mardi 8 novembre 2011

La Varende, de la Révolution à nos sombres jours

Irrempe – abbaye du Bec-Hellouin
« Ce qui fit encore plus de mal que la courte épilepsie révolutionnaire, fut la suite, la séquelle. Les plus sûrs furent touchés. Un immense découragement sévissait, un besoin de disparaître, une annihilation de la ferveur. La Restauration consacra la Révolution ; la société ne se rétablissait point, ni la société religieuse, ni la société civile : sa maladie avait été trop forte ; ce ne fut qu'une fausse convalescence dans laquelle nous nous débattons encore avant la culbute définitive. La Bande Noire eut beau jeu, ces démolisseurs architecturaux ; les propriétaires, épuisés, leur livraient leurs murs. On dirait que, d'avoir abattu tant de magnificences, la France ne fût plus capable d'invention, elle qui avait créé tant de styles et mené l'Europe artistique. La niaiserie s'ajoutait à la jactance. »

Jean de La Varende, L'Abbaye du Bec-Hellouin, Plon, 1948, p. 29.

Et puisque nos lectures sont lavarendiennes, suivons encore leur auteur dans l'une de ses Promenades, recueil de chroniques parues entre 1955 et 1959 dans La Nation Française, que les éditions Charles Hérissey ont eu la bonne idée de republier en un volume – lequel aurait assurément gagné à être plus soigneusement relu et davantage corrigé.

Lorsque l'un de ses courts voyages conduit notre gentilhomme normand jusqu'au cœur de la Bretagne, et même en sa capitale, il s'y désole de ce que la perspective qu'offrait les quais de Rennes à son souvenir soit désormais presque anéantie par l'érection d'un “gratte-ciel sans toit”, trop absurdement haut pour n'être pas dommageable au paysage urbain dans lequel on l'a inscrit de force. Ce gratte-ciel, sitôt la virgule passée, La Varende le qualifie de silo à locataires

22 commentaires:

  1. silo à locataires, vraiment bien trouvé ! (je n'ai lu que Nez de cuir de lui)

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  2. Lorsque l'on est né noble ou aristocrate, dans un pays comme le notre qui a conservé tant de beaux restes et dont l'histoire est si riche, on est condamné aux regrets éternels; on est réactionnaire par essence.
    Quand aux "silos à locataires", la révolution n'y est pas pour grand chose.

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  3. Les réacs pleurent toujours cette divine époque de la Monarchie...
    Les vieux aristocrates du 18ème siècle devaient chanter le bon vieux temps d'Henri IV.
    Les hobereaux sous Henri III louaient le temps béni de Charlemagne.
    Les Chefs de guerre sous Clovis imaginaient l'épopée romaine avec mélancolie.

    Finalement le réac n'est heureux qu'à l'évocation de son état de primate lorsqu'il était perché sur son arbre à califourchon sur une branche !

    Ah ! Cette fuite éperdue du réactionnaire vers le passé faute d'assumer le présent et par peur d'envisager l'avenir.
    Tout un poème.
    Merci pour votre brillante l'illustration de l'immobilisme nostalgique, Monsieur Goux !

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  4. Cuicui, c'est tout à fait fascinant de ne rien comprendre à ce point... Vous vous en sortez quand même dans la vie de tous les jours?

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  5. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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  6. Sans mur, on ne peut plus rien faire. Ils sont indispensables. Et puis Chui-Chui est con comme une pie.

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  7. Un de mes professeurs avait l'habitude de parler de "silos à peuple". Comme il était baron et moyennement progressiste, je le soupçonne maintenant d'avoir trouvé l'expression dans ce livre !

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  8. La vie est décidément trop injuste et jamais Cui-Cui ne connaîtra l'immense plaisir que celui d'être réactionnaire. Tout sa vie Cui-Cui sera un grand progressiste, toute sa vie notre ami accompagnera d'un sourire niai le grand programme du "ce sera mieux demain", la "Nostalgie" fera place à lamédiocrité . Jamais il ne goûtera le délicieux parfum de la mélancolie, ce plaisir raffiné réservé à une élite. Cette nouvelle "discrimination " lui offre pourtant le loisir de "s'indigner" une nouvelle fois, à peu de frais bien sûr (faut quand même pas déconner!) Chacun ses petits plaisirs…

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  9. Cui-Cui a cependant raison sur un point : le monde regretté par les barons, vicomtes et autres marquis, n'était généralement aimable que pour la petite minorité de bien-nés qu'ils représentent. C'est pourquoi les aristocrates réactionnaires m'ont toujours paru un peu suspects, même si je conserve toute mon admiration à Joseph de Maistre (parce qu'il se place à un niveau théologique plutôt que social ou politique).
    Il existe un conservatisme "de gauche" très intéressant, bien qu'extrêmement rare, évidemment, auquel Michéa vient d'adhérer explicitement dans son dernier ouvrage (mais il se pourrait bien que Michéa en soit l'inventeur, en fait).

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  10. La nostalgie, la délectation morose, la "deploratio temporis acti" sont peut-être des plaisirs élitistes mais ils sont stériles.

    Le rejet de notre époque a quelque chose de paradoxal, surtout quand on l'exprime sur l'Internet qui, si je ne m'abuse, est un média on ne peut plus contemporain.

    Je l'ai déjà dit : j'ai foi en l'avenir qui ne sera que ce que nos enfants en feront.

    Maintenant, les destructions du patrimoine sous la révolution sont regrettables autant qu'importantes. On est cependant en droit de se demander ce qu'il serait, sans cette période de troubles, advenu de toutes ces magnifiques abbayes que les moines avaient désertées...

