vendredi 4 novembre 2011

Misères et splendeur d'une verticalement défiée

Je l'ai relu une fois, puis une autre, lentement, afin de m'assurer que je n'étais pas devenu brutalement dyslexique des yeux. Mais non, tel était bien le titre qui, prochainement, s'étalera sur six colonnes dans un prestigieux hebdomadaire parisien. Il s'agit du témoignage d'une lectrice qui affirme :

« Grâce à ma ressemblance avec Mimi Mathy,
je me sens enfin bien dans ma peau… »

Oui, je sais, allez-y franchement : moi aussi j'ai éclaté de rire, et les personnes qui m'entourent. Je vous laisse quelques secondes pour récupérer…

Il n'empêche que l'histoire de cette pauvre femme est un implacable révélateur de la misère spirituelle en milieu festif. Elle commence par expliquer que son mètre trente-trois lui a valu de demeurer transparente aux yeux des garçons, l'adolescence venue : cruel mais prévisible. Ensuite, les hommes se mettent à la draguer, mais, dit-elle en substance, c'est encore pire, car ce sont des pervers qui veulent juste se taper une naine pour assouvir leurs “obscurs fantasmes” et ne s'intéressent pas à elle – à elle en-tant-qu'être-humain, comprend-on : névrose tout spécialement féminine et assez répandue. On apprend ensuite, presque accessoirement (ils semblent n'être que des sortes de béquilles à sa souffrance), que cette dame a un compagnon qui l'aime et qu'ils ont eu ensemble deux enfants en tous points adorables. Néanmoins, rien à faire : le mètre trente-trois est toujours là pour l'empêcher d'être pleinement heureuse…

Mais voici qu'un jour, sur la suggestion toute innocente de son compagnon, elle se teint en blonde. Là, du jour au lendemain, tout le monde s'aperçoit qu'elle ressemble à Mimi Mathy (ce qui est malheureusement vrai : j'ai les photos sous les yeux) et on commence à lui demander des autographes. C'est le commencement du bonheur : ce que ni le compagnon ni les enfants n'avaient pu totalement faire, le public va y parvenir en un clin d'œil. L'acmé de cette soudaine et géante félicité est représentée comme il se doit par un passage dans une émission de télévision – consacrée aux sosies de stars, on l'aura deviné –, lequel multiplie le public en question par cent, par mille – et parachève le bien-dans-sa-peauïsme de l'ex-naine devenue reflet de vedette.

La conclusion est double et d'une logique sans faille : le reflet désire d'une part donner des spectacles au profit d'une association œuvrant en faveur des enfants malades ; et, par ailleurs, elle veut préparer un “one woman show” qui lui permettra, dans quelques années, espère-t-elle, de “vivre de sa nouvelle image”. Le beurre caritatif et l'argent du beurre showbizuel : un mètre trente-trois de pure modernité.

23 commentaires:

  1. Didier, ça se voit que vous êtes complètement bouleversé : "misère spirituELLE", non ?
    Geneviève

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  2. Didier,

    Vous n'êtes que bonté, aujourd'hui... Reprenez-vous...

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  3. D'accord, l'idée de faire un spectacle parce qu'elle ressemble à Mimi Mathy est ridicule. Mais c'est bien tout ce que je trouve de ridicule dans le rapport que vous faites de la situation.
    J'ajouterais qu'on se grandit à ne pas se moquer des nains.

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  4. Je serais à la place de son mari, je serais extrêmement vexé.

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  5. Nicolas : c'est à cause du boulot : ça me tape sur le système.

    Marco : je ne trouve pas cette femme ridicule, je trouve son histoire profondément, lugubrement triste.

    Marchenoir : Catherine me disait la même chose il y a un quart d'heure, alors que nous en parlions. Mais, d'un autre côté, le mari prépare le futur “one woman show” avec sa pseudo-Mimi. On peut donc supposer qu'il doit plutôt être fier de tout ça – ce qui est encore plus lugubre, évidemment.

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  6. Personnellement, depuis que je me suis teint les cheveux en brun, je ressemble à Paul Presbois. Mais personne ne me demande d'autographe… Y a pas de justice.

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  7. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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  8. Paul Préboist était bien trop grand pour que l'affaire fonctionne. Essayez Pierral, vous m'en direz des nouvelles.

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  9. Ceci me fait penser à un billet d'un de mes bloggeurs préférés: http://guerrecivileetyaourtallege3.hautetfort.com/archive/2011/11/03/il-me-semble-42.html

    Moi non plus je ne sais pas faire le linkage...

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  10. Triste, oui, c'est vrai.

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  11. Bof, certains noient leurs complexes dans la notoriété 'pipole' et d'autres dans l'alcool... Il y a une différence ? C'est toujours lugubrement triste, non , ;-))

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  12. Personne ne vous a jamais dit que vous écrivez bien, pour un écrivain en bâtiment?

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  13. Sébastien Tauradu-Bhoudain5 novembre 2011 à 12:15

    Cette petite personne ne manque pas de discernement.
    J'ai souvent remarqué que pour faire partie de la grande famille du spectacle (youp là boum !), il valait mieux être un nain connu qu'un inconnu.

