mercredi 27 août 2014

Pour se remonter un peu le moral…

« Le monde, que nous habitons, est dur, froid, sombre, injuste et méthodique, ses gouvernants sont ou des imbéciles pathétiques ou de profonds scélérats, aucun n'est plus à la mesure de cet âge, nous sommes dépassés, que nous soyons petits ou grands, la légitimité paraît inconcevable et le pouvoir n'est qu'un pouvoir de fait, un pis-aller auquel on se résigne. Si l'on exterminait, de pôle en pôle,  toutes les classes dominantes, rien ne serait changé, l'ordre instauré voilà cinquante siècles n'en serait même pas ému, la marche à la mort ne s'arrêterait plus un seul jour et les rebelles triomphants n'auraient plus que le choix d'être les légataires des traditions caduques et des impératifs absurdes. La farce est terminée, la tragédie commence, le monde se fera toujours plus dur, plus froid, plus sombre et plus injuste, et malgré le chaos envahissant, toujours plus méthodique : c'est même l'alliance de l'esprit de système et du désordre qui me paraît son caractère le moins contestable, jamais il ne se verra plus de discipline et plus d'absurdité, plus de calcul et plus de paradoxes, enfin plus de problèmes résolus, mais résolus en pure perte. »

Albert Caraco, Bréviaire du chaos, L'Âge d'Homme, p. 43.

19 commentaires:

  1. Je ne vois qu'un seul recours, une neuvaine à Marie Reine du Ciel et de la Terre....

    RépondreSupprimer
  2. Encore un qui ne croit pas au réchauffement de la planète.

    RépondreSupprimer
  3. Je suis rassuré; l'avenir pouvait être pire.

    RépondreSupprimer
  4. Il en faut des comme ça pour se rendre compte que finalement on a bien de la chance malgré tout !

    RépondreSupprimer
  5. La photo aurait suffi. Tout délit de faciès mis à part, on n'imagine pas d'autres pensées en regardant son portrait.
    N'empêche, c'est du concentré de lucidité et d'une actualité brulante.
    Montebourg lui, rigole tout le temps. On sait pourquoi.

    Mince, je sais pas si je dois être désolé ou pas.
    Duga

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Caraco a pris la décision de se suicider au lendemain de la Seconde Guerre, c'est-à-dire vers 25 ans. Mais, comme il ne voulait causer aucune souffrance à ses parents, il a attendu qu'ils ne soient plus de ce monde et s'est finalement tué en septembre 1972, le lendemain de la mort de son père.

      Supprimer
    2. Comme quoi on peut paraître triste, fermé voire méchant tout en étant hypersensible et respectuex de valeurs fondamentales.

      A t'il eu une vie familiale ? (compagne / épouse / enfants..)

      Désolé (pour lui)
      Duga

      Supprimer
  6. Après avoir lu cela, j'hésite: la fenêtre, la corde ou les cachets ?

    RépondreSupprimer
  7. ça fait du bien.

    RépondreSupprimer
  8. "L'Age d'Homme" - aha! Vous aimez les bons éditeurs, vous... mais avec ce billet, vous me fichez le bourdon!

    RépondreSupprimer
  9. Avec Caraco c'est certain, noir c'est noir il n'y a plus d'espoir. La journée commence bien !

    « Aujourd'hui même que le monde éclate et que la terre manque aux hommes, leur rêve (à nos maîtres) est de construire des maisons ayant cinquante étages et d'industrialiser l'œcumène, sous le prétexte de fournir aux besoins de ces milliards qui naissent, car il leur faut toujours plus de vivants, toujours, malgré ce qu'ils affirment. Ils organisent méthodiquement l'Enfer, où nous nous consumons, et pour nous empêcher de réfléchir, ils nous proposent des spectacles imbéciles, où notre sensibilité se barbarise et notre entendement achèvera par se dissoudre, ils iront consacrer ces jeux en présidant à leur manie avec toute la pompe convenable. Nous revenons au cirque de Byzance et nous oublions nos vrais problèmes, mais sans que les problèmes nous oublient, nous les retrouverons demain et nous savons déjà que lorsqu'ils seront insolubles, nous irons à la guerre. »

    Seuls peut-être les adeptes du transhumanisme, amis du progrès indéfini, trafiquants du vivant, pensent tirer leur épingle du jeu et échapper aux contingences communes. Mais ce sont des barbares, les pires.

    RépondreSupprimer
  10. Extrait du Brévaire du chaos, p. 19.

    RépondreSupprimer
  11. Bon, le plus important, toujours, c'est les dialogues.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Absolument génial ! C'est à vous dégoûter de tenter d'écrire.

      Supprimer
    2. Magnifique de concision ! Cela m'a rappelé "L'Enlèvement de Michel Houellebecq", où certains passages étaient presque aussi réussis.

      Supprimer
    3. Ah oui, j'ai beaucoup aimé aussi. Qu'est-ce que j'ai ri !

      Supprimer
    4. Mon Dieu George de la Fuly ! j'en ris encore !

      Supprimer
    5. Vous parlez de la video ? Moi je parlais du Houellebecq…

      Supprimer

Les commentaires anonymes seront systématiquement supprimés, quel que puisse être leur contenu, voire leur intérêt.