vendredi 1 août 2014

Pourquoi ont-ils tué Jaurès ? Pour son bien


En lisant hier les prévisibles déplorations concernant la mort de Jean Jaurès, je fus soudain frappé par un fait qui me semble difficile à réfuter ; c'est que l'image de grande conscience pure de la gauche dont cet homme politique dispose aujourd'hui, y compris à droite d'ailleurs, il la doit essentiellement à son assassin, le vilain Raoul. C'est bien, en effet, ce double coup de pistolet du 31 juillet qui a permis à Jaurès de n'avoir à affronter aucun des cas de conscience qui ont ravagé la gauche dans les années suivantes.

Au lendemain de sa mort, serait-il demeuré cette belle figure du pacifisme intransigeant ou bien, comme l'essentiel de ses camarades allemands et français, serait-il devenu, du soir au lendemain, un va-t'en-guerre de modèle ordinaire ?

À compter de 1917, serait-il resté socialiste ou, comme tant d'autres, se serait-il déshonoré par une allégeance sans faille au bolchevisme ?

Au moment du Cartel des gauches, puis du Front populaire, serait-il allé se salir les mains et le reste dans la tambouille ministérielle ?

En 1936, aurait-il protesté contre le lâchage des Républicains espagnols par le gouvernement Blum, ou aurait-il choisi de se taire au nom de la solidarité ?

En 1940, aurait-il franchi la Manche pour rejoindre Londres, ou la Loire pour gagner Vichy ?

Autant de dilemmes douloureux que les balles tirées par Villain lui ont épargnés, lui permettant ainsi de devenir l'icône, le saint laïc et combattant sur lequel il fut abondamment trémolisé hier.

41 commentaires:

  1. Se serait-il, à bientôt 122 ans, réjoui de la victoire de Mitterrand ? Se serait-il vu alors proposer un maroquin ?

    En fait, tous les politiciens devraient se faire assassiner au moment de leur plus grande popularité, c'est à dire avant d'être au pouvoir. Au risque d'embouteiller le Panthéon...

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    1. Aurait-il accepté d'être le Premier ministre de François Hollande, cet immense espoir de la gauche de progrès ?

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  2. J'ai appris hier que Jaurès était mort l'exact jour de la naissance de Louis de Funès, j'ai appris cela en écoutant la radio. Jaurès aurait voté les pleins pouvoirs à Pétain et assumé un antisémitisme bon teint.

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    1. Statistiquement, en effet, il aurait sans doute voté les pleins pouvoirs. Mais enfin, on ne va pas se mettre, nous aussi, à refaire l'histoire…

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  3. C'est fort judicieusement pensé !
    Je me demande si FD accepterait que vous en fassiez un article ?

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    1. Ça m'étonnerait ! D'un autre côté, je ne crois pas que je pourrais davantage le faire si je travaillais au Nouvel Observateur

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  4. Décidément vous n'aimez que les icônes mortes: on se souvient de votre satisfaction à la mort de Stéphane Hessel, à celle de Mandéla, et cent ans après vous vous réjouissez de celle de Jaurès.
    Vous devriez vous faire psychanalyser

    Anne-Laure

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    1. Didier Goux est peut-être fan de Lady Gaga sans vous l'avoir dit, Anne-Laure. D'ailleurs, auriez-vous une icône vivante et (tant qu'à faire) de gauche à proposer ?

      (Pardon Didier de répondre à la trolesse)

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    2. C'est vrai que parler de ces gens comme des héros sans faille et sans reproche en oubliant et en cachant volontairement toutes leurs turpitudes, ça mérite pas une psychanalyse...

      C'est de la malhonnêteté intellectuelle, vice indispensable pour être politicien en France avec, évidemment, une belle et propre hontectomie...

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    3. Il y a un gouffre M.Skandal entre critiquer les icônes et les déboulonner, c'est toujours concevable, qu'elles soient de gauche ou de droite, et se réjouir de leur mort, ou affabuler sur leur comportement, en le salissant bien entendu, en supposant qu'elles ont survécu.

