samedi 23 août 2014

Et nous resterons versaillais


Les lectures Grand Siècle, quand elles se prolongent, et même deviennent insensiblement exclusives, ont d'indubitables effets induits. Après les fracas des guerres, les feux de la gloire et ceux de la littérature et des arts, déployés en une vaste fresque par Voltaire dans son Siècle de Louis XIV ; après les somptueux drapés du Bossuet funèbre et les grondement de son Discours sur l'histoire universelle ; après les tableautins colorés vivement de Mme de Sévigné et les impertinents soupirs d'alcôve de Tallemant des Réaux ; après, bien sûr, les envolées imprécatoires de Saint-Simon ; après tout cela, comment de nouveau s'intéresser aux balbutiements sans âme ni ossature des teneurs d'estrade de notre époque, et à leurs manœuvres picrocholines ? La seule sagesse n'est-elle pas, alors, de demeurer résolument et révolutionnairement passéiste ?

12 commentaires:

  1. "comment de nouveau s'intéresser aux balbutiements sans âme ni ossature des teneurs d'estrade de notre époque."

    En fait, c'est assez simple, quoi que douloureux. Lisez un ou deux volumes de Virginie Despentes, Christine Angot, puis finissez par un Marc Lévy. Vous verrez alors combien les faits et gestes des nains actuels vous paraîtront compréhensibles et intéressants.

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    1. C'est la solution du désespoir, cela !

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    2. Et encore vous n'avez pas cité Renaud Camus, Eric Zemmour, Finkielkraut et de nombreux autres...


      Anne-Laure

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    3. Ah, celle-là est bonne.
      Comparer infos et divertissement, il fallait oser.

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  2. Des "effets induits", en revanche, ça fait pas très passéiste comme expression. "Effet" ne serait donc pas suffisant ?

    Il vous reste à lire du Descartes, quand même, pour pénétrer vraiment dans le Grand Siècle. C'est autre chose que tous les seconds couteaux que vous citez. Evidemment il ne raconte pas sa vie d'alcôve et ses beuveries avec les potes, mais le doute hyperbolique a ses beautés, le malin génie son originalité et la morale par provision son utilité.

    Ou du Pascal. Difficile de supporter Bossuet après lui.

    Bon, tout ça n'est pas léger-léger, j'en conviens, mais pourquoi faudrait-il que ce Grand Siècle soit superficiel, évaporé, sensible et niais ?

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    1. Vous avez sans doute raison, pour "induit". Tant pis pour moi : je le laisse.

      Pour le reste, on voit bien que vous n'avez jamais lu (ou très peu et il y a longtemps…) Tallemant. Quant à Pascal, je ne vous ai pas attendu…

      Quant à votre conclusion, je ne la comprends pas du tout : Saint-Simon, Bossuet, Mme de Sévigné (et même Tallemant, qui, par ailleurs, ne fait pas réellement partie du "Grand Siècle") seraient superficiels, évaporés, sensibles et niais ? On ne doit pas parler des mêmes…

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    2. J'ai essayé Tallement, mais ça ne m'a pas tallement réussi.

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    3. En effet Marco, Descartes ne raconte jamais ses beuveries ni sa vie d’alcôve. Il eût été préférable que Pascal suivît son exemple...

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  3. J'ajouterai bien la Princesse Palatine à votre liste, mais je doute que cela vous attire plus de commentaires.

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  4. On ne saurait parler du Grand Siècle et de ses "littérateurs" sans évoquer les lettres pleines de verve et de verdeur de "Liselotte", princesse Palatine (Duchesse d'Orléans, belle-sœur de Louis XIV).

    Quelques extraits en guise de mise en bouche, si l'on peut dire.

    Versailles, 28 juin 1693.
    ...Mme de Chartres, Mme la duchesse et la princesse de Conti sont routes revenues enceintes du voyage (à Namur) ; le roi ne peut donc pas prétendre que ç'a été un voyage stérile.
    Monsieur s'ennuie horriblement à Vitré. Tel il a été dans son jeune âge, tel il est aujourd'hui, et cet hiver il a encore acheté pour deux cent mille écus de charges au régiment des gardes pour récompenser des jouvenceaux qui l'ont diverti en tout honneur, comme dit maître Johannes...

    Fontainebleau, 9 octobre 1694.
    ...Soyez avec une jolie fille ou femme qui vous plaise ; qu'il vous prenne envie de chier, il faut aller chier ou crever. Ah ! maudit chier ! Je ne sache point de plus vilaine chose que de chier. Voyez passer une jolie personne, bien mignonne, bien propre ; vous vous récriez : Ah ! que cela serait joli si cela ne chiait pas !...

    Versailles, 5 décembre 1694.
    M. le Dauphin a un piqueur du nom de La Violette. Il a près de quatre-vingts ans et quand on le voit de dos on le prendrait pour un gars de dix-huit, tellement il se tient droit. Il fait sauter à son cheval tous les fossés, quelque larges qu'ils soient ; ne boit que du vin pur, jamais d'eau, et ne veut pas manger de soupe parce qu'il y a de l'eau dedans. Il va tous les jours en forêt et chasse dix heures durant sans se fatiguer...

    J'en redemande, de cela !

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    1. Vous avez raison tous les deux : impardonnable oubli que celui de la Palatine ! Mais elle a pâti du fait que je l'ai lue il y a déjà de nombreuses années…

      Pendant que je suis là, je rajoute Mme de La Guette, dont j'ai déjà parlé.

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  5. Merci d'avoir entrouvert ma porte. Au spectacle du jour, j'ai , moi aussi, la tentation de me réfugier dans le passé, un passé qu'on peut souvent estimer plus solide. Mais la tentation est grande de trouver que "c'"était mieux avant". J'ai, par exemple, était troublé par ce vers d'une chanson du Breton Gilles Servat qui évoquait "le cimetière des photos" ....

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