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  11. Je suis d'accord avec cui-cui, au sujet de cette grotesque nostalgie du passé.
    Et au lieu de m'enthousiasmer, l'expression "silo à locataires" me prouve, si j'en avais besoin, le mépris que pouvait éprouver ce la Varende pour ses frères humains,moins nantis que lui à la naissance et qu'il aurait sans doute préféré voir coucher dans des étables.

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  12. Tiens, la réaction de Léon m'étonne : à mon avis, le mépris est plutôt du côté de ceux qui construisent ce genre d'édifices pour y entasser ensuite leurs "frères humains" en jugeant que ce sera toujours assez bon pour eux. Et je ne parle pas du mépris que ces mêmes bâtisseurs manifestent pour le paysage, qui s'en trouve irrémédiablement dégradé !

    Ce qui est assez drôle dans les commentaires des "progressistes", c'est qu'au nom du refus de l'"immobilisme nostalgique", ils justifient ici implicitement la spéculation immobilière et la relégation du peuple dans les cités-dortoirs (après tout, semblent-ils nous dire, on est tout de même plus confortablement installé dans ces cages à poules que "perché sur son arbre à califourchon sur une branche"...)

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  13. Qu'à cela ne tienne, Emmanuel F. on n'attend que vous pour construire des palais à leur intention.

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  14. Ce que je trouve curieux, moi, c'est que l'on considère la nostalgie comme obligatoirement “stérile”. comme si l'oubli ou le dénigrement systématique du passé était particulièrement fécond. Et comme si constater ce que l'on perd, ce qui disparaît, impliquait obligatoirement un désintérêt total pour le monde actuel.

    Mais, en fait, j'ai bien compris ce que nos amis progressistes attendent de nous : que l'on fasse preuve, face à l'avenir, de la même approbation béate que la leur.

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  15. Cher Didier, je ne suis pas entièrement d'accord avec toi sur ce coup:
    Il y a chez tout un tas de gauchistes au moins autant le culte du passé et de rejet de la modernité que chez les réacs.

    José Bovidé, les écologistes, les communistes old School, toussa toussa... Jusqu'aux indignés, qui ne sont pas vraiment des modernolâtres, avec leur bon vieux temps de la CNR et le vieux machin qui va avec.

    D'ailleurs, ils ont tendance à faire copain cochon, et de plus en plus.

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  16. Entièrement d'accord avec XP. Et d'ailleurs, les libéraux forcenés qui se croient de droite sont les pires ennemis du conservatisme et détestent le passé. La distinction gauche-droite est ici inopérante, dans un sens comme dans l'autre.

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  17. Ce gratte-ciel sans toit ! Quelle divine image me vient à l'esprit ! Une peinture de la renaissance quelque peu érotique .. Un homme est là assis par terre la tête de sa tige regardant au ciel aussi grosse qu'un tuyau d'aspirateur qu'il s'astique de réactions en réacteur, la bouche B avalant les poussières d'étoiles qui lui glissent entre la cuisse et l'envie joyeuse de vider son sac que la ruine exerce à serrer puis presser le geste qui bâtit l'élan avançant sans rature et sans peur mais avec foi et ferveur qu'ici bas il est encore roi.
    Et puis vint le soulagement où ce temps astronomique lui fit l'effet que pendant ces courtes lignes... Il était ce médecin malgré lui, en ce Molière, il avait de vous ce qu'hier sera toujours en vous, malgré vous.
    Réacs, soyez fous, .. Car les étoiles n'ont Dieu que pour vous.

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  18. XP : oui, sauf que, pour eux, le passé remonte rarement en deça du XXe siècle. quand ce n'est pas seulement la Seconde Guerre mondiale et les heures les plus sombres, etc.

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  19. @ Cui cui
    "Ah ! Cette fuite éperdue du réactionnaire vers le passé faute d'assumer le présent et par peur d'envisager l'avenir."
    Dites-vous, et je vous donne raison. C'est vrai. Ceux-ci se réfugient surtout dans un narcissisme ridicule et creux, quand il ne s'agit pas d'un idéalisme exalté à la Benedetto Croce jusqu'à l'imbécillité.
    Mais pouvez-vous me dire comment on peut assumer le présent sans connaitre le passé, pour ne pas même parler d'envisager l'avenir?
    C'est tout à fait impossible.
    Lorsque D.Goux dit : "pour eux, le passé remonte rarement en deça du XXe siècle. quand ce n'est pas seulement la Seconde Guerre mondiale et les heures les plus sombres, etc.", force est de reconnaitre qu'il a raison. Certes, il caricature pour faire court dans un post de blog, et ce n'est pas le cas de tout le monde.
    Pour autant, un éternel présent crétin et donc sans aucune possibilité d'envisager l'avenir faute de connaitre le passé, ça vous enthousiasme vraiment?

    Floréale

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  20. "La nostalgie, la délectation morose, la "deploratio temporis acti" sont peut-être des plaisirs élitistes mais ils sont stériles" écrit Jacques Etienne
    Mais c'est précisément parce que ces plaisirs élitistes sont stériles, qu'ils ne servent à rien qu'ils sont si précieux, si rares, si intéressants… une des rares choses en ce monde qui ne soit d'aucune utilité… un trésor donc… inaccessible au vulgaire…

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  21. @ M. Y : je ne critique "la nostalgie, la délectation morose, la "deploratio temporis acti"" que lorsqu'ils amènent à douter de l'avenir. S'il ne s'agit que d'un aimable passe-temps, pourquoi pas ?

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  22. Rogermarchentête (les Munshungulu l'ont adopté)10 novembre 2011 à 12:32

    Rêvasser au passé un plaisir élitiste...

    C'est quand même le passe-temps le plus commun... L'âge venant.

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