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  14. Ou alors, on peut être un Inconnu. Ca marche aussi.

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  15. On peut être un nain digne, eh! C'est d'ailleurs à la mode...

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  16. @ D.Goux
    Indépendamment de la taille et du restant de l'histoire de cette femme, je ne vois pas ce qui vous permet d'affirmer qu'il s'agisse chez elle elle d'une névrose, qui plus est tout spécialement répandue chez les femmes, quand elle affirme que les hommes ne s'intéressent pas à elle "en-tant-qu'être-humain". Depuis quand une névrose est-elle féminine ou masculine? Et si tant est que les femmes soient plus sujettes à certaines pathologies, il faut croire que le monde est structuré de façons à ce qu'elles le deviennent et non pas en vertu du fait qu'elles présenteraient une particulière faiblesse "par nature". Et vous même, depuis quand êtres-vous psy quelquechose pour pouvoir l'affirmer?

    Ce n'est pas une névrose que de noter la réalité: ce qui intéresse les hommes est effectivement la disponibilité des femmes, leur docilité à se rendre disponible aux désirs masculins et à fournir du travail domestique gratuit ou du suivi d'intendance domestique.
    Le reste, ce qu'elles aiment faire, ce pour quoi elles sont douées, leurs aspirations, leur réalisation, notamment professionnelle en dehors du service familial et domestique ne les intéresse absolument pas, ou fort peu et de façon très secondaire, puisque seules comptent les leurs, et que ce qu'ils apprécient surtout chez les femmes est leur éventuelle capacité à les y aider.

    Soit un partage à sens unique et toujours en leur faveur à eux. En retour de quoi elles peuvent espérer, selon que le type est plus ou moins débonnaire et gagne plus ou moins bien sa vie, quelques menus avantages financiers outre à avoir de quoi manger tous les jours et un toit sur la tête.

    Floréale

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  17. Didier: ce billet est ce que j'ai lu de plus noir et désespérant depuis longtemps.

    Sinon, je suis assez d'accord avec la remarque de Floréal juste au-dessus, à propos de cette prétendue névrose, mais elle perd son temps à s'attaquer à votre incommensurable misogynie.
    Allez, gynophobie, même.

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  18. Floréale et Suzanne : je voulais parler d'une caractéristique précise, qui me semble plus toucher les femmes que les hommes, pour des raisons dont il ne m'appartient pas de trancher puisque, comme le souligne Floréale "je n'ai pas la carte".

    Je me souviens d'un reportage américain sur un club où se réunissaient des femmes obèses. Certaines, jeunes et assez jolies de traits malgré leur quasi monstruosité physique, se plaignaient amèrement de se faire draguer au sortir de leur club, au motif que les hommes qui se trouvaient n'étaient intéressés sexuellement que par leur aspect physique, leur difformité, et non par elles-mêmes en-tant-qu'être-humain. Eh bien je puis vous garantir que 95% des hommes obèses (ou nains, ou borgnes…), lorsqu'une femme se jette dans leurs bras ou dans leur lit, ne se poseront nullement la question de savoir si elles le font par attirance perverses pour leur gros bide (ou leur petite taille ou leur œil unique) et qu'ils se contenteront de remercier le ciel de la bonne fortune qui leur échoit.

    Je reviens à mes Américaines obèses : je trouve passablement névrotiques, de la part de femmes dont on peut penser qu'elles n'attirent pas grand-monde, de repousser ceux-là qui sont précisément attirés par ce qu'elles sont. D'autant que cette attirance première, ce "fétichisme basique" n'exclut pas du tout qu'ensuite une véritable histoire puisse se développer entre les protagonistes. Encore faut-il lui donner sa chance au départ.

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  19. Didier: avez-vous lu "D'autres vies que la mienne" d'Emmanuel Carrère ?
    Il est question d'une femme et d'un homme amputés tous les deux. Je n'ai plus le livre sous la main, je ne peux donc retrouver l'extrait où c'est la femme, je crois, qui se plaint de ne pouvoir attirer que des acrotomophiles (fétichistes des amputés) alors que c'est un type de désir qui lui fait horreur.
    Je ne vois pas où est la névrose là-dedans. Si vos femmes obèses ont juste envie de s'offrir un bon moment, elles ont peut-être tort de refuser des amateurs d'obèses, mais si elles ont envie de quelque chose d'autre que l'excitation provoquée par une graisse qu'elles détestent, on comprend que ça leur coupe l'envie de fariboles.

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  20. Je signale d'ailleurs à l'honorable assemblée que je n'ai toujours pas trouvé d'amant extraterrestre.

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  21. J'ai connu, dans le temps, à VSD, une sténo de 130 centimètres, mignonne, rigolote et (apparemment) pas du tout complexée qui ressemblait à Mimi Mathy. Elle avait un (petit) copain de sa taille et vivait bien son manque d'altitude.
    Qu'est ce que je voulais prouver, moi ? Ben j'sais pas. C'est juste pour dire...

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