mardi 10 avril 2012

La nuit enracinée

Les cordes de l'orchestre philharmonique de Strasbourg interprètent La Nuit transfigurée.

Persuadé d'avoir ouvert, par son esthétique de douze notes, des perspectives lointaines à l'histoire de la musique, Arnold Shönberg déclarait en 1921 que, grâce à lui, la domination (il n'a pas dit “gloire”, il a dit “Vorherrschaft”, “domination”) de la musique allemande (lui, Viennois, il n'a pas dit musique “autrichienne”, il a dit “allemande”) serait assurée pour les cent prochaines années (je le cite exactement, il a parlé de “cent années”). Douze ans après cette prophétie, en 1933, il a été banni, en tant que Juif, de l'Allemagne (celle-là même à laquelle il voulait assurer sa “Vorherrschaft”), et, avec lui, toute la musique fondée sur son esthétique de douze notes (condamnée comme incompréhensible, élitiste, cosmopolite et hostile à l'esprit allemand).

Le pronostic de Schönberg, si trompeur soit-il, reste pourtant indispensable pour qui veut comprendre le sens de son œuvre, laquelle se croyait non pas destructrice, hermétique, cosmopolite, individualiste, difficile, abstraite, mais profondément enracinée dans le “sol allemand” (oui, il parlait du “sol allemand”) ; Schönberg croyait qu'il était en train d'écrire non pas un fascinant épilogue de l'histoire de la grande musique européenne (c'est ainsi que je suis enclin à comprendre son œuvre) mais le prologue d'un glorieux avenir qui s'étendait à perte de vue.

Milan Kundera, L'Ignorance, Folio, p. 19-20.)

6 commentaires:

  1. Si même vous vous mettez à citer Kundera auteur pour gonzesses qui veulent frimer en prenant des poses de puissantes intellectuelles alors que le flou bovin de leur regard les trahi comme un adepte d’une taqiya sous stéroïdes...

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  2. C'est amusant cet antisémitisme qui ne dit pas son nom... enfin c'est Kundera quoi... Geargies

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    1. Ceux qui ne sont pas antisémites sont simplement mal informés, d'où les efforts pour contrôler les médias...

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  3. C'est somptueux faire la connaissance de ces deux noms, j'ai écouté aussi.

    Allons donc, organiser le chaos, en alexandrin, genre un roman d'Alexandre, Le Grand, ne minimisons pas sur les notes, cela risquerait de nous défigurer, ou mieux nous dépayser !

    Concentrons-nous !

    merci pour ces lectures que je qualifierai de quantique..

    Sand

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  4. " Le Concerto pour violon et orchestre de 1936, toujours dodécaphonique et atonal, n'échappe pas, avec sa haute école d'archet, ses cadences, ses traits, aux tares de ce genre. Par-delà cette virtuosité, il exprime sans aucun doute la douleur d'un Juif errant devant les nouvelles souffrances de sa race : sentiment tout à fait respectable, mais se traduisant par un éréthisme, un pathos grinçant très éprouvants pour les nerfs de l'auditeur. La substance musicale est bien plus pure dans le Concerto pour piano et orchestre (1942), le beau Trio à cordes op. 45 de 1947, d'un esprit beethovénien, où l'élément mélodique reprend ses droits à travers le total chromatique. "
    Lucien Rebatet, Une histoire de la musique, Schoeberg et ses disciples. 1969.

    On aurait tout intérêt à se replonger dans cette histoire de la musique à Lulu, claire et tranchante.

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  5. Shoenberg et ses disciples, naturellement.

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