      Anne-Laure

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    4. Qui est cette conne qui veut nous faire croire en sa religion?

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    5. Bien vu skandal.
      Tous ces antisémites d'autrefois sont aujourd'hui des héros, mais ceux d'aujourd'hui sont relayés au rang de fachos.
      Nos politiciens s'enfoncent dans le néant, un vrai régal!

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    6. Moi qui croyait que c'était les statues qui étaient déboulonnées, les icônes devant se contenter d'être décrochées...

      Quant à Jaurès, point n'est besoin de le salir, ce qu'au passage ne fait pas Didier Goux, il s'en est chargé tout seul, comme un grand. Sa mort lui aura épargné les ignobles contorsions pacifistes qui furent celles de la gauche des années 30, pour après se jeter dans les bras du maréchal. Assez bizarrement, ceux qui font l'opinion oublient de rappeler que sur 21 membres du gouvernement de Vichy, 17 venaient de la gauche, de la SFIO notamment.

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    7. En effet, mon propos n'était nullement de "salir" Jaurès ; pour la bonne raison qu'il n'est pas "salissable", puisque, encore une fois, il n'a jamais rien fait ; et ensuite parce que je trouve tout aussi de déboulonner les icônes et de décrocher les statues que, à l'inverse, de glorifier des gens mots il y a cent ans pour ce qu'on suppose qu'ils feraient aujourd'hui.

      En bref : le jugement moral, en histoire, est une connerie de modernœud.

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  5. Il aurait eu 80ans en 1940, mais avec Pétain et déjà Clemenceau, cet âge n'aurait pas été synonyme de sinécure morale.

    Amike

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    1. D'un autre côté, partir pour Londres à 80 ans…

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  6. C'est à peu près la réflexion que je me faisais en rédigeant mon billet farce d'hier après avoir vu tant d'hommages sérieux.

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    1. Les hommages ne sont pas gênants, ils peuvent même être mérités. Ce qui est ridicule, ce sont les parallèles directs entre son époque et la nôtre, et surtout le fait de déduire la façon dont Jaurès se comporterait aujourd'hui en se basant sans la moindre mise en perspective sur ses déclarations d'hier.

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    2. Eh bien, finalement vous semblez l'avoir trouvé ce "jeune" pour lequel vous seriez un guide, un passeur.
      Toutes mes félicitations !

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    3. Ce n'est pas très étonnant de la part de gens qui n'ont aucune vision, ni aucune idée pour l'avenir et qui refusent de voir le présent.

      Il ne leur reste qu'un passé, largement fantasmé, pour se raccrocher à quelques figures historiques largement édulcorées.

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    4. Didier, certes, ils ne sont pas gênants, mais on peut se demander si on ne lui rend pas hommage, si on en n'a pas fait une sorte d'icone pour la seule raison qu'il est mort assassiné...

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    5. C'est surtout que, n'ayant jamais rien fait de toute sa vie politique, à part causer, on ne peut l'attaquer sur rien ; il est donc "prêt à l'emploi" pour endosser ce rôle de saint dont vos amis ont tant besoin. « On aurait mieux fait de l'écouter ! », entend-on bêler ici ou là. Mais depuis quand les événements dépendent-ils d'un discours à la chambre, qui plus est venant d'un homme n'ayant jamais exercé la moindre responsabilité ?

      Cela dit, la question de base serait plutôt : que connaissent de l'histoire de France et d'Europe tous ces gens qui blablate sur Jaurès depuis quarante-huit heures, sous le seul prétexte qu'il est mort il y a cent ans ?

