, il a tout de même risqué une truffe dans sa direction, lui a donné deux petits coups de langue sur la calotte crânienne, histoire d'officialiser la rencontre, sans que le chat en prenne ombrage, en tout cas de façon feularde et griffue.

Restait la question du nom. Notre snobisme littéraire ne s'étant nullement calmé avec les années, il nous en fallait un glané du côté de chez Proust. Moins facile que c'en a l'air, car la majorité des noms que l'on trouve dans La Recherche ne sauraient convenir à un greffier, même pré-genré : je me voyais mal, par exemple, appeler cette pauvre bête Bréauté-Consalvi ou Princesse-de-Parme.

Nous nous sommes finalement arrêté sur Saint-Loup. Deux syllabes assez sonores pour être vite assimilables par un cerveau de matou, faciles à prononcer pour nous, voire à hurler s'il fait une connerie sous nos yeux. De plus, tout le monde se souvient que, chez Proust, le marquis de Saint-Loup-en-Bray est le neveu du baron de Charlus.

L'onomastique venait donc à point pour renforcer des liens familiaux encore à peine esquissés.

dimanche 8 janvier 2023

Quand on s'promène au bord de l'eau…

 

Ce serait tellement plus drôle d'aller patauger dedans

plutôt que de rester assis au bord.

Mais il y a cette maudite laisse…

jeudi 10 novembre 2022

Charlux fiat

Quatre heures et demie, 

profiter des derniers éclats du soleil d'automne 

avant qu'il ne disparaisse derrière le toit des voisins :

la preuve par le chien.

 


 

lundi 21 décembre 2020

Renversement du domaine muselier

 

Lorsqu'un humain et son chien déambulent par les rues de la ville, il est désormais bien facile de discerner lequel des deux est l'animal : c'est celui qui ne porte pas de muselière.

samedi 20 juin 2020

Le dieu totem des scarabées des sables


C'est une implacable tragédie, qui se joue entre les pages 540 et 543 (édition Folio) du Journal de Gombrowicz. Je l'avais déjà évoquée, ici même, il y a fort longtemps, dans la préhistoire de ce blog, mais j'en ai été tellement frappé, retombant dessus, qu'il faut bien que j'y revienne. Nous sommes en 1958, en Argentine, quelque part au bord de l'océan :

« J'étais allongé au soleil, adroitement dissimulé par la petite chaîne de montagnes que forme, au bout de la plage, le sable accumulé par le vent. »

En plus de Witold Gombrowicz, il y a donc des dunes, des broussailles, du soleil, du vent… et des scarabées :

« L'un d'eux, juste à portée de ma main, gisait sur le dos. C'était le vent qui l'avait renversé. Le soleil lui brûlait le ventre, ce qui était sûrement exceptionnellement pénible pour ce ventre habitué à rester toujours à l'ombre. »

Agitant ses six pattes d'une façon dérisoire et inutile, incapable de se “remettre à l'endroit”, le scarabée est promis à une mort rapide, si aucune puissance extérieure n'intervient. Bien entendu, Gombrowicz saisit le scarabée entre deux doigts et, le retournant, lui rend une espérance de vie acceptable. Ce faisant, il vient de pénétrer dans le tunnel de son cauchemar : 

« Sitôt était-ce fait que je vis un peu plus loin un scarabée identique, dans la même position, agitant ses petites pattes. Je n'avais pas envie de bouger… mais pourquoi sauver l'un et pas l'autre ?… Pourquoi celui-là… tandis que celui-ci… ? L'un serait heureux grâce à toi et l'autre devrait souffrir ? Je pris une brindille, tendis la main, le sauvai. »

On devine l'engrenage affreux : à peine a-t-il remis d'aplomb ce deuxième insecte que le “sauveur” en aperçoit un autre un peu plus loin, attendant lui aussi son miracle :

« Devais-je transformer ma sieste en tournée d'ambulance pour scarabées agonisants ? Je m'étais déjà trop habitué à ces scarabées, à leur agitation curieusement impuissante… Mais vous comprendrez sans doute qu'une fois entrepris leur sauvetage, je n'avais plus le droit de l'interrompre à aucun moment. […] Si seulement il avait existé entre lui et ceux que j'avais sauvés auparavant une frontière, quelque chose qui m'aurait autorisé à m'arrêter… Mais justement il n'y avait rien que ces dix centimètres de plus dans le sable, toujours ce même sable, mais “un peu plus loin”, un tout petit peu. Et il agitait ses petites pattes de la même façon ! Alors, regardant autour de moi, je vis, “un peu plus loin” encore, quatre autres scarabées s'agiter, grillant au soleil. Il n'y avait pas à hésiter : moi, le géant, je me levai et je les sauvai, tous. »

