jeudi 24 novembre 2011

Ne cherchez pas dans les pianos ce qu'il n'y a pas


Hier, suite à un embouteillage épouvantablissime, dû à des causes sans intérêt mais tragiquement conséquentes, il m'a fallu deux heures et demie pour franchir les dix-huit derniers kilomètres me séparant encore de Levallois. Passé le premier quart d'heure où je fus immobilisé avec tous mes petits camarades d'infortune à l'intérieur du souterrain de l'A 14, il m'apparut que la gaîté primesautière de Charles Trenet, qui m'accompagnait depuis Le Plessis, n'allait pas tarder à entrer en conflit violent avec l'humeur nouvelle que je me sentais poindre. Je l'ai donc fait taire et remplacé par la Passion selon saint Matthieu, dirigée par Karajan.

Eh bien, je vous le dis pour le jour où il vous arrivera semblable mésaventure cauchemardesque, Jean-Sébastien Bach est un remède souverain contre les tortures de l'existence moderne, du moins contre celles qui se vivent à l'intérieur d'une automobile. Et s'il n'a pas tout de même le pouvoir de faire sauter les bouchons, il vous permettra de regarder celui dans lequel vous serez englué d'un peu au-dessus.

9 commentaires:

  1. Il y a toujours des cons avec des Karavan qui font des bouchons, aussi.

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  2. Et tous les conducteurs s'appellent Herbert. Plessis-Herbert.

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  3. Vous étiez donc à un cheveu (sur la tête à Matthieu) de vous mettre en rogne salement...

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  4. En fait, non. Lorsque la catastrophe atteint une telle ampleur, je bascule dans une sorte de fatalisme hindou proche de la catatonie. Et c'est avec cette hébétude que le bondissant Trenet se mariait mal : il me fallait quelque chose de plus solennel…

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  5. Quelle prise de tête !

    Et se traîner Charles est effectivement très joyeux mais il y a des bornes qui dépassent l'entendement..d'autant plus lorsqu'on choisit un format rapide et que l'imprévu vous coupe l'herbe sous la pédale.
    Mais que voulez-vous, l'argent ne pousse pas dans la queue du piano, du clavier ou même encore de la voiture, mais bien dans celle du pianiste. Et comme dirait Mathieu, le banquier n'attend ni le vol-au-vent et ni la bouchée de l'arène : Olé ! Vous y avez mis les ailes et la bonne altitude.
    Mais vous reconnaîtrez que cette attitude prouve que vous n'êtes pas un enfant de choeur, tout le monde ne possède pas cette maîtrise, il faut beaucoup de concentration pour prendre le devant du nerf.

    Il paraît que la meilleure direction de Karajan était celle de Wagner dans Tristan et Isolde, une légende bretonne en 3 vitesses. On disait qu'il était un miracle et ceci aussi :

    « Mais aujourd'hui encore, je cherche en vain une œuvre qui ait la même dangereuse fascination, la même effrayante et suave infinitude que Tristan et Isolde. »

    — Friedrich Nietzsche

    J'y aurais préféré Chopin, histoire de faire mousser la file en pensant à une bonne blonde ..

    Vous l'avez vu ce film de Roman, Le Pianiste, Monsieur Goux ?

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  6. Jean-Seb a cette vertu inouïe de calmer les nerfs en à peu près toutes circonstances. Celle du bouchon routier, par exemple, me conduit également à des extrémités d'humeur qui laisseraient pantois un gardien de camp nord-coréen. Alors un coup de Jean-Seb et hop, tel un dégustateur de cannabis dopé au Lexomil, j'avale la fumée des semi-remorques néerlandais avec une étonnante gourmandise, je veux dire pour un hétéro.

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  7. Cher Didier,

    que n'avez-vous pas fait en choisissant cette illustration !
    Au début, quand je la vis la première fois, je me demandais juste "quel rapport avec la passion selon saint Matthieu" ? Vous me direz, le Christ. Certes. Mais vous avouerez que c'est un peu faible, et cela ne me satisfis pas. Pour avancer un peu plus loins, je me demandai de qui est ce tableau ? Mon œil disait Rembrandt (sachant que mon œil est bien peu exercé et encore moins cultivé en ces matières ; je précise car il est tout à fait possible que le chœur unanime se gausse à l'idée même que ce tableau si fameux me soit inconnu, auquel cas j'invite le chœur unanime à se gausser tant qu'il voudra et à cesser de lire ce commentaire qui ne lui apprendra pas grand-chose et ne fera que renouveler son pessimisme croissant quant à l'avenir de la culture). J'aime beaucoup Rembrandt, mais je ne connaissais pas ce tableau. J'ai donc googlé, en me fiant d'abord à vos lumières, "passion selon saint Matthieu", ce qui m'a permis de répondre à ma première question : vous l'avez choisi car il remonte dans cette recherche, sur ce site là. Et seulement lui. Aucun lien, donc, si je puis dire. J'ai donc changé d'approche et me suis demandé : quel est le sujet ? C'est très nettement Jésus devant le Sanhédrin. Je googlai donc "Rembrandt+Sanhédrin", puis "Rembrand+Caiaphas", pour laquelle recherche un résultat me tapa dans l'oeil : ce tableau, remarquablement similaire, d'un certain Matthias Storm. Aha ! me disai-je in petto. Un baroque hollandais du XVIIe, je n'avais pas eu tout à fait tort. Je poursuivais la piste fraîche, et en googlant "Jesus+Caiaphas+holland", je tombai enfin là-dessus, qui me livra enfin ce troublant secret : il s'agit d'une toile de Gerrit van Honthorst, tout aussi baroque, tout aussi hollandais et tout aussi du XVIIe que le précédent ! Inutile de dire que je n'avais jamais croisé ce nom, ni même le précédent. Bref. Vous m'aurez appris bien des choses. Merci !

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  8. Eh bien, quel sens de l'investigation ! Et c'est vous qui m'apprenez quelque chose plutôt que l'inverse, en l'occurrence.

    Sinon, d'après Jean-Christian Petitfils, dont je viens de terminer le Jésus (Fayard), le Christ n'aurait jamais été présenté devant le sanhédrin (pas le temps matériel de réunir celui-ci).

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  9. Et c'est vous qui m'apprenez quelque chose plutôt que l'inverse, en l'occurrence.

    Disons que vous m'avez poussé à, et qu'en retour je, etc.
    Je vous propose d'ailleurs une nouvelle baseline pour votre blog : Didier Goux, catalyseur de savoirs.

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