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    6. Pour moi qui ne suis pas socialiste, même pas "national", je peux entendre ce que dit Jaurès:

      +++++++++++++++++++
      Je crois que l’existence de patries autonomes est nécessaire à l’humanité. Je crois notamment que la disparition de la France ou sa domestication serve d’une volonté étrangère serait un désastre pour la race humaine, pour la liberté et pour la justice universelle. Voilà ma conception, voilà ma politique. Jamais nous ne livrerons la Patrie. Jamais nous ne demanderons au prolétariat d’être dupe de ceux qui exploitent la Patrie. (lettre à la Dépêche de Toulouse, 1905)
      +++++++++++++++++++

      +++++++++++++++++++
      La vérité c’est que partout où il y a des patries, c’est-à-dire des groupes historiques ayant conscience de leur continuité, toute atteinte à l’intégrité et à la liberté de ces patries est un attentat contre la civilisation. (L’Armée nouvelle)
      +++++++++++++++++++

      Qu'est-ce-qui pourrait vous gêner là ?
      Si j'avais l'esprit mal tourné, je pourrais imaginer que Jaurès gêne ici, uniquement parce qu'il n'a pas été forcément très aimable avec la communauté organisée. Ce qui est assez commun chez les "droitards" à l'ancienne et les "atlantistes".

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  7. A la lecture du dernier paragraphe du billet de Corto, on pourrait regretter que Villain ait pris son temps.

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  8. On peut même aller plus loin : Si Jaurés avait été assassiné quelques années plus tôt, il aurait laissé le souvenir de l'anti-dreyfusard qu'il a d'abord été, de l'antisémite primaire que révèle cette phrase : " Dreyfus a bénéficié du prodigieux déploiement d la puissance juive") et de l'homme des conquêtes territoriales, autrement dit du colonialiste qu'il fut dans ses vertes années.

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    1. Oui, mais il ne serait pas devenu "ce héros au sourire si doux". Il aurait été dévolu aux poubelles de l'histoire.

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  9. Et le p'tit jésus alors ? Si cet âne de Pilate en avait eu, il l'aurait pas envoyé se faire épingler, et nous serions tranquilles aujourd'hui... et bien tranquilles...

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    1. D'autant que si le petit Jésus n'était pas mort sur la Croix, votre Mahomet, là, n'aurait certainement pas eu l'idée de bricoler sa secte concurrente.

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    2. D'autant que la Vierge Marie aurait pu se faire avorter et que Mahomet aurait pu être trisomique...
      Ceci dit, d'après le Coran, Jésus n'est pas mort sur la croix. On a mis un sosie à sa place...

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    3. "Ceci dit, d'après le Coran, Jésus n'est pas mort sur la croix. On a mis un sosie à sa place..."

      Sans oublier que d'après les gens que Jaurès ne semblaient pas beaucoup aimer, Jésus était même le fils du centurion de la garnison du bled.

      P.S: je ne suis pas assez cultivé historiquement pour juger de l'opinion de Jaurès quant aux activités de la communauté organisée de l'époque en France, mais si je me réfère à celle agissant actuellement dans votre beau pays, je serais plus prudent dans la condamnation systématique de cet homme:

      +++++++++++++++++
      Nous savons bien que la race juive, concentrée, passionnée, subtile, toujours dévorée par une sorte de fièvre du gain quand ce n’est pas par la force du prophétisme, nous savons bien qu’elle manie avec une particulière habileté le mécanisme capitaliste, mécanisme de rapine, de mensonge, de corset, d’extorsion. (Jean Jaurès, 1898, Discours au Tivoli, dans Un journal des journaux, paru chez Creer, 1997, p.87, Pierre Feuerstein)
      +++++++++++++++++

      http://www.panamza.com/280614-ramadan-drahi-israel

      +++++++++++++++++
      Je n’ai jamais été un partisan bien vif des idées et des principes du cosmopolitisme. Ils ont quelque chose de trop vague, de trop idéal, malgré certains côtés brillants et spéciaux, je crois que leur effet le plus certain est d’effacer ou de trop amoindrir l’amour de la Patrie et le devoir de la responsabilité civique. (lettre au Congrès de la Paix de Lausanne)
      +++++++++++++++++

      http://www.liberation.fr/societe/2014/08/01/benjamin-stora-a-la-tete-de-la-cite-de-l-immigration_1074351

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    4. Pitié, auriez-vous l'amabilité de changer cet horrible "semblaient" en "semblait" !!!!!