Mais que voit alors le géant providentiel, le miraculeux sauveur, sur la pente de la dune voisine ? Eh oui, bien sûr… Et il prend soudain conscience que ces scarabées à l'agonie sont en nombre infini, non seulement sur cette dune, sur cette plage, mais sur toutes les autres, d'un bout à l'autre de la côte argentine. Il commence alors à courir de çà, de là, pour remettre tous ces condamnés sur leurs pattes. Il comprend en même temps toute l'horreur de sa propre situation :

« Le moment allait venir où je me dirais : “Ça suffit” et il y aurait un premier scarabée à n'être pas secouru. Lequel ? Lequel ? Lequel ?  À chaque instant je me disais : “C'est celui-ci”, et je le sauvais. Incapable de me contraindre à cet arbitrage terrible et presque abject. Car pourquoi celui-ci ? Pourquoi lui justement ? »

En effet, le piège paraît sans faille, sans issue, sans espoir : il n'y a pas moyen d'en sortir, aucun raisonnement satisfaisant ne pourrait permettre de lui échapper. Il y faudra donc une sorte d'intervention mystérieuse, d'origine inconnue et inexplicable. C'est pourquoi Gombrowicz ne cherche nullement à l'expliquer :

« Et soudain le mécanisme s'enraya, facilement je coupai court à ma compassion, je m'arrêtai. “Eh bien, rentrons”, pensai-je, indifférent. et je partis. Et le scarabée, celui devant lequel j'avais cessé d'intervenir, resta là à agiter ses petites pattes (cela m'était déjà indifférent, comme si j'étais dégoûté de ce jeu ; je portais en moi mon indifférence comme un corps étranger, sachant qu'elle m'était imposée par les circonstances). »

L'épisode est terminé, ce qui ne signifie pas qu'il ne laisse aucune trace derrière lui. Gombrowicz y revient quelques jours plus tard, alors qu'il est attablé à une terrasse de café :

« Le Nombre ! Le Nombre ! Capitulant devant le Nombre, j'ai abdiqué justice, morale, humanitarisme. Ils étaient trop nombreux. Oui mais, dites, cela revient à dire que la morale est impossible. Ni plus ni moins. Car la morale doit être la même pour tous, sinon elle devient injustice, voire immoralité. Cet excès quantitatif s'est fixé sur le seul scarabée que je n'ai pas sauvé, devant lequel je me suis arrêté. Pourquoi lui et pas un autre ? Pourquoi a-t-il dû payer pour des millions ? […] Au fil de mes réflexions s'impose à moi l'impression bizarre que je dispose d'une morale limitée… fragmentaire… arbitraire… et injuste ; elle n'est pas de nature compacte mais grenue (je ne sais pas si je m'exprime clairement). »

Nous parlons d'un événement qui a donc eu lieu voilà 72 ans. Ce qui, en “temps scarabée” doit représenter environ 5000 ans. Et il est tout à fait raisonnable de supputer que, depuis cette époque incroyablement reculée, génération après génération, les scarabées des sables continuent d'ériger un peu partout, dans les profondeurs de galeries secrètes, de minuscules totems à l'effigie de Witold Gombrowicz, ce dieu tout puissant, à la fois sauveur de son peuple élu et cruel avec lui, à qui ils rendent, les jours de grandes bourrasques, un culte de latrie craintive, en faisant doucement et à l'unisson striduler leurs élytres.

vendredi 27 septembre 2019

Dis, quand reviendras-tu ?


Son maître a quitté la maison, pour aller se livrer à de passionnantes activités dont le chien ne soupçonne nullement l'importance : acheter six tranches de jambon pour envelopper les endives de ce soir, faire provision de cigarettes, passer à la pharmacie pour un renouvellement des médicaments qui l'empêchent de mourir trop promptement…

Alors, il s'est installé dans le fauteuil du maître, lequel se transforme illico en observatoire de la rue, par où le Luminaire céleste devrait finalement réapparaître. Tant de fidélité tirerait bien des larmes, mais une question surgit, insidieuse : le chien s'est-il installé là pour garder la place du souverain, lui conserver sa suprématie, barrer la route aux éventuelles usurpatrices… ou au contraire a-t-il dans l'idée de lui ravir son trône, de devenir Luminaire à la place du Luminaire ? 

Un léger doute subsiste.


mercredi 5 juin 2019

Devenir coucou


Le désir d'être un oiseau taraude l'homme depuis la plus haute Antiquité, même s'il n'y pense pas tous les jours, en raison des courses qu'il faut bien faire ou des mots croisés qui restent à terminer dans le journal d'hier. Mais quel oiseau ? 

Sont d'emblée écartés ceux qui ne volent pas : à ma connaissance, personne ne s'est jamais rêvé en poule pondeuse ni même en autruche des antipodes. Beaucoup, je crois, choisissent tout spontanément de devenir des aigles, sans doute parce qu'ils sentent bien que, dans leur existence humaine, ils ne le sont nullement ; ou alors par hasard, de temps en temps, presque par accident. Planer majestueusement au-dessus des pics enneigés et des gouffres amers doit flatter leur ego rampant. N'aimant ni la haute montagne ni la neige, c'est une race que je leur abandonne volontiers.

Durant longtemps, il m'a semblé enviable de devenir corbeau, même si l'idée de me nourrir de hérissons écrabouillés sur les bandes d'arrêt d'urgence ne me faisait que moyennement saliver. D'abord parce que sa chair est réputée immangeable, ce qui implique un voisinage à peu près tranquille avec les villageois armés. Ensuite parce que le corbeau est un oiseau intelligent ; peut-être même le plus intelligent. Il est également prudent, méfiant, assez peu liant de nature, presque retors. Mais à quoi bon tant d'intelligence quand on est voué malgré tout à n'avoir jamais qu'une cervelle d'oiseau ? 

Non, tout bien réfléchi, l'idéal, en cas de métamorphose, serait de se réveiller coucou – coucou d'Europe, bien entendu : j'ai peu de goût pour aller découvrir l'Amérique, quant à l'Afrique n'en parlons même pas. Coucou, donc. En premier lieu parce que les ornithologues nous apprennent qu'il s'agit là d'« un nom vernaculaire dont le sens est ambigu ». Cela me va fort bien, moi qui ai toujours rêvé secrètement d'être vernaculaire et ambigu.

Mais surtout, évidemment, il y a cette formidable insouciance reproductrice, qui rend l'existence du coucou très enviable : on se rencontre, on se plaît, on tire un petit coup sur la plus haute branche, on dépose les mômes à l'assistance sans problèmes de conscience particulier, tels des petits Rousseau piailleurs, et on se quitte en excellents termes pour aller manger un morceau, cependant que, tout autour, les autres espèces se tannent le croupion à couver, nourrir, éduquer leurs petits ingrats auxquels on a subrepticement mêlé les nôtres.

Et l'on aura même, parfois, un sourire de commisération, en songeant à ces grands cons prétentieux d'aigles royaux qui, nonobstant leur royauté, se crèvent le plumage à chasser musaraignes et lapereaux dans leurs stupides montagnes ; où, régulièrement, ils sont contraints de supporter les beuglements mégaphoniques de bipèdes écolâtres venus défiler dans les alpages avec la prétention de leur sauver l'espèce et le biotope, en trois slogans et un pique-nique éco-responsable.

Alors que le coucou, sous la ramée sereine, tout le monde lui fout la paix.

vendredi 4 janvier 2019

Comme chien et chat


Il arrive assez fréquemment, comme ici, que Charlus et Cosmos s'offrent une petite sieste rapprochée ; cela ne peut marcher que si l'initiative vient du chat, on ne sait trop pourquoi. De même, Charlus passe la plupart de ses nuits sur le canapé du second salon, collé contre Golo, l'autre chat (lequel est, en ce moment même, lové sur le fauteuil dont on aperçoit un bras au bord droit de la photo). Mais jamais on ne verra les deux chats venir se coucher l'un contre l'autre ; de fait, ils ne font guère que se tolérer mutuellement, et encore : jamais de trop près ; Charlus est en quelque sorte leur trait d'union. Le chat est un animal qui s'entend en général fort bien avec les représentants des autres espèces vivantes, dès lors qu'il ne les regarde pas comme des proies, mais qui semble toujours avoir un certain mal à supporter la promiscuité de ses congénères.

Un peu comme moi, en somme.

lundi 9 juillet 2018

Un temps de chien


Un temps de chien, c'est lorsque le thermomètre franchit la barre des trente degrés, implacablement Celsius, et que vos poils repoussent à tout va, vous fournissant le manteau dont vous vous passeriez volontiers. Mais quand est-ce qu'on retourne chez l'esthéticienne canidologue ?

Demain.

lundi 21 mai 2018

Trois chiens dont deux fantômes


Trois générations de chiens, photographiés au même endroit de la Côte blanche, à quelques centaines de mètres de la maison ; trois chiens qui ne se sont jamais connus les uns les autres. Balbec d'abord, qui occupe la photo “qui est dans la photo”, puis Elstir, son successeur bernois…


… et, ce matin même, Charlus, dont on notera que sa pilosité crânienne a évolué de telle façon qu'il ne ressemble plus du tout au punk qu'il était vers trois ou quatre mois, mais qu'il prend chaque jour des allures de plus en plus donaldo-trumpiennes. D'ici à ce qu'il bombarde la Corée du Nord et nous brouille avec les mollahs iraniens, il n'y a pas des kilomètres.