mardi 26 août 2014

Impressions d'hier soir



Vous vous êtes levé ce matin, avec quelques préoccupations humaines ; elles vous ont accompagné de la descente de lit à la machine à café. Là, vous vous êtes réellement éveillé et avez constaté la chose suivante : il pleut.

C'est vrai, il pleuvait ce matin ; et, vu l'état d'humidité de la terrasse, des chaises de plastique, du vert spongieux de la pelouse, compte tenu de la joie silencieuse et lente des escargots et de la limace géante qui grimpaient à l'assaut nonchalant des trognons de chou, vous avez compris qu'il en serait ainsi toute la journée ; et vous en avez ressenti un bonheur anormal.

Quelques heures plus tard, maintenant, il pleut toujours en effet, et la journée s'efface. L'eau du ciel picote les haies, plus ou moins selon sa fantaisie, tandis que le jour baisse. Lui aussi, le jour, participe à la plaisanterie générale ; il s'amuse à jouer l'automne, il singe novembre, il noie les couleurs comme il le ferait sans y penser si on s'approchait déjà de l'année suivante – je veux dire : si on s'en approchait dangereusement. Et ça choit tant que ça peut, l'oreille humaine en arrive à guetter l'hiver, l'entendement se demande ce qu'il en est des hirondelles, par un froid si peu de saison.

(Si, entre deux phrases, on se lève et sort pisser, l'eau qui choit sur le crâne fraîchement rasé vous rappelle le privilège qui est le vôtre, celui de ne plus vivre en ville, de pouvoir ignorer vos contemporains, et surtout, justement, ceux qui se concentrent dans les villes.)

Le silence, hors l'eau qui ruisselle, devient tel qu'on se met à guetter d'autres bruits ; et il en arrive, évidemment. Un avion lointain ; le train habituel, dans le creux de la vallée ; une voiture si peu audible qu'elle pourrait aussi bien venir du passé, d'une Sologne enfouie, d'un village inexistant, de gens morts depuis des lustres ; un miaulement de chat vivant et un souvenir de chien mort.

Il arrivera que la pluie cesse, forcément. On verra quand.

20 commentaires:

  1. Même quand je suis à la campagne, je ne pisse pas dehors, moi, monsieur ! Par contre, à Bicêtre, quand je rentre de la Comète, il arrive que je fasse une halte...

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    1. On dirait mon père… (Pour la première partie de la phrase seulement.)

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  2. Oui, mais François Hollande veut « un gouvernement de clarté ».

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    1. Eh bien, qu'il aille faire ça ailleurs qu'au Plessis-Hébert, dans ce cas !

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  3. Bravo : comme vous, mais sans savoir le dire, j'étais content hier qu'il pleuve sans discontinuer. Et j'étais content de rester dans ce patelin parfaitement perdu qui est celui dans lequel je vis. Je n'ai vu de la journée aucun de mes contemporains ; seulement quelques vaches, et cette mouche, mais cette mouche ! Grrrrr !

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    1. Ici, pas trop embêtés par les mouches, cette année. À mon avis, elles doivent être congelées. Ou alors, en voyant le temps, elles ont décidé de rester asticots.

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  4. Moi ça fait trois jours que je n'ai vu personne.

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    1. En revanche, je croise beaucoup de mouches à merde, cet été.

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    2. C'est plus ennuyeux ! Espérons qu'un holocauste se produira aux alentours du 10 ou 11 septembre…

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    3. J'ai commandé un avion provenant d'Irak, j'espère qu'il sera à l'heure.

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  5. Ici on a bossé jusqu'à quatre heures du matin, avant la pluie. C'est un privilège de dépendre du climat et moins du gouvernement, pour quelques temps encore.

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    1. Quatre heures ? Fichtre ! Et pour faire quoi, si ce n'est pas indiscret ? Passer la moissonneuse-batteuse ?

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    2. Oui, c'est super quand on peut bosser la nuit, le regard fixé sur la coupe, l'oreille attentive à la digestion de la machine, les poussières comme des embruns dans les phares, les faisans qui décollent in-extremis, les bennes sur des routes désertes, l'embouteillage à la bascule et au final l'immense satisfaction d'avoir sauvé une récolte avant le déluge.

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  6. "... la joie silencieuse et lente des escargots et de la limace géante qui grimpaient à l'assaut nonchalant des trognons de chou..."
    J'adore ! On se croirait chez Jacques !

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    1. Je suis sûr que Maître Jacques ne peut s'enorgueillir d'une limace aussi géante que la mienne !

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  7. La photo serait-elle de l'Irrempe ? Je la trouve superbe.

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    1. Je l'aime beaucoup aussi mais hélas, elle n'est pas de moi.

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  8. Votre texte donnerait d'habiter ce coin de campagne, quant à pisser dehors, en ville ça le fait aussi contre les murs vers 3 heures du matin surtout quand il pleut.

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