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    5. Désolé, mais c'est impossible (enfin, à ma connaissance…) !

      Z'aviez qu'à vous relire, boudiou !

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  10. Et si Noë était tombé de son arche et s'était noyé, aurions-nous échappé à Jaurès?

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  11. Et vous oubliez que grâce à Notre Jau-Jau national, nos édiles ont pu baptiser sans la moindre hésitation, une foultitude de fondations, d'hôpitaux, de sociétés savantes, de médiathèques, de résidences, de musées, de boulevards, d'avenues, de lycées, d'écoles, de parkings, de gares, de collèges, de cours, de places...
    Bref, ne soyons pas ingrats, Jean Jaurès est loin d'être une impasse.

    Désolé
    Duga

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  12. Vous vous trompez en disant que Jaurès était simpliste. L'amour de la patrie ne demande de faire que des bonnes choses en son nom. Défendre ses "fils" et sa "compagne" contre des "féroces soldats" est une bonne chose. Mais se laisser embarquer dans cette guerre, s'il est possible de l'éviter, n'est pas une bonne chose. Jaurès voulait engager son parti, les syndicats, français ou étrangers, dans une insurrection de refus d'aller en guerre. Ce n'était pas si idiot que cela : puisque dans le fond, les populations allemande et française n'étaient pas vraiment ennemies ; ce sont les cadres institutionnels, et leurs dirigeants, qui étaient rivaux. Il fallait que les populations résistent a la guerre dans laquelle leurs cadres institutionnels, devenus fous, allaient les embarquer. En l'occurrence, il n'y a donc pas vraiment de dilemme tragique, pour qui voit suffisamment clair.
    Par ailleurs, vous vous trompez aussi en disant que Jaurès était passif, pendant les 10 ou 20 ans qui ont précédé la guerre. Il a mis beaucoup d'énergie à dénoncer ce qui pouvait être cause de guerre, et a essayé de construire une amitié entre les populations française et allemande, dont la colonne vertébrale aurait été ouvrière... A son époque, peu de gens en ont autant fait que lui pour éviter la guerre...

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    1. Je ne crois pas avoir dit que Jaurès était "simpliste" ; ni non plus qu'il était "passif". J'ai simplement rappeler le fait qu'il n'avait jamais eu l'occasion d'exercer la moindre responsabilité d'État, et que les grandes lignes de fracture de la gauche au XXe siècle lui avaient été épargnées.

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    2. Didier : je cite : "J'ai simplement rappeler le fait qu'il n'avait jamais eu l'occasion d'exercer la moindre responsabilité d'État"
      Oui bon et alors ?
      Jaurès n'aurait rien fait que d'être assassiné, c'est ça ?
      Il n'a été ni président, ni ministre, ni académicien de nos fesses ?
      Je suis d'accord avec vous sur ce point, eu égard aux vivants abrutis qui le canonisent aujourd'hui et qui se consacrent en plus comme ses héritiers sans vraiment le connaître.
      Mais ça, c'est la France éternelle hein !
      Hélas...
      Cela étant, Jean Jaurès, orateur de génie, mais mauvais écrivain, fut député et se consacra avec passion pour ce mandat en n'oubliant personne de ses électeurs ou pas. Un vrai député quoi ; comme on en fait plus, mon bon mossieur.
      Et un des rares efficace intellos de l'époque en plus.
      C'était pas BHL ou Attali, c'est sûr
      Bien à vous

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  13. "" J'ai simplement rappeler le fait " : Boudiou , pouviez pas vous relire ? : )

    Jérôme

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  14. N'importe quoi ces interrogations !
    Pathétiques.

    A vouloir de causer Jaurès, ne serait-ce que pour conforter ta mauvaise foi habituelle, tu en viens à poser des questions d'une nullité et facilité affligeantes, le tout en mode masturbatoire !

    Tu dois avoir les mains et le clavier bien gluant !

    Beurk !

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    1. Ce sera répété à votre Grand Mamamouchi Sarkofrance qui, en commentaire chez lui, m'a dit qu'il avait trouvé ce billet très